‹ Réponse relative à l'exploration faiteChapitre 9 sur 11 · ART RES M · texte numérisé non relu

ART RES M

11. Quant aux sauvages qui formaient partie de nos voyageurs (les sauvages de Lorette), ils avaient bien chassé dans différentes parties du pays, mais pour tout cela ils ne connaissaient rien sur la route que nous allions faire, ni sur les environs à plusieurs milles, car leur terrein de chasse était dans une direction toute contraire.

12. On m'avait dit qu’à Trois-Rivières, je pourrais me procurer une personne qui connaissait parfaitement bien le pays en question,—j"y allai donc, mais je revins sans avoir réussi.

13. A Lorette on aurait pu en trouver qui nous auraient été plus utiles que ceux que nous fûmes forcés de prendre, mais les gages que M. Blaiklock était autorisé à donner d’après ses instructions étaient loin d’être égales à leur demande.

14. Parmi nos hommes il n’y en avait qu’un du nom de André, métis de Lorette, qui pût nous donner quelques espérances qu’une fois avancés dans l’intérieur du pays nous pourrions peut-être traverser quelques endroits qu’il aurait déjà parcourus dans ses excursions de chasse.

15. Le premier départ de la ligne n’était rien moins qu’encourageant, le pays environnant n’offrant qu’un aspect montagneux, difficile et bouleversé, ainsi que le plan de M. Blaïklock et mes esquisses le feront voir.

16. On verra d’après ce que j'ai dit que le tracé d’un chemin à travers un pays absolument inconnu était une entreprise importante et difficile, surtout pour des personnes qui le traversaient pour la première fois. Les montagnes nombreuses par lesquelles la ligne devait passer laissaient quelques fois entre elles des vallées de différentes longueur et largeur que, souvent après les avoir visitées, l’on abandonnaïit par rapport aux obstacles imprévus et insurmontables qu’ils offraient au chemin en contemplation—et cela, parfois, après deux ou trois jours d’exploration— ce qui nous fit faire beaucoup de fausses routes et me fit perdre beaucoup de temps ; mais il n’en fut pas ainsi pour tirer la ligne qui, malgré les aspérités et les désavantages excessifs des localités et les autres obstacles trop nombreux pour que je les relate ici, avança graduellement, chose due à l’habilèté extraordinaire de lintrépide conducteur qui rencontra et surmonta avec le plus grand sang froid possible les obstacles et les misères les plus sérieuses. -

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17. D'après ce que j'ai dit on verra que, pour l’espace que jai parcouru en formant partie de l'expédition, le tracé et la ligne ont tous deux passé par un pays extraordinairement difficile—et que j'ai toujours choisi les endroits les plus avantageux pour remplir les devoirs qui m’étaient imposés.

18. L’esquisse ci-jointe et les suivantes donneront, autant que possible, une idée de ce pays. En même temps, je prendrai la liberté de faire remarquer que mes distances ont été obtenues d’une manière différente, par conjecture, et que mes directions ont été prises avec un compas portatif, sujet, comme de raison, à diverses variations causées par les attractions locales ou d’autres causes ; ces considérations, je l'espère, expliqueront d’une manière satisfaisante les erreurs dans la latitude ou les points de départ, ainsi que dans les distances que l’on pourra peut-être remarquer en comparant l’arpentage régulier qu'a fait M. Blaiklock avec mes opérations toutes de hasard et d'évaluation.

19. Mes distances réunies depuis la rivière Huron jusqu’à la rive Sud du Jacques Cartier sont de 6 milles 20 chaînes et 50 chaïnons, dans une direction générale N. 1° E. magnétique, où je suis parvenu à un endroit très propre à la construction d’un pont, 20 chaînes environ à l’Est de la ligne ; des pièces de bois de 60 pieds de long toucheraient au roc sur les deux rives.

20. On pourrait aisément faire un chemin depuis la rivière Huron jusqu’à cet endroit ; toute la distance se trouve dans une espèce de vallée de largeur inégale ; sol riche, bien boisé, bois mêlé et très gros généralement ; il y a quelques cêteaux de peu d'importance, quelques ruisseaux de 6 à 10 chaïînons. La seuie côte importante serait en descendant les bords de la rivière Jacques Cartier pour arriver à l’endroit du pont ci-dessus mentionné, sur la propriété d’un cultivateur (canadien quoiqu’anglais de nom) du nom de Price, le tracé du chemin passant à l’encoignure Ouest de sa maison; et le bois propre à la construction de ce pont se trouve aux environs.

21. Il se trouve entre la rivière Huron et le Jacques Cartier quelques lots de terre en partie défrichés appartenant, comme je l'ai déjà dit, à des familles anglaises ou plutôt irlandaises et canadiennes qui ne paraissent pas avoir fait de grands progrès dans le défrichement. Je ne saurais en donner la raison puisque ces

gens reconnaissent eux-mêmes que le climat et le sol sont également bons et avantageux ; cependant on y parcourt de longues distances sans voir un seul arbre qui ait été abattu. La plus grande distance à laquelle j'ai été de la ligne durant cet espace a été pour 2} milles sur la ligne, 22 chaînes à l'Ouest, et pour 44 milles 34 chaînes à l’Est, afin d'éviter des rochers, des lacs, des ruisseaux et des côteaux élevés ; ne m’étant servi de la ligne que pour 20 chaînes environ entre le second et le troisième mille à cause de ces obstacles.

22. Du 22 septembre au 7 octobre nous avons pu terminer nos travaux sur la rive Sud du Jacques Cartier ; notre tente et nos effets ont alors été transportés sur la rive Nord où j'avais déjà été en reconnaissance.

23. La direction générale du Jacques Cartier, dans le voisinage du site du pont est N. 60° E. très difficile et rapide, le courant est très dangereux par rapport à une quantité de pierres grosses et petites répandues dans toutes les directions, ce qui permet aux voyageurs de choisir différends endroits pour traverser la rivière d’un bord à l’autre. Dans la partie d’en haut cette rivière est divisée en plusieurs branches.

24. La rive Sud est certainement très escarpée, mais la rive Nord l’est encore plus, une chaîne élevée de montagne de granite en forme les rives; et du haut de ces montagnes, aussi loin que l’œil peut se porter, au Nord, à l’Est et à l'Ouest, on apperçoit une étendue considérable de pays couvert de montagnes élevées et stériles, dont le sommet de granite est le plus souvent laissé à nu, et fait voir d’un seul coup-d’œil que tout le pays est stérile et inhabitable à cause du sol invariablement rocailleux et couvert de roche. Une autre preuve de la stérilité du sol sont les arbres nombreux que le vent à renversés dans toutes les directions et qui laissent voir la couche mince et légère du sol qui couvre la surface de cette région de rochers, telle que les petites épinettes et les sapins qui constituent tout le bois de ces régions ne peuvent résister aux vents ordinaires de l’automne.

25. Après beaucoup de recherches je choisis une vallée du côté de l’Est et j’y arrivai en suivant une étendue basse et unie de terres entre la rivière et les montagnes adjacentes ; la trouvant avantageuse, je continuai le tracé du chemin dans cette

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direction jusqu’à l'entrée de la vallée, 2 milles et 30 chaines depuis l'endroit du pont, dans la direction générale Nord 50° - Est.

26. Depuis ce jour jusqu’au 11 octobre, j'ai gardé un, quelques fois deux sauvages pour explorer un passage à l'Est et à l'Ouest, non seulement pour continuer le chemin mais encore pour pouvoir être en état de parvenir aux environs de la ligne ; j'ai fini par réussir,

27. La direction générale des vallées ci-dessus mentionnées est Nord, et passe entre deux rangées de montagnes et même par une montée graduelle jusqu'aux bords de trois lacs presque contigus

. les uns aux autres ; savoir, les lacs St. Thomas, St. Vincent et St. Guillaume éloignés d’environs deux milles et demie de l'entrée de la vallée ou des bords du Jacques Cartier.

28. Vu que ces lacs se trouvent dans une vallée (située presque Est et Ouest) et que les eaux du printemps inondent considérablement les environs, je n’ai pu faire passer le tracé du chemin entre les deux premiers (le St. Thomas et le St. Vincent) mais je l’ai fait passer sur la décharge très étroite du troisième (le St. Guillaume) dans le second, qui est très peu profonde et si étroite qu’il suffira d’un pont de 30 chaïnons.

29. Dans cet endroit particulier j'ai constaté que la somme des différentes distances était de treize milles et dix chaînes depuis la rivière Huron, et trois milles et demi à l'Est de la ligne ; pour parvenir à ce passage entre les deux lacs on rencontre à l'entrée de cette vallée plusieurs côtes longues et courtes, plus ou moins fortes, des côtes latérales, des montées et des descentes, mais rien qui soit impraticable ; mais depuis l'endroit du pont, sur le Jacques Cartier, on ne voit point d’endroit qui soit le moins du monde propre à un établissement.

80. Depuis cette dernière station, ma 17e à l'Est de l'endroit du pont, j'ai conduit le tracé vers l'Ouest à environ 50 chaînes, puis étant parvenu à la partie la plus basse de la rangée de montagnes ci-dessus mentionnées qui bordent le Jacques Cartier, au moyen de quelques courtes stations à droite et à gauche, se montant à trente-huit chaînes et demie, je parvins à éviter le sommet de cette rangée de montagnes.

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31. Cette dernière montée sur ces rochers sera escarpée, difticile et dispendieuse, mais praticable néanmoins, et c’est en même temps le seul endroit dans les environs à plusieurs milles qui m'’ait permis de rejoindre le voisinage de la ligne.

82. Cette chaîne de montagne passée, l’on entre dans une autre vallée qui s'étend vers l'Ouest à peu près dans la direction N. 74° O., d’une largeur irrégulière, disons de 40 à 100 chaînes, et longue d'environ deux milles et un quart,—le sol est une riche marne brune ou jaune; le bois—épinette, sapin, bouleau noir et blanc, et les broussailles qui ne manquent jamais, le tout étant de haute crue; à l’exception ça et là de quelques endroits où le terrein est brisé on peut dire que cette vallée est comparativement unie ; je dirigeai le tracé jusqu’à son extrémité Ouest, vers une coulée qui, entre les autres montagnes, forme une petite vallée où je pénétrai le 18 octobre avec le chemin, au moyen de six courses à droite et à gauche, d’une longueur flus ou moins grande, se montant en tout à 1 mille et 16 chaînes. Je parvins sans difficulté au sommet de cette rangée de montagne, ce qui faisait ma 35e station depuis l'endroit du pont sur le Jacques Cartier et à environ 17 milles et 7 chaînes de mon point de départ sur la rivière Huron, et vis-à-vis, 12 milles et 24 chaines sur la ligne qui passait ces montagnes dans une vallée difficile, profonde et brisée, à une distance d'environ 35 chaines à l'Ouest de ma dernière station. Sur ma droite, à des distances inégales, se trouvait une autre chaîne de montagnes stériles se dirigeant vers N. 12° O.

83. La base de ces dernières montagnes formait un bas-fonds inclinant vers le Nord; ce qui répondait à mon but pour tracer le chemin ; le sol en est stérile, couvert de pierres et de rochers détachés, d'arbres nombreux que le vent a renversés, en somme néanmoins, suffisamment uni pour continuer, savoir, 36e siation, N. 15° O. 60 chaïnes; 37e station, N. 20° O., 42 chainc:, ‘3e station, N. 2° O., (direction générale,) 122 chaînes montant presque toujours; l'extrémité de cette station m’a conduit sur les bords d’une pe‘ite rivière que nous appelâmes rivière à l'Eau Morte, la ligne n° se trouvant qu’à quelques chaines à l'Ouest sur ses 15 milles: mirs distances se montaient à 19 milles 71 chaînes et 50 chaînons.

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