I. OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Dans son premier article publié au mois de juin dernier, M. L... déclare qu'il considère comme inutiles les pages que nous avons cru devoir consacrer à la comparaison de notre poids médicinal avec celui des autres États, aux données relatives à l'emploi du thermomètre et de l'aréomètre, et aux règles générales à observer tant pour la récolte et la conservation des drogues, que pour la préparation des médicaments.
Nous convenons facilement avec lui que ces sujets font nécessairement partie des études pharmaceutiques et que ce n'est point dans les Pharmacopées, mais bien dans les Traités de physique, de chimie et de pharmacie qu'il faut les êtxir dier; mais notre contradicteur ne saurait disconvenir, s'il veut jeter les yeux sur les Codex des autres pays, et notamment sur ceux de la Bavière, du Danemark, de la Saxe , de la Hollande, de la Prusse, de la Suède, de Hambourg, etc., que les rédacteurs de ces recueils ont pensé , comme nous , qu'on se rendait utile aux pharmaciens en leur présentant en quelques pages, insérées dans un livre qu'ils doivent avoir incessamment sous les yeux, les moyens de s'épargner des
recherches plus ou moins longues et parfois difficiles. Les auteurs du dernier Codex français ont pensé différemment, jugeant, comme M. L..., qu'il fallait renvoyer les pharmaciens aux ouvrages spéciaux ; mais , comme nous venons de le montrer, ces savants n'ont eu, sous ce rapport, que de très-rares imitateurs. En France même, tous les pharmacologistes sont loin de partager leur opinion. M . L . . . a perdu de vue, en nous critiquant, les lignes suivantes de M. Dorvault, tlont nous avons cherché à réaliser la pensée dans les limites où nous devions nous renfermer. « Un volume qui, à lui seul, pourrait être considéré comme une petite bibliothèque pharmaceutique , où le pharmacien trouverait rassemblés tous les renseignements nécessaires aux besoins journaliers de sa profession, serait, sans doute, d'une grande utilité pour lui..... » Les règles générales que nous avons posées nous ont d'ailleurs permis de réaliser un autre avantage , celui de pouvoir être succincts dans la description des procédés opératoires , sans cesser d'être clairs. L'ouvrage a ainsi gagné en concision ; aussi ne craignons-nous pas de dire qu'aucun Codex ne renferme, dans un cadre aussi resserré, autant de matières et de données utiles aux pharmaciens.
M. L... trouve encore, pour rester fidèle aux errements du dernier Codex français , que nous aurions dû nous dispenser de rappeler aux pharmaciens les caractères distinctifs des drogues simples ou composées dont ils se servent , parce que cette branche de connaissances fait essentiellement partie des études premières auxquelles ils se livrent dans les écoles spéciales. La marche que nous avons suivie dans cette partie de notre travail, est également celle que la plupart des Codex étrangers ont adoptée, avec raison, selon nous. Elle nous était d'ailleurs dictée par deux considérations dont il est facile de comprendre l'importance. La première, c'est que les pharmaciens ne peuvent arriver à exécuter convenablement les formules auxquelles nous nous sommes arrêtés , sans employer des substances qui réunissent les qualités de celles
dont nous nous sommes servis dans nos recherches ; et ht seconde , qu'il convenait d'épargner à ces praticiens les observations qu'en l'absence de règles , les fonctionnaires chargés de visiter les officines , auraient pu leur faire sur la qualité de leurs médicaments. Ce que nous avons dit de ces substances , permet au pharmacien de reconnaître aisément les plantes médicinales qu'il veut utiliser, ainsi que les caractères distinctifs de tous les autres produits que le commerce 1 lui fournit. Nous le mettons ainsi, de la manière la plus facile t à l'abri des manœuvres coupables que la cupidité suggère au détriment de l'humanité, et qui sont malheureusement si fréquentes de nos jours.
L'ordre alphabétique que nous avons suivi pour la distribution des matières, suggère à M. L... le regret que nous n'ayons pas adopté une classification scientifique. Une pharmacopée n'est pas un ouvrage didactique, comme ce pharmacien prend soin de nous l'apprendre lui-même ; or r s'il en est ainsi et s'il est également vrai que, dans les recueils de ce genre, la classification la plus convenable est celle qui rend les recherches promptes et faciles , pourquoi nous reprocher une chose qu'ont faite, à bon escient, la plupart des Codex publiés depuis dix ans? Plusieurs pharmacopées vont plus loû* que la nôtre, en confondant dans un même ordre alphabétique les drogues et les médicaments officinaux. Voici, du reste, ce que nous lisons dans les observations critiques faites sur l'avant-dernier Codex français, par MM. Bouillon-Lagrange, Cadet, Planche, Bouilay, Virey et Pelletier : « En général , on trouve la classification des médicaments incommode et vicieuse. Comme il était impossible de l'établir, soit chimiquement, soit relativement aux propriétés médicinales des composés, la plupart des pharmaciens auraient désiré qu'on eût suivi simplement l'ordre alphabétique. »