‹ Réponse de C.J. Magnan au discours prononcéChapitre 3 sur 12 · ACCUSATIONS CRIMINELLES · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS CRIMINELLES

Le mercredi, 29 janvier 1919, à la séance de l'Assemblée législative tenue ce jour-là, le député de Saint-Hyacinthe m'a formellement et spécifiquement accusé d'avoir : 1° fabriqué les statistiques de la fréquentation scolaire dans plusieurs cas (pages 6, 10, 14, 15 du texte du discours Bouchard) ; 2° falsifié les dites statistiques dans plusieurs

autres cas (pages 13, 45 du texte du même discours) ; 3° d'avoir tronqué les textes dans ma lettre à la Presse et à l'Action Catholique (pages 20, 27, 45 d a texte du même discours) ; 4° d'avoir ainsi fabriqué ou falsifié les statistiques scolaires dans le but de tromper le Premier Ministre en 1912 et d'avoir fabriqué ou falsifié les statistiques et cité malhonnêtement les textes pour tromper le Gouvernement, la Chambre et le Conseil de l'Instruction publique (dans l'espèce, le Comité catholique) dans ma lettre à V Action Catholique et à la Presse.

Donc faussaire, voilà la très grave accusation portée contre l'Inspecteur général des écoles catholiques par un député à l'Assemblée législative, accusation tellement grave que, si elle était prouvée, l'accusé devrait disparaître sans retard de la vie publique et aller cacher sa honte au delà de la ligne 45e.

Faussaire ! C'est déjà un crime infamant : si ce n'était que cela ! M. Bouchard, dans son discours préparé longtemps à l'avance, discours lu, relu, clavigraphié et lu lentement à la Chambre à haute et forte voix, a dit ce qui suit, après avoir rappelé à la Voltaire mon titre de Commandeur de Saint-Grégoire le Grand et ricané au sujet de ma longue carrière dans l'enseignement : " Il (M. Magnan) rappelle à mon souvenir le directeur de cet hospice de Valladolid qui avait lui aussi voué sa vie à une œuvre pieuse, celle de secourir les pauvres, et qui déclarait dans sa somptueuse demeure à un ami de jeunesse venu pour lui rendre visite après une séparation d'un quart de siècle que c'était en faisant la charité qu'il s'était enrichi. Je sais que M. Magnan ne s'est pas enrichi avec le salaire que lui paie le Gouvernement. . . "

Cette insinuation venimeuse n'est-elle pas assez claire ? Et la négation employée afin de mieux affirmer, " je sais que M. Magnan ne s'est pas enrichi avec le salaire que lui paie le Gouvernement... " suivant immédiatement l'histoire de ce directeur d'hospice " qui avait, lui aussi, voué sa vie à une œuvre pieuse, celle de secourir les pauvres ",

et déclarait à un ami que c'était en faisant la charité qu'il s'était enrichi, ne prouve-t-elle pas l'intention criminelle du député de Saint-Hyacinthe de souiller ma réputation d'honnête homme en insinuant que j'aurais pu, moi aussi, m'enrichir aux dépens des pauvres ? Et cette insinuation est si méchante, qu'elle devient, dans les circonstances, une accusation formelle. Elle effraye aujourd'hui le député de Saint-Hyacinthe, il la nie, mais il la nie en m'insultant de nouveau.

Répondant à mon invitation du 4 de février, M. Bouchard m'écrivait le 6 : " Quant à l'accusation que vous me portez d'avoir voulu insinuer que vous vous étiez enrichi malhonnêtement je la repousse énergiquement et je prouverai encore une fois que vous avez tronqué un texte, le mien, pour lui donner une portée tout autre que celle qu'il comportait. Vous l'avez fait dans le but de me discréditer : quand j'aurai de mon siège rétabli la vérité sur ce point la Province pourra juger de quel côté se trouve celui que vous qualifiez de lâche et de misérable."

J'ai tronqué un texte, dit-il, le texte même de l'accusation. Voici, en entier, les deux phrases où se trouve le libelle : " Il rappelle à mon souvenir le directeur de cet hospice de Valladolid qui avait lui aussi voué sa vie à une œuvre pieuse, celle de secourir les pauvres, et qui déclarait dans sa somptueuse demeure à un ami de jeunesse venu pour lui rendre visite après une séparation d'un quart de siècle que c'était en faisant la charité qu'il s'était enrichi. Je sais que M. Magnan ne s'est pas enrichi avec le salaire que lui paie le gouvernement, mais il devrait se rappeler qu'il est un fonctionnaire comme les autres et qu'il ne devrait pas en cette qualité préjuger l'opinion publique contre une loi qui peut à brève échéance être inscrite dans nos statuts."

Dans ma lettre du 4 de février, j'ai suspendu la citation, je ne l'ai pas tronquée, je l'ai suspendue après le mot "gouvernement ", indiquant la suspension par sept gros points, tel qu'il appert par l'original que j'ai ici dans ma main. Et pourquoi ai-je ainsi laissé de côté le dernier membre de la

phrase ? C'est qu'il n'avait aucun rapport avec la citation, voyons plutôt : " mais il devrait se rappeler qu'il est un fonctionnaire comme les autres et qu'il ne devrait pas en cette qualité préjuger l'opinion publique contre une loi qui peut à brève échéance être inscrite dans nos statuts."

Après avoir parlé d'un monsieur qui s'était enrichi dans l'exercice de la charité et dit qu'il savait que M. Magnan ne s'était pas enrichi avec son salaire, il glisse comme un reptile au moyen d'un mais rattachant au premier membre de la phrase un autre membre qui ne s'y rapporte nullement : c'est à l'aide de cette confusion d'idée que la vipère s'est évadée après avoir lancé son venin.

C'est donc complet : faussaire, voleur, et le plus criminel des voleurs, celui qui s'est enrichi avec l'argent destiné aux pauvres. . .

C'est infâme ! Et s'il était ici, j'inviterais immédiatement M. Bouchard à répéter l'accusation que je viens de lire, accusation tirée du texte même de son discours. Car, à quoi bon prouver ma probité comme Inspecteur général si je ne lave d'abord cette souillure et ne marque la peau du vilain qui en est l'auteur, du fouet vengeur de la justice. Le député de Saint-Hyacinthe n'échappera pas : pour l'honneur de la Chambre dont il est membre, qu'il répète son accusation hors de cette Chambre ou qu'il la retire loyalement.

A la Chambre, M. Bouchard, vous avez frappé pendant deux heures et demie sur un homme enchaîné et bâillonné, mais ici sous ce toit hospitalier de l'Université Laval, où depuis bientôt trois quarts de siècle on apprend à l'élite de notre jeunesse la noble grandeur du Droit et la suprême majesté de la Justice ; où l'on dépose aussi sur les lèvres des jeunes lévites le secret divin de la Vérité, vous ne jouirez pas de l'impunité, et il me sera permis de vous prouver que sur le parquet de la Chambre vous n'avez été qu'un lâche calomniateur.

Ah ! vous croyiez, M. Bouchard, qu'on peut impunément s'attaquer à l'honneur d'un père de famille dont le meilleur

capital est sa réputation ; qu'on peut, en ricanant, souiller l'honneur d'un citoyen qui n'a jamais eu d'autre ambition que celle de suivre la voie droite de la probité et du devoir!

Détrompez-vous, monsieur, l'honnêteté peut être parfois bafouée, mais l'aurore de la justice ne tarde pas à se lever pour mettre en lumière le mensonge empoisonné et découvrir à nu le reptile qui a lancé le venin.

Ce point est réglé : passons à l'accusation de faux en statistiques. (1)

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