livre de M. F , il ne falloit pas en faire
atjtendre long-temps la réfutation : il falloit tout-à-la-fois satisfaire Timpatience des uns, et réprimer la jactance des autres. MM. les éditeurs m'engagèrent à donner mon ouvrage par numéros successifs. Je m'aperçus bientôt des graves inconvéniens qu'entraîne cette méthode après elle. Tout ouvrage doit être un et doit porter avec soi le plan qui en constitue l'unité i le mettre au jour par fragmens , c'est s'exposer à des critiques téméraires. Le lecteur qui n'a pas devant lui le plan de l'auteur , qui s^en est fait un dans son imagination , se dépite de ne pas rencontrer d'abord celui qu'il s'est fait à lui-même et qu'il croit excellent.
Le style fut dans le principe vivement critiqué , soit parce que l'on ne connoissoit pas encore , de quelle nature étoit l'adversaire que nous attaquions , soit parce que
nous vivons dans un siècle plus sensitifque sensible j soit parce que beaucoup de gens ont intérêt à faire croire que la suprême charité consiste à oublier une période de quinze années, aussi célèbre par les excès scandaleux des prêtres de Baal , que fameux parles vertus héroïques des enfans de Lévi. Mais il faut que ceux qui ont eu jusqu'ici le bonheur de survivre à leurs fautes, se pénètrent bien de cette vérité , que Dieu seul peut joindre Toubli au pardon, que le chrétien pardonne sans rien oublier , et que Tinexorable histoire ne pardonne et n'oubHe rien.
Parmi toutes ses critiques, la plus remarquable et la plus intéressante fut celle faite des cinq premiers numéros , c'est-à-dire ,. des 148 premières pages > par inestimable rédacteur de VAmi de la Religion et du Roi {a). Ayant sou« les yeux une analyse de Touvrage de M. Feuillade faite par luimême ^ que les éditeurs ont fait passer aux souscripteurs de cet ouvrage , M. lé rédacr-
(fir) L'ami de la Heligion et du Roi, 12 feTrier i8aa» N."* SjS, tome 25*
^RiïACE. VÎj
teur en conclut qu'il faut recommander cet Auteur aux prières des hennés âmes pour lui obtenir V usage de la raison (tandis qu'en effet nous ne Tavions recommandé qu'aux médecins ) , et avec cette fleur de politesse et ce choix d^ expressions qui annoncent V usage du monde et le sentiment des convenances j il déclare ensuite le projet de réunion atteint et convaincu d'être un amas d^ absurdités qui ne provoquera probablement que le mépris des uns et Venriui des autres; après avoir ainsi fait la part à M. F.,... il se tourne vers nous, et nous invite à nous abstenir de certaines expressions un peu trop vives. Sur cet avis salutaire , nous avons aussitôt fait notre examen de conscience, nous avons cherché quels pouv oient être nos torts , nos paroles aigres ^ nos expressions dures; nous avons cru les remarquer dans les épithètes ^ apostat ^ de renégat ^ àHm-posteur , de faussaire , dont nous avons effectivemjent signalé Tancîen Vicaire de Privas , comme nous aurions crié au voleur en surprenant une main étraiîgère dans
yiij PREFACE*
notre poche, sans nous embarrasser m nous soucier de savoir si cette expression étoit aigre ou dure , et si le siècle étoit exigéant. Mais si c'est là notre péché , nous sommes-nous dit aussitôt, que seroit-ce donc, si avec St. Jean {a), nous l'eussions qualifié à^ Antéchrist ; si , avec saint Polycarpe, nous l'eussions nommé le fils aîné de Satan; si, avec St. Jérôme, nous Feussions appelé bipedem asellum (ô)?Que seroit-ce si, avec les beaux et admirables génies du siècle, de ce siècle que Testimable critique dit être si exigeant sur le choix des expressions, de ce siècle qui toléreroit plutôt V erreur que le manque d'égards^ nous eussions, avec l'inimitable auteur de Candide , orné notre plume des nobles épithètes de hélltre , de radoteur , de cuistre , de sycophante , de
* ' '"' «11! !■■ Il j, ■ I I I . Il I 1. III II II 1—^^—^—^—^
{d) Quis est Menbjx , nisi is qui negat quorUam Jésus est Chris tus I Hic est Anti-Christus qui negat patrem etjilium.
Qui est-ce qnî est ïHenteur , si ce n'est celai qiti nie que Je«us est Christ l Celui-là est un Antéchrist qui reuie le père et le fils (I. Epist. Joan. c.II. 2a.)
(^) Epist. ad JVÎarcelldïu.