Commentaire sur divers passages des Discours prononcés à
la Chambre des Pairs en 1847, lors de la Discussion du Projet de la Loi Médicale de M.de Salvandy : passages qui se rapportent aux intérêts de la Faculté de Médecine de Montpellier.—MonlpellieretParis, 1848,in-8°, deix-l2l p.;
31. De la Dignité de l’Anthropologie. (Disc. d’Ouvert. du Cours
de Physiolog. fait dans la Fac. de Méd. : Année scolaire 1849-50.) — Montp. 1850, in-8», de 26 pages (Extrait de la Gazette Médicale de Montpellier)-,
32. Idée pittoresque de la Physiologie Humaine Médicale enseignée
à Montpellier. Quinze Leçons, extraites du Cours de Physiologie de l’année 1848-49.^-Montp. 1851, in-8», de 315 p. ; précédées de : Intentions didactiques qui préoccupaient l’Auteur de Vidée pittoresque de la Physiologie Humaine Médicale enseignée à Montpellier, lorsqu’il faisait les Quinze Leçons réunies sous ce litre; — in-8°de 144p.: ensemble 458 pages ;
33. Théorie Physiologique des Passions Humaines. Leçons tirées
du Cours de Physiologie Médicale fait à Montpellier dans l’année 1850-51. — Montpellier, 1853, in-8°, de 268 pages (Extrait de la Gazette Médicale de Montpellier, de M. le Docteur et Professeur-Agrégé Chrestien);
34. Accord de la Doctrine Anthropologique de Montpellier, avec
ce que demandent les Lois, la Morale publique et les Enseignements religieux prescrits par l’Etat. Première Leçon du Cours de Physiologie Humaine Médicale fait dans la Faculté de Médecine de Montpellier pendant l’année 1851-1852. — Monlp. 1852, in-8°, de 48 pages (Extrait de la Revue Thérapeutique du Midi, de M. le Dr L. Saurel).
INTRODUCTION
I. L’Enseignement de la Faculté de Médecine de Montpellier, aujourd’hui progressivement florissant, ne peut pas se maintenir dans ce cours de prospérité sans des soins attentifs. Les plantes les plus précieuses, ou pour notre conservation, ou pour nos jouissances, n’arrivent guère à leur perfectionnement désirable qu’au moyen d’une culture, sinon continuellement active, au moins toujours surveillante. Disons-en autant d’une Institution Didactique. Sans efforts pour l’agrandissement de la Science, pour sa conservation, et poqr sa propagation, point de succès.
Tant que l’Enseignement Médical de Montpellier a porté le
nom d’Université de Médecine, il a prospéré sans obstacles pendant sept siècles, et ceux qui l’exerçaient ont vécu en paix et en sécurité, parce qu’il était à peu près seul en France , et que les autres Corporations chargées d’enseigner l’Art de guérir n’étaient pas organisées de manière à pouvoir aspirer jamais à une rivalité. Je ne réponds pas que cet état soit celui qui convienne le mieux aux progrès de la Science ; mais il faut convenir que cette quiétude n’était pas de la stagnation et de l’immobilité. La Science marchait ici comme la Civilisation, et si l’Université n’était pas remarquée par des nouveautés fréquentes, elle était digne d’estime par la conservation des vérités anciennes, et par la juste appréciation des découvertes journalières, soit réelles, soit prétendues.
IL Lorsque la Révolution abolit les Institutions Didactiques antérieures, notre Université de Médecine perdit son titre ; mais au lieu d’être affaiblie dans ses études, elle fut renforcée par des Chaires Chirurgicales, qu’elle avait toujours désirées, et dont elle avait plusieurs fois officieusement exercé les fonctions. Dans le même temps furent établies deux autres Ecoles supérieures, qui, constituées suivant les mêmes éléments que la nôtre, ont porté successivement les mêmes titres qu’elle. Depuis l’établissement de l’Université de France, elles s’appellent Facultés de Médecine.
A dater de cette époque, la Faculté Médicale de Montpellier n’a plus eu de repos. La naissante Faculté de Paris est devenue sa rivale. C’est dire que la nôtre a dû travailler laborieusement à conserver son rang, à rendre son Enseignement complet afin
INTRODUCTION
de le rendre supérieur, souvent à défendre son existence, et par conséquent à se procurer des auxiliaires et des protecteurs.
Le Public ne peut pas concevoir que deux Ecoles chargées de propager une même Science, de dresser les Elèves aux mêmes pratiques, de tendre au même but, puissent avoir entre elles d’autre inimitié que celle de l’émulation, ni d’autre projet, dans chacune, que celui de surpasser l’autre par la perfectimi des résultats. C’est qu’il ignore que la Science commune, qu’elles sont obligées d’améliorer, de conserver et de perpétuer, n’est la même dans les deux lieux, ni par les idées capitales, ni par leur enchaînement, ni par les mêmes tendances accessoires. Il s’agit partout du même sujet, et du parti définitif qu’il faut en tirer, sans doute ; mais dans les deux manufactures on ne se sert pas des mêmes matières premières, on n’emploie pas d’une même façon celles qui leur sont communes, leurs procédés d’action sont différents. Si elles se rencontrent toutes deux, de temps en temps, en quelques points essentiels, elles y sontarrivées par des méthodes fort diverses. Quant aux tendances morales , elles ne sont jamais identiques de part et d’autre.
Il s’ensuit que, quoique les hommes de chaque Ecole estiment profondément et même affectionnent ceux de l’autre, les Enseignements respectifs se repoussent réciproquement, et que les Disciples, qui ne se connaissent pas personnellement, se haïssent presque uniquement en vertu de leur éducation médicale.
III. D’où cela peut-il venir? C’est un problème dont le Vulgaire ne peut pas comprendre la solution, mais que les Lettrés côn-
INTRODUCTION
cevront sans peine. L’Enseignement de Montpellier ne date pas d’hier : il descend en ligne directe et non interrompue des époques et des lieux où la Philosophie, les Sciences, les Beaux- Arts, l’Histoire Naturelle, la Médecine Raisonnée, la doctrine de la Constitution de l’Homme ont pris naissance; en un mot, il a été conçu dans cette Grèce où les Pythagore , les Socrate , les Hippocrate , les Platon , les Aristote ont commencé un Corps d’Encyclopédie, rudiments précieux de celui qui éclaire le siècle actuel. Notre Ecole s’est toujours piquée de conserver les degrés de la généalogie de cet Enseignement, les phases de son existence, les révolutions qu’il a éprouvées, les améliorations qui lui sont advenues, et les causes auxquelles il les doit. Elle est fière de l’ancienneté de son Enseignement, moins par un orgueil aristocratique, que par la persuasion où elle est que l’antiquité et la constance des propositions abstraites déductives sont de grandes preuves de vérité.
L’Enseignement Médical de Paris est tout récent. C’est un nouveau-venu qui n’a point d’aïeux et qui se crée. La Compagnie était formée sans doute d’hommes de mérite ; mais chacun avait son individualité, et aucun n’avait une idée de l’harmonie qui est indispensable pour présenter au Public une Science Médicale complète, unitaire comme son sujet. Au lieu d’exposer l’ensemble d’une Science pratique depuis long-temps éprouvée, chacun parlait d’après sa foi et soutenait ses idées comme un progrès. Tous se moquaient de la vieille Ecole et de ses traditions , comme les riches parvenus se rient et de la Noblesse et des parchemins qu’elle conserve avec tant de soin.
Cette espèce d’orgueil nobiliaire de prétendre posséder la suc-
INTRODUCTION
cession cI’Hippocrate , sentiment dont l’Ecole de Montpellier est accusée et dont elle ne se défend pas, peut bien être une faiblesse, mais elle n’est pas sans quelque avantage : cette Noblesse oblige tout comme une autre, et comme l’esprit de Corps. C’est grâce à cette illusion que notre Enseignement se maintient, conserve sa règle, et a toujours autour de lui ou l’effigie du Chef ou celle de ses Descendants.
IV. Hippocrate s’était bien gardé de se lier, ni avec les Médecins dont la profession était un métier empirique, ni avec les Dogmatiques dont les théories absurdes avaient justifié le trait d’HÉRACUTE, qui disait qu’î'Z n’y aurait rien dans le monde de plus sot que les Grammairiens, s’il n’y avait pas des Médecins. Pour se mettre en état d’acquérir une notion suffisante de l’Homme, il sentit combien il serait utile de posséder l’ensemble des connaissances naturelles de son temps, et d’étudier les déductions que les Philosophes en avaient tirées ; mais il ne tarda pas à voir que la Nature Universelle était trop vaste et trop compliquée pour que l’Esprit Humain fût capable d’en saisir tous les faits et d’en deviner toutes les causes obscures. Il ne voulut donc pas noyer la Médecine dans un Océan de conjectures où il ne trouvait ni fond ni rive : il se consacra tout entier à l’étude du sujet le plus digne de notre attention, à la recherche de la Nature de l’Homme, en tant qu’on peut parvenir ù conserver sa santé, à prévenir, à dissiper ou à rendre moins pénibles les maladies auxquelles il est sujet, et à le rendre aussi propre qu’il est possible à exécuter toutes les fonctions de la Vie Humaine , en quelque position où il puisse se trouver.
xir
INTRODUCTION
Ce sujet est assez circonscrit pour être à la portée de nos sens et de nos conceptions mentales. Il n’a pas l’immensité de toute la Création, puisque nous l’embrassons complètement, et que les moyens naturels et artificiels nous permettent d’en analyser indéfiniment les éléments sensibles. D’une autre part, il fournit à notre esprit tous les éléments nécessaires au développement de ses aptitudes, quand il s’agit d’aller à la recherche des causes abstraites ; aussi Hippocrate tira de la Philosophie vague de son époque les règles logiques applicables aux objets entièrement accessibles, soit aux sens, soit à l’intelligence, pour s’en servir dans l’étude complète de l’Homme, et celle des rapports qu’il peut avoir avec tout ce qui n’est pas lui ; ce sont : le choix de la Logique Inductive, son emploi à cet important usage, et une sorte de défiance contre la Philosophie vague et hypothétique, qui constituent la séparation de la Médecine d’avec la Philosophie, faite par le Vieillard de Cos.
V. Les idées capitales de cette Logique Inductive étaient, sans doute, claires dans la tête de ce grand personnage, puisque les notions les plus élevées de la Constitution de l’Homme, répandues dans les Œuvres Hippocratiques, sont à peu près pareilles à celles qui ont été formulées d’après la Philosophie Naturelle Rigoureuse de notre Faculté. La Doctrine de la Constitution de l’Homme, telle qu’HippocRATE l’avait conçue, a été contractée dans VHistoire de la Médecine de Daniel Le Clerc (Livre III, Chap. 2) ; le titre de ce Chapitre est : Philosophie D’Hippocrate. Quoique, dans ce temps, les Philosophes n’eussent pas encore distingué les corps inanimés d’avec les corps animés, Hippo-
INTRODUCTION
crate avait une notion confuse des causes animatrices ; il n’en assignait pas la source, mais il reconnaissait que la Puissance Animatrice venait de régions qui sont au-dessus de nous. — Il avait des idées nettes sur les organes du Corps Humain, sur la différence caractéristique des parties, des tissus, de ce que nous nommons les Systèmes Anatomiques; mais ce n’est pas de là qu’il attendait le Dynamisme Humain. — Il reconnaissait une Ame Intelligente, qu’il appelait supérieure, soit en considération delà dignité de ses fonctions, soit parce qu’il lui assignait la moelle allongée comme le lieu de sa résidence. — Outre ce Pouvoir, il en étudiait soigneusement un autre qu’il appelait la Nature Vivante, qui n’était identique ni avec l’Ame Pensante ni avec les matériaux des Organes. Il en recherchait les carac-; tères ; il ne croyait pas pouvoir les apprendre par l’Anatomie ; il ne pensait pas qu’il soit possible de rien acquérir de vrai et de solide, autre que des faits tirés de la Pratique Médicale. — Cette Nature, observée par l’expérience et par une attention journalière, et signalée par Hippocrate , devient une cause si semblable à l’Ame Intelligente, qu’on ne sait plus comment la désigner par un titre différent. A l’entendre, elle sait d'elle-même tout ce qui lui est nécessaire pour exécuter sa vie naturelle, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l’avoir appris de personne; elle est une faculté , ou elle est use , et elle est munie de facultés qui sont ses servantes. — C’est elle qui fait la nutrition, qui fait croître toutes choses, et qui par conséquent opère la génération. C’est d’elle que provient le phénomène ainsi exprimé : que tout concourt, tout consent et tout conspire ensemble dans le corps , par rapport à l’économie animale. —
Comme cette Nature d'H ippocrate est la cause de la chaleur animale, l'Auteur exprime quelquefois cette Puissance par le nom de Calidum innatum; aussi, dans le Livre'De Carnibus, on lit: « Ce que nous appelons la chaleur ou le chaud, me » paraît être quelque chose d'immortel , qui entend tout, qui ■n voit et qui connaît autant ce qui est présent que ce qui est à d venir. » C’est ainsi qu’HipPOCRATE rappelait l’histoire des phénomènes successifs de la Vie Animale, où chaque événement est préparé par les précédents, et prépare de loin les futurs, sans que l’on aperçoive des enchaînements physiquement nécessaires ,. mais bien des arrangements successifs convenablement préétablis. Pour exemples, on peut citer ce qui se passe durant la formation et l’épigénésie du produit de la conception dans un animal , où l’on peut admirer la fabrication d’organes qui sont inutiles au commencement, et qui dans la suite doivent être indispensables : organes de la respiration qui ne seront en fonctions qu’après la naissance ; disposition dans le système sanguin en prévision de ce qui doit se passer après que le sujet aura respiré; phénomènes successifs de la dentition; préparation des organes génitaux de très-bonne heure, et redoublement de soins aux approches de l’arrivée de l’instinct relatif. — Je ne puis pas laisser sous silence lès remarques que fait Hippocrate sur la contingence des réactions-de la Nature Vivante, après les impressions qu’elle a reçues. Bette Puissance Animatrice est fort différente dans le cours dé son existence, suivant le moment de sa durée, ses dispositions , Ses tendances, ses besoins. Aussi, dit-il, un aliment donné à un individu dans un temps lui devient funeste dans un autre; une des choses
INTRODUCTION
non naturelles qui est pour lui une cause procatarctique d’une maladie, devient pour lui un excellent remède dans d’autres inodes d’être de la Nature, Il n’en est pas ainsi des propriétés physiques d’un même corps, qui restent toujours les mêmes si l’Agrégat est mécaniquement et chimiquement constant.
Ces propositions, qui sont le Fondement de la Médecine d 1 Hippocrate , sont incontestables comme faits, mais répréhensibles sous le rapport des formules. Ces imperfections ne sont que des vices de rédaction : l’Auteur n’a jamais eu l’intention de confondre en une seule Puissance l’Ame Pensante et la Nature Vivante, et par conséquent il n’aurait certainement point réclamé si l’on avait exprimé les modes d’agir de cette dernière. En d’autres mots, on ne peut pas dire en termes propres que cette Nature fait tout ce qu’elle doit faire sans avoir rien appris: pour savoir, il faut d’abord avoirconscience de soi, et rien ne nous autorise à dire que la Force Vitale a ce pouvoir. La Synergie 'des organes dans leurs fonctions est un fait évident ; l’impossibilité de l’attribuer à des causes mécaniques n’est pas moins démontrée.,Mais si pour exprimer sa cause on emploie le mot Conspiration , on est exposé à faire croire au Lecteur que lés Organes sont cénsés doués d’Ames Pensantes qui s’entendent pour un projet. Les Ecoles Hippocratiques des siècles subséquents ont corrigé plus ou moins ces incongruités scientifiques ; mais l’Ecole de Montpellier est celle qui a le plus travaillé à d’épuration de la pensée essentielle du Maître. L’habitude de cette application a contribué à la rendre parfaitement instruite de cettë vérité doctrinale, et lui a donné une telle certitude de cette connaissance, que l’Enseignement de notre Faculté
INTRODUCTION
est resté inébranlable, nonobstant les hypothèses nombreuses qui ont exercé de l’influence sur tous les autres établissements didactiques de l’Europe, depuis la Renaissance jusqu’à l’époque de la Révolution Française.
VI. L’Ecole Médicale de Paris date de la Convention, c’està-dire de la formation des Ecoles de Santé. Il serait difficile de nommer sa mère, et par conséquent il n’est guère possible de lui soupçonner une tendance héréditaire. L’ancienne Faculté, composée des Docteurs Régents, ne ressemblait en rien aux Fer ntl , aux Baillou, aux Houlier, aux Duret, qui avaient glorieusement conservé l’Hippocratisme jusqu’à la Révolution Cartésienne : mais , après cette transformation , l’Enseignement traditionnel était, je crois, fort variable et arbitraire. Gomme Descartes attendait tout de l’Anatomie, et que cette connaissance a été cultivée avec le plus grand succès depuis cette époque jusqu’à la fin du xvm e siècle, il est permis de penser que la Pratique Médicale de Paris a dû être assez empirique ; car les grands Anatomistes qui veulent pratiquer la Médecine, en se dispensant d’étudier la Doctrine du Dynamisme, n’ont rien de mieux à faire que d’imiter Lieutaud , et de s’insurger contre toute espèce de dogmatisme. Quelques Docteurs de Paris, honteux de l’Ensei gnement de leur Faculté, avaient formé une Société Royale de Médecine, dont l’esprit était de le relever. D’une autre part, le Collège et l’Académie de Chirurgie, qui florissaient depuis quelques années, avaient établi un Enseignement très-remarquable. On y étudiait l’Anatomie de l’Homme avec la plus grande exactitude, afin de faire connaître d’abord toutes les
INTRODUCTION
conditions physiques nécessaires de l’Agrégat Matériel, en tant qu’elles contribuent aux causes de la santé ; ensuite toutes les altérations connues et possibles, qui peuvent contribuer à troubler ses fonctions et à menacer la vie : de plus on y recherchait, par l’expérience et par les lois de la mécanique, tous les moyens manuels et physiques capables de corriger les altérations anatomiques , et de mettre le corps dans les conditions les plus favorables pour faciliter les opérations naturelles de la Force Vitale.
On voit par là que l’Enseignement Chirurgical avait pour but la correction de l’instrumentation humaine ; les notions des phénomènes vitaux s’acquéraient par l’usage, mais la haute recherche du Dynamisme n’était pas à la portée de cette Institution.
VII. Il est pourtant vrai que, dix ans avant la création des Ecoles de Santé, le Collège et l’Académie de Chirurgie , qui ne connaissaient pas d’autre Physiologie Humaine que celle de Boerhaave , éprouvaient un urgent besoin de sortir de cet état. Les expériences de Haller , sur les animaux vivants, avaient été l’occasion d’examiner le principe de Y Irritabilité , qui n’était point un phénomène de l’ordre mécanique : on y voyait une Puissance suffisante pour faire naître l’idée d’un germe de vie, et partant d’une source de santé et de maladie. Un des Professeurs du Collège Fabre , ancien Elève de J.-L. Petit, fut instruit de l’éloignement que la Faculté de Montpellier avait pour le Cartésianisme , et des objections qu’elle faisait à sa doctrine Hallérienne de l’ irritabilité, considérée comme fondement suffisant
INTRODUCTION
du Dynamisme Humain Médical. 11 était admirateur de Bordeu et de son oncle, ou de son prête-nom , La Caze , qui, après avoir étudié à Montpellier la Doctrine de la Nature Vivante d’HipPOcrate , l’avaient modifiée et déguisée sous le nom de Principe de la Sensibilité, et prétendaient substituer cette théorie à celle de VIrritabilité. Il travailla de tout son pouvoir à introduire ces idées dans l’établissement didactique dont il était membre trèsactif. Il savait ce que La Mure , Venel et Fouquet avaient fait pour les propager, et l’on peut penser qu’il n’est pas resté inconnu à Roussel , qui avait eu pour Bordeu des sentiments pareils à ceux que Fabre lui-même professait.
VIII. On voit donc que le Monde Médical de Paris montrait, touchant la Constitution de l’Homme, des dispositions contraires aux hypothèses Cartésiennes de Boerhaave et peu favorables à l’opinion de prédilection de Haller. Il se tournait vers Montpellier, mais il était bien loin d’avoir une vraie notion de l’Enseignement de cette Ecole. On a vu qu’ici, la pensée fondamentale était l’Induction employée par, Hippocrate : deux Puissances différentes associées dans la Personne Humaine, savoir : une Nature Vivante auteur des fonctions naturelles , et une Ame Pensante. Il fallait caractériser ces deux Puissances pour déterminer la part respective de chacune dans toute la durée de la Vie de l’Homme, depuis son origine jusqu’à la mort.
Il ne faut pas croire que la Dualité du Dynamisme Humain , exploitée au xvi e et au xvn e siècle, fut le dogme enseigné dans notre Faculté. Paracelse et Van-Helmont avaient cherché à
INTRODUCTION
pénétrer dans cette Vérité Hippocratique, mais leurs résultats s’étaient trop éloignés de la Philosophie Naturelle Rigoureuse pour que notre Ecole ait dû les accepter. L’Archée de Van- Helhont n’a pas pu être admis, puisque l’auteur lui attribue la Raison Humaine, et que, suivant lui, l’Ame Pensante et Immortelle ne possède pas d’autre vérité que celles qui lui ont été infuses par la Foi Divine.
On sait que Stahl , très-ennemi du Cartésianisme, sentit la nécessité de reconnaître, dans la Constitution Humaine, une Cause active qui agît finalement dans tous les phénomènes de la vie, non-seulement dans les fonctions intellectuelles , mais encore dans toutes les fonctions naturelles ; on sait aussi qu’en conséquence, il a trouvé à propos de considérer notre Dynamisme comme une seule Puissance chargée de remplir tous ces emplois. Cette opinion arbitraire, si opposée à notre Sens Intime, n’a pas pu entrer dans l’Enseignement de notre Faculté, quoique certains individus, tels que Sauvages et Roussel , l’aient favorisée.
Bordeu , Venel et Fouquet crurent pouvoir profiter de la Vérité Expérimentale de Haller, pour convertir cette Cause réactive , que présentaient tous les animaux , en une sorte de Principe dans lequel pourraient se fondre la plupart des phénomènes rénnis par Hippocrate sous le titre de Nature ; ils donnèrent à ce Principe le nom de Sensibilité , et ils ne craignirent pas de renfermer sous cette dénomination la fabrication des organes , l’incorruption de la crâse éminemment corruptible des solides et des liquides des corps animés, les altérations diathésiques des humeurs , et une foule d’autres actes vitaux qui n’ont pas
la moindre ressemblance avec les modes appelés Sensations. — Toutes ces tentatives étaient à la portée des Médecins Parisiens de cette époque ; mais il n’en était pas de même de la forme que prit alors l’Enseignement de notre Ecole.
IX. Pendant que Bordeu et Venel travaillaient à donner une forme nouvelle, mais hypothétique, à PHippocratisme, Barthez, professeur très-distingué, aussi spirituel et caustique que ces Auteurs, mais plus laborieux dans la recherche des faits anthropiques , plus profond dans l’Art de signaler les Causes Abstraites distinctes, plus sévère dans la rédaction des propositions doctrinales, plus rigoureux dans la dialectique, quoique moins sensible qu’eux aux grâces du style,.... s’appliquait à rendre les Vérités Hippocratiques exemptes de toute exagération, et des obscurités ou équivoques qui les déparent ; à mettre en évidence les modes d’action de la Nature Vivante de l’Homme par la considération des phénomènes qu’elle opère ; et à les faire apercevoir dans tous les ordres des Actes Vitaux, dans les fonctions naturelles , dans les fonctions animales, dans la santé, dans la maladie. Cet effort intellectuel, qui a exigé un labeur constant de plusieurs années, dans un professorat assidu sur toutes les parties de la Science Médicale, devait imprimer à l’Enseignement de Montpellier un caractère de certitude qui le mît à l’abri de toute contestation. En effet, jusqu’à présent, il est tout-à-fait debout. Il a été attaqué, mais les combattants ont été des raisonneurs étrangers ou aux faits, ou aux règles de la Philosophie Naturelle Rigoureuse. C’étaient des bretteurs taquins, qui n’avaient jamais étudié l’escrime. Je connais quelques hommes de bonne foi qui détestent
INTRODUCTION
cette Doctrine, mais ils conviennent qu’ils la repoussent sans examen et par antipathie.
Barthez voulut démontrer à tout homme lettré, et particulièrement aux Médecins, que dans l’Homme Vivant il existe une Cause de la Vie qui est l’auteur essentiel de cette durée, et qui ne peut être ni l’Ame Pensante pour laquellé tout a été fait, ni l’ensemble des causes physiques reconnues dans les corps inanimés. Il s’adressait spécialement aux Médecins , d’abord parce qu’il les croyait les plus instruits des faits anthropiques sur lesquels sa Doctrine devait reposer. Il avait un autre motif : il était bien sûr que les Praticiens sensés voudraient que les méthodes les plus confirmées par l’expérience fussent tellement liées avec une théorie, que l’une fît deviner l’autre. D’après cette idée, il espérait bien que ses Disciples verraient l’incohérence des préceptes thérapeutiques de tous les temps avec les théories physiques des Cartésiens, avec la théorie psychologique des Stahliens, avec les propositions excentriques et perturbatrices des Helmontiens.
D’après de telles vues, Barthez ne pouvait donner à priori d’autre nom à la Cause qu’il cherchait et dont il connaissait les effets, c’est-à-dire celui de Principe Vital. Comme dans chaque Corps animé il y a un Dynamisme qui en fait une individualité incommunicable, ce Dynamisme unitaire de chaque Agrégat vivant doit porter le nom générique de Principe Vital. Mais puisque Barthez ne voulait étudier profondément cette cause naturelle que dans l’intérêt de la Médecine, il ne porta laborieusement son attention que sur le Principe Vital de l’Homme, quoiqu’il n’eût négligé ni le Principe Vital des animaux, ni celui des plantes.
INTRODUCTION
L’objet essentiel de la Médecine est de connaître assez cette Puissance pour concevoir la nature des affections qu’elle éprouve et des maladies qu’elle produit, afin que nous soyons en état d’influer sur elle d’une manière utile. Les études faites pour cet objet démontrent combien les modes d’agir de la Cause de la Vie, considérés tour-à-tour et isolément, et collectivement, et dans des moments séparés, et dans l’enchaînement successif des phénomènes de toute la vie, diffèrent, d’une part, des modes d’agir des corps inanimés, d’une autre part, des manières d’agir del’Intelligence Humaine. Dès que la considération d’un Fait Vital nous rappelle quelque similitude avec un événement de l’Ordre Physique , mille circonstances nous obligent à abandonner cette espèce d’association, parce que le fait dont il s’agit nous fait tout perdre de vue par le souvenir de sa cause, de ses effets, de la contingence de ses répétitions, des provocations capables de le reproduire, de la concaténation qui le place dans la chaîne continue de la Vie.
Le Médecin doit donc étudier dans l’Homme une Nature qui n’est ni l’Intelligence, ni le Corps soumis aux lois de la Physique. Cette Nature n’est fabriquée ni par le hasard ni par l’art ; elle a été engendrée par les Natures de ces parents. Elle n’est pas changée en une autre par des combinaisons chimiques : en vertu de certaines impressions, elle s’aflfaibit, se renforce , ou varie ses manières d’agir, pendant un certain temps, et puis elle rentre dans son état habituel. Il est un très-grand nombre d’impressions qui ne produisent aucun effet sur le cadavre, et qui, par l’intermédiaire de la Force Vitale dont nous parlons , deviennent la cause de phénomènes morbides soit purement
INTRODUCTION
dynamiques, soit à la fois dynamiques, humoraux et organiques. De même, des impressions sur le Corps Vivant peuvent être inaperçues par l’Ame Pensante, ou ressenties et appréciées d’une manière tantôt voluptueuse, tantôt douloureuse; et ces mêmes impressions portent sur le Principe Vital une susception plus ou moins profonde, qui exprime son affectibilité dans un sens contraire à celui quel’affectibilité psychique avait manifestée.
En continuant alternativement la comparaison des modes d’agir de la Force Vitale avec ceux des Corps Inanimés et avec ceux de l’Ame Humaine, Barthez est arrivé à démontrer, dans la Nature, un Ordre Vital, qui est distinct et séparé d’avec l’Ordre Intellectuel et d’avec l’Ordre Inanimé. C’était, par conséquent, une division en deux ordres de l’Ordre Métaphysique de Bacon. Je n’ai pas besoin de répéter que l’étude de l’Ordre Vital, considéré dans la Science de l’Homme, n’a pas moins d’importance que l’étude de l’Anatomie et de la Psychologie, et qu’un Médecin ne doit croire mériter son titre que quand il s’est pénétré de toutes les connaissances alors actuelles relatives à la Doctrine du Principe Vital Humain.
Voilà le caractère que prit l’Enseignement Hippocratique pendant les quatorze années que Barthez professa dans notre Faculté. Ce profond Physiologiste montra successivement l’Ordre Vital dans toutes les parties de la Science Médicale, dans l’explication des phénomènes hvgides, dans celle des maladies, dans la Médecine Pratique, dans la Thérapeutique Générale, dans la Matière Médicale; et même dans la Physiologie des Végétaux. Divers abrégés de ses Leçons les plus nourries furent imprimés depuis 1766 jusqu’à 4777, et en 4778 l’Auteur publia
INTRODUCTION
ses idées capitales sur le Dynamisme Humain, et spécialement sur le Principe Vital, dans ses Nouveaux Eléments de la Science de l’Homme.
X. Une chose bien singulière, c’est qu’une Doctrine si lentement mûrie, exposée par l’Auteur dont le talent professoral inspirait l’admiration, entendue par un auditoire rempli, ne produisit aucun effet dans le Monde Médical, et que les Médecins de Paris ne se doutèrent pas de la forme que la Science acquérait dans notre Ecole. Fabre , qui désirait tant une révolution dansl’EnseignementdeSAiNT-CÔME, entendaitsans doute Bordeu, puisqu’il en reproduisait sans cesse les idées dans son Livre intitulé Recherche sur différents points de Physiologie et de Thérapeutique, qu’il publia en 1783. Quoiqu’il ait cité Bordeu, la Caze , Sauyages , la Mure , Fouquet ; quoiqu’il ait fait mention de van Helmont et de son Archée, et de l’hypothèse animiste de Stahl, il n’a jamais prononcé le nom de Barthez.
D’où peut venir ce silence ? C’est que Fabre n’a rien compris à la théorie de Barthez, et il est permis de croire que les Médecins ses contemporains n’étaient guère plus avancés. La Philosophie Naturelle de Bacon n’était connue que par l’échantillon que Newton en avait tiré pour l’appliquer à la Physique. Personne , avant notre illustre Maître, ne l’avait appliquée à la réforme de l’Idée Hippocratique ; aussi il ne trouva dans ce moment ni approbateur ni contradicteur. Les Médecins de Paris ont prétendu qu’il était inintelligible; mais aujourd’hui on sait bien que l’inintelligibililé n’était pas du côté de l’Auteur. On n’était pas content du Cartésianisme ; on voulait une autre
INTRODUCTION
xxvn
théorie, mais a condition que la Cause fût de la même nature que celles qui leur étaient familières. Fabre invoque ces sentences de Quesnay : «Les Modernes, qui ont, par des recher- » ches laborieuses , étendu plus loin les connaissances des » Anciens, ont aperçu, partout où ils ont pu pénétrer dans le «mécanisme secret de la Nature , que tout agent matériel » n’opère aucun effet que par une force d’impulsion. Leurs dé- » couvertes les ont dégagés des anciens préjugés sur les mouve- » ments sympathiques et antipathiques des corps inanimés. » .... « N’est-ce pas abuser de notre ignorance que de recourir à » ces effets inexplicables pour établir un genre de cause dont » l’esprit ne peut se former aucune idée , dont les sens ne peu- » vent jamais s’assurer, et dont la nécessité ne peut être prouvée «par aucun exemple? Non-seulement les actions en distance » d’attraction et de répulsion ne sont point démontrées, surtout » dans la production des mixtes ; mais on ne peut pas même en » supposer l’existence, sans être arrêté par une multitude de » difficultés qu’il est impossible de résoudre. ».
On voit donc qu’en faisant des vœux pour une nouvelle théorie du Dynamisme Humain, on ne voulait pas s’écarter de la Philosophie Naturelle de Fonteneule. Fabre avait surtout peur des causes métaphysiques dans la Physiologie de l’Homme. « Enfin, «dit-il (1), achevons d’écarter toutes ces idées sur les ÊtresMé- » taphysiques, qu’on suppose diriger les fonctions de l’économie » animale, en présentant le Tableau des Puissances de la Nature «telle que je l’ai définie pour la conservation de la santé. »
(t) Suite des Recherches , 1784, pag. 30.
INTRODUCTION
D’après ce passage, il doit tarder au Lecteur de connaître quelle est l’idée initiative de cet Admirateur de Bordeu , de ce Physiologiste impatient de voir une rénovation de l’Enseignement Anthropologique, et de voir disparaître le Cartésianisme et le Hallérisme : je l’ai trouvée à la page 59 de ce même volume. «Dans mes recherches sur la Nature de l’Homme,—dit-il—, je »n’ai admis qu 'Un Seul Principe actif qui anime tous les Êtres «Organisés, et qui se modifie d’une infinité de manières, sui- «vant la nature des organes qui le travaillent : j’ai pensé que «la lumière, le feu et la chaleur, en un mot, le Phlogistique «était ce Principe. » Voilà donc en quoi devait consister l’essence de la réforme projetée : la substitution des Impondérables au Mécanisme.
Quelques années auparavant, Roussel , qui avait été élevé à Montpellier, qui devait avoir entendu Barthez , qui avait vécu dans l’intimité avec Bordeu , voulait aussi une expulsion complète de la théorie de Boerhaave et de celle de Haller. Que demandait-il à la place, pour Paris? Le Stahlianisme. Voyons comment il exprime son opinion dans la Préface de son Livre intitulé : Système physique et moral de la Femme. « Parmi les » Médecins modernes,—dit-il— , Stahl est celui qui a le plus in- » sisté sur le Moral, lorsqu’il a développé les causes de nos affee- «tions corporelles. En faisant de l’Ame le Principe de tous nos «mouvements vitaux , il a renversé la barrière qui séparait la «Médecine et la Philosophie. D’après ces dogmes , il n’est plus «permis d’être Médecin, sans connaître le jeu des passions, » l’influence des habitudes et la différence qu’il y a entre une «machine active et dont tous les mouvements sont spontanés ,
INTRODUCTION
» et une machine mue par un enchaînement de ressorts inani-
» més. ».« Stahl aurait, sans contredit, subjugué toute la
» Médecine, si, plus complaisant pour ses Lecteurs ou plus » zélé pour sa réputation, il eût pris le soin de polir ses ou- » vrages et d’y répandre ces agréments dont la vérité même a » si souvent besoin. »
XI. Que peut-on conclure de là? C’est qu’à Paris la République Médicale, qui désirait tant une révolution dans la Science de l’Homme, n’était pas en état d’établir une nouvelle théorie pour remplacer celles dont on ne voulait plus ; on ne savait pas même comment il fallait entreprendre cette rénovation. On n’avait rien compris ni au Livre de Barthez , ni au Discours Préliminaire où l’Auteur avait posé les règles de l’Art de philosopher dans les Sciences Naturelles, ni à l’application de cet art faite pour la recherche des causes de la Vie Humaine. On cherchait un Principe ; on ne pensait pas qu’on pût en trouver un autrement que par une hypothèse. Aller des faits à la recherche de leurs causes par les lois du Nominalisme; caractériser ces causes par toutes les circonstances des effets; comparer les causes ainsi dénommées avec toutes celles bien connues d’après leurs manières d’agir, étaient des procédés inconcevables. Il fallait aux Amateurs une cause bien connue, qui leur fît découvrir l’explication des modes d’agir de cette même cause avec les faits qui constituaient le sujet du problème. Chercher des causes sans se servir d’hypothèse paraissait l’impossible, même il y a seulement vingt-cinq ans, comme j’en ai été convaincu d’après une conversation que j’avais eue avec feu M. Letronne.
INTRODUCTION
XII. Quand l’Ecole de Santé de Paris a été formée, on a vu que toutes les tentatives faites pour arriver à une notion de la Constitution de l’Homme, ont été des hypothèses. La plupart des Inventeurs ont commencé par tirer leurs causes de l’Anatomie. Il s’en est trouvé très-peu qui les aient puisées dans la Psychologie; cependant l’excellent Pariset était un Stahlien envers et contre tous. Cette opinion a même aujourd’hui quelques partisans dans la Capitale.
Les doctrines nées à Paris à l’époque de l’Ecole de Santé, et qui ont eu du retentissement, sont celles de Cabanis et de Bichat.
Cabanis entreprit d’établir que la distinction des Êtres Vivants et des Êtres Inanimés n’est fondée que sur un accident passager, puisque l’Homme lui-même, qui nous semble constitué de deux substances essentiellement différentes, savoir : d’un Physique et d’un Moral, n’est cependant composé que de matière, et que, suivant les propres mots de M. de Tract, Auteur d’une Table Analytique des Rapports du Physique et du Moral de l’Homme , le Moral n’est que le Physique considéré sous un autre point de vue. Cette opinion, pareille à celle de Lucrèce , a trop peu d’importance sous le rapport de la Médecine Pratique, pour que les Médecins s’en soient fortement occupés; mais le livre est en grande considération dans la secte des Matérialistes. Elle ne peut nous convenir en rien : le Matérialisme ou Hylosoïsme (1) est une foi qui exige une crédulité dont nous ne sommes pas capable.
La Doctrine de Bichat peut, dans le fond, être équivalente à
(I) Encyclop.méthod. Philosophie ancienne et moderne, par Naigeon.
INTRODUCTION
la précédente, et tendre au même but ; mais comme elle est assez ambiguë pour convenir également à des Lecteurs départis très-différents, qui seraient également bienveillants pour l’Auteur, et que l’Athéisme est textuellement exclu de cette théorie, l’Ecole de Santé a pu s’en emparer pour son Enseignement, et les nombreux Elèves de Bichat ont dû la recevoir avec enthousiasme.
XIII. Bichat , Prévôt très-intelligent de Desault , faisait des Cours particuliers d’Ànatomie et de Chirurgie aux Élèves. Il captivait ses Auditeurs par la clarté 'et le charme de ses Leçons. Sa manière de présenter les membranes séreuses fut un vrai progrès en Anatomie. Les idées originales que Desault avait conçues sur quelques points de Chirurgie, furent exprimées par le jeune Elève avec une lucidité admirable et avec une sorte d’élégance qui donnait à cette Science une certaine dignité à laquelle elle n’était pas accoutumée, quoique Sabatier lui en eût fait savourer un avant-goût.
Aux qualités supérieures que Bichat avait pour l’Art de l’Enseignement, il faut mettre au premier rang le talent d’inspirer à ses Auditeurs et à ses Connaissances une sympathie dont sapersonne était l’objet. Quiconque l’entendait ou était à portée de le voir habituellement, ne tardait pas à concevoir pour lui de l’intérêt et de l’attachement, et ne voulait plus penser autrement que lui.
XIV. A le juger par ses ouvrages, il ne paraît pas qu’il fût plus avancé que les Médecins de son âge en Philosophie. Nulle part on ne voit qu’il eût porté son attention sur les Principes de la
INTRODUCTION
Métaphysique Générale ; quanta la Philosophie Naturelle Inductive, il ne la possédait, je crois, ni par l’étude ni parla nature. Il avait saisi et goûté les hypothèses de Bordeu , particulièrement son idée de la Sensibilité; il connaissait très-bien VIrritabilité de Haller , et grâce à son penchant pour les suppositions , il était en état de s’en servir pour théoriser à son aise. Quant à la Doctrine de Barthez , il n’y a rien compris : il n’en a soupçonné ni la Philosophie ni les Dogmes fondamentaux; il n’a pas vu l’enchaînement des propositions doctrinales, soit dans la direction des faits aux causes, soit dans celle des causes aux faits ; je ne crois pas même qu’il ait aperçu la différence qui existe entre une Théorie par Induction et une Théorie par Hypothèse. Le Livre de Barthez lui avait inspiré trop d’aversion instinctive pour qu’il se fût dispensé de le combattre, s’il l'avait entendu.
XV. D’après l’impatience générale où l’on était d’établir une Doctrine de la Constitution de l’Homme, il se mit à l’œuvre. Il connaissait notre Agrégat matériel ; il en avait analysé les organes, les solides et les liquides ; il s’était, imbu du Solidisme irritatif de Haller et du Solidisme sensitif de Bordeu : ni l’esprit du temps, ni son propre goût ne lui suggéraient aucune idée de causé substantielle autre que celles qui tombaient sous les sens. Il avait vu dans le cadavre un système de tissus et d’organes : il vit dans le vivant ce même système. Pour le concevoir en action, formant une Vie successive, il imagina qu’il suffirait d’y mettre, par la pensée, la Sensibilité de Bordeu et la Contractilité de Haller. Il supposa que ces Pouvoirs étaient dis
INTRODUCTION
tribués différemment dans les divers tissus, en grande quantité dans les uns, en moindre quantité, jusqu’à zéro dans les autres.
L’Auteur divise chaque Pouvoir en deux, parce que chacun est tantôt organique, tantôt animal. Mais ces quatre Pouvoirs, sans plus ni moins, doivent opérer tous les actes qui constituent la Vie Humaine depuis la création de l’individu jusqu’à la mort inclusivement.
Voilà une assertion bien singulière : elle me cause de la méfiance, parce que je doute que ces quatre phénomènes puissent suffire à tous les faits de la Vie de l’Homme. L’histoire de la Vie est le catalogue des conditions du problème qu’il faut résoudre. Le jeune Théoricien est-il bien sûr que ces quatre données suffiront pour répondre à toutes les explications ?
Bichat appelle ces Pouvoirs des Propriétés Vitales , et il les compare aux Propriétés Physiques des corps inanimés. Il en a vraisemblablement tiré l’idée de la Vis Insita que Haller employait pour caractériser l’aptitude à l’Irritation.
Une première idée qui m’arrête est la difficulté que j’éprouve à faire de ma Sensibilité, mode mental essentiellement unitaire, une aptitude corporelle étendue dans toutes les molécules d’un système nerveux. Tout cela se conçoit pour VIrritabilité, qui est une réaction d’une partie, comme celle des quelques feuilles d’une sensitive; mais la Sensibilité ne se conçoit que dans le Sens Intime. Aussi la Sensibilité de Haller n’est pas comme celle de Bichat : il la plaçait uniquement dans l’Ame Pensante, dont les nerfs étaient ce que les fils de la toile sont pour l’araignée maîtresse.
La comparaison entre les Propriétés physiques et les Pou-
INTRODUCTION
voirs Vitaux devient l’occasion d’une proposition arbitraire. D’abord, l’Auteur dit que les Propriétés Physiques sont venues postérieurement après la création de la Matière, et que, de plus , Dieu donna en partage à une portion de la Matière la Sensibilité et la Contractilité.
C’est une grande témérité que de faire intervenir Dieu dans la Philosophie Naturelle, quand on n’a pas mission deparler de sa part. Personne, que je sache, n’a osé assurer que les Propriétés Physiques avaient été le résultat d’une création postérieure à celle de la Matière. Si quelqu’un a fait la question, je ne sache pas qu’on y ait répondu. Quant à l’attribution que, suivant Bichat, Dieu aurait donnée à une portion delà Matière pour l’animer, il y a deux manières de la concevoir : \ 0 Adjoindre des Propriétés Vitales à la Matière Inanimée munie des Propriétés Physiques, pour qu’elles se distribuassent en portions fortuitement variées, dont chacune serait une espèce: c’est l’opinion de quelques Hylosoïstes attachés à la Philosophie Latitudinaire de Démocrite et d’ÉpicuRE. Je ne sais pas si Bichat entendait ainsi l’animation de la Matière. Si cela était , il pouvait bien se dispenser d’appeler un Dieu intelligent à son aide : Démocrite et Épicure s’en passaient bien. —2° Créer des Agrégats Corporels de diverses figures et les construire en instrumentations complètes , pour donner à chacun le Dynamisme spécial animateur, et appeler arbitrairement ce Dynamisme des Propriétés Vitales. Cette seconde manière de concevoir la vivification et l’individualisation des végétaux et des animaux représente assez le fait réel; nous n’en rejetons formellement que le Baptême Bichatien.
INTRODUCTION
Les Pouvoirs Vivifiants qui distinguent un homme d’avec un cadavre ont été nommés de temps immémorial des Puissances, des Facultés. Q’est-ce qui se passait dans la tête de ce jeune homme, quand il a voulu convertir ces noms en Propriétés Vitales ? Il devait bien savoir que les Propriétés Physiques sont des qualités indissolublement attachées aux diverses substances inanimées ou à des circonstances de leurs agrégations , de telle sorte que toute altération de la qualité est l’effet infaillible du matériel du corps. — Il le savait certainement, puisque, en établissant les différences qui existent entre ce qu’il appelle les Propriétés Vitales et ce que tout le monde appelle les Propriétés Physiques, il reconnaît que les premières existent sans que l’on sache leur origine; qu’elles sont variables en quantité et en qualité , sans que les tissus où elles sont attachées aient éprouvé un changement relatif ; qu’elles peuvent s’anéantir sans aucune cause anatomique. Mais puisqu’il n’ignorait pas cela, comment lui a-t-il plu de nommer Propriété une qualité qui n’est l’effet radicalement nécessaire ni de la substance du corps ni de sa construction, qui est adventice, spontanément variable, et qui, par conséquent, doit appartenir à un substratum différent du tissu ?
Aucun des motifs que j’imagine n’est louable. Les premiers mots de la Préface de VAnatomie générale expriment un désir de se montrer original. «L’Ouvrage que j’offre au Public lui «paraîtra, je crois, nouveau sous le triple rapport du plan que «j’ai adopté, dé la plupart des faits qu’il renferme, et des prin- «cipes qui en constituent la doctrine. » Pour moi, la nouveauté n’a aucune valeur, si elle n’accompagne pas une vérité.
INTRODUCTION
L’expression Propriétés Vitales aurait-elle été formée pour créer un alliage de mots hardi, pittoresque, en apparence contradictoire , mais vrai en réalité? Je puis sentir, comme un autre , l’agrément et même l’utilité d’une telle opération grammaticale , mais à condition que ce rapprochement n’amène pas une contradiction mentale, une antilogie voisine de l’absurdité. Pouvons-nous assurer que l’alloglossie présente est exempte de ce vice ? L’expression Propriétés Vitales veut dire : Nom d'une qualité d'un corps inanimé considéré en tant qu’il est inanimé , donné aux qualités d'un agrégat animé considéré en tant qu'il est animé. Or, comme l’essence de l’inanimé (oui 'Inanimalité) est l’opposé de l’essence de l'animé (ou de Y Animalité) , il faut en conclure que l’alloglossie de Bichat est une absurdité qui manque de sens.
Cette dénomination alogique aurait-elle été inventée comme un nom équivoque, que les Organiciens et les Vitalistes pussent interprétér conformément à leur persuasion fondamentale? En effet, l’Organicien peut dire : J'entends : la Force Vitale est une Propriété , c’est-à-dire une cause de l'Ordre Physique. Le Vitaliste peut dire : Je comprends : une Propriété , non pas Physique , mais Vitale. Il ne s'agit que d'une Faculté Vitale : Propriété n’est là que par égard pour les Matérialistes. On trouve réellement dans les livres sortis des deux camps opposés des citations de Bichat servant d’autorité pour les deux Partis. Mais une telle intention supposerait une duplicité astucieuse, incompatible avec les qualités qui ont mérité à l’Auteur tant d’illustration et de sympathies ; j’aime mieux attribuer l’incohérence, la contradiction et le vague de ces idées doctrinales, à la
INTRODUCTION
juvénilité de l’âge et à l’incomplément d’une éducation tant classique que médicale.
XVI. On voit donc que l’Anthropologie de Bichat était une Théorie à priori , dont les premières Propositions étaient des Hypothèses; De pareilles productions ne sont pas chez nous en grande considération ; cependant nous aurions pu trouver celle-ci ingénieuse, si l’Auteur avait procédé à la manière de Descartes; si, comme dit Fontenelle, le Théoriseur s 1 était rendu maître des premiers Principes par quelques Idées créées spontanément, claires et fondamentales. Les Propriétés Vitales sont bien quelques Idées spontanément créées par lui ; mais elles sont inconcevables, anti-logiquement exprimées et nullement fondamentales.
Toutes les Causes Vitales de la Vie Humaine se réduisent ici à quatre : la Contractilité Animale, la Contractilité Organique, la Sensibilité Animale, la Sensibilité Organique. Puisque la Vie commence immédiatement après la conception d’où le résultat provient, voyons si les fonctions de l’Embryogénie sont les effets de ces Propriétés Vitales. La formation d’un œuf, la création d’un placenta , son implantation dans l’utérus , la configuration de l’embryon suivant le type humain, la fabrication interne et externe des organes , la réalisation d’instruments actuellement utiles, avec des pierres d’attente pour la construction de ceux qui devront être employés, ces fonctions seront-elles l’effet d’Actes de contractione t de sensation? Quelle relation y a-t-il entre les Phénomènes ici désignés et les Idées des Actes qu’on prétend être leurs générateurs?
INTRODUCTION
Si nous parlons de toutes les acquisitions qui constituent la valeur intellectuelle d’un homme fait, le Physiologiste de cette Ecole dira que ce système de pensées est l’effet collectif des sensations. Il s’appuiera sur l’opinion des Philosophes appelés Sensualistes, qui s’obstinent à ne voir dans les idées et dans les procédés de l’Entendement et delà Raison que des modes de la sensation ; mais les gens sensés savent bien ce qu’est la Psychologie, ce que sont la Logique, la Dialectique, l’Ontologie, les Mathématiques, et en général toutes les Sciences sérieuses, et ils lèvent les épaules quand ils entendent dire que toutes ces connaissances se réduisent à des sensations.
Pour qu’une Théorie Anthropologique nous serve à formuler l’explication d’une Fonction Hygide ou d’une Maladie, il doit être bien rare de trouver notre compte , quand nous n’aurons pour modes d’action que des contractions et des sensations. Le corps animal est composé d’éléments qui tendent chimiquement sans cesse à se séparer par le moyen de la putréfaction. Pendant la vie, la crâse des tissus se maintient en dépit de la corruptibilité , même durant VInedia chronique indéfini et durant la Mort-apparente. La Contractilité et la Sensibilité jouent-elles un rôle dans cette fonction ? Comment les mettre en jeu dans la chymification de l’aliment, dans la chilification, dans les fonctions élémentaires de la nutrition, savoir : l’assimilation , la position, l’adoption, la désassimilation des molécules précédentes, et leur conversion en matières sécrétées? Dans ùne Maladie, la première idée de l’indication peut-elle venir de la pensée des Propriétés Vitales ? Est-ce de là que vous pourrez attendre la conduite que vous avez à tenir dans le traitement
INTRODUCTION
d’une attaque de goutte ou d’une fièvre bilieuse? Si l’on s’engage à exprimer les réponses en se servant uniquement de la Contractilité et de la Sensibilité comme causes, on est forcé fréquemment de donner des acceptions arbitraires à ces noms, et partant à employer un langage inintelligible.
XYII. Entre les passages des Considérations générales de 1’Anatomie générale , dans lesquels Bichat expose sa Théorie du Dynamisme Humain, il en est plusieurs qui prouvent combien étaient restreints son talent et ses connaissances en Philosophie. Aux pages xxxvnj et xxxix, après avoir censuré le Cartésianisme de Boerhaave , sans qu’il ait paru connaître l’espèce de rétractation que l’illustre Hollandais a mise dans ses Leçons sur les Maladies Nerveuses, il apprécie ainsi la Doctrine de Stahl : «Moins brillant que profond, riche en moyens qui «convainquent, quoique dépourvu de ceux qui séduisent, » Stahl forma pour les Sciences Physiologiques une époque «plus digne de remarque que celle de Boerhaave. Il sentit la «discordance des Lois Physiques avec les Fonctions des Animaux : » c’était le premier pas pour la découverte des lois vitales; il ne » fit pas cette découverte. L’Ame fut tout pour lui dans les phé- » nomènes de la Vie : c’était beaucoup de négliger l’attraction , «l’impulsion, etc. Stahl sentit ce qui n’était pas le vrai ; le vrai «lui-même lui échappa. Plusieurs Auteurs ont marché sur ses » traces , en rapportant à un Principe unique, diversement dé- » nommé suivant chaque Auteur, tous les Phénomènes Vitaux. «Ce Principe, appelé Vital par Barthez, Archée par van «Helmont, etc. , est une abstraction qui n’a pas plus de réalité
INTRODUCTION
» qu’en aurait un Principe également unique qu’on supposerait » présider aux Phénomènes Physiques. Parmi ceux-ci, les uns » dérivent de la gravité, les autres de l’élasticité , d’autres » des affinités, etc. De même, dans l’Economie Vivante, il en est » qui dérivent de la sensibilité, d’autres de la contractilité, etc. » Cette tirade doit suffire, à tout Médecin digne de ce nom, pour juger combien l’Auteur était peu en état de philosopher sur des matières aussi graves. Quels sont les services que Stahl a rendus à la Science ? Il en est deux : le premier est d’avoir réfuté démonstrativement l’opinion anti-médicale de Descartes sur l’essence de la Vie des Êtres Animés, opinion qui consiste à croire que cette Cause essentielle est de l’Ordre Physique , non-seulement dans les plantes et dans les animaux, mais encore dans l’Homme, où, suivant lui, l’Ame Pensante opère seulement les fonctions animales, et où les fonctions naturelles sont du ressort de la Physique et de la Chimie. Cette démonstration n’a pu se faire qu’en présentant un trèsgrand nombre de fonctions naturelles qui ne peuvent pas s’opérer par les lois de la Mécanique ou de la Chimie ; mais ces preuves négatives ont rendu nécessaire la reconnaissance de Causes d’un ordre différent de celui de la Physique. — Le second service est d’avoir prouvé que, dans l’exécution des phénomènes vitaux, dans celle des fonctions naturelles et des fonctions pathologiques , il y a constamment une finalité , une tendance à un but, dont la concaténation unitaire constitue la Vie. Cette vérité, que Stahl n’a jamais perdue de vue, est celle qui avait aussi préoccupé Hippocrate , et qui est la base essentielle de la Médecine. S’il l’a gâtée un peu par son hypothèse de
INTRODUCTION
l’Animisme, il faut le remercier d’avoir conservé l’antique et incontestable Principe d’une Puissance finalement agissante, et par conséquent unitaire, Principe que le Cartésianisme s’était efforcé de faire oublier, mais qui se présentait tous les jours à l’esprit des Praticiens.
Pour Bichat , ces propositions collectivement unies, si importantes, ne sont pas le Vrai, quoique Stahl soit si content de les avoir rétablies, et que la Médecine s’en glorifie. Qu'est donc le Vrai pour lui? C’est la division de cette unité en deux ou quatre Propriétés Vitales , qu’il s’attache à convertir en des qualités des corps animés , afin que personne ne s’avise jamais de considérer la volonté et la sensation comme des facultés appartenant à des substances différentes de celle des cadavres... !
Il attaque en face le Principe d’unité; et comme cette négation de l’unité choque singulièrement quand il s’agit du Dynamisme d’un animal ou de l’Homme, on aime à réfléchir sur les raisons de son opinion. Répétons-les : « Ce Principe appelé » Vital par Barthez , Archée par van Helmont, est une abstraction qui n’a pas plus de réalité, qu’en aurait un Principe » également unique qu’on supposerait présider aux phénomènes » physiques. » — Quoi ! parce que la Cause de ce long et magnifique phénomène appelé la Vie ne se montre pas sous mes sens, n’est ni colorée, ni palpable, ni configurée; parce que je ne puis la désigner que par une dénomination propre à exprimer ou ses effets ou son origine ; que, par conséquent, je pense à cette Cause uniquement par les rapports de ses causalités, c’est-à-dire d’une manière abstraite , on se croit endroit d’en nier l’existence ! Je n’entends rien à un pareil propos : la
INTRODUCTION
Vie a une cause; cette Cause est évidemment finale ai unitaire; qu’elle soit une modalité ou une forme substantielle, cela peut être une question , mais elle est réelle, et cette réalité n’est pas susceptible d’une contestation pour des Hommes qui parlent la même langue. Mais si cette Cause existe, elle doit porter un nom, à moins.qu’une Intelligence supérieure ne soit capable de la résoudre en éléments, et de la recomposer volontairement et à plusieurs reprises par l’alternative de l’analyse et de la synthèse.
Ce qu’il y a pour moi de plus inconcevable, c’est le motif pour lequel Bichat refuse d’accepter aucun des noms employés pour désigner la Cause la plus élevée de la: Vie; il ne veut ni Ame, ni Principe Vital, ni Archée : il n’aurait certainement pas mieux voulu Dynamisme, soit végétal, soit animal, soit humain: ce motif suprême, c’est qu’une idée abstraite de la cause de la Vie, et conçue comme une Puissance Unitaire, serait aussi fausse qu’un « Principe également unique qu’on supposerait «présider aux phénomènes physiques. » — Je tombe des nues toutes les fois que je relis ce passage. Bichat ne veut pas plus que l’on reconnaisse une Cause Unitaire dans un Être vivant, dans un animal, dans une personne, que dans un Corps inanimé. Savait-il que dans chaque individu les causes de vie sont des fonctions variées, par conséquent des facultés diverses qui leur sont attachées ; que ces facultés appartiennent à une seule cause, dirigées pour un même but ? Que les Agrégats inanimés n’ont et ne doivent avoir aucune unité, puisqu’il n’y a pas un but commun dans l’Agrégat? Savait-il qu’un Agrégat vivant, de quelque espèce qu’il soit, a une ressemblance avec
INTROnC CTION.
la Personnalité Humaine, en ce sens qu’il y a finalité dans les phénomènes et unité dans la puissance, et que pour cela les Dynamismes des Êtres vivants sont dits agir ratione moris? Savait-il que les Agrégats inanimés sont dépourvus d'unité, d’ action finale , de consensus et de conspiration , quoique les parties fussent réunies par une continuité ou une adhésion physique, et que, par conséquent, leur manière d’agir est dite ratione entis par opposition à celle des corps vivants? Enfin , se doutait-il de la différence qui existe entre une proposition abstraite rigoureuse et une hypothèse?
XVIII. Une telle absence des premières notions de la Philosophie Naturelle, et ces inconséquences , ont mis Bichat et son Ecole hors d’état de comprendre la différence qui existe entre la Doctrine de Barthez et celles d’HippocRATE, de van Helmont et de Stahl : ni l’un ni l’autre n’ont su distinguer les propositions rigoureuses, exactes, inattaquables de la première, d’avec les alliages hypothétiques qui adultèrent la plupart des propositions doctrinales des autres. Chez Hippocrate , la Nature Vivante est trop fréquemment l’égale de l’Ame Intelligente. Chez van Helmont , l’Archée est le siège de la raison, et les maladies sont les manifestations des fureurs de cette raison. Chez Stahl, il n’y a pas une proposition qui ne heurte le Sens Intime Humain, en lui soutenant en face que c’est lui-même. Sens Intime , qui est l’Auteur de toutes les maladies. Trouvet-on des suppositions pareilles dans l’Ecole de Barthez?
Les Propriétés Vitales de Bichat ne veulent ni la Dualité du Dynamisme Humain, ni une différence de nature entre les deux
INTRODUCTION
Puissances de ce Dynamisme, ni une différence radicale entre l’Homme et les animaux, ni une doctrine de l’Alliance des Puissances dans l’exercice des fonctions animales chez l’Homme, ni une étude comparative anthropologique entre l’Instinct et la Volonté, ni une Pathologie rationnelle, ni une distinction entre la Maladie et l’Affection, ni une Pathogénie scientifique, ni une Nosologie naturelle, ni une Hygiène qui réponde à tous les besoins de la santé humaine et aux ressources des choses non naturelles, ni une Thérapeutique capable de distribuer les moyens en méthodes proportionnées aux indications. De toutes ces Sciences pratiques qui composent la Médecine cultivée à Montpellier, Bichat ne put en essayer aucune, si ce n’est une Thérapeutique grotesque qu’il avait imaginée avant de se livrer à la Médecine Pratique ; Thérapeutique dont Lafabrie disait qu’il n’y avait pas pu trouver un principe capable de justifier un verre de la plus innocente tisane.
Voilà pourtant la Doctrine dont Paris s’est enthousiasmé, qui a régné dans la plupart des Écoles Médicales de l’Europe, qui a été la source de la Médecine de Broussais, qui a mérité l’Apothéose à son Auteur, et qui est encore l’Ame latente de l’Organicisme : je dis latente, parce que feu M. Royer-Collard a dit, dans un Discours prononcé lors de l’Inauguration de la Statue de Bichat, qu’à la Capitale on ne conservait plus un des Principes du Héros (I).
(1) Yoy. Inauguration de la Statue de Xavier Bichat à Bourg , le 24 août 1849, suivie de l'Éloge de Xavier Bichat par le Docteur Miquel, des Discours prononcés à l’Inauguration, etc. — Bourg-en- Bresse, 1844, in-fol., fig. 130, 1« col.
INTRODUCTION
XIX. Si, avant Bichat , il n’y avait eu dans sa carrière que Haller et Bordeü , je n’aurais pas été surpris que ce jeune, laborieux et spirituel Anatomiste eût voulu rivaliser avec eux, et chercher à substituer ses Propriétés Vitales aux Doctrines fragmentaires de la Sensibilité et de VIrritabilité. Les études de Médecine Pratique de Bordeü auraient bien dû engager le concurrent à mûrir un peu plus long-temps sa théorie: cependant on ne l’aurait accusé que de précipitation. Mais les Nouveaux Éléments de la Science de l’Homme avaient été publiés vingt ans auparavant, et Bichat en connaissait au moins l’existence. Qu’il ait lu ce Livre, ou qu’il se soit volontairement abstenu de le lire, nous qui sommes en état de comparer les productions des deux Auteurs, quelle idée devons-nous avoir de la prudence ou de l’intelligence du Créateur des Propriétés Vitales?
XX. Le pauvre Barthez fut témoin de sa défaite; il pouvait se consoler en pensant qu’à Montpellier il y aurait des Juges plus compétents. Il ne se trompait pas ; s’il n’y avait pas plus de sympathie pour sa personne, il y avait plus de lumière sur
la cause de son insuccès. Son indignation était grande;
mais elle se rapportait non au Vainqueur, mais aux Juges. Se trouvant dans une grande ville de province, il fut un jour témoin auditeur d’un propos qui devait l’humilier. Dans une réunion d’Hommes lettrés qui parlaient de Sciences, se rencontra un vieux Chirurgien qui avait long-temps enseigné l’Anatomie Humaine et la Physiologie de Bordenave , et qui ne
INTRODUCTION
manquait ni de lecture ni de zèle, mais dont l’intelligence n’allait pas jusqu’à comprendre les Nouveaux Éléments de la Science de l'Homme. Les Recherches sur la Vie et la Mort et VAnatomie Générale l’avaient enchanté, et il ne cessait d’en louer l’Auteur. Entre ses éloges, il s’écria avec emphase : Aujourd’hui nous le regardons comme le Roi des Physiologistes. Alors Barthez , un peu piqué, s’adresse au panégyriste d’un air inquiet : — Est-ce que Richat est borgne? — lui dit-
il. Le bonhomme répond naïvement : — Je ne t’ai pas ouï
dire, — ne songeant pas que la question partait d’un esprit convaincu que les Électeurs d’un pareil Roi ne pouvaient être que des Aveugles.
XXL Ce qu’il y a de positif, c’est que ces pauvretés dites physiologiques furent la base de l’Enseignement Médical de Paris ; ce n’était pas vraisemblablement par conviction, mais par la nécessité où l’on était d’en essayer un, et de lui donner delà consistance. Le succès populaire de ces idées enfla lès Médecins de la Capitale. L’École de Montpellier, sincèrement attachée à l’Hippocratisme depuis bien des siècles et convaincue du perfectionnement qu’il avait reçu par les; travaux de Barthez, vit avec peu d’estime, et peut-être aye.c un peu de hauteur, des nouveautés qu’elle trouva puériles. Accoutumée à contempler et à étudier l’Homme surtout durant sa vie, sa santé et ses maladies, elle ne pouvait pas se résoudre à prendre au sérieux une Anthropologie fondée principalement sur le cadavre, sur l’Anatomie comparée et sur les Vivisections. lien est résulté que tout le Corps Médical de Paris a conçu les sen-
INTRODUCTION
timents les plus défavorables contre notre Enseignement, et qu’il a juré de l’exterminer.
XXII. Pour arriver à cette extermination, on n’a pas travaillé à détruire les fondements de notre Doctrine. D’après mon analyse succincte, on peut juger que les Disciples de Bichat ne pouvaient pas être des Dialecticiens fort redoutables. On sait bien que leur matamore Broussais, esprit d’un vrai talent pour la polémique, qui avait eu l’art de fabriquer une Physiologie pour lui, a perdu sa force dès que les Praticiens sensés -ont réfléchi sur la vraie Constitution de l’Hommè. Nos ennemis ne songèrent nullement à attaquer radicalement et logiquement notre Anthropologie; mais ils trouvèrent à propos de chercher à la déconsidérer par l’exaltation de celui qui avait voulu la chasser à son profit, et de la dénigrer auprès de l’Autorité supérieure qu’il leur était aisé d’assiéger. Je l’ai déjà dit, je n’ai jamais soupçonné la Faculté de Paris d’avoir trempé dans cette persécution : ses amis ont tout fait. Tout le monde sait bien que Gluck et Piccini étaient bons amis, et que leurs partisans respectifs se faisaient une guerre acharnée.
Non-seulement les amis de la Faculté de Médecine de Paris ne cessaient de parler du génie de Bichat, de vanter la révolution que (disaient-ils)^ il allait produire dans la Médecine, de présenter ses images à l’admiration publique; mais encore ils exploitaient l’ascendant que l’amabilité de ce jeune homme avait eu sur ceux qui l’avaient connu. Il ne faut pas s’imaginer que les effets d’un pareil ascendant s’éteignent à la disparition de celui qui l’a exercé: bien des exemples prouvent aujourd’hui
INTRODUCTION
plus que jamais quelle est la durée de son influence. J’ai vu de près le pouvoir de celui de Bichat , dix-huit ans après sa mort. Lorsque, en 1818, je voulus publier mon Exposition de la Doctrine de Barthez , avec mes Mémoires sur la Vie de ce Médecin , je désirai connaître l’avis d’un Littérateur très-distingué , amateur des Sciences Médicales et homme de goût : c’était M. Mourre, ancien Membre de la Congrégation de la Doctrine Chrétienne, qui dans ce moment était Inspecteur de l’Académie de Montpellier. Lors de la Révolution de 1789, la dissolution des Corps enseignants avait troublé sa destinée, et il délibérait pour le choix d’un nouvel état: la Médecine lui souriait. Étant à Paris, M. Mourre entendit Bichat , et se lia avec lui. A cette même époque ou un peu plus tard, il forma une amitié pareille avec Richerand ; un commerce épistolaire avec ce dernier durait encore lorsque j’eus l’avantage de me trouver en relation avec lui. On voit par là quels étaient les motifs pour lesquels je souhaitais connaître son jugement avant ma publication. En me rendant le manuscrit, il l’approuva ; mais, en me conseillant de le faire imprimer, il me dit avec un ton suppliant qu’il allait me demander un service dont un refus de ma part le rendrait malheureux, le contristerait profondément, etc. Je m’empressai de lui dire qu’il me tardait de savoir ce que je pourrais faire pour lui, moi qui désirais tant de lui être agréable. — Qu’était ce grand service? Dans l’exposition de la Doctrine de Barthez , j’avais été obligé de la faire mieux concevoir en la mettant en contraste avec les opinions différentes de la même époque. Les idées de Bichat se présentaient là naturellement; elles devaient être appréciées à peu près conformément
INTRODUCTION
au jugement que je viens d’en porter, cependant avec les égards dus aux admirateurs de Bichat , qui alors étaient mes contemporains et très-nombreux. Malgré les adoucissements que j’avais mis à mes réfutations, M. Mourre fut désolé. Il ne m’en coûtait pas beaucoup de lui faire le sacrifice qu’il désirait : je retranchai totalement tout ce qui avait pu l’offusquer. On peut juger par là combien à cette époque le culte rendu par les Sectateurs à leur Idole exigeait de ménagement, même des opposants.
XXIII. Quant au dénigrement que notre École eut à subir de la part des partisans de sa jeune rivale, il se résumait en trois accusations principales qu’on répandait partout, et dont l’Autorité même ne pouvait pas se défendre : \ ° la première était que la Faculté de Montpellier avait tant dégénéré de sa valeur, qu’elle était tombée dans le mépris et que les autres nations la regardaient comme n’existant plus; 2° la seconde était que, dans cette École, l’Anatomie n’était pas ou était mal enseignée; 3° la troisième était que l’Enseignement y était suranné, que les opinions conservées avec tant d’opiniâtreté étaient de vieilles erreurs qui heurtent la raison et qu’il faut promptement extirper.
1“ Le premier bruit était un chantage, qui, s’il eût été vrai, aurait été indélicat, et qui, étant faux, était une vraie calomnie. Dans le temps où ces propos se propageaient par des journaux de la Capitale, j’eus occasion de parler de cette médisance avec feu Monseigneur de Grainville , Évêque de Cahors, qui avait été long-temps Vicaire-Général à Montpellier avant l’ancienne
Révolution Française. Il était parfaitement en état de m’instruire sur les "chiffres annuels des doctorats à notre Université de Médecine , attendu qu’en sa qualité de Grand-vicaire et de représentant de l’Évêque, il avait pendant bien des années conféré présidentiellement le grade suprême à tous les Docteurs de cette Faculté. Il m’importait de pouvoir faire une comparaison entre les nombres annuels de ces temps passés et ceux du nouvel ordre des choses. J’appris qu’avant 1789, les réceptions des Docteurs, dans l’année, étaient de 60 à 70, renseignement qu’il a été facile de vérifier. Gomme depuis le rétablissement des épreuves et du Doctorat nous avons ordinairement de 115 à 130 thèses par an, j’ai cru que ce surcroît de réceptions est à peu près proportionné à l’accroissement de la population générale. Par ce calcul je me persuade que je n’ai nullement flatté notre Faculté, en énonçant que la confiance du public pour son Enseignement est là même que celle dont il jouissait avant les Écoles de santé. Ainsi, le prétendu abaissement de sa considération était à mes yeux ou une lourde erreur ou un indigne mensonge.
A la seconde ou à la troisième année de mon Décanat, j’eus occasion de faire connaissance avec M. Esqüirol , qui faisait une visite à la Faculté en sa qualité d’inspecteur Général. Il désira un entretien particulier avec moi. Le sujet du colloque fut l’expression de la calomnie que je viens d’émettre, et une feinte question de savoir ce qu’il faudrait faire pour relever une École autrefois si illustre et aujourd’hui sans honneur. Dans cette plainte il y avait un point qui n’était pas sans fondement.. Suivant M. Esqüirol , l’Université reprochait à la Faculté la
INTRODUCTION
négligence concernant certaines Leçons, tant sous le rapport de leur nombre que sous celui de leur substance. Vingt ans auparavant, j’avais vu cette honteuse négligence; mais, à l’époque dont il s’agit, tout se faisait régulièrement, à moins qu’on ne s’obstine à mettre en ligne de compte l’impuissance de deux vieillards qui achevaient leur carrière, et dont les ombres vivantes étaient presque aussi utiles à l’École que l’avaient été pour elle leurs anciennes Leçons. La punition, infligée au personnel présent, d’un mal commis par son passé, démontrait, de la part des instigateurs, une haine sans mesure.
Revenant à la prétendue dégénérescence de la réputation de notre Faculté, je dis à M. l’Inspecteur Général : « Je n’ai pas «été à portée de reconnaître cette perte. Dans les tournées que « j’ai faites comme Président des Jurys Médicaux, j’ai pu jouir » de tous les égards auxquels est accoutumée l’École que je «représente. Quand je suis au milieu des Élèves , je les trouve » toujours aussi nombreux qu’ils l’étaient, d’abord quand j’étais «leur condisciple, et ensuite quand j’ai été leur Maître: j’ai su «qu’autrefois ils l’ont été moins, mais ils ne l’ont jamais été «davantage. C’en est assez pour la considération que la Faculté » obtient de ses concitoyens. Pour ce qui est des étrangers , je «vois entre nos Elèves des Grecs, des Italiens, des Espagnols, » des Portugais , des Canariens, des Anglais, des Brésiliens , » quelques Allemands, quelques Colons de l’Ile de France, un «Moscovite. Tant que notre École comptera de pareils auditeurs » dans ses Amphithéâtres, elle ne craindra ni l’oubli ni la «désertion. Vous me faites comprendre, avec les ménagements » de la politesse la plus exquise , la différence qui existe entre
INTRODUCTION
LU
»les Célébrités personnelles des deux Écoles. Je ne puis ni ne » dois répondre à ce parallèle : il est trop difficile de comparer » des individus placés dans des circonstances très-diverses. Si «l’Autorité veut absolument balancer les valeurs respectives de «deux Corporations didactiques, je ne connais qu’une épreuve. «Notre Faculté est dans une condition telle que les auditeurs «ne viennent que pour l’entendre: la ville et le climat n’ont «d’attrait que par rapport à la santé. Sa rivale est dans une » condition telle que la ville suffit pour attirer les curieux et «pour les fixer dans ce lieu, lors même que l’Enseignement y » serait nul, comme cela s’est vu dans le temps où la Faculté ne » se composait que de Docteurs Régents. Pour arriver à une com- » paraison capable de fournir un résultat concluant, il faudrait » faire un échange des personnels des deux Facultés, pendant » un nombre suffisant d’années, entre Paris et Montpellier. »
M. Esquirol se mit à rire, se leva, et me dit : — Allons , ma commission est faite. — Il ne m’a plus entretenu de ce sujet, ni à ce voyage, ni dans les autres relations mutuelles que nous avons eues. Sa conduite à mon égard a toujours manifesté une bienveillance dont le souvenir m’inspire autant de reconnaissance que d’orgueil.
2° L’accusation qui nous a été faite de ne pas enseigner suffisamment l’Anatomie Humaine, est encore plutôt un acte de dénigrement qu’une déposition historique. Je m’en suis expliqué dans mon Commentaire sur les Discours prononcés à la Chambre des Pairs, lors de la Loi Médicale proposée par M. de Salvandy. La vérité est que, dans tous les temps, l’Anatomie Humaine a été enseignée à Montpellier autant qu’à Paris, et j’en dirai les
INTRODUCTION