SIXIÈME LETTRE
hy^n f le i5 Novtml^re 1819.
ONSIEUR,
Si l'ouvrage de M. Fm»» ae tous, a jusqu'ici inspira d'autres sentimeus que ceux de k piti« et du mépris, bientôt ils s evanouirom et fetont place à un autre, plus pénible encore , celui de l'horreur. JHorripilatianem capiii statuet (a}^
Lorsque le libraire Garlisle, en présence du banc du R<h, fit voiler, par ses blasphéma, rarohevâque de Gîuitorbéry, soulever d'horreur tout ie jury, et attira sur sa tète <30upable la vengeance des lois, ses blasphèmes n'étoient ni plus monstrueux, ni plus exécrables que ceux du vicaire de Privas , qui puisent une teinte plus horrible encore dans le caractère auguste dont l'auteur fut jadis revêtu. L^un et l'autre paroissent avoir écrit , comme dit £d^ mond Burke , en parlant du docteur Price^
(a) Ecclésiastic. XXyn , x5.^
dans des momens de débauche , dans le dé^ lire d'une i\^r€sse causée par cet esprit de feu distillé à l'alambic de V enfer , qui est en ce moment dans une si furieuse ébulition parmi nous (a). Excusez-moi, si je ramène si souvent votre imagination sur le tableau déchirant de^ 3o années qui viennent de s'écouler; mais peut-on songer, sans frémir, aux prodiges d'aveuglement , d'ingratitude , d'impiété qui attirèrent sur notre malheureuse patrie ceux de la vengeance céleste ! Alors ! alors ' chacun mangea le fruit de l'arbre qu'il avoit planté ; Raynal pérît déchiré de remords (b); Dom Gerle , le capucin Chabot , l'orateur Fauchet , l'académicien Cérutti , etc. , etc. , sont encore suspendus aux fourches patibulaires de l'impiété philosophique ; le glaive qui les frappa n'est pas encore refroidi , il brandit encore sur de nombreuses têtes coupables ; et voilà qu'un Prêtre se lève en présence des foudres éternelles , et vient les braver sur des cendres encore chaudes. Les premiers furent sourds à la voix qui parloit , et M. F.;...
(a) Rëflex. sur la réyol. de France.
{b) Voyez ses première et seconde lettres à l'ass» constit.
( »87 ) ^st sourd h la voix qui foudroie : à rindocilité de ses prédécesseurs^, il ajoute la plus mons-" tnieuse ingratitude.
Peut-être , que scait-oft ? faudra-t-îl que J. C» , aux prochaines assises , lui tieniie compte de ce qu'après avoir blasphémé sa divinité aux yeux des hommes , après avoir nié sa mission > corrompu sa doctrine , avili ses succès , justifié les reproches des Juifs, les calomnies des païens, de ce que, dis-je, il Ta reconnu pour un grand homme{a)y doué de talens extraordinaires^ de ce qu'il a éXe^é sa morale , sous beaucoup de RAPPORTS , au-dessus de celle des pkiloso-phes qui Vai^oient précédé ; de èe qu'il ne lui a imputé aucun crime, intenté aucun procès sut les vérités qu'il a établies , sur les erreurs qu'il a détruites, sur les prodiges qu'il a &its , sur ceux qu'il n'a pas faits, sur les vertus qu'il a fait praiiquer, et sur celles qu'il a démasquées, sur les biens qu'il a produits dans le monde , et sur les maux qu'il y a laissés , parce que tout ce qu'il pourroit y avoir de criminel en tout cela aux yeux de M. Fé.., n'est autre chose que le fait des prêtres , successeurs des
(ja) Feaillade , p. 55o. Mahomet faisoit au moins de J. G. an grand prophète.
apôtres , qui en ont été les inventeurs. Grand Dieu! puisse ta yengeance, qui depuis tant d'années n'a cessé de frapper des têtes coupabl€^9 ne pas éclairer plus long temps, par ses sillons , les triomphes du prince de ténèbres ! £t TOUS, M. F...., qui vous précipitez dans un abîme célèbre par les victimes qu'il vient d'engloutir 9 jet qui est encore ouvert, qu espérez-vous , ou du moins qu'avez- vous espéré ? Avez- vous cru qu'en armant les puissances du siècle contre l'Eglise, vous parviendriez à la détruire ; qu'en vous précipitant tête baissée 4ans l'abîme , vous entraîneriez dans votre chute l'univers entier, pour annéantir l'œuvre de la rédempûpn ? Non , stupide mortel , des ^itrav'es seront mis a vos pieds , et vous périrez seul dans vos atroces projets (a), l'abîaie servira de tente à l'iniquité et à celui qui a méconnu Dieu et ses œuvres {b).
Prenez , Monsieur, prenez courage et suîvexmoi encore à travers ce cloaque d'impiétés ; 'endtu*cissez - vous aux absurdités , combattez
(a) Arctabuntur gressus virtutis tuœ et prœcipitahit te consUium tuum ( Job. XVIII , 7 ).
(i) Hœc sunt tabernacula iniqui j et isie ItM^us ejus qui ignorât Deum ( Ibid. XYIII , ai )*
(i89) cette douloureuse susceptibilitë du senscom-* mun qui s'irrite , qui se crispe en présence du crime qui dispute partout le pas à la folie.
Je suis forcé d'intervertir Tordre que je m'étois proposé ; je youlois suivre pas à pas M. F....; mais pour répondre aux absurdités des cinq et sixième chapitres , il est essentiel d'établir la divinité de J, C« ; ainsi nous allons examiner celui intitulé : De la personne dû- JésuS'-Christ.
Il y a » dans les ateliers de l'incrédulité, un certain nombre d'idées et d'expressions favorites , communes à tous les auteurs qui travaillent pour elle. Beaucoup n'y mettent que leur façon , qui souvent est peu difierentê de celle des autres. Les essais sur l'histoire géné-^ raie {a) , le traité de la tolérance (6), la trobième lettre sur les miracles (c) , le dictionnaire philosophique {d), lexamèn impartant (e), le christianisme dévoilé {f) , le militaire philoso-
(a) T. VIII , c. 62 , p. 374-
(b) Chap. XI , p»g. 97.
(c) Page 41.
{d) T. I » art. Ckristiaimme » p. âo8 i tom. II , art. Relîgiea , p. 25& '^e) Cbap.XI^p.67ic.XXI,»i7îe.XXV,»34 if) Pag. 9V
( igo )
phe (a) , 1 origine de tous les cultes, par Dupuis, Tesprit de vërité, par Alexis Diixnesnil, le projet de réunion de tous les cultes , fondus ensemble , ne produiroient les matériaux que d'un seul ouvrage. La monotonie n'est cependant pas faite pour plaire ; mais dans la bouche de l'impiété, elle n'a pu encore rebuter des hommes qui sacrifient tout au plaisir de ^entendre.
La divinité de J. C. est la pierre de scandale contre laquelle se sont venus heurter les premiers hérétiques ; aussi bien que les Juifs, ils ne pouvoient se persuader qu'un Dieu pût naître et mourir. Tel est le scandale de la Croix , sur lequel S. Paul a tant insisté , et auquel il ne vouloit pas donner atteinte. Où seroit cependant ce scandale, si J. C. n'eut été qu'un pur homme ? Mais cette vérité exerça de suite son empire sur l'homme : à son aurore^ elle maîtrisa ses affections, elle soumit ses sentimens, elle dirigea ses désirs, elle régna sur sa volonté; enfin, elle le subjugua sans produire d*autreS' titres que ses effets ; c etoient les seuls que l'homme fût en état de vérifier,. La vérité parut alors sur la terre comme la rosée au milieu des champs ; bien différente de la
(a) Pag. iqAL
( 19') doctrine des philosophes , elle ne parut pak d'abord dans les livres , elle n'ouvrit pas une école dans le Sanhédrin, dans le portique; les oeuvres extérieures ^ évidentes et sensi-blés , c est-à-dire les œuvre^ du Tout-Puissant» furent les seuls véhicules de sa propagation. Elle dompta , elle subjugua le savant et Tignorant, celui qui savoit lire et celui qui ne le savoit pas; ainsi , la divinité de J. C. fut établie parmi les hommes , avant qu'aucune écriture en eût consacré la mémoire. Déjà la foi en J. C. Homme-Dieu étoit répandue dans toute la Palestine, dans TAsie, dans la Grèce, à Rome ; déjà tous les enfans nés sur le Calvaire étoient marqués du signe de la Croix , qu'aucun Evangile n'étoit écrit.
Comment cependant un juif obscur , enfant d'un artisan , victime d'un infâme supplice » triomphe-t-il de la haine que sa nation inspire à tous les peuples , de l'horreur que laisse après lui un affreux gibet (a)? Comment triomphe-t-il,
(a) Triphon dit qàe J. C. est tombe dans l'exécra^ tion dont parle la loi , parce qu'il a été cracifië ( DUd. St. Justs cum Triph. , N.* 32 ).
Il dit qu'on lui persuadera difficilement que le Messie ait dd mourir sur une croix , parce qu'il est écrit dans la loi : Maudit est cehii qui pend au bois. ( Ibid. N.<> 89- >
( 19^ ) non-setilemeat d'une ville, d'une province, d'un peuple, mais encore des glaces du nord, des feux du midi , de Timmensité de TOcéan, des sables du désert, de l'âpreté des montagnes ? Conuuent la foi en un supplicié, dit Homme- Dieu, réduit-elle en peu d'années, sans ecritur^Sy sans imprimerie^ en une vaste province de son empire , l'empire du Capitole ? Comment celui dont il étoit écrit, maudit celui gui pend au bois^ range-t-ii sous sa loi le superbe Romain , le mol Asiatique , le voluptueux Indien , le Maure stupide , le fier Germain , le Scythe féroce. Rien n'est encore écrit, et déju toutes ces conquêtes sont faites; rien n'est altéré, rien n'est falsifié, et déjà la folie de la Croix , la foi dans l'Honune-Dieu a triomphé du prétendu empire des climats, de Tanupathie des esprits , des jalousies nationales , des rivalités, des intérêts, des sentimens, des inclinations , des mœurs et des coutumes.
Rien n'est encore écrit, et déjà toutes les passions sont debout, sont armées contre la vérité; la guérison d'un boiteux, opérée aa nom de J. C, crucifié, par Pierre et par Jean à la porte du temple , soulève le Sanhédrin , et lui dicte cette fameuse loi du silence j sur laquelle tant d'autres ont été calquées. — Rien n'est encore écrit, et déjà du haut du Capitole
( 193) 6n ordonne d'adorer les dieux ; du haut de la croix, Jésus ordonne d'aller à lui, et on y court à travers les supplices, les gibets, le fer,^ le feu, les tigres et les lions ; on y court comme les abeilles à la ruche.
Kien n'est encore écrit , rien n'est altéré , rien n'est falsifié, qu'à ces mots : Allezy baptisez toutes les nations^ au nom vu FÈREy vu Fils et vu Saint-Esprit^ la Pythonisse se tait et cesse de rapporter un profit criminel à son maître ; Démétrius , fabricant d'idoles à Ephèse, voit ses profits s'évanouir en présence de Jésus prêché par Paul. Rien n'est encore écrit, queles temples croulent, que les oracles se taisent, que le sang des victimes cesse de couler pendant que celui des chrétiens arrose les carrefours et les places publiques de tout l'empire romain (a) , et que le marbre et le bronze cessent d'être des dieux.
Sont-ce les livres saints qui ont opéré ces prodiges? —Non, ce sont les miracles de J. C. lui-même, ce sont ceux de ses apôtres , ce sont
(a) Il ne faut pas oublier que TEvangile de St. Matthieu , le premier de tous , ne fut ëcrit en hé^ brea que huit ans , celui de St. Marc seize ans , celui de St. Luc vingt ans, celui de St^ Jean soixantecinq ans après l'Ascensiob. '
( i04 ) ceux de leurs successefirs qui ont engendré lé miracle dont nous sommes aujourd'hui témoins ^ celui de la catholicité.
Ainsi , comme les apôtres n'ont point établi TEvangile avec des livres, nous ne prouverons pas les faits évangéliques par nos livres , mais nos livres par les faits , et nous irons chercher la preuve des faits chez nos ennemis mêmes. Nous ferons comparoître les juifs et les païens j ce sont eux qui viendront ici rendre témoignage à la divinité de Jésus - Christ en présence de M. Feuillade.
Nous voyons dans toutes les pages des Evangiles 9 qu'à la vue des miracles de J, C. , les Prêtres et les Pharisiens ne pouvant en nier la réalité, en attrihuolent la cause aux démons , qu'ils accusoient J. C. de blasphémer , lorsqu'il ' se disoil le Christ , le Messie , le Fils de Dieu; voilà des faits , et à l'appui de ces faits , ouvrons leur Talmud , et nous les entendrons aujourd'hui rendre le même témoignage aux miracles de J. C. , et à la qualité de Fils de Dieu qu'ils l'accusoient jadis d'usurper.
Interrogeons leur tradition , nous les entendrons partout justifier leur crime de déicide , eu l'accusant de magie dans ses œuvres de
( 195) toute-puissance , et de blasphème dans ses discours (a).
(a) On peot consalter l'extrait que nous en avons donne dans notre Traité des fêtes mobiles { T. li 9 page 12 et suivantes. )
On lit dans les Sepker Toldos Jeschu , c*cst-hdire , liyre des génératioris de Jésus (i) , que Jësas , après avoir enlevé dans le Saint des Saints le nom ineffable de Dieu , fit des prodiges , passa aussitôt à Bethléem , lien de sa naissance. Oii sont , dit-il , aux Bethléëmites , ceux qni disent que je suis né d'ane ^ adultère ? Ma mère m'a enfanté sans cesser d'être Vierge ; Je suis le Fils de Dieu ; c'est moi qui ai créé le monde ; c'est de moi qu'Isaïe a dit : Voici qu'une vierge concevra. Les Bethléëmites lui dirent : Prouvez-nous par quelques miracles que rous êtes Dieu, jy consens j leur répondit-il; apportez-moi un homme mort , et je le ressusciterai. Ce peuple court avec empressement ouvrir un tombeau où ils ne trouvèrent que des ossemens secs ( L'EvangiU n'en dit pas tant ; il put déjà , dit-il seulement ) , les ayant apporté devant Jeschu , il rangea tous lefl^ os , les revêtit de peau , de chairs , de nerfs , et rendit la vie à cet homme. Ce peuple étant trans^* porté d'admiration à la vue de ce prodige 9 quoi \ leur dit-il , vous admirez cela ! Faites venir un lépreux , il le guérit sur-le-champ, en prononçant
(x) Ce IWre a été composé par les Juif^i, dans le quinzième siècle y pour inspirer à leurs enfans du méf r s et de Thoirreur contre Jésus- Chrbt , par les plus inHimes calomnies.
( 196 ) . ISoii$ lisons dans S. Justin (dialogue arec Tryphon, n.®io8), qu'à peine les apôtres eurent annoncé la résurrection et l'ascension de J. C. , que les Jui&, composant le Sanhédrin, envoyèrent des personnes par toute la terre , et publièrent de tous côtés que la nouvelle secte des chrétiens avoit pour auteur un nommé Jésus
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cle même le nom ineffable ( de Dieu ) ; les Bethléémites , frappes de ces merveilles , se prosternèrent devant lai , l'adorèrent en lui disant : vous êtes
BÉELLEMEIIT LE FILS UE DiEV*
. Dans les mêmes livres , les Juifs font comparoître Jeschu devant la reine Hélène » ëpouse du roi Jannëe (Lliistoirc ne fait mention d'aueune reine ^ d'aucun roi de ce nom qui ait jamais régné dans la Judée i ils défigurent ici la comparution de Jésus « Christ devant Hérode ). Là , il dit devant elle : Je SUIS LE FILS UE DiEu ; c*est moi que David mon aïeul a eu en vue lorsqu'il a dit : Le Seigneur ma, dit : yous ÈTSis MON FlLS » je vçus ai engendré, d* aujourd'hui; et dans un autre endroit : Le Seigneur^ a dit à mon Seigneur : Asseyez --vous à ma droite^ Je vais donc monter à mon père céleste et m'as^ seoir à sa droite ; vous le verrez de vos yeux-
Dans le Talmud , au traité du Sanhédrin » on.lU ces paroles : La veille de Pâques , Jésus fut pendu j;. avant que de le faire mourir , on fit publier pendant quarante jours par le crieur public : " Jésus )} sera lapidé 9 parce qu'il a exercé la icAQiEf qu'il ^
( Ï97 )/ de Gûlilt^e, qu'ils avoient fait mourir en croix;
mais que ses disciples étant venus pendant la
nuit , avoient enlevé son corps du tombeau où
on lavoit mis ; que par ce moyen ils trompoieût
les hommes en leur faisant croire qu^il étoit
ressuscité et monté aux deux , qu^îl étoit le
Fils de Dieu , et que sa doctrine , qu'ils se vanr
toient d'avoir apprise de lui , étoit une doctrine
impie, détestable et sacrilège. A côté de ce
témoignage fourni par S. Justin , qu'on place
celai des Sepher ToldoSj que nous venons dç
citer, et que l'on compare.
L'aveuglement des Juifs fut dès le principf^
ce qu'il est aujourd'hui , un argument invincible
»> séduit et porté le peuple à des cultes profanes. »> Si quelqu'un sait quelque chose qui paisse Tercuser , 99 qu'il paroisse et qu'il le fasse connoître. »» Comme on eut rieu trouve à sa décharge , ils le firent pendre la Teille de Pâques... (Yagenseil, Tela ignea Satané t. I , p . i8. )
11 faudroit , pour donner ii ces preuves tonte leur étendae , copier les Talmud , et toute la tradition rabînique publiée en hébreu , et traduite en latin par Yagenseil ; l'histoire de Jésus composée par lés Juifs, publiée par Huldrich; celle publiée parBasnage. Mais nous en avons assez dit pour pouvoir demander à M. F.... , si ce sont les Juifs qui ont composé nos Evangiles , et si ce sont les pères du concile de NIcéc et Constantin qui ont fabriqué les Talmu4.
( '98 ) fèïï favetir de la divinité de J. C. et dé ses miracles contre les païens et les philosepjhes. Céloit leur témoignage qu'invoquoient en face des païens Arnobe , Origène , Tertiillien , S. Jean-Chrysostôme , Isidore de Séville. Les miracles opérés, soit par J. C. , soit an nom de J. C, par les apôtres , avoient laissé parmi eux de si profonds souvenirs, que, pendant plusieurs siècles , ils employèrent le nom de J. C. comme iin caractère magique pour guérir les malades (à).
A côté de ces témoignages , plaçons immédiatement ceux que nous ofiVent les païens eux-mêmes. Ici notre embarras sera extrême dansle choix de cette multitude de preuves qui viennent en foule se présenter sous notre plume ; mais nous placerons au premier rang les actes du procès de J. C. , envoyés par Pilate à Tibère , et nous en discuterons Tauthenlicité en présence de M. Feuillade , parce qu'il les a cou-testés.
Ce trait historique a fourni à Tertullien et au philosophe Justin un argument irrésistible
(a) Oq peut consulter l'histoire da comte Joseph , rapportée par ËpiphaDc j le livre Avoda 2»ara da Talmad de Jérusalem ; le traite Sckiahath du même Talmud , celui de Y Idolâtrie dans le Talmad de Pabjlor.e ; enfin , les annales de Baronius {T. I, anno 65 ,
( ^99 ) «D faveur de la divinité de J. C. , argument que lès premiers ennemis du christianisme ont respecté , que les philosophes du jour, et M. F..,., leur triste écho, s'efforcent vainement^ non pas de réfuter , mais d'anéantir.
Tertullien invoque ces actes , les oppose aux païens, comme nous invoquerions aujourd'hui le Bulletin des lois et le Moniteur. Ces actes étoient alors déposés dans les archives de Rome^ Voici les termes dont il se sert dans son apologie, à propos de ce qu'un Dieu ne pouvoit être Dieu à Rome sans le consentement du sénat : « Tibère, dit-il, sous lequel le nom » de chrétien a commencé d'être connu, in- » formé de la Palestine des faits qui cara(> » térisoient un personnage dii^in , en fit son » rapport au sénat, et proposa de le recevoir » au nombre des dieux , en l'appuyant de son » suflfrage. Le sénat rejeta cette proposition » parce qu'il n'avoit pas été consulté d'abord. »
Dieu, ajoute Tertullien (a) , ne permit pas que son fils fût confondu avec les faux dieux que les hommes se faisoient eux-mêmes. Tibère demeura dans son opinion, et menaça de mort ceux qui accuseroient les chrétiens. <* Consultez
(a) Tert. , Apolog . , c V , N.* ài.
r> VOS Magistrats, continue ce père de Téglise ^ >> et vous verrez que Nëron est le premier D qui ait sévi contre notre religion. »
S. Justin, dans sa première apologie adressée aux empereurs , au sénat, leur dit : « que J. C, » ait été crucifié , que Ton ait partagé ses habits , » vous pouvez rapprendre par les actes dressés y» SOUS Portce'Pilat€{a)\ qu'il ait été prédit que » le Christ guériroit toutes les maladies et res* » susciteroit les morts , vous pouvez vous en » convaincre par les paroles du jwophète (ô) ; j> qu'/7 ait opéré ces miracles^ vous pommez » en être informé par les actes dressés souS » Ponce^Pilate^y*
S. Chrysostôme, dans sa vingt-septième ho » mélie sur la seconde épître aux Corinthiens , produit aux païens ces actes, que personne alors ne s'avisolt de contester et de révoquer en doute.
Enfin , rhlstorien Eusèbe, non-seulement fait mention de ces actes, mais rapporte même un fragment de la lettre de Pilate à Tibère; et parce qu'on y remarque cette phrase importante, ^immédiatement après la résurrection de
J. C. BEAUCOUP CRURENT FERMEMENT QU'iL
(a) St. Just. Apol. L^^e , n.« 55.
(è) Isaïe , XXXV , 6.
iroiT Dieu {a) , ei parce que celte phrase contrarie les principes de M. /^•••. (Jb) , et parce que la divinité de J* C. y est établie long-temps avant le concile de Nicée, M. Feuil'^ lade se contente de la citer en latin, sans la traduire.
Je conviens que ce témoignage est pénible, qu^il est embarrassant , qu^iV contrarie les principes : avant M. Feuillade ^ les Sociniens Tavoient nié , et c^étoit plutôt fait ; mais celui-^ ci , par délicatesse de conscience , n'a pas osé en venir jusque-là, il s'est contenté d'assembler des nuages pour Tobscurcir. Il est curieux de voir ce Jupiter assemhle-nues , travailler et suer , lorsqu'il a eu K mal-adresse ou la sotte présomption de se mettre en présence d'un argument qui contrarie les principes.
Tous les historiens , dit-il , ne sont pas ér accord sur la teneur de la lettre que Pilote écrivit a Tibère dans cette occasion / ce gui proui^e qu'elle a été sujette a des jiZTÉRATiONs j comme tant d'autres écrits.
(^) Tune etiam quo pacto post mortem denuo à mariuis suscitatus , jam Deus à muUis pro certo croderetur.
(^) Expression farorite de M. F..».., lorsqu'il T«ut rejeter un titre.
, Quels sont-ils ces liisloriens ? En connoissezvous d'aulreç qu^Eusèbe ? Si vous enconnoissez , pourquoi laissçz-vous échapper roccasion d'é*laler votre science ? Quant à moi , j'avoue mon ignorance ,, je n'en connois aucun qui ait parlé de ces actes comme historien, que Tévêque deCésarée: Voulez-vous, après dix-sept siècles de prescription , nous parler de Tanneguy-Le fèvre, deLeclerc, de l'auteur des Lettres à Sophie, philosophes déistes qui, dans le dernier siècle , n'ont pas été d'accord sur la teneur de cette lettre^ et ont cherché comme vous à obscurcir ce témoignage? Sont-ce là vos historiens ? L'autorité est plaisante; c'est comme si, dans quelques années , on venoit à vous citer vous-même pour un critique, un historien, une autorité. Ne ririez- vous pas de l'honneur qu'on vous feroit ? Mais si cette assertion des premiers pères de l'Eglise est hasardée, pourquoi Paul de Samosate, Celse, Arius,^ui connoissoient les actes de Pilate, qui cX)nnoissoient les apologies de Tertuliien et de Justin , n'ont-ils pas osé les attaquer ? C'est parce que les archives de Rpxne étoient-là , c'est parce qu'elles leur imposoient silence. Le silence des premiers ennemis du christianisme sur ce fait doit également clore la bouche à ceux d'aujourd'hui.
Au reste , si quelques déistes tnlèressès se sont inscrits en faux, après 17 siècles de prescripiion, contre le témoignage de Tertullien, de Justin, de S. Jean-Chrysostôme , d'Ëusèbe^ d'autres ennemis du christianisme tels que Fabricius, Hasaeus, Havercamps , Mosheim, tous critiques et historiens protestans (a) , les ont tous amplement vengé de toute supposition; nous invitons M. le Vicaire de Privas à continuer ses études.
Mais ce qui est curieux dans sa bouche , c'est que malgré que la lettre de Pilate soit suspecte, Tédit de Tibère, qui n'en est que la conséquence, est avéré. D'où vient cette étrange concession ? C'est que pour prouver que la propagation de l'Evangile navoit rien de merveilleux , qu'elle étoit naturelle, il falloit en attribuer la cause à Tédit de Tibère; car vous ne vous en seriez jamais douté , c'est l'édit de Tibère qui a converti S* Paul (b)\ ainsi, l'édit de Tibère sera vrai^ parce qu'il s' accorde avec les prin^ cipesj et la lettre de Pilate, quîaprovoquél'édît, sera fausse, parce qu'elle prouve la croyance de tous les chrétiens en la divinité de J. C. , tout de suite et immédiatement après sa résurrection.
(a) Instit. hist. ecclésiast. ( /*** pars , cap, IV^ S- 9)*! (6) FeuiL , T. I. , p. 5o5.
Mais si M. F.... veut ariëantir tout ce qui co/Z'* trarie ses principes , il a bien d'autres témoignages à détruire 9 il faut qu'il arrache toutes les pages où Tacite , Dion , Suétone , Plutarque , Macrobe , Chalcidius , Phlegon , Thallus dans ses histoires syriaques , Josephe , viennent rendre témoignage aux principaux faits de TEvangile ; il faut qu'il anéantisse toute l'histoire profane.
C'est dans l'impiété du paganisme , c'est dans la satyre grecque de Philopatris , que l'on attribue communément au poète Lucien , qui vivoit sous Trajan dans le premier siècle , et que des critiques attribuent à un auteur encore plus ancien , que nous puiserons une preuve que les premiers chrétiens ont cru, comme aujourd'hui, non-seulement à la divinité de J* C. , mais encore an mystère de la Trinité » tel que le concile de Nicée l'a défini. Faites-y^ attention , M. Feuillade , cette preuve n'est pas à mépriser ; il faudra la détruire.
Critias. Par qui veux-tu donc que je te jure ? Triphon , par le Dieu qui commande en haut, grand, immortel, demeurant dans les Gieux, LE Fils du Père^ l'Esprit procé-- DANT DU Père , un de trois , et trois d'un .• Pense que ces trois sont Jupiter , et qu'il est Dieu.
Crltias» Tn m'apprends à compter, et toa jurement est une arithmétique; car tu comptes aussi bien que Nicomaque le Gérasénien : je ne sais ce que tu dis : un trois, trois un. Entends-tu parier du nombre quaternaire de Pythagore, ou du nombre huit^ ou du nombre trente f
Triphon. Ne parles point des choses d'îci-bas qui doivent être enveloppées dans un profond silence,... Car j'ai éprouvé ce que tu éprouves, quand je rencontrai ce Gaiiiéen, chauve par devant (S. Paul), au nez aquilin, qui a été enlei^é au troisième ciel y à trai^ers les airs^ où il apprit les plus belles choses du monde , il nous a renoui^elés par Veau ( voilà le baptême bien marqué, quoiqu en dise lé Vicaire de Privas ) ; il nous a fait marcher sur les traces des bienheureux , il nous a rachetés de la société des impies , et je te ferai , si tu m écoutes, un homme véritablement homme.
Critias. Parle , ô très-savant Triphon ; car je commence à avoir peur.
Triphon. As-tu lula comédie d'Aristophane, intitulée : les oiseaux t Critias. Sans doute.
Triphon. On y lit qu'au commencement étoit le chaos et la nuit , le noir Ërebe et Tample Tartare, sans qu'il y eut ni terre ni ciel.
Critias. Tu dis bien. Qu'y eut-il après?
( ao6 )
Triphon. II y avoit une lumière incorrnptible , invisible , incompréhensible , qui dissipa les ténèbres, qui débrouilla le chaos par un seul mot qu'elle prononça , comme Ta écrit le Bègue (Moïse) qui afiermit la terre sur les eaux, qui étendit le firmament , qui forma les étoiles fixes , ces astres que tu adores comme, des dieux , et leur prescrivit leur route ^ qui embellit la terre de fleurs, et tira l'homme du néant ; elle est da^ns le ciel d'où elle contemple les justes et les injustes ^ écrivant dans des livres les actions d'un chacun, pour rendre à tous, selon leurs œuvres, au jour qu'elle a marqué pour cela (a)
Crilias. Réponds-moi, Triphon, ce qui se passe en Scythie, s'écrit-il aussi dans le ciel?
Triphon. Oui, tout s'y écrit, puisque Qirist a été parmi les nations.
Critias. Il faut qu'il y ait bien des écrivains dans le ciel pour écrire tout ce qui se passe ici-bas*
Triphon. Parle mieux, et ne dis rien de bas ou de vil de la divinité; mais te faisant mo]> catéchumène, crois ce que je te dirai, si tu veux vivre éternellement. Dieu a étendu le ciel comme une peau, fondé la terre sur les
(a) Reconnaissez . TOUS M. F.... dans cette satyre impie , le christianisme ; c'est ainsi qne l'impiété % Terreur , soutiennent , appuient la vérité.
eaiiï, formé les astres, et tiré l'homme du néant, Qu^y a-t-il de surprenant si les actionis de tous les hommes sont écrites ? Car si tu avois bâti quelque petite maison , dans laquelle tu aurois assemblé plusieurs domestiques de lun et de Tautre sexe , tu serois instruit de tout ce qu'ils feroient, quelque peu ibonsidérable qu'elle fût : combien donc est-il plus probable que Dieu, qui a tout créé , connoisse toutes choses , et qu'il fasse attention aux pensées et aux action^ d'im chacun ? Car pour tes dieux , ils passent pour des chimères dans l'esprit des sages.
Critias. Tu parles à merveilles : mais tes: discours ont produit dans moi tout le contraire de ce qui arriva à Niobé ; car de statue ils m'ont rendu homme ; c'est pourquoi je te jure, par le Dieu dont tu m'as parlé, que je ne te ferai aucun mal.
Triphon. Si tu m'aimes véritablement, tu ne me traiteras point comme un étranger, et ta parole ne sera point contraire à ta pensée : dis^moi donc ces choses admirables » afin que j'en sois aussi surpris, et que j'en sois changé, non de la riianière que le fut Niobé , qui perdit la parole , mais que devenu rossignol, j'aille chanter dans un pré fleuri mon admirable surprise.
Critias. Cela n'arrivera pas , je te le jure par LE Fils issu du Père.
Triphon. Parle après en avoir reçu la puissance de l'esprif , je t entendrai paisiblement.
Critias. J'ëtois allé dans une des rues de la ville acheter ce dont J'avois besoin : j'aperçus une troupe de gens assembles qui chuchetoient à Toreille les uns des autres, et qui, poiu* mieux entendre , coUoient leur oreille sur la bouche de celui qui parloit. Je regardai avec soin tous ces hommes , pour voir si je n'y découvrirois point quelqu'un de mes amis, lorsque j'aperçus le politique Cratou , avec qui je suis ami dès l'enfance, et avec lequel j'ai mangé fort souvent.
Triphon. Je sais qui tu veux dire : c^est celui qui est préposé au répartement des tributs t qu'arriva-t-il ensuite ?
Critias. Je m'approchai de lui après avoir fendu la presse; et l'ayant salué ^ j'entrouïs un petit vieillard tout cassé , nommé Caricene , qui commença à dire d'une voix grêle et parlant du nez, après avoir bien toussé et craché : celui dont je viens de parler, dit-il, payera les rester des tributs, acquittera toutes les. dettes, tant publiques que particulières , et recevra tout le monde sans s'informer de la profession. Il dit plusieurs autres fadaises , qui furent également
( ^09 ) applaudies par ceux qui étoient présens , que la nouveauté des choses rendoit fort attentifs. Un autre nommé Clevocarme , sans chapeau ni souliers, et couvert d*un manteau tout pourri, parloit entre ses dents ; ce fut un homme mal vêtu qui venoit des liiontagnes, et qui avoitla têtei-ase, qui me le montra. Ce Clevocattne, dis-je, applaudissant au discours de Caiicene, dit que le nom de ce libérateur étoit écrit dans le théâtre en lettres hyérogUfiques , et qu'il coHvriroit d'or le grand chemin. Ces songes, leur dis-*je , selon la doctrine d'Aristandre et d'Ârtémidore, ne vous pronostiquent rien de bon ; car il faut prendre tout le contraire, et croire que les dettes de Tun multiplieront, et que Tautre n'aura souvent pas une obole. Il me semble que vous vous êtes endormi sur le rocher de Leucade, ou parmi le peuple des songes, de faire de semblables rêveries si proche de la nuit. Mais me tournant vers Craton, n'ai- je pas bien deviné, lui dis-je, et n'ai-je pas expliqué ces songes suivant les règles que donnent Aristandre et Artémidore? Tais-toi, me dit-il , Critias ; car si tu veux m'écouter , je t'apprendrai les plus grands mystères , et je te ferai connoître l'avenir ; ce qu'on t'a raconté ne sont pas des songes > ce sont des choses qui