‹ Réponse critiqueChapitre 18 sur 31 · IO · texte numérisé non relu

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arriveront véritablement dans le mois qu^on pomme Messori. Ayant entendu Craton parler' ainsi , et connoissant par là le peu de solidité d^esprit de ces gens, je rougis et me retirai tout triste, blâmant beaucoup Craton. Mais l'un d'entre eux qui avoit le regard farouche , me tira par le manteau, croyant que je fusse des leurs ; et à l'insligation de cette ancienne divinité , me persuada à la malheure de me trouver à l'assemblée de ces magiciens ; car il disoit qu'il savoit tous leurs mystères. Nous avions déjà passé le seuil d'airain , et les portes de fer, comme dit le poète, lorsqu -après avoir grimpé au haut d'un logis par un escalier tortu, nous nous trouvâmes , non pas dans la salle de Ménélaûs, toute brillante d'or et d'ivoire , aussi n'y vîmes-nous pas Hélène; mais dans un méchant galetas, où contemplant tout, comme ce jeune étranger dans Homère, j'aperçus des gens pâles , défaits, courbés contre terre, qui n'eurent pas plutôt jeté leurs regards sur moi y qu'ils nous abordèrent joyeux, en nous demandant si nous n'apportions pas quelque mauvaise nouvelle ; car ils paroissoient désirer des événemens fâcheux ; et semblables aux furies , ils se réjouissoient des malheurs. Après s'être quelque temps parlé à Toreille, ils me denaandèrent qui

j'étois? d'où j'etoîs? quelle ëtoit ma patrie? quels étoient mes païens? Car à tous voir, me dirent-ils, on vous prendroit pour un Chrèst. Je leur répondis : à ce que je vois, il y en a peu qui soient Chrest. Critias est mon nom , j'ai la même patrie que vous. Ces hommes qui marchent dans les airs m'ayant demandé des nouvelles delà ville et du monde, je leur dis : tous sont dans la joie, et y seront de même à l'avenir; mais fronçant le sourcil, ils me ré-* pondirent qu'il n'en seroit pas ainsi, et qu'il se couvoit quelque mal dans la ville , qui étoit tout prêt à éclore. Feignant d'entrer dans leurs sentimens, je leur dis : vous qui êtes élevés dans le ciel, et qui de là voyez toutes les choses d'ici-bas, vous avez découvert ce qui devoit arriver dans la ville : mais dites-moi , je vous prie , ce qui se passe dans le ciel ? N'arriverat-il point bientôt quelque éclipse du soleil par l'interposition de la lune? Mars regarde-t-il Jupiter de travers ? et Saturne le soleil en diamètre ? Ne se fera-t-il point quelque conjonction de Mercure et de Vénus ? qui sont ceux que vous aimez ? qui enverra de la grêle et des orages ? qui causera la peste ou la famine? Ce grand vaisseau suspendu qui enferme le tonnerre et la foudre, ne crevera-t-il point sur nos têtes ?

Là-dessus, comme s'ils eussent eu cause gagnée, ils commencèrent à débiter les choses où ils se plaisent : que les affaires alloient changer de face, Rome être troublée par des divisions , et nos armées être défaites. Alors ne pouvant plus me contenir , et tout enflammé de colère y je m'écriai: ô misérables, ne vous repaissez pas de ces vaines paroles , aiguisant vos dents contre des hommes qui ont le courage des lions, et qui ne respirent que les armes. Que les maux que vous annoncez tombent sur vos têtes , puisque vous aimez si peu votre patrie; car vous n'avez pas appris cela dans le ciel, et n'êtes pas fort versés dans l'astrologie : que si vos divinations et vos prestiges vous ont persuadé cela, c'est pour vous une double ignorance; car ce sont des contes de vieilles, et dont on fait peur aux petits enfans ; ces sortes de choses sont du goût des femmes.

Triphon. Et que te répondirent ces hommes à tête rase , et qui ont l'esprit de même ?

Critias. Us passèrent cela doucement, et eurent recours à leurs échappatoires ordinaires \ ils dirent qu'ils voyoient toutes ces choses en songe, après avoir jeûné dix soleils, et passé les nuits à chanter leurs hymnes.

Triphon. Et que leur répondis-tu ? car ils te dirent des choses bien extraordinaires.

Critias. Sois tranquille : je leur répondis bien , je leur dis ce qu'on a couti^me de leur dire , que ce qu'ils annoncent ne sont que des songes ; alors avec un faux souris , ils s'avancèrent un peu hors de leur petit lit sur lequel ils se reposoient. O hommes célestes , leur dis* je , si ce que je vous dis est yrai , jamais vous ne découvrirez sûrement les choses à venir; mais faussement persuadés par vos rêveries ^ vous débiterez c^ qui n'est point et qui n'arrivera jamais ; je ne sais pourquoi vous vous attachez à ces bagatelles , et pourquoi vous croyez à des songes : je ne sais pourquoi vous avez en horreur ce qui est bon , et que le mal seul vous plaît; mais vous n'avancez rien par là. C'est pourquoi , quittez ces imaginations , ne débitez plus ces oracles qui n'annoncent que du mal , de peur que Jupiter ne vous donne en proie aux corbeaix, à cause des maux que vous sou-* haitez à votre patrie, et parce que vous la déchirez par vo> discours* Mais ces hommes » tous animés d'un même esprit , me réprimandèrent Âirtement ; et, si tu veux, je t'ajouterai ce qu'ils me dirent, qui me rendit muet comme une statue, jusqu'à ce que tes discours m'ont res*- Mscité.

Triphon. Tais-toî, Critias^ ne me débite pas davantage de ces bagatelles; car Urne semble que j'enfle comme ceux qui ont avalé du poison ^ ou qui ont été mordus de quelque bôle venimeuse; et si je ne prends quelque breuvage qui me fasse reposer, et oublier tout cela, le seul souvenir m'en demeurant dans lesprit , est capable de me causer bien du mal. Laisse-les donc là commençant ton oraison par le père y avec le célèbre cantique â la fin.

Je demande à M. F si c'est Constantin ,

si ce sont les pères du concile de Nicée qui ont écrit cette impie satyre sur le christianisme ? Y reconnoît-il l'histoire de S. Paul ? Y reconnoit-il , à travers lés blasphèmes du paganisme, le baptême , loraison dominicale , les épreuves des catéchumènes , les jeûnes , les prières des chrétiens, leur détachement au milieu des persécutions , des biens terrestres ; voilà une pièce à brûler, parce quelle contrarie les principes m Nous pourrions encore lui citer l'histoire de Péregrin , écrite aussi par Lucien.

Passons à d'autres. Hiéroclès, païen, gouverneur d'Alexandrie , écrivit , l'an 290 , soa Philalethe.

Comparant les miracles de J. C. avec les prestiges d'Apollonius, d'Arysthée le Proconé-

sien, de Pythagore et de quelques anciens, il ajoute : « Â quel dessein vous rappelois-je ces » merveilles ? afin que vous puissiez comparer » ensemble le jugement solide que nous portons » de chaque chose et le peu de solidité d'esprit » des chrétiens ; puisque nous ne regardons » pas comme Dieu y mais seulement conune » Tami des dieux un honmie qui a opéré de si » grandes merveilles, et que les chrétiens y au » contraire , publient que J. C. est Dieu à » cause de quelques petits prodiges qull a » faits (a). »

Dans Arnobe , les païens répètent les sottises que les juifs avoient répandues ; ils accusent J. C. , d'avoir été un magicien y et comme dans la Misna , dans la Gemarre , dans les Talmud juifs , ils Taccusent d'avoir volé dans les sanctuaires d'Egypte les noms des génies puissans , et sa doctrine la plus cachée (b).

Lactance rapporte un oracle de TAppoUon de Milel , qui , comme le Vicaire de Privas , déclare que Jésus étolt un homme sag^(c)'y^

(a) Apud Euseb. ( pag. 5i2 , D. )

(6) Magusfuit , clandestinis artibus omnia illa patefecit egyptorum ex ad^-tis angelorum nomina 9 et remotas furatus est disciplinas (Arnob., 1. 19 p. 25.) ^

(c) Qu'on dise maintenant que M. F,... ne parle pas comme an oracle.

mais plus franc que celui-ci, il dit aussi qu7//r fait des prodiges , non par la puissance dii^ine , mais par celle de la magie (a).

Celse disoit que les chrétiens faisoient pa^ rade de prodiges , tandis que Platon , qui avoit découvert les plus grandes vérités, n'en avoit pas fait ostentation , et n'avoit pas exigé qu'on le crut Dieu (6).

Le proconsul Martien dit à S. Achate , où sont les magiciens compagnons de ton art ? Ubi sunt magi socii artis tuœ (c).

Eusèbe, dans sa démonstration évangéiique, après avoir décrit l'étonnant prodige de la propagation de la foi , s'adressant aux païens , leur dit : Voilà les succès de ce nouveau mu^ gicien ; voilà les enchantemens de celui que voYis appelez un séducteur ^ tels sont les disciples de Jésus ; vous dites qu'il a été magicien , vous rappelez un sorcier , un fourbe très^adroit ; vous dites qu'il a eu des impos-teurs pour maîtres, qu'il a été instruit des sciences les plus secrètes des Egyptiens, par

(a) Apud Lactan, , lib. YII.

(&) Origen. adver. Cels.^ 1. VI , n.« 8. (c) Actes de St. Achat. Dom Raynard , p. 14a,

le

le moyen desquels il est devenu tel qu'on . le publie (a).

Triphon exige de S. Justin qu'il lui prouve qu'il y a une autre personne divine que le Père (b); il prétend qu'il est impossible de démontrer que Dieu ait daigné naître, se faire homme et mourir (c). Qu'esi-ce que les païens trouvent d'absurde? dit S^ Aihanase; c'est ce que nous enseignons de V incarnation du f^erbe (d).

Vous,, chrétiens, disent-ils dans Origène, pouvez-vous dire qu€ nous offensions le Dieu souverain en adorant quelqu'un avec lui y puisque vous adores comme Dieu y Jésus son Ministre (e) /

A toutes ces preuves et à tant d'autres , que nous supprimons pour ne pas fatiguer le lecteur chrétien, nous n'en ajouterons qu'une;. nous •prions M* F.,., d'y faire attention, parce que nous saurons en déduire des conséquences : nous la puiserons dans Julien l'Apostat et dans Porphire , qui vivoient peu de temps après Constantin, après le coi^cile deNicée, cest-

â-dire l'an 363.

■ '■-"■■ ■ ' ' ■ ■' ' ■'"-" " ■ I iiii II I 1 1^ Ça) Démonst. évangeL , lib. lîl , cap. 8. (A) DiaL St. Just. cum Thrjrph. , n.» 55^ (c) Ibid, , n.«68. (d) De incarn. Verb. ,n.«4i. (é) Adversus. CjcIs. , 1. VI , n.« 7.

Pendant le voyage que fit Julien contre les Perses , il composa son grand ouvrage contre les chrétiens ; il fîit secondé par les philosophes Libanius et Maxime ; c'étoit une répétition de ce que Celse avoit déjà dit : il n'en différoit que par la forme. On y remarque^ comme dans tous les ouvrages impies » des témoignages précieux à la foi catholique , d'autant plus forts , qu'ils sont moins suspects.

Après avoir relevé, les ^fraudes choses,, qu'il prétend avoir été faites depuis plusieurs siècles par ses dieux et par ses héros, il ajoute : «f il y a trois cents ans que Jésus est renomme 9» pour avoir persuadé quelques misérables , sans » avoir rien fait digne de mémoire pendant le 9 temps^p'ila vécu, si ce n'est que l'on compte » pour de grandes actions dai^oir guéri les n boiteux et les a^^eugles , et conjuré les » possédés dans les bourgades de Betsaîde » et de Béthanie. » Julien reconnoît manifes-* tement la vérité des faits évangéliques ; peu importe qu'il les juge merveilleux ou méprisables, il témoigne aussi que les chrétiens adoroient le Fils de Dieu , puisqu'il leur en fait un reproche , comme s'ils contrevenoient à la défense d'adorer un autre Dieu que le Père, et puisqu'il avoue qu'il ne convenoit pas d'adorer deux ou trois dieux*

( 2Ï9 ) En ce même endroit , il assure encore que les chrétiensne cessoient point d'appeler Marie, mère de Dieu , Theotocon^ et il nous le répète souvent : voilà ce qui est important pour la suite des preuves. Il prétend que saint Jean l'évangé* liste est le premier qui ait parlé clairement de la divinité de J« C. ; c'est ainsi qu'il s'explique ; « Vous êtes si misérables ^ que vous ne vous en » êtes pas tenus à ce que les apôtres vous avoient » enseigné ; mais ceux qui ont suivi l'ont encore » poussé à une plus grande impiété. Car ni Paul y » ni Matthieu , ni Luc » ni Marc n'ont osé dirç » que Jésus fût Dieu ; mais le bon homme Jean » voyant que cette maladie a voit déjà gagné untg • grande multitude en plusieurs villes de Grèce »: et d'Italie ^ ^prenant aussi, comme je crois , » que l'on révéroit, quoiqu'en cachette , les se- » puicres de Pierre et de Paul , a osé l'avancer » le premier ; et ayant un peu parlé de Jean-Bap- » tiste, il revient au Verbe qu'il annonce, etdk: » Le Verbe a été fait chair et il a habité parmi 9 nous. » Julien reconnoit donc ici que saint Jean A enseigné clairement la divinité de J. G. , et il le dit encore expressément ailleurs.

Ëhbien ! mainteiiant, M. F..,.) comprenez vous toute retendue du Raisonnement que

je puis vous faire, toutes les conséquences des preuves que je viens d'ëtablir ?

Je vous ai prouvé deux faits :

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