‹ Réponse de C.J. Magnan au discours prononcéChapitre 2 sur 12 · A PROPOS D'INSTRUCTION OBLIGATOIRE · texte numérisé non relu

A PROPOS D'INSTRUCTION OBLIGATOIRE

au discours de M. T.-D. BOUCHARD, député

de Saint-Hyacinthe

Monseigneur l'Archevêque, (1)

Monseigneur le Recteur, (2)

M. le Premier Ministre (3) et ses honorables Collègues, Monsieur le Chef de l'Opposition (4), Messieurs les Conseillers législatifs, Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs,

Mes premières paroles, ce soir, seront des paroles de gratitude envers l'honorable Premier Ministre et ses distingués collègues, l'honorable Chef de l'Opposition et Messieurs les députés de l'Assemblée législative, qui m'ont si loyalement accordé le précieux privilège de me défendre avant la reprise du débat sur l'instruction obligatoire ; je remercie ces honorables personnages d'être venus à cette réunion en aussi grand nombre. Reconnaissance aussi aux honorables membres du Conseil législatif d'avoir répondu à mon appel. Gratitude toute spéciale au député de Québec-Centre qui, immédiatement après le discours du député de Saint-Hyacinthe, réclama pour moi le droit de me défendre.

(1) S. G. Mgr P.-E. Roy, archevêque de Séleucie.

(2) Mgr F. Pelletier, P. A., recteur de l'Université Laval.

(3) Sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec.

(4) M. Arthur Sauvé, député des Deux-Montagnes.

Merci à Monseigneur le Recteur de l'Université Laval pour l'hospitalité si cordiale de cette salle des Promotions dont la majesté tout à la fois sévère et gracieuse exprime en une formule matérielle saisissante le principe rigide du vrai et la notion charmante du beau.

Merci aussi à vous, Mesdames et Messieurs, d'être venus si nombreux à cette démonstration. Cette manifestation de sympathie de la part de l'élite de Québec, chère cité historique que j'ai le bonheur d'habiter depuis trente-six ans, me touche au plus profond de l'âme.

A vous, Messieurs les journalistes, un remerciement tout spécial. Vous avez tous été témoins de mon humiliation devant la Chambre, il y a juste quinze jours aujourd'hui. Et après le discours du député de Saint-Hyacinthe qui créa une si déplorable impression sur la députation, ce sont vos mains généreuses qui se tendirent les premières vers moi, en cette heure pénible, où mes meilleurs amis n'osaient me regarder de crainte de m'humilier davantage ; c'est grâce à vous si, dès le lendemain, presque tous les journaux publiaient ma première protestation à côté même de la harangue où j'étais diffamé. Tous, unanimement, français comme anglais, catholiques ou protestants, vous m'avez accordé avec une probité professionnelle qui vous honore le droit à me défendre et à revendiquer mon honneur. Vos noms sont gravés pour toujours dans mon cœur et ma reconnaissance vous est acquise pour jamais.

Monseigneur le Recteur et Mesdames, si au cours des remarques qui vont suivre vous entendez parfois crépiter l'épithète sévère ou claquer le fouet vengeur, ne soyez pas étonnés, c'est la justice qui passera. La noble langue française créée pour répandre la vérité à travers le monde et confondre le crime, voilà mon arme de combat, c'est la franche épée des chevaliers d'autrefois ; je laisse le poignard empoisonné au sicaire qui frappe sa victime après l'avoir liée et bâillonnée.

O petite école primaire de mon village natal, ô mes chers maîtres d'autrefois, merci de m'avoir enseigné si bien la

langue de mes aïeux, sans que l'on songeât alors à la coercition scolaire, merci, vous dis-je, de m'avoir fourni cette arme précieuse qui me permet aujourd'hui, au jour le plus solennel de ma vie, de défendre mon honneur et de venger la justice outragée.

Mesdames et messieurs, vous qui n'avez pas entendu le discours du député de Saint-Hyacinthe serez surpris, peutêtre, de l'importance accordée à cet incident. MM. les députés le sont moins, car ils ont assisté à l'infamante charge dont j'ai été l'objet. Quelques personnes mal informées ont pu se dire : "M. Magnan s'est mis au blanc, qu'il ne soit pas étonné de recevoir des coups." Ceci n'est pas juste à mon égard. Je n'ai pas fait de faux zèle ; j'ai fait mon devoir. Dans mon rapport officiel au Surintendant de l'Instruction publique, j'ai traité de la fréquentation scolaire : c'était mon droit, c'était mon devoir, particulièrement au moment où ce sujet était à l'ordre du jour. Si j'avais gardé le silence, j'aurais manqué à ma tâche.

J'ai écrit dans les journaux : oui, mais pour me défendre après avoir été attaqué à plusieurs reprises. Et la lettre à l'Action Catholique et à la Presse, qui a rendu le député de Saint-Hyacinthe furieux, était des plus modérées. Dans cette lettre, je n'ai incriminé les intentions de personne et me suis contenté d'exposer les faits avec calme et équité, et cela après avoir consulté des personnes très sages.

Donc, je n'ai provoqué en aucune façon l'attaque injuste de M. Bouchard, que je n'ai pas même nommé une seule fois dans mes écrits.

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