PREFACE
L'ouvrage que nous réfutons ici ne parut ijue dans le printemps de i8ig, quoiqu'il eût été composé en 1814 et imprimé en 181 5. Depuis long-temps les presses de Lyon n avoient pas enfanté une production aussi scandaleuse. Son apparition fut comme, un météore de sinistre présage; sous les tentes des enfans de Jacob , la consternation fut aussi grande , que la joie dans le camp des Philistins. Cétoit un enfant d'Aaron dont les ennemis du Dieu d'Israël venoient de faire la conquête. A les entendre, on eût dit que ce transfuge avoit emporté avec lui l'Arche Sainte. J'ai entendu moi-même des personnes distinguées plus à la vérité par leur fortune et leur rang , que par leur instruction et leur moralité, dire hautement dans une société nombreuse, que cet ouvrage était s^ns réplique , qulldéchiroit le voile j et qu^ enfin la Religion
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et ses prêtres étaient démasqués. MM. les Vicaires-Généraux reçurent en même temps plusieurs lettres qui les avertissoientdu scandale qu'il produisoit. Devoit-on le réfuter ? Voilà la question sur laquelle les opinions fur«it partagées. Les uns soutenoient qu'on devoit abandonner cet ouvrage à lui-même, qu'il ne pouvoit trouver d'accès que chez les personnes corrompbes; que dépourvu de de tout agrément littéraire , le poison en étoit trop grossièrement présenté pour séduire Tinnocence ; d'autres voyoient le scandale dans le nom , dans la qualité , dans l'âge, dans la prétendue science, et;, disons-le, dans les mœurs de l'auteur, qui contrastoient avec la perversité de sa doctrine; les uns dîsoient qu-une réfutation ne feroit qu'exciter et piquer la curiosité, qu'elle donneroit de la vie et du mouvement à un livre mort-né ; d'autres ne voyant dans cette idée que nonchalance, apathie , indifférence , vice caractéristique de ce siècle, disoient que cet ouvrage n'étoit point du nombre de ceux qui se
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trouvent réfutés par le nom de leur auteur, qu^il ne falloit pas plus le confondre avec les œuvres des B* C. , des E., des J., etc,^ que les impies les confondoient eux-mêmes; qu'il ne falloit pas encore reléguer Tauteuf parmi ces êtres diaboliques qui, à force de crimes , peuvent, sans danger pour la moralité, promener dans le monde leurs têtes coupables comme un témoignage de la patience divine; que tout livre impie , sous un nom aussi scandaleux, étoit un appel fait au Christianisme ; qae la Religion ne s'étoit fortifiée et accrue que par les attaques des païens , des hérétiques et des philosophes ; qu'elle ne s'étoit propagée qtf au milieu des combats; qu'il étoit de l'essence des mauvais livres d'en engendrer et d'en faire pulluler de bons; enfin, chaulant un homme contri" huoit a V édification de V Eglise par une vie exemplaire, autant il contribuoitâ sa ruine par un silence coupable enprésencede sesennemis(a).
(a) Quantum œdificat ex vilcn merito Ecclesiam Christi, tantum nocet si destruerUibus non résistât* X Hleron. Paalino ).
JV PRÉFACE.
Au milieu de ces divergences d'opînions, la mienne fut bientôt fixée. Depuis plusieurs années j'avois consacré le peu de talens que la Providence et Téducation m'avoient départis , à faire triompher les saines doctrines politiques, et à combattre les ennemis du trône; mais Talliance étroite qui se trouve entre les vérités politiques et les vérités religieuses , me détermina à entrer en lice avec ce nouveau champion qui venoit insulter Israël jusque sousses remparts. Je ne ferai certes pas de M. Feuiïlade un Goliath , et bien moins encore de moi uri David ; à Dieu ne plaise ! tant d'honneurs ne nous sont dus ni à Fun ni à Fautre. Mais en entendant les jactances de cet ennemi de Dieu et des hommes , je me suis dit à moi-même : j'irai et je laverai cet affront. Nunc vadam et auferam oppro-^ hrium popiili. Secondé des lumières d'un homme aussi recomraandable par sa science que par le rang qu'il occupe dans la hiérarchie ecclésiastique du Diocèse, fai soutenu mon entreprise jusqu au bout, sinon avec le$
talens qu'exigeoit mon sujet , du moins avec cette constance qu'inspire un conseil éclairé.
Pour arrêter les effets pernicieux du