‹ Réponse d'ur Russe à un RusseChapitre 2 sur 2 · APÔTRES · texte numérisé non relu

APÔTRES

Et après avoir lu des expressions aussi formelles^ on viendra nous dire que les «hommes qui les ont employées, et ceux'qui les ont admises dans la liturgie, ne croyaient pas que Notre-Seigneur avait investi saint Pieire d'une autorité qui s'étendait sur l'Eglise universelle (1) ?

(1) VUnion chrétienne prétend que les surnoms de chefs souvarains, de chefs uniques de TEglise et d'autres sont appliqués à saint Jean, à saint André, à saint Philippe, à saint Barnabe, à saint Chrysostpme, à saint Basile le Grand, à d'autres encore. VUnion chrétienne ne cite pas de textes à Tappui de son affirmation ; quand elle se sera donné la peine de les recueillir et de les comparer aVec les expressions em* ployées par la liturgie de PEglise orientale en parlant de

— as- Mais passons à la seconde proposition.

Saint Pierre a-t-il été évêque de Rome? Voici cchu-

ment la liturgie orientale répond en s'adressant à

Kerre:

<c Tu as été le premier évêque de Rome, la gloire et

rhonneur de la très-grande ville, d te Bienheureux Pierre, celui qui existe avant tous

les siècles t'a connu d'avance et t'a prédestiné à

présider à son Eglise et à occuper le premier siège. » « Le Christ qui est la pierre, glorifie celui de ses

cUsciples qui occupe le premier sfêge et qui est la

pierre de la foi. »

H nous reste à démontrer que les évéques de Rome,

successeurs de saint Pierre, ont hérité de Faùtorité

dont il était investi 'sur l'Eglise universelle. L'Eglise russe ne nous laisse pas dans l'ignorance

sur ce point; et voici en quels termes elle parle des

successeurs du prince des Apôtres^ et d'abord de

saint Lin : {« Après l'apôtre saint Pierre, saint Lin a

été évoque de Rome. »

Puis vient saint Clément : « Pierre étant mort, et

saint Pierre, il lui sera facile d'apprécier Timmease intervalle qui sépare quelques locutions purement honorifiques de celles qui rendent avec tant de précision et d'énergie la doctrine catholique. Au reste nous avons déjà répondue cette objection dans les Etudes de Théologie, première série, t. il, p. 71 et 72.

après lui Tévôque Lin, puis l'évéque Clet, Clément tint sagement à Rome, le gouvernail de la barque, qui est FEglise de Jésus-Christ au milieu des tempêtes et des orages... Il a fait paître le troupeau de Jésus-Christ avec grande peine et grande patience. »

« Clément, saint martyr, disciple de Pierre, tu imites ses vertus divines et te montres ainsi le véritable héritier de son trône ! »

L'Eglise russe dit au pape saint Sylvestre : « Tu es le chef du sacré Concile, tu as illustré le trône du prince des Apôtres. »

« Divin chef des saints évoques, tu as confirmé la doctrine divine, tu as fermé la bouche impie des hérétiques. »

Elle dit à saint Léon : « Quel nom te donnerai-je aujourd'hui, homme inspiré de Dieu? Te nommeraije le chef de l'Eglise orthodoxe du Christ et le soutien de la piété^ le prédicateur et le ferme appui de la vérité, le véritable chef du suprême Concile ? Tu as été le successeur au trône suprême de Pierre, tu as eu son caractère et son zèle pour la fol. »

«c Très-sage Léon, colonne de l'orthodoxie de l'Eglise du Christ, successeur du glorieux Pierre, investi de son autorité, et ayant Tardeur de son zèle, tu as écrit une lettre inspirée de Dieu ; tu as bouleversé et renversé les prescriptions de l'hérésie. »

Dans la vie de saint Grégoire II, un ange dit au saint

Pontife : « Dieu l'a appelé, pour que lu occupes le premier siège de son Eglise et que tu sois le successeur de Pierre, prince des Apôtres. »

L'Eglise russe dit à saint Martin : « Tu honoras le trône divin de Pierre, et c'est en; maintenant l'Eglise inébranlable sur celte pierre que tu as partagé sa gloire. »

Cette puissance que l'Eglise russe reconnaît aux papes, ils en ont fait usage à plusieurs reprises contre les premiers pasteurs de l'Orient. La doctrine catholique est mise dans tout son jour par ces faits, que nous trouvons également cités dans les livres liturgiques dont cette Eglise continue à se servir aujourd'hui.

Ainsi, par exemple, elle célèbre : « le pape saint Célestin qui, ferme dans ses discours et dans ses œuvres, et suivant la voie que lui avaient tracée les Apôtres, s'est montré digne d'occuper le premier siège, en déposant par ses lettres l'impie Nestorius (patriarche de Constanlînople). »

El le pape saint Agapet, « qui déposa rhérétique Anthime (patriarche de Gonstantinople), lui dit ana« thème, sacra ensuite Mennas, personnage d'une doctrine irréprochable, et le plaça sur le siège de Gonstantinople. »

Et le pape saint Martin, « qui s'élança comme un lion sur les impies, sépara de FEglise de Jésus^Ihrist

Cyrus (patriarche d'Alexandrie), Serfte (patriarche de Gonstantinople), Pyrrhus et tous leurs adhérents. »

Ailleurs, la même Eglise présente à l'admiration des fidèles la lettre du pape Grégoire II, écrivant à Léon risaurîen au sujet du culte des images : « c'est pourquoi nous, qui sommes revêtus de la puissance et de la souveraineté de saint Pierre, nous avons voulu vous interdire. »

Reproduisons encore un fragment de la vie de saint Jean Chryso8t(»ne, que TKglise russe lit. dans ses Menées.

«c Le pape Innocent écrivit plus d'une fois à (l'empereur) Arcade, le séparant de la communion, avec Eudoide sa femme^ et prononçant Fanathéme sur tous ceux qui avaient renversé saint Jean Ghrysostome de son siège. Quant à Théophile (patriarche d'Alexandrie), nouHseulement il le priva de son rang, mais il le sépara de l'Eglise. Arcade écrivit à son tour au pape

înt pardon et l'as* aussi à son frère

»e de le relever de

e qu'il demandât;

[^e de son humble prière, agréa son repentir et écrivit au bienheureux Proclus, alors évoque de Gyzique, pour l'autoriser '^ absoudre l'empereur de l'excommunication, à Fad-

mettre à la participation des sacrements et à inscrire le bienheureux Jean au nombre des saints (1). »

Le lecteur peut s'en convaincre par lui-même : tous ces textes présentent un véritable corps de doctrine, et confirment de la manière la plus nette et la plus précise les enseignements de .l'Eglise catholique sur l'origine et l'institution divine de la papauté.

U y a évidemment contradiction entre ces textes et la pratique de l'Eglise russe. Il faut nécessairement choisir. 11 peut paraître commode à quelques esprits de se débarrgsser de ces témoignages importuns en disant que ce sont là des exagérations poétiques, qui ne signifient rien. Quant à nous, on nous permettra de voir dans ces textes antérieurs à la séparation des Eglises, des monuments de la foi antique et une condamnation éclatante de la rupture opérée par , Photius et par Michel Cérulaire. Si on y avait pris • garde, on aurait essayé de faire disparaître ces ves- ' tiges accusateurs; mais on ne s'avise jamais de tout, et aujourd'hui ( produisent devai les intéressés n ; expliquer, sont

2 (1) On peut voir

k que j'ai cité plus haut^ le texte siavoQ de ces différentâ pas-

.ft.sages et riadication des sources.

exagérations poétiques qui n'ont aucune valeur; le lecteur appréciera.

En voilà assez sur ce point. Mais nous n*avons pas encore fini avec V Union chrétienne; elle me met au défi de citer un seul Père de l'Eglise, qui ait admis « rinterprétation ultramontaîne des textes dont on abuse tant. »

Avant de satisfaire V Union chrétienne, je demande au lecteur la permission d'entrer dans quelques explications au sujet de ce mot ultramont aine. Il y a dans le sein de l'Eglise catholique deux grandes opinions, qui reconnaissent toutes deux que fe pape est investi par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même d'une autorité qui s'étend sur l'Eglise universelle; mais elles ne s'accordent pas sur les limites dans lesquelles cette autorité doit s'exercer. Une comparaison fera mieux comprendre le véritable état des choses. Dans un Etat, 11 peut y avoir deux grands partis qui diffèrent d'opinion sur l'étendue de la prérogative royale, mais cela n'empêche pas que le roi ne soit, sur son trône, reconnu de tous, environné des hommages et des respects de tous. La question controversée entre les gallicans et les ultramon tains n'a absolument rien à faire dans la controverse qui nous occupe. Nous ne demandons pas aux Orientaux d'adopter l'opinion desultramontainsplutôtque celle desgallicans. Nous les exhortons à embrasser la croyance commune

aux uns et aux autres, c'est-à-dire à reconnaître que le pape tient de Jésus-Christ le droit et le devoir de gouverner FEglise universelle.

Je sais très-bien que Y Union chrétienne a soutenu que dans Topinion des gallicans, le pape ne tient pas son autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais de FEglise, par Torgane des conciles. Ceci est une énormité qui ne mérite pas d'être réfutée; il suflftt de lire le discours de Bossuet sur l'unité de l'Eglise, pour se convaincre que c'est tout le contraire de la vérité.

Ce n'est donc pas la confirmation de la doctrine ultramontaine, mais de la doctrine catliolique gue nous allons chercher dans les écrits des Pères. Au reste, ici, dans la manière de poser la question, nous ne différons de V Union chrétienne que dans les termes; car il est évident qu'elle appelle doctrine ultramontaine, précisément ce que nous appelons doctrine catholique.

Est-il donc vrai que cette doctrine ne se trouve pas dans les Pères? VUÂion chrétienne nous met à deux reprises au défi de citer un seul Père, un seid qui enseigne que le pape ait été investi par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-çoême du droit de gouverner l'Eglise universelle.

Les termes dans lesquels ce défi est formulé ont quelque chose d'étrange. Pour ma part, quand je rea-

contre un homme qui me dit : Vous trouverez telle ou telle doctrine dans tel Père, j'en conclus qu'il a fait une étude sufiftsante des écrits de ce Pèi^e pour se prononcer sur ce point. S*il me dit : Vous ne trouverez pas cette doctrine dans tel Père, je suppose qu'il a fait des écrits de ce Père une étude beaucoup plus approfondie, que tous ses écrits lui sont familiers.

Et quand quelqu'un vient me dire : Vous ne trouverez cette doctrine dans aucun des Pères, je dois nécessairement supposer qu'il a une connaissance exacte de tous les écrits de tous les Pères; et, embrassant alors d'un coup d'œil la volumhieuse collection que llMîgne est en train de donner au public, je demeure confondu de tant de science et d'érudition.

Mais si je viens ensuite à vérifier ces affirmations, et que je les trouve démenties non pas une fols, mais cent fois, je demeure encore confondu, mais ce n'est plus devant la science et l'érudition de celui qui s'est exprimé avec tant d'asfeurance.

Or, c'est précisément ce qui m*arrive aujourd'hui. Les Pères sont si loin de garder le silence sur le point qui nous occupe, que les protestants, témoins peu suspects dans cette circonstance , ont renoncé à la discussion ; ils en sont venus à dire aux catholiques: « Oui, les Pères sont pour vous, mais nous ne reconnaissons pas l'autorité des Pères; prouvez -nous votre doctrine par la sainte Écriture. » Et c'est pour

répondre à ce défi qu'un docte et éloquent théologien romain a publié un gros volume sur la primauté du pape, dans lequel il établit victorieusement la doctrine catholique en s'appuyant uniquement sur les livres saints (1).

Mais V Union chrétienne \exxtaYoiTle témoignage des saints Pères; qu'à cela ne tiepne, il nous est très-facile de la satisfaire.

Il y a trois ans de cela, bien avant ses défis, nous avons publié un choix de textes empruntés aux Père» grecs, dans le travail déjà cité, les Starovères^ l'Eglise russe et le pape; nous pourrions nous borjjer à y renvoyer V Union chrétienne; mais comme tous ses lecteurs n'ont pas sous la main la collection des Études' de théologie^ dont ce travail fait partie, nous nous sommes déterminés à reproduire ici le fragment qui se rapporte aux samts Pères, en avertissant que ceux qui voudraient se donner la peine de consulter les Études^ y trouveraient, au bas des pages, tous les textes imprimés en grec, avec Tindication du volume et de la page des œuvres des Pères auxquelles elle» sont empruntées.

Avant de produire des citations et d'en analyser la valeur, nous avons quelques observations à faire. U ne faut pas s'attendre à ce que les Pères des premiers

(1) De primatu romani pontifieis, auctore Passaglia.

siècles, en parlant de la primauté du pape, comme en beaucoup d'autres pdnts également importants^ aient un langage aussi précis et aussi explicite que ceux des temps postérieurs ; H faut tenir compte du développement successif qui s'est opéré dans la doctrine catholique et dans la constitution de TÉgUse.

Saint Pierre, par la vertu des paroles que Notre- Seigneur Jésus-Christ lui a adressées, a été institué prince des apôtres, vicaire de Jésus-Christ, chef de FÉglise. Cette autorité éminente à passé de saint Pierre à ses successeurs ; elle est aujourd'hui dans Pie IX, comme elle était dans saint Lin et dans saint Clément. Mais si elle est toujours la même en substance, elle n'a pas toujours été exercée de la môme manière. Aux premiers jours de l'Église, de nombreuses raisons ne permettaient pas aux évoques de Rome de faire de leur juridiction un usage aussi étendu qu'ils l'ont fait depuis. En même temps, bien des causes rendaient moins nécessaire l'exercice aussi complet de cette autorité. Les rigueurs de là persécution, la difficulté des communications, les obstacles de tout genre que l'Église rencontrait à chaque pas sur son chemin^ ne permettaient pas des recours à Rome aussi fréquents qu'ils le sont, par exemple, de nos jours. Comme par compensation à ce qui pouvait manquer alors de ce côté , la divine Providence avait répandu sur tous les points oti était l'Église une plus grande

abondance de lumières, une plus grande effusion de charilé. Uunîté, pour se conserver intacte, n'avait pas besoin de recevoir aussi fréquemment Timpulsion du centre; elle se maintenait par le S^int-Espritj^ habitant dans le cœur de tous ces martyrs, de tous ces docteurs, les éclairant tous des mêmes lumières, les embrasant des mêmes ardeurs, les faisant tous vivre àe la même vie. Qu'au milieu de cette admirable unanimité, de cet élan des coeurs et des intelligences vers Jésus-Christ, la direction donnée par révoque de Rome soit moins sensible, et par là même moins facile à apercevoir, nous le reconnaissons volontiers; mais conclure de là qu'elle n'existait pas, que les paroles prononcées par Jésus-Christ n'avaient pas conféré à saint Pierre une véritable autorité, et que cette autorité n'a pas toujours été entière dans ses successeurs, c'est ce qu'on ne fera jamais, quand on interrogera, avec un cœur droit et un esprit dégagé de prévention, le langage des Pères et les monuments de l'histoire ecclésiastique.

11 y a encore une autre observation que nous ne devons pas omettre. Ce serait bien à tort qu'on n'accepterait dans cette matière que le témoignage des Pères grecs, sans tenir compte de celui des Pères latins. Les uns et les autres sont des témoins de la tradition ; les uns et les autres nous font connaître et la croyance et la discipline qui étaient en vigueur de leur

temps. Mais il y a celte diflférence que le silenœ de» Pères grecs peut s'expliquer par le peu de liberté que leur laissaient, la plupart du temps, les empereurs hérétiques ou favorables à l'hérésie ; tandis que dans TOccident on exprimait sans entraves tout ce qu'on avait à dire. Ce n'est pas moi qui dis cela ; c'est le grand saint Basile, Tévôque de Césarée, qui s'exprime ainsi dans une lettre aux évêques d'Italie et des Gaules : « Prenez part à notre douleur, frères chéris ; chez nous, la bouche des gens de bien est fermée,, tandis qu'on laisse aux audacieux et aux blasphémateurs toute liberté de proférer contre Dieu des paroles impies; les colonnes et les défenseurs de la vertu sont dispersés, et nous qu'on a dédaigné de poursuivre, à cause de notre peu de valeur, nous sommes privés de la liberté de parler. »

Ces deux considérations, rapprochées l'une de l'autre, ont une très-grande importance, et nous pouvons en conclure que si même les Pères grecs, pendant les premiers siècles de l'Église , ne disaient à peu près rien de la primauté du pape, on ne pourrait pas nous opposer leur silence et s*en faire un argument contre nous.

Quel poids ne doivent donc pas avoir à nos yeux les témoignages que nous fournit, dès les premiers siècles, l'Église d'Orient? Nous aurions voulu pouvoir interroger tous les Pères grecs, siècle par siècle, pro-

vînce par province, et demander aux écrits de chacutt d'eux quelle est sa doctrine sur la hiérarchie divine* ment instituée dans TÉglise; malheureusement les limites de ce travail ne nous peraiettent pas de donner à nos citations de telles proportions ; nous sommes obligés de choisir un petit nombre de textes qui sufBront, pensons-nous, pour porter la lumière et la conviction dans tous les esprits.

Je commence par un passage de saint Grégoire de Nysse, extrait du second panégyrique de saint Etienne : « On célèbre, â\i le frère de saint Basile, la mémoire de saint Pierre, qui est le chef des apôtres, et en lui on honore les autres membres de l'Église; car c'est sur lui que l'Église de Dieu s'appuie, puisqu'il est, en vertu de la prérogative qu'il tient du Seigneur, la pierre ferme et solide sur laquelle le Sauveur a bail l'Église.»

Saint Épiphane raconte que c'est par l'entremise de son frère, saint André, que saint Pierre a été appelé à l'apostolat, et il ajoute qu'il ne faut pas s'en étonner r « André, dit-il, a le premier rencontré le Seigneur^ parce que Pierre était plus jeune. Mais ensuite, lorsqu'ils eurent renoncé à tout, c'est Pierre qui se trouve le premier ; il prend alors le pas sur son frère. Ajoutez à cela que Dieu connaît les inclinations des cœurs^ et il sait qui est digne de la première place. C'esl pour cela qu'il a choisi Pierre pour l'établir prince de

ies disciples, comme cela est très - clairement dé« claré. »

Écoutons maintenant saint Jean Damascène dans une hymne en Thonneur de saint Pierre :

« Vous avez reçu des mains du Christ l^glise, qui n'a pas été bâtie par les hommes, mais par le Sei^ gneur lui-môme, et vous avez bien gouverné cette barque.

» Patron de la ville de Rome, gardien de Tempire, pierre de la foi, fondement inébranlable de TÉglise catholique. »

Ainsi, d'après saint Grégon*e de Nysse, saint Épiphane et saint Jean Damaseène, Pierre est la tête et le chef du collège apostolique; c'est Jésus-Christ qui lui a conféré cette prérogative; il est la pierre solide, le fondement inébranlable sur lequel le Sauveur a bàli son Église; cette Église, Pierre l'a reçue des maias du Christ, et il l'a gouveinriée comme autrefois il gouvernait sa barque de pêcheur. N'est-ce pas la primauté? la prhnauté d^ juridiction? N'est-ce pas l'instituUoû divine?

Arrêtons-nous un peu plus longtemps à saint Jean Chrysostôme, le grand docteur de l'Orient, le patriarche de Constantinople, et ^e tous les Pères grecs celui peut-être qui a le plt^ d'autorité dans l'Eglise russe.

Pi^re est le premier des apôtres, irp&roc; cette ex-

pression se retrouve très -fréquemment sous sa plume.

Quand il parle de sa pénitence et des larmes amères qu'il versa après sa chute, il dit qu'il mérita de devenir le prenoûerdes apôtres; et, revenant sur ce siget dans sa troisième homélie sur la pénitence^ il Tappellô le grand apôtre, le premier des disciples, le premier dans l'Eglise. Dans sa trente -deuxième homélie sur saiut Matthieu, énumérant les douze apôtres, il s*écrie : « Le premier de tous et le coryphée est un honmie grossier et sans lettres. » Souvent aussi il l'appelle la bouche des disciples, des apôtres, de tous les apôtres, le chef des apôtres. Il ne se contente pas de dire que saint Pierre est la piai^re qu'on fie peut pas briser, il revient à la môme pensée sous toutes les formes.

Pierre est la base de la foi, le fondement solide sur lequel la foi repose, le fondement de la confession ; et y pour ne laisser aucun doute sur la valeur de ces e3q)re8sions9 le saint docteur dit en termes formels que saint Pierre est la base et le fondement de TËglise, la colonne de l'Eglise, le fondement qu'on ne peut ébranler. Or, comment saint Pierre peut-il être le fondement et la base de l'Eglise, la pierre sur la<quelle est bâtie la colonne de l'Eglise, c'est-à-dii^e le soutien de tout l-édiâce mystique, si la primauté de Kerre, l'autorité de Pierre, l'attachement ina)ranlable

de Pierre à la foi ne sont pas ce quil y a de plus fon^ damental et de plus essentiel dans la constitution dtvine de FEglîse, dans Forganisation de la hiérarchie qu'elle tient de Jésus-Christ? Retournez ces expressions dans tous les sens^ vous ne les empêcherez jamais de signifier que la société des fidèles, TEglise, repose tout entière sur Pierre; et comment repose-telle tout entière sur lui, si elle n'est pas tout entière confiée à son autorité? Aussi saint Jean Chrysôstôme appelle-t-il saint Pierre le dief de l'univers tout entier. Il l'est, parce que Jésus-Christ a remis entre ses mains tout l'univers.

C'est pour cela encore que les apôtres qui, avani d'avoir reçu le Saint-Esprit, se montraient si inquiets et si jaloux de s'assurer à eux-mêmes le premier rang, depuis qu'ils ont été illuminés d'en haut au cénacle, cèdent toujours la première place à Pierre; ainsi Jean, Jacques, Paul et tous les autres.

Dans un autre endroit , après avoir insisté sur les prérogatives de Pierre, saint Jean Chrysôstôme se de-^ mande pourquoi ce n'est pas à lui, mais à saint Jacques, que le siège de Jérusalem a été confié, et il ré»pond : « Jésus-Christ n'a pas donné de siège à Pierre, il l'a institué docteur de l'univers tout entier.»

Après la résurrection et l'ascension de Notre-Seî« gneur, il montre Pierre se levant au milieu des disciples pour prendre la parole j « Pierre, dit^il, prend

toi]jours le premier la parole» parce qu'il est plein de zèle, parce que c'est à lui que Jésus-Christ a conSé le soin de son troupeau, et parce qu'il est le premier parmi les apôtres.]» Ei un peu plus loin, parlant deTélection de Hatbias, il se demande si Pierre ne pouvait pas lui-mêkne désigner celui qui devait prendre la placade Judas. « Sans doute, s*écrie-t-il, il le pouvait, mais il s'^ abstint pour ne pas avoir l'air de^faire une faveur à celui qu'il aurait nommé*...» Pierre aTautorité, puisque o'est à lui que tous ont été confiés, car c'est à lui que Jésus-Ghrist a dit : « Et toi, lorsque tu » seras converti, confirme tes frères. »

Parlant de la chute de saint Pierre, il dit : « Dieu a permis qu'il succombât, parce qu'il voulait l'établir prince de l'univers entier, afin que, se souvenant de ses propres fautes, il pardonnât à ceux qui tombe* raient. »

Il ne peut donc y avoir aucune espèce de doute; saint Jean Chrysostôme proclame vingt fois, cent foi»,, dans les termes les plus clairs, que saint Pierre est établi par Jésus-Ghrist lui-môme le chef des apôtres ; qu'il a été investi d'une autorité suprême qui s'étend sur tous les fidèles et sur les apôtres eux-mêmes.

L'Église d^Antioche a eu le bonheur de posséder Pierre quelque temps ; eUe le reconnaît pour son fondateur, mais elle ne l'a pas gardé. C'est à Rome qu'il a transporté son siège; c'est à Rome qu'il a reçu

la palfloe da martyre. C'est à Roidô qu'est son tombeau, à Rome) dans la ville royale par exceHeRce.

Saint Jeau Ghrysostôme eonnalt parfaitement les droits et les prérogatives do successeur de saint Pierre, de l'évoque de Tanclenne Rome ; et lorsque lui, évêque de la nouvelle Rome, patriarche de Goosta^o tinople, il est dépouillé de ^a dignité et envoyé ^i exil, c*est à Rome, c'est au pape Innocent I" qu'il s'adresse ; il lui écrit pour lui exposer les faits qui ont «mené son exil, et il invoque son autorité. Il le prie de soumettre ses ennemis aux peines ecclésiastiques, et, quant à lui, de ne pas le priver de la communion ; afin que ces désordres ne s'étendent pas à tous les temps, il dit au pape : « Je vous conjure d^écrire que ce qui a été fait avec tant d'iniquité, par une seule des parties, en notre absence, quand nous ne refusions pas le jugement, n'a aucune force.»

Ainsi, une lettre du pape pouvait casser les actes qui avaient été faits à Gonstantlnople, et leur éieit toute force et toute valeur. C'est le patriiux±ie de Constantinople lui-môme, c'est saint Jean Chrysostôme qui le prodame.

Pour apprécier toute la valeur de ce témoignage, il &ut le rapprocher du langage que ce même pape In* nocent Ir tenait au concile de Carthage et 4 cdui de Miiève» U loue les Pérès de ce dernier <K)ndie de de* ouinder au siège apostolique, dans les cas douteux,

quelle est ropinion qu'il faut suivre : «£fi agissant ainsi, vous avez suivi la règle antique que vous savez comme moi avoir toujours été gardée par le mcmde entier. » Et dans sa lettre au concile deCarthage, Ii> nocent l" lui exprime sa satisfaction de ce quH a suivi les exemples de l'antique tradition, et observé la dûi« cipline de l'Église en consultant le siège -apostolique : « Vous avez gardé, lui dit-il, les décrets des Pères, et vous n'avez pas voulu rejeter ce qui est ordonné noa par une loi humaine, mais par une loi divine, à savoir que tout ce qui se fait même dans les provinces les plus éloignées ne doitpas être terminé sans avoir été poi*té à la connaissance de ce siège, a£a que tout ce qvà aura été justement réglé soit confirmé par son autorité, et communiqué de là à toutes les Églises.

Après saint Jean Chrysostôme, interrogeons encore saint Théodore Studite, qui doit être et qui est en effet en grande vénérlation dans l'Église russe, prindpa^ Icment dans l'ordre nK)nastique. Il faut se souvenir qu'au temps où vivait ce grand athlète de la foi or- Aodoxe, l'Église de Constantinople se trouvait agitée par deux causes de trouble, l'hérésie des iconoclastes et l'union adultère que l'empereur CmistenUn VI Poï»pbyrogénète avait contractée avec Théodote, du vivant de Marie, sa femme légitime. Le patriarche s'était élevé avec force contre cette union, et H avait refusé de la bénir ; mais un prêtre s'était montré ^\m

complaisant que le patriarche, et il en était résulté des divisions et des schismes qui durèrent assez longtemps. Constantin avait été renversé du trône par Jean, Jean par Nicéphore; et la paix n'était pas rétablie. L'an 809, un conciliabule assemblé à Constantinople décréta que le second mariage de Constantin avait été lé^time, que les princes étaient au-dessus des lois divines, et fit jeter dans les fers saint Théodore Studite, ainsi que samt Platon son maître. C'est du fond de sa. prison que le confesseur de la foi écrivit à saint LécMi m en ces termes : « Puisque Jésus-Christ notre Dieu a confié à Pierre, d'abord les clefs du royaume des deux, puis la dignité de prince des apôtres, ô'est à Pierre ou à son successeur qu'il faut faire connaître toutes les innovations introduites dans l'Église catho- Uque par eeux qui s'écartent de la vérité. C'est ce que nous, humbles et petits, nous avous appris de nos saints Pères : aussi une nouveauté ayant surgi dans notre Église, nous avons cru devoir le faire savoir à l'ange de votre suprême béatitude, d'abord par le très-religieux archimandrite Épiphane, l'un de nos frères dans le service de Dieu, et maintenant par nos lettres. chef très-divin de tous les chefs, il s'est formé, suivant l'expression de Jérémîe, une assemblée de prévaricateurs et une réunion d'adultères ! »

Il expose ensuite tout ce qui s'est passé, puis il continue : «Nous avons fait connaître avec simplicité

et sans arlifice les choses comme elles sont; maintenant les paroles que le prince des apôtres avec Iqs autres adressa à Jésus-Christ, lorsque les flots de la mer étaient devenus menaçants, nous les répétons à votre béatitude qui représente le Christ : « Sauvez-nous, pasteur suprême de toute l'Église qui est sous lecieU nous périssons. »

« Imitez le Christ votre maître, çt comme il a tendu sa main à Pierre, tendez la vôtre à notre Église, avec cette différence que Notre-Seigneur vînt au secours de Pierre, lorsqu'il commençait seulement à enfoncer, et vous, vous soutiendrez cette Église déjà descendue dans l'abîme de Thérésie. Nous vous en conjurons, montrez-vous Témule de ce pape qui porta le mêm$ nom que vous, et qui, lorsque l'hérésie d'Eutychès ravageait l'Église^ tout le monde le sait, terrible, à son réveil, comme un lion, lança contre elle ses lettres dogmatiques. Et vous aussi, j'ose le dire, digne de votre nom, faîtes entendre un rugissement inspiré dq Dieu, ou plutôt, tonnez contre l'hérésie actuelle, qui usurpe un pouvoh' qui njelui appartient pas ; ils n'ont pas craint d'assembler un concile hérétique, eux qui suivant l'usage antique ne pouvaient pas en assembler un qui fût orthodoxe, sans que vous le sachiez. Combien donc n'est-il pas juste et même nécessaire (je vous suggère cette pensée avec crainte) que votre divine primauté convoque'un concile légitime, afin que

le dogme orthodoxe de l'Église triomphe de l'hérésie^ afin que votre dignité suprême, et tous les orthodoxes avec elle, ne soient pas exposés aux anathèmes de ces novateurs inseiisés, et afin que ce conciliabule adultère n'entraîne pas lésâmes dans lepéché. Voilà ce que nous avions à vous exposer, comme il convenait à notre exiguïté, nous très-petits membres de l'Église^ et soumis à l'autorité de pasteur suprême que vous tenez de Dieu. »

Après avoir reçu la réponse du souverain pontîfe, saint Théodore Studite adresse à saint Léon 111 une nouvelle lettre, dans laquelle nous nous bornons à relever le passage suivant. « bienheureux Père, un concile public a été tenu chez nous avec la participation des magistrats, un concile pour èondamner TÉvangile du Christ dont vous avez les clefs, les ayant reçues de Jésus-Christ lui-même par Tintermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu'à celui qui vous a précédé, chef très-saint. »

En même temps il écrivait à un de ses amis, Tar^ chimandrîte Basile, qui résidait à Rome, pour l'exhorter à venir an secours de l'Église de Constantînople, en intercédant auprès du pape, qu'il appelle le très-saint apostolique.

«Il serait utile, lui dit-il, c'est mon seul but et mon seul désir, que le Suprême Apostolique fît condamner par un concile ceux qui se sont assemblés pour com-

battre l'Évangile et anathématiser ses défenseurs; c'est toujours ainsi que Ton a fait depuis le commencemenl. »

Dans une lettre adressée au nom de tous les abbés au conciliabule des iconoclastes, il dit encore : « Nous nous appuyons avec sécurité sur ce siège dont le Christ a dit : « Tu es Pierre^ et sur cette pierre Je ôdtirai mon Égllse,€t les portes de renferne prévaudront pas contre elle, »

Au pape saint Pascal il écrivait : w C'est à vous que le Christ notre Dieu a dit : « Et vous, lorsque vous serez converti, vous confirmerez vos frères.» Voici le moment, voici le lieu, secourez-nous, vous qui êtes ordonné de Ûieu pour cela; étendez la main vers nous; vous êtes puissant auprès de Dieu, puisque vous êtes le premier de tous. »

Et dans une autre lettre au même pontife : «Nous avons reconnu manifestement que le successeur du prince des apôtres gouvernait l'Église romaine, et nous nous sommes convaincus que le Seigneur ne nous abandonnerait pas, puisque dans toutes nos peines, jusqu'à présent et depuis le commencement, la Providence divine ne nous a fait trouver de secours que par vous. Oui, vous êtes véritablement et dès le commencement la source de l'orthodoxie ; vous êtes le port de toute l'Église, la ville choisie de Dieu pour servir de refuge à ceux qui cherchent le salut; placée

dans la tranquillité, elle n*a rien à craindre des tempêtes de rhérésie. »

Dans une exhortation adressée aux fidèles, il compare la terre de Byzance à Moab : « Elle a secoué le joug de rÉvàngile comme une génisse insensée; elle a rejeté le frein. Par ses actes et ses paroles, elle s'est écriée : Je ne veux pas connattre vos voies. Elle s'abandonne à la fureur des corybantes, elle boit le sang comme une lionne, elle se bouche les oreilles comme un aspic, et quand on la reprend, elle regimbe. Un avertîssement lui^ a été adressé; c'était comme une voix ^ui venait du ciel, elle venait du siège suprême, du siège de Rome.»

Et ailleurs : « Le Seigneur n*a pas abandonné son Église; il a montré qu'elle avait encore conservé des forces, il a excité nos frères d'Occident à reprendre l'ivresse des nôtres, et à faire éclater la lumière sur l'hérésie de ceux qui combattent dans l'ombre. Ces endurcis l'ont repoussée et n'ont pas voulu ouvrir les yeux du cœur. Mais je l'atteste maintenant devant Dieu et devant les hommes, ils se sont séparés euxmêmes du corps de Jésus- Christ et du siège suprême auquel le Christ a confié les clefs de la foi ; de ce siège contre lequel les portes de l'enfer, c'est-à-dire la bouche des hérétiques, n'ont pas prévalu jusqu'ici et ne pourront prévaloir jusqu'à la consommation des siècles ; celui qui ne ment point l'a promis. Qu'il se

réjouisse donc le bienheureux, Taposlolique Pascal, digne de ce nom, il a rempli Vœuvre de Pierre, »

Dans une lettre adressée à l'empereur Michel le Bègue, il Texhorte à rendre la paix à lïglise : « Rétablissons Tunion avec Rome, le sommet des Églises de Dieu, et par elle avec les trois patriarches, afin qu'unanimement et d'une seule bouche nous glorifiions Dieu le Père de Notre-Séigneur Jésus-Christ avec le Fils et le Saînt-Esprît.»

Et dans une autre lettre au môme empereur : «S*il est quelque chose que Votre Majesté ne croie 'pas pouvoir être résolue par le patriarche, qu'elle ordonne de demander à l'ancienne Rome une décision, suivant Fancienne coutume qui nous a été transmise dès le commencement par la tradition de nos pères. Car c'est là l'Église suprême dont le siège a été d'abord occupé par Pierre, à qui Notre-Seigneur a dit : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Nous terminerons ces citations nombreuses, empruntées à saint Théodore Studite, par un fragment dans lequel les rapports du pape avec les quatre patriarches orientaux sont précisés d'une manière remarquable.

L'empereur Michel le Bègue voulait forcer les orthodoxes à faire la paix avec les iconoclastes. Saint Théodore Studite démontre qu'une affaire de cette

nature ne relève pas de Fautorité impériale, maïs de l'autorité ecclésiastique, et indique la marche à suivre : «Il ne s'agit pas ici d'affaires temporelles et mondaines dont le jugement appartient à l'empereur et à la justice séculière; il s'agît des dogmes divins et célestes qui n'ont été confiés qu'à ceux à qui Dieu le Verbe a dit : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre » sera aussi lié dans le ciel ; et tout ce que vous aurez » délié sur la terre, sera aussi délié dans le ciel. » Or, qui sont ceux àqu} s'adresse cette parole ? Les apôtres et leurs successeurs. Et qui senties successeurs des apôtres ? Ce lui qui occupe aujourd'hui à Rome le premier siège ; celui qui occupe le second siège à Constantinople ; puis viennent Alexandrie, Antioche, Jérusalem. Voilà les cinq sommets de la puissance ecclésiastique.

» C'est à eux à juger les dogmes divins. Quant aux empereurs et aux gouverneurs, il leur appartient de leur prêter main-forte et de soutenir ce qu'ils ont décidé, ainsi que de ramener à la concorde ceux qui, écoutantles suggestions de la chair, s'en sont écartés. Tout ce qui se ferait en dehors de cela, ne serait pas appuyé sur la tradition divine et n'aurait aucune force. C'est en vertu de ces principes qu'on a rejeté ce qu'un conciliabule, placé sous la pression des empereurs Constantin et Léon, avait osé dire contre le culte des saintes images. Q'est à cause de cela que

notre Église de GoDStantixK)ple a élé séparée des quatre autres, et liée par des anathèmes perpétuels que le Saint-Esprit a confirmés. Plus tard, par un effet de la miséricorde divine, la foi orthodoxe a relevé le front, lorsque la grande impératrice Irène occupa le trône avec son fils, et alors ce qui avait été divisé fut réuni. Mais, sous Léon, notre Église fut encore séparée et de nouveau frappée des mômes anathèmes; par conséquent, il est tout à fait impossible de mettre sur la même ligne le jugement divin et le jugement séculier. U est impossible que cette Église soit réunie sans le consentement des cinq patriarches. Si l'on demande par quelle voie on peut y arriver, je réponds : Que les hétérodoxes sortent de l'Église de Dieu, et que le trèssaint patriarche Nicéphore remonte sur son siège. U convoquera alors ceux qui ont partagé ses combats (s'il ne peut se faire que les autres patriarclies assistent au concile par leurs délégués ; mais il est certain que cela est possible, puisqu'il dépend de l'empereur que celui d'Occident y assiste, lui auquel est déférée la puissance d'un concile oecuménique); il fera la paix et la réunion, puis enverra les lettres synodales au premier siège. Si l'empereur n'accepte pas cette marche, et si, conwne il le croit, Nicéphore a dévié de la voie droite, il faut que les deux partis envoient une ambassade au pontife de Rome, et cesù de là quHl faut recevoir la certitude de la foi, car

c'est ainsi que les choses sont établies. Si l'un des patrîafches vient à s*égarer^ il faut qu'il soit corrigé par ceux du même ordre que lui, comme le dit saint Denys ; mais il ne doit pas être jugé par les empereurs, quand même tous les empereurs orthodoxes qui ont jamais existé viendraient à ressusciter.» L'argument de saint Théodore Studite revient à ceci : Le patriarche de Constantinople convoquera un concile local qui aura besoin de la confirmation du pape ; ou bien le concile sera œcuménique : pour cela, il faut que les cinq patriarches y soient représentés par leurs déliés, ou au moins que les légats du pape y assistent, puisque le pape est revêtu d'une puissance équivalente à celle d'un concile œcuménique; ou enfin il n'y aura pas de concile, les deux partis enverront des délégués à Rome, et le pape prononcera en dernier ressort. Sa réponse aura la certitude d'un article de foi.

Je crois que ces textes suffisent pour démontrer que saint Théodore Studite admettait la primauté du pape, primauté de juridiction aussi bien que d'honneur, et cela de droit divin, parce que le successeur de saiu Pierre sur le siège de Rome est investi des pouvoirs que le prince des apôtres a reçus de Jésus-Christ luimême.

La preuve qui ressort de tous ces témoignages des Pères grecs, n'est donc sujette à aucune espèce de

doute. C'est au lecteur à apprécier l'assurance avec laquelle notre adversaire nous mettait au déf de citer un seul Père, un seul qui fût en faveur de notre opinion.

Nous croyons avoir répondu d'une manière satisfaisante à toutes les critiques de V Union chrétienne. Nous ne pouvons cependant nous empêcher d'ajouter quelques réflexions qui viennent d'elles-mêmes se placer sous notre plume.

Il semble à première vue que le but que nous poursuivons, V Union chrétienne et moi, est absolument le même ; la réunion de l'Eglise orientale avec l'Eglise romaine est Fobjet constant de mes préoccupations et de mes vœux; si j'ai bien compris ÏUnionchré^ tienne, elle a été fondée dans le but de travailler à faire de toutes les confessions chrétiennes une seule société religieuse. Si je me tiens dans une sphère plus modeste et plus restreinte, l'œuvre dont je poursuis

1 la réalisation se trouve cependant comprise dans

., l'œuvre plus vaste, entreprise par V Union chrétienne. Je dois croire qu'elle veut aussi bien que moi la

s réunion de l'Eglise orientale avec l'Eglise romaine.

- D'oïl vient donc qu'étant d'accord sur le but, nous le soyons si peu sur les moyens à employer? — On a pu l'entrevoir par la discussion qui précède ^ mais pour bien comprendre* la cause de ce dissentiment, il est nécessaire d'envisager la question à un point de

vue plus généi'al et plus élevé. Ce que je désire, ce que je demande à Dieu de toutes les forces de mon âme, c'est que les chrétiens qui se trouvent aujour* d'hui séparés les uns des autres ne le soient plus, qu*ils appartiennent tous à la même communion, à la même Eglise \ je suis convaincu qu'au fond on est bien plus près de s'entendre qu'il ne pourrait le sembler au premier abord, et par conséquent que cette réunion pourrait se faire avec des sacrifices moins grands qu'on ne l'imagine. En vue d'un pareil résultat, il faut que chacun apporte beaucoup de bonne volonté ; il faut se rappeler que le succès n'est possible qu'^ une condition, c'est que toutes les persoimes qui travaillent à cette grande œuvre, à quelque communion qu'elles appartiennent, soient animées d'une sincère et ardente charité.

Jusqu'ici, je l'espère, nous sommes tous d'accord; mais voici où commence notre dissentiment. Nous voulons tous que les chrétiens qui appartiennent aujourd'hui à des communions séparées les unes des autres, ne forment plus qu'une seule Eglise; mais cette Eglise, qui doit nécessairement être une, aurat-elle mi centre, ce centre sera-t-il à Rome, en un mot la réunion se fera-t-elle sans le pape ou avec le pape?

C'est la réponse à cette question qui nous diviso. Si j'ai compris le langage de VUnion chrétienne^ elle

— escompte bien se passer du pape et le laisser en dehors <Je Toeuvre de réconciliation qu'elle a entreprise. Pour ma partie pense tout le contraire, et voilà pourquoi nous ne pouvons nous entendre.

Je ne demande pas aux rédacteurs de Y Union chrétienne d'avoir lesmêmes idées que moi sur la papauté ; je comprends très-bien qu'ils envisagent cette question à un autre poiht de vue; je ne trouve pas mau* vais qu'ils aient quelques préventions, qu'ils ne soient pas disposés à se soumettre sans explications et sans réserves à ce qu'ils appellent l'omnipotence papale. Mais je les conjure à leur tour de ne pas perdre de vue une chose très-importante, c'est qu'il est absolument impossible de rêver la réunion de l'Eglise orientale avec l'Eglise romaine smis le pape. Pour nous autres catholiques, aucun motif ne peut justifier la rupture de la communion avec le pape; si donc vous voulez sérieusement et sincèrement rétablir la communion entre vous et nous, il faut que vous vous décidiez à rétablir la communion avec notre chef souverain. L'Egliàe catholique romaine, sans le pape, ne serait plus l'Eglise catholique romaine.Par conséquent, en laissant le piape de côté, vous pouvez bien espérer d'organiser une coalition des ennemis delà papauté, vous n'arriverez jamds à réunir l'Eglise romaine avec l'Eglise orientale.

Et ne dites pas que si la papauté est essentielle à la

constitution de l'Eglise catholique romaine, elle est essentiellement contraire à la constitution de votre Eglise. Vous ne parviendrez jamais à le prouver; jamais vous ne renverserez ce fait incontestable, que pendant les premiers siècles» dans le temps oU les deux Eglises n'en faisaient qu'une, les patriarches d'Orient reconnaissaient la primauté du patriarche d'Occident et la nécessité d'être en communion avec lui. Tous les témoignages que vous invoquerez se retourneront contre vous; nous avons entendu les Pères de l'Eglise, nous avons entendu la liturgie, nous pourrions successivement interroger tous les autres monuments de la tradition , nous recevrions toujours la môme réponse. Vous en appelez à l'Eglise primitive ; mais dans l'Eglise primitive, comme de nos jours, là condition indispensable de l'unité dans l'Eglise, c'est la communion des évêques entre eux, c'est la hiérarchie des évêques, les uns vis-à-vis des autres; or, le centre de cette communion, le sommet de cette hiérarchie a toujours été Tévéque de Rome, successeur de saint Pierre; en d'autres termes, le pape. Les évoques orientaux avaient bien un centre et un chef dans leurs patriarches respectifs; mais ces patriarches eux-mêmes devaient être en communion les uns avec les autres, ils devaient ôtre en communion avec le patriarche d'Occident, et Thistoire ecclésiastique nous apprend que dans toutes les circonstances graves,

c'était à ce patriarche d'Occident que les Orientaux avaient recours i c'est lui qui, à plus d'une reprise, a déposé des patriarches de Ck/nstantînople. Ce sont là des faits incontestables, qui prouvent que Fautorité de Tévôque de Rome sur l'Orient comme sur rOccident avait bien sa place dans la constitution de l'Ëglise primitive.

Si maintenant, mettant un moment de côté et l'Ë" glise primitive et la tradition, nous ne tenons compte que des besoins présents, comment V Union chré" tienne espère-t-elle arriver jamais à l'unité, en laissant de ,côté son centre qui est la papauté? On pourrait bien dire que si la papauté n'existait pas, il faudrait l'inventer. Nous avons sous les yeux le spectacle que nous présente l'Eglise d'Orient. Qu'on mé per mette d'emprunter au Journal de Bruxelles quelques données statistiques, qui serviront à projeter un très-grand jour sur cette question.

« L'Eglise dont nous voulons parler est cette grande Eglise orientale qui, depuis bientôt mille ans, se trouve séparée par un schisme funeste de la communion du saint-siége. Nous n'avons donc pas à nous occuper ici de TEglise arménienne, de l'Eglise nestorlenne, de l'Eglise jacobite, en un mot de toutes ces Eglises orientales qui, séparées de la communion de Rome, sont encore séparées de la communion du patriarche de Gonstantlnople et du synode de Salnt-Pé«

lersbourg; nous ne nous occupons que de cette Eglise qui aime à se donner le nom d'Eglise orthodoxe, d'Eglise catholique orientale. Or cette Eglise-là, d'après des renseignements que nous empruntons à des journaux publiés en Hongrie et en Russie , comprend 279 évoques.

» A un certain point de vue, ces 279 évoques ne forment qu'une seule Eglise. En effet , ils sont tous en communion les uns avec les autres^ eux et leurs ouailles; par conséquent, ils font profession de n'être séparés les uns des autres par aucune hérésie, par aucun schisme; il y a donc unité de foi , unité de sacrements, et l'on peut dire d'eux tous qu'ils ne sont que les membres d'un même corps. Mais si l'on examine l'organisation de cette Eglise et les rapports Wérarchiques qui existent ou n'existent pas entre eux, on ne tardera pas à s'apercevoir qu'ils forment un certain nombre de groupes distincts et indépendants les uns des autres. La constitution de cette Eglise présente quelque analogie avec la confédération germanique, moins la diète de Francfort. C'est moins une Eglise unique qu'une confédération de dix Eglises indépendantes. On ne peut même dire qu'il y ait là une véritable confédération, puisqu'il n'y a pas de pouvoir central. 11 est vrai que ces Eglises reconnaissent toutes au-dessus d'elles l'autorité du concile oecuménique qui forme le lien et le centre de cette es-

pèce de confédération ; mais, comme, dans Tot^mon de ces Eglises elles-mêmes, le concile oecuménique ne s'est pas assemblé depuis un millier d'années, et qu'on n'est môme pas d'accord sur les conditions qui seraient nécessaires pour constituer un véritable concile œcuménique, il nous est permis de ne tenir aucun compte de ce pouvoir évidemment absent de la constitution.

• Que deviendrait la confédération germanique, si la diète de Francfort était en vacances pendant, je ne dis pas un millier d'années, mais un millier de jours? Autant vaudrait soutenir à l'heure qu'il est l'existence de l'empire romain.

» Ces réflexions faites, passons auxdonnéeç statisti* ques. Les groupes dont nous avons à parler sont aa nombre de dix ; ils sont très-înég^ux , si l'on considère leur importance et le nombre de chrétiens qui reconnaissent leur autorité. Cette inégalité encore rappelle la confédération germanique ; on croit voir le prince de Reuss ou de Waldeck à c6té du roi de Prusse et de Teinpereur d'Autriche; mais il n'en est pas moins vrai que chacune de ces dix Eglises est indépendante, comme chacun des princes qui font partie de la confédération germanique est souverain.

» Cette comparaison de la confédération germanique avec l'Eglise orientale séparée de Rome pourrait donner lieu à bien d'autres rapprochements, et ferait

naître plus d*une réflerion curieuse et importante. Nous ne nous y arrêterons cependant pas davantage pour aujourd'hui, et nous allons passer rapidement en revue les dix groupes indépendants, en donnant aussi exactement que nous le pourrons, avec le nombre des évoques qui le composent, le titre que s'attribue Tautorité placée à la tête de ce groupe, évoque ou synode.

» Nous commençons, comme de juste, par l'Eglise de Gonstantinople.

» 1® Le patriarche de Gonstantinople porte le titre do très-saint archevêque de Gonstantinople, nouvelle Rome, patriarche oecuménique ; son autorité s'étend sur i36évèques. Dans ce nombre, il y en a 11 dans les trois principautés danubiennes, 4 en Valachie, 3 en Moldavie et 4 en Servie. De plus il y en a 7 dans les lies Ioniennes et un à Venise. Tout le monde sait que les Eglises de Valachie, de Moldavie et de Servie tendent à se rendre indépendantes de Gonstantinople.

« En Bulgarie et en Bosnie, la population slave fait les plus énergiques efforts pour se débarrasser de son clergé phanariote. Ges effDrts ne peuvent tarder à être couronnés de succès, et alors il se formera sans doute autant d'Eglises indépendantes ; et au lieu de dix Eglises dans la confédération orientale, nous en compterons quinze. La population des îles Ioniennes, étant de race grecque, ne partage pas ces désirs d'indépendance, manifestés par les peuples de race slave

et roumaine* Mais elle souhaite avec ardeur Fincorporation de la république des sept îles dans le royaume de la Grèce, et si cet événement venait à s'accomplir, les sept évéques des îles Ioniennes reconnaîtraient sans doute Fautorité du synode d'Athènes, de préférence à celle du patriarche de Constantinople.

» 2® En second lieu vient l'Église d'Alexandrie qui ne compte que cinq évéques, et qui a pour chef le bienheureux et saint patriarche de la grande ville d'Alexandrie et de toute TÉgypte, de la Pentapole, de laLybie et de l'Ethiopie, pape et juge œcuménique. Les titres de ce prélat sont aussi magnifiques que sa juridiction est restreinte. Quoique sa chaire patriarcale soit à Alexandrie^ il réside habituellement au Caire.

» 30 L'Église d'Antioche compte encore dix-sept évoques. Son chef porte le titre de bienheureux et saint patriarche de la ville de Dieu, Antioche, de la Syrie, de l'Arabie, de la Cilicîe, del'Ibérie, de la Mésopotamie et de tout l'Orient, Père des Pères et Pasteur des Pasteurs.

» 4** L'Église de Jérusalem a quatorze évéques. Le patriarche s'intitule le bienheureux et saint patriarche de la ville sainte de Jérusalem, de la Palestine, delà Syrie, de l'Arabie au delà du Jourdain, de Cane, de Galilée et de la sainte Sion.

» 5® L'Église nisse comprend soixante-six évéques

qm sont gouvernés par le très-saint synode dirigeant die toutes les Russies.

>» 6" l'Église de Chypre compte quatre évêques. Elle e«t gouvernée par le bienheureux et saint archevêque de la nouvelle Justiniane et de toute File de Chypre ; son siège est à Nîcosîe.

» 7» L'Église dans les États de Tempereur d'Autriche compte onze évoques qui reconnaissent la suprématie du bienheureux et saint archevêque de Carlowatz, métropolitain. Ct; prélat a profité des troubles de Tannée 1848, pour prendre le titre de patriarche qu'il a gardé depuis.

» 8®L'Égli8e dumontSinaï ne compte qu'un évoque.»

Je n'ai pas conservé dans mes notes le reste de Farticle; je sais seulement que la neuvième et la dixième Églises étaient celle de Monténégro et celle d'Athène?. Nous voici en présence d'un fait qu'il est impossible de contester : ces dix Églises sont indépendantes les unes des autres ; aucune d'elles n'exerce de Juridiction sur les autres ; bien plus, on chercherait en vain, parmi elles, un centre d'unité. Cette absence d*une autorité, d*un pouvoir directeur, est si sensible, tous les bons esprits voient si bien qu'on ne peut pas s'en passer, qu'à défaut du pape de Rome, on a essayé de faire un pape oriental à Constantinople. Il y a quelques mois à peine, les journaux publiaient divers documents fort curieux relatifs aux réformes qu'on

s'efforce d'introduire dans l'Église byzantine. Dans ces pièces il n'y a pas moyen de méconnaître une tendance à faire du siège deConstautinople le centre de l'unité dans l'Église orientale et le gardien de l'orthodoxie, au moyen de je ne sais quel droit dinspection assez mal défini. Cette prétention n'est pas nouvelle. Lorsque le tzar Alexis voulut faire déposer le célèbre Nicon, patriarche de Moscou, il adressa au patriarche de Gonstantinople une série de questions qui ont été imprimées, ainsi que les réponses de ce dernier, dans la collection de documents publiée sous les auspices du chancelier Roumiantzof ( sobranie gosoudarstvermykh gramat i dogovorov). Là encore le patriarche de Gonstantinople revendique très-clairement les droits de son siège et une véritable primauté sur toute l'Église orientale; et comme le tzar en témoignait quelque surprise, le patriarche n'hésita pas à déclarer que ce privilège avait appartenu auti^fois à l'évoque de l'ancienne Rome, mais que le pape s*étant, à cause de son orgueil^ séparé de l'Église universelle, c'était l'évêque de la nouvelle Rome, c'est-à-dire le patriarche de Gonstantinople qui avait hérité de ses droits. Il serait facile de multiplier les témoigoages et d*établir que lïglise d'Orient, depuis sa séparation d'avec Rome, a ressenti plus d'une fois le besoin d'une autorité centrale et souveraine, et que les patriarches de Gong tantinople ont à plusieurs reprises essayé de rewen-

diq^er cette autorité pour leur siège. Je me n d'ajouter que ces tentatives ont toujours échoué^ que Constantinople a vu successivement se soustr^ à son autorité un grand nombre d'Églises qui priq tivement fusaient partie de son patriarcat. Et le mai vement n'est pas près de s'arrêter. Gomme nous venoii de le voir tout à l'heure, la Yalachle, la Moldavie^ 1 Servie, la Bulgarie, les îles Ioniennes, n'attendeo qu'une occasion qui ne peut pas tarder à se présenj ter, et qu'on fera naître au besoin. Comme Tempire bjr» zantin dans les derniers jours de son existence, ell^ se verra bientôt réduite à la ville même de Constantin nople; mais ces faits ne font que mettre dans un plus grand jour Tétat de déplorable anarchie dans lequel l'Église orientale est plongée. C'est précisément cette anarchie qui finira par démontrer aux moins clairvoyants la nécessité d'un pouvoir central et indépendant. Il est bien évident que ce pouvoir central, limité ou indéfini, ne peut être exercé que par un évêque assisté ou non par un synode ; cet évêque doit nécessairement occuper le siège le plus élevé de la hiérarchie. Appelez-le comme vous voudrez, c'est un pape qui vous manque; il n'y a qu'un pape qui puisse faire sortir l'Église orientale de l'anarchie dont elle souffre aujourd'hui. Il est possible que Y Union chrétienne n'en convienne pas; mais il n'en est pas moins vrai que le nombre des hommes qui, dans TÉglise

orieDtale, tout en déclamant contre le pape,voadraleiH bien en avoir un, n'est pas petit, et qu'il augmenté tous les jours. Eh bien ! ee pape dont vous avez besoin» ce pape dont vous ne pouvez pas vous passer, vous ne le ferez pas. Mais il y en a un qm est tout fait ; SI a pour lui, sans parler des promesses deNotre-Seigneur JésuS'Ghrîst, tous les monuments de la tradition, dixhuit siècles de durée, l'adhésion de deux cents millions de chrétiens; ce pape, c'est le patriarche d'Ocddènd* Vous ne pouvez pas faire la paix avec l'Occident, sans faire la paix avec son paMardie. Vous ne pouvez donc pas faire la réunion des Eglises sans le pape; tout ce que vous tenterez de laûpe en dehcurs de M ne sera pas sérieux et n'aboutira à rien. Étudiez donô les conditions auxqu^es vous pouvez faire votre paix avec le chef suprême de l'Eglise, examinez4es, discutezles, efforcez-vous d'obtenir les meilleures conditions possibles, mais ne fermez pas les yeux à l'évidence. Vouloir commencer par supprimer le pape pour faire ensuite la paix des Églises, c'est vouloir rinqK)8sU>le. Une autre voie vous est encore ouva*te :

Vous reconnsdssez l'autorité infaillible du concile oecuménique, nous la vecoonalssons aussi. Par conséquent, un condle cBdunénique admis par les deux partis, auquel participeraient elles patriarahesdiOrient et le patriarche d'Ocddeut, et les évoques 4'Orieiit et les évéques d'4}cgident, aurait toute l'autarité néces-

sairepoar mettre fin aux divisions séculaires qui nous tiennent éloignés les uns des autres* Examinez les conffitions auxquelles ce concile pourrsdt se réunir, effioroez-Yous d'écarter les obstacles qui pourraient retarder sa convocation, préparez par une discussion sérieuse et approfondie les matières sur lesquelles il sera i^pelé à prononcer, cherchez dans les points controversés les moyens de concilier les opinions qui semblent opposées, vous travaillerez à la paix des EgUses, vous ferez une œuvre bonne, utile, salutùre. Est-ce là ce que vous avez fait jusqu'à présent? Je ne le crois pas. Mais ne l'oubliez pas , ce parti est impossible, si le patriarche d'Occident reste en dehors du concile, et dans le sein même du concile, la paix est impossible, si le patriarche d'Occident reste en dehors delà réconciliation. Quand bien même les évoques orientaux consentiraient à traiter en dehors de leurs supérieurs hiérarchiques, j'affirme que les évoques d'Occident ne pourront rien faire, s'ils sont désavoués par leur patriarche. Par conséquent, de quelque côté que vous envisagiez la question, par quelque bout que vous l'entamiez, il vous faut absolument reconnaître qu'il n'y aura rien de fait, tant que vous ne vous serez pas réconciliés avec le pape, que vous ne serez pas rentrés dans sa communion, que TOUS n'aurez pas reconnu en Im les droits et les privilèges que l'Eglise primitive reconnaissait à ses pré-

décessenrs saint Sylvestre, saint Léon, saint Grégoire et tous les autres. Au contraire, tant que tous conserverez contre la papauté les préventions et les pré* jugés qui vous animent aujourd'hui, vous aurez beau faire, vous n*arriverez à rien, vous ne ferez pas avancer la question de l'épaisseur d'un cheveu.

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