II
thiïm aretamI>9T&im; dasûfmditm, cûreducite eam ad va*.
19. Or, le Seigneur punit de mort .les habitants de Bethsamès parce qu'ils a voient vu l'arche du Seigneur -, et il fit mourir soixantedut p«*so»*#s d©6 principaux d# Za> vflke* et cinquante mille hommes du petit peuple; et ils pleurèrent tous de ce que le Seigneur avoit frappé le peuple d'une si grande plaie.
20. Alors les Bethsamites dirent : Qui pourra subsister «l Ta présence de ce Seigneur et de ce Dieu si saint , et chez lequel d'entre nous pouwa-fc-it <$eme*rer> ?
ai. Ils envoyèrent donc des gens aux habitants de Cariathiarim , et leur firent dire : Les Philistins ont ramené l'arche du Seigneur; venez, et emmenez-la chez vous.
Voici le dix -neuvième verset selon l'hébreu, avec la version interlinéaire de Pagain.
Et percussit in viris Bethsémes Va jach . be anesce Baithscemese quia videra nt in arcâ Domina , et çhi rau ba aron Jehwah, va
percussit in populo septuaginta viros jach • ba hhham sceihehhJiim ise quinquaginta millia virorunu
hhamiscim eleph isc*
Voici la traduction française littérale de
Pagnin.
Et le Seigneur frappa dam les homme* de Bëthsémès , parce qu'ils ont vu dans l'arche du Seigneur , et il frappa dans le peuple soixante - dix hommes , cinquante mille hommes. »
Ne pourroit-on point, sans faire violence au texte , diminuer le nombre de ceux qui furent mis à mort par le Seigneur , et fermée ainsi ht bouche aux incrédules ' qui osent accuser le Dieu des Jui& d'inhumanité , pou* avoir été la vie à plus de cinquante mille personnes^ parce quelles avaient regardé l'arche d alliance ?
Oui sûrement , on peut réduire de beaucoup le nombre des personnes qui périrent alors , en. donnant à l'hébreu un sens que non seulement il souffre, mais qu'il parait en» core exiger. C'est ce que nous allons développer, après avoir fiait quelques observations, grammaticales, dont nous ne pouvons nous dispenser ici.
i* Les noms hébreux n'ont point de, cas •o de terminaisons différentes qui marquent les divers rapports qu'ils peuvent avoir dam le discours. Notre- langue est en celtMenv» blable à l'hébraïque.
a* Au défaut à mflfeisiô&a variées., pour indâqner les cas, l'hébreu phwe des articles
importa*» pag. 4a.
4 KÉPONSES CRITIQUES.
pour les marquer. Notre langue l'imite encore eu ce point.
3° Les articles dans l'hébreu ne sont pas toujours une marque sûre des cas. Le même en désigne souvent deux. Le français suit encore ici cette langue : notre article le dénote le nominatif et l'accusatif, notre article du le génitif et l'ablatif.
4° Souvent les Hébreux omettent ces articles , et laissent le nom seul. Notre langue avoit encore autrefois cette ressemblance avec la leur , comme on le voit dans les proverbes anciens.
Pauvreté n'est pas vice : contentement passe richesse*
' 5° De l'aveu de tous les grammairiens , le plus sûr moyen pour connoître le cas de Thé* breu , est le tissu du discours : nous avons encore cela de commun avec eux.
Donnons à présent la traduction que nous avons annoncée.
Et le Seigneur frappa parmi les hommes de Bèthsémès, parce qu'ils avoient regardé dans l'arche du Seigneur , et il frappa parmi le peuple soixante-dix hommes de cinquante mille hommes.
Ces cinquante mille hommes n'étoient sûrement pas tous de Bethsémès , qui n'étant qu'une petite bourgade , selon Josèphe , ne pouvoit avoir un si grand nombre d'habitants ;
mais pour la très-grande partie , il étoient accourus des environs pour être témoins de l'heureux retour de l'arche»
. Voici les preuves de notre traduction.
i* Eleph , mille , se joint avec des nombres pluriels , voyez Nomb. , c. i , v. 16 ; Juges,, c. 5, v. 8, c. ao, v. ai. i des Paralip. e. aï , v. 5 5 lorsqu'il est ainsi joint avec un nombre pluriel , il devient pluriel lui-même ; c'est pourquoi Pagnin , si savant dans la langue saiàté , l'a traduit ici par millia. '
a° Eleph n'ayant point d'article qui en désigne le cas , doit être mis à celui que le tissu du discours exige , selon la cinquième remarque.
3° Les Hébreux placent quelquefois les plus petits nombres avant les plus considérables; d'autres fois ils suivent un ordre tout contraire. Ainsi on lit dans l'original de la Genèse , ch. 5 , v. 7 , sept ans et huit cents ans -, et au ch. a3 du même livre ,v. 1, cent ans et vingt ans et sept ans. Mais quelqu'arrangement qu'ils donnent à leurs nombres , ils ne manquent point de les unir par la conjonction et , quand ils font partie du même total , comme on peut le voir dans les passages que nous venons de citer, et comme on le remarquèroit dans une/nfinité d'autres qu'il seroit superflu de rapporter.
De tet usage des Hébreux , il est naturel
6 BKPONSE8 ClimQUES.
de conclure que lorsqu'on lit plusieurs nom-» bres de suite 9 mais sans cette conjonction , ils doivent être pris séparément ; et alors le petit nombre séparé et extrait du plus grand , exige que celui-ci soit placé au génitif. C'est ainsi que nous disons cinq de cent , quarante de mille. On trouve des exemples de cette façon de parler dans l'hébreu , -Genèse , clu 26:, v« ib , et premier des Rois, c. 26, y. i5. On Ht un peuple pour un du peuple*
Voilà précisément le cas dont il est ici question : les soixante et dix personnes étant «ans conjonction Avec les cinquante mille , ne font point une partie d'un total de cinquante mille soixante-dix personnes mises à mort , mais d^cinquantemille personnes qui étoient ^présentes, ces soixante-dix sont toutes celles qui périrent» U ne faut donc pas traduire en latin qmnquagintamittia^mAisquijiquaginta millium; et il ne faut pas traduire en français ci fi quant § mille, mais de cinquante milles -ajoutons que le mot homme étajH placé «près chacun des nombres indique bien clairement qu'ils doivent être séparés.
L'historien Josèpbe n a lu dans son exemplaire que soixante -dix personnes mises à mort pour avoir regardé l'arche d'alliance ; ce qui donne un nouveau poids à la tradition que nous venons de proposer. Non-seurlement les règles de la grammaire hébraïque
et in exemplaire de dix-sept «ente ans d'antiquité , autorisent notre version > elle etft encore fondée sur le sentiment qu'ont tous les hommes de la bonté de Dieu. Comment , se dit-on à soi-même, le Seigneur a-t-il pu faire périr tant de monde pour une faute qui ne paroît pas mériter un si terrible chAtiment ? Pour lever cette difficulté , quelques interprètes recoupent à la sévérité des jugements de Dieu 5 mais cette réponse loin de nous calmer nous atterre; ne vaut-il pas mieux, puisqu'on y est fondé, deviner à ee passage un sens qui mette quelque proportion entre la faute et la peine , ainsi que notas l'avons fek dans notre traduction ?
Mais, dira-ton > si le nombre de ceux qnt périrent a été si petit , le peuple d'Israël a-t*il pu regarder ce châtiment comme »*e grande plaie P II en a cependant juge ainsit Je réponds qu'il eu a bien jugé* Est-ce donc une plaie bien légère que la mort inopinée de soixante-dix personnes ?
Que l'on voie quelle fnt la consternation des -Hébreux lorsque les habitants de la villa de Haï leur eurent tué trente-six hommes I
^Demande d'un i w paY les Israélite s\,
Moyse parie ainsi aux Israélites de la part de Dieu :
*< Quand vous serez entrés dans la terre que » le»Seigneur votr^Dieu s doit vous donner, » que vous la posséderez et que vous y serez » établis : si vous venez à dire, je choisirai un » roi poùî me commander comme en ont n toutes les nations qui nous environnent , )> vous établirez celui que le Seigneur aura » choisi d'entre vos frères ; vous ne pourrez » prendre pour roi un homme d'un autre pays » qi|i ne soit point votre frère. »
Dieu en cet endroit accorde à son peuple la permission d'avoir un roi , et lorsqu'il en demande un il le trouve mauvais. Que penser d'une conduite si peu soutenue ?
Réponse. Dieu , maitre absolu de toutes les nations , étoit spécialement le roi d'Israël» Il lui donna les lois par le ministère de Moyse ; il en régloit les marches et les campements dans le désert $ il se faisoit payer par les Hébreux le. tribut que les sujets doivent à leur souverain. Il décidoit de la punition des criminels qui se trouvoient parmi eux. Josué , successeur de Moyse , dans l'illustre emploi de conducteur des Israélites , ne se conduisit dans toutes ses guerres que par les commandements du Seigneur. Après la mort de ce grand capitaine, la nation , bien instruite que Dieu seul étoit son roi , ne songea point à en demander un. Elle continua à se diriger
* Deutéronomc , ch. 14 , t. 14, x5.
PREMIER LIVRE DES ROIS. g
par les ordres du Seigneur , qui lui étaient intimés par l'organe du grand-prêtre ou par la bouche de quelques personnes que Dieu suscitoit extraordinairement de temps en temps pour tenir sa place. Ces hommes , envoyés de Dieu , portoient le nom de Juges. Leur charge n'étoit point une dignité héréditaire , mais une simple délégation. Us n'étoient, à proprement parler, que les lieutenants de Dieu dans le gouvernement de son peuple. Leur autorité étoit personnelle et expiroit avec eux.
Après quelques siècles ce peuple ingrat , ne sentant plus le prix d'un régime qui lui étoit si avantageux et si honorable , demanda un roi. Que répond le Seigneur à cette demande ? « Ecoutez , dit-il à Samuel * , la voix » de ce peuple dans tout ce qu'ils vous disent : » car ce n'est point vous, maïs c'est moi » qu'ils rejettent , afin que^ je ne règne point » sur eux. C'est ainsi qu'ils ont toujours fait » depuis le jour où je les ai tirés de l'Egypte n jusqu'aujourd'hui. »
Dieu fait ensuite annoncer aux Hébreux par son prophète la conduite dure et injuste que quelques-uns de leurs rois tiendront à leur égard $ et après cette funeste prédiction Samuel ajoute : a Vous crierez alors contre
1 I deê Rois, c. S.
» votre rot* que tous. vous serea au, et. le » Seigneur ne tous exaucera point , parce » que c'est Tûusrinême qui avez demandé » d'aroir un roi. »
■ Dos plaintes si .amèqes 9 des reproches si sanglants , des menaces si terribles de la part de Dieu , montrent évidemment que ce n'est -qu'à regret , si l'on peut parler ainsi , qu'il •leur accorde leur demande. Ces reproches 9 ces menaces , marquent en même temps que ce qui est dît dans le Deutéronome n'étoit qu'une prophétie et non une permission; car comment Dieu auroit-il pu se plaindre que le? Israélites le rejettent en demandant un roi 3 s'il leur avoit permis d'en établir un?
Dès que les paroles du Deutéronojne ne sont qu'une prédiction , il n'y a plus d'inconséquence dans la conduite de Dieu. Si dans le même endroit où le Seigneur prédit que les Israélites auront un jour un roi, il ordonne que ce prince soit un de leurs frères , c'est pour prévenir l'idolâtrie dans laquelle un étranger revêtu de la suprême puissance n'eût pas manqué d'entraîner ce peuple ingrat et inconstant -, défection à laquelle Dieu eût été infiniment plus sensible qu'au mépris qu'il de voit faire de sa souveraineté*
* Ut. i dflsRoi», c ^
PREMIER LITRE DES fedS. ' Il David , homme selon le cœur de Dieu.
Les ennemis de la religion , après avoir rapporté les fautes que David a commises, ajoutent avec une ironie amère : Voilà Thomme selon le cœur de Dieu \
On voit par là que les incrédules regar. dent ces paroles de l'Ecriture comme une approbation universelle de la conduite de ce prince : approbation qui renferme non-seulement une exemption de toute espèce de fautes y mais encore une attention continuelle de plaire à Dieu. Ces impies , en attachant l'idée d'une si haute perfection à cet éloge, veulent décréditer nos Livres saints qui Font donné à David , quoiqu'il se soit rendu coupable des crimes les plus énormes;
Examinons donc si ces paroles : Homme selon le cœur de Dieu > emportent cette approbation générale que les incrédules lui attribuent, puisque c'esfde cet examen que dépend la solution de la présente difficulté.
Nous lisons* au ïde» Rois * que lé» fils do grand-prètre HéH étoient des enfants de Bét liai , qui ne connoissoient point le devoir des prêtres à l'égard du peuple; qrfils n'obser- ▼oient point ce que le Seigneur «Voit réglé pour les sacrifices ; qulls prenaient arbitrai*
■ % daftl«p,f* *3, v,r4*—>'Chay,xj;
rement ce qui leur plaisoit dans les victimes. Le péché des enfants d'Héli, ajoute l'Ecri- .ture, étoit donc trèsr grand devant le Seigneur y parce quils détournoient les hommes du sacrifice du Seigneur.
Héli , ayant appris les crimes de ses enfants, ?ulieu de les éloigner du sacré ministère et de les punir comme ils méritaient , se contenta de les reprendre foiblement , et leur vit tranquillement continuer leurs désordres, et par là s'en rendit complice. Alors le Seigneur 9 justement irrité contre ce lâche pontife, lui envoya un prophète qui lui dit : Pourquoi avez-vous foulé aux pieds mes victimes et les dons que j'ai commandé que l'on iu'offrît dans le temple , et pourquoi avezvous plus honoré vos enfants que moi pour manger avec eux les prémices de tous les sacrifices de mon peuple d'Israël ? C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur le Dieu d'Israël : J'ai dit et j'ai assuré que votre maison, servirait pour jamais devant ma face ; mais maintenant je suis bien éloigné de cette pensée... Je susciterai pour moi un prêtre fidèle qui agira selon mon cœur.
. Ce prêtre fidèle €st Sadoc. Voyons si ce pontife ne fit. jamais rien que d'agréable à Dieu. Il .reconnut constamment pour roi d'Israël , Saûl et son fils Isboseth , quoiqu'il ne pût ignore* que* Dieu avoît *tfejeté Saiil
PREMIER LITRE DES ROIS. ï3
et sa famille et qu'il avoit choisi David pour régner sur son peuple. Cette conduite n'étoit sûrement pas agréable au Seigneur; il n'agissoit pas alors selon le cœur de Dieu.
Ce n'est pas seulement la conduite de Sadoc qui nous fait connoitre que Dieu , en le nommant un prêtre qui agirait selon son cœur , n'a pas voulu nous' désigner un homme dans la vie duquel on ne pût rien blâmer. Les paroles dont le Seigneur se servit en annonçant le choix qu'il en avoit fait , le montrent encore bien clairement.
Dieu , après avoir rejeté Héli pour avoir foulé aux pieds ses victimes et les dons qu'il avoit commandé qu'on lui offrît , dit qu'il se suscitera un prêtre fidèle qui agira selon son cœur, c'est-à-dire qu'il se choisira un pontife, qui, tenant une conduite opposée à celle d'Héli , sera fidèle à exécuter les ordonnances qu'il a faites pour ses sacrifices et agira ainsi selon son cœur. Voilà uniquement ce que le Seigneur annonce par ces paroles. Il n'est là question que d'un prêtre fidèle, que de l'exercice du ministère de ce prêtre fidèle, et nullement de la conduite qu'il tiendra dans tout le reste, nullement de ce qu'il pourra faire comme particulier. C'est ainsi qu'un homme qui destitue son économe pour ses vols , lorsqu'il dit qu'il en prendra jan dont il sera content, n'entend par la satis-
l4 KÉrONSES CRITIQUES.
faction qu'il se promet de ce nouvel intendant que la fidélité dans son administration 9 et n'a nullement en vue ce qu'il fera en tout autre cas.
Il est donc bien prouvé que lorsque Dieu dit que Sadoc agira selon son cœur , ces paroles n'emportent point une approbation universelle de sa conduite , mais uniquement l'approbation de la conduite qu'il tiendra dans l'affaire dont il s'agit ici, c'est-à-dire dans l'exercice du pontificat.
Si l'on examine de la même manière Téloge dont Dieu honora David en disant qu'il était un homme selon son cœur , on verra pareillement que ces paroles ne sont point une approbation universelle de la conduite de ce prince.
ic L'Ecriture raconte dans le plus grand détail l'adultère et l'homicide de David : elle n'omet aucune <ks circonstances propres à nous inspirer la plus grande horreur des crimes de ce roi ; elle nous fait connoître ailleurs la vanité de ce prince , qui le porta à faire le dénombrement de son peuple, vanité que Dieu punit si sévèrement. Comment l'Ecriture pourroit-elle après cela, quelque éloge qu'elle fit de David , vouloir nous faire entendre qu'il fnt irrépréhensible, dans toute. sa conduite?
a° Saii! , ay^nt ofiert des victimes à. Gai-
PREMIER LIVRE DES ROIS. l5
gala * contre Tordre du Seigneur , qui lui avoit commandé d'attendre Samuel pour que ee prophète les lui offrît ; Samuel dit à Saâl ; Vous ayez agi follement et tous n'avez point gardé le commandement que vous aviez reçu du Seigneur votre Dieu. Si vous n'aviez point fait cette faute, le Seigneur auroit main* tenant affermi pour jamais votre règne sur Israël : mais votre règne ne subsistera point à l'avenir, Le Seigneur s'est cherché un homme selon son coeur , et il lui a commandé d'être le chef de son peuple , parce que vous n'avez point observé ce qu'il vous a ordonné. Quelque temps après, Dieu, par la bouche de Samuel * , commande à Saùl de marcher contre Amalec , de le tailler en pièces et de détruire tout ce qui étoit devant lui» Ce prince alla contre les Amalécites , les. fit tous passer au fil de l'épéej mais il épargna Agag leur roi , et il réserva ce qu'il y a voit de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs % dans les béliers et dans les meubles et les habits , et généralement tout ce qui étoit de plus beau... Le Seigneur adressa sa parole à Samuel et lui dit : je me repens d'avoir fait Saûl roi * , parce qu'il m'a abandonné et qu'il n'a point exécuté mes ordres... Samuel dit à Sanl , puisque vous avez rejeté la parole du
* I des Rois, c. i3, v. i3, r*. — a MuL, c. x5.— • 1 V. 9, 10,11.— 4V. a3.
l6 RÉPONSES CRITIQUES.
Seigneur , le Seigneur vous a rejeté , et il ne veut plus que vous soyez roi... Le Seigneur1 a ôté aujourd'hui le royaume d'Israël d'entre vos mains pour le donner à un autre.
Dieu étoit spécialement le souverain des Israélites. Le roi n'étoit que son lieutenant , obligé pour le gouvernement de 1 état d'exécuter ponctuellement les commandements du Seigneur.
Saiïl avoit méprisé deux fois les ordres de Dieu , qui choqué de sa désobéissance le prive de la couronne, et choisit pour chef de son peuple un homme qui tenant une conduite opposée à celle de son prédécesseur , exécutera fidèlement tout ce qu'il lui ordonnera , qui comme chef de son peuple se conformera exactement à toutes ses volontés dans l'administration de l'état , et qui sera ainsi dans le gouvernement d'Israël un homme selon son cœur. On voit qu'il n'est là question que de la conduite de David comme.roi , et nullement de sa manière d'agir comme particulier. Ces paroles , homme selon le cœur de Dieu, ne sont donc point une approbation de toutes les actions de David, mais seulement une prédiction de l'exactitude avec laquelle il suivroit toutes les vues du Seigneur pour régir les Hébreux, prédiction qu'il a pleine-
ment vérifiée, caril combattit tous les ennemis des Israélites ; il les mit en possession de tons les pays queDieuavoit promis aux patriarches, et il fit toujours fleurir le culte du Seigneur dans son royaume.
Mais dira-a-on, David n'a -t- il pas été agréable au Seigneur dans toutes ses actions, à l'exception de celles que l'Ecriture condamne? Oui, sûrement; mais ce n'est pas de Téloge d'homme selon le cœur de Dieu qu'il le faut conclure , puisque cet éloge ne regarde point sa vie privée , mais uniquement sa vie royale et publique. C'est sur les glorieux témoignages que Dieu lui-même a rendus à David en tant} d'autres endroits des livres sacrés > qu'il faut établir la sainteté de ce grand prince. On peut lire ces témoignages au II. des Rois , chap. 8. v. a5. Au III des Rgis, chap. 3. v. i4« chap. ia. v* 4* chap* i4- v. 8. chap. i5. v. 3 et ii. Au IV des Rois, chap. i4« v. 3. chap. 18. v. 3* chap. aa. v. 2.
Mort et A gag.
On lit dans l'hébreu* ^Vajescaseph semuel A gag : Le mot Scasaph ne se lit qu'en cet endroit dans l'Ecriture. La Vulgate l'a traduit rô frustra concidit, Samuel mit Agag en mor-
* I Bail, c. t5, v. 33.
1$ BÉPONSES CRITIQUES.
eeavx. Les Septante Font rendu par espfiawa, aoriste de sphazo, je coupe le col , je tue 9 je mets à mort* Cette version est ici préférable à oeile de la Vulgate.
i° Elle est authentique comme la Vulgate, et elle a l'avantage sur elle d'avoir été faite dans un temps plus voisin de celui où Thé** brea étoit en usage.
%m Josèphe n'a pas <mte»du le mot scaaph s s dans un antre sens; car il dit que Samuel ordonna qn Agag fût mis k mort sur4e»
champ*
3° Sphazo, grec, est de Faveu des grain* mairïens une métathèze on transposition et lettres -de scasaph : ee dernieMnot a donc 1* tnème signification que le premier, qui signifie je coupe le col , je tue , je mets à mort, et jamais je mets en morceaux. On sait que la langue grecque est formée en grande partie tlu phénicien ou hébreu.
4° Samuel dit k Agag : Comme votre épee a ravi les enfants à leurs mères, ainsi woWê mère parmi les femmes , sera sans enfants . On voit par ces paroles que Samuel veut traiter Agag de la même manière qu'il a traité les autres , ce qui chez les auteurs sacrés étoit la loi du talion, et chez les profanes, la loi deRadhamante; or, sûrement, Agag n'aVQU
1 Antiquités Judaïques , i. 6 , oh. 7.
PREMIER LITRE DES HOIS. JJJ
point mis en morceaux ceux qu'il a voit mis à mort, car ce n'est pas avec uneépéc que l'on met les lionimes en pièces*
Si l'on demande quelle autorité avoit Samuel pour mettre à mort Agag , nous répondrons que ce prophète ayant été chargé des ordres du Seigneur qui condamnoit ce roi à mort , il étoit en droit de les exécuter lorsque Saiil n'y obéissoit pas.
Enfin, si Ton veut s'en tenir à la Vulgate , nous dirons que ces cruelles manières de faire la guerre étoient alors en usage parmi les peuples de ces contrées , et qu'on ne peut par conséquent blâmer les Hébreux de les avoir suivies. Les Israélites ayant vaincu et pris le roi Adonibezec, lui coupèrent les extrémités des.pieds et des mains , et ce prince reconnut que c'étoit avec justice qu'on Tavoit ainsi traité , parce qu'il avoit traité de même soixante et dix rois qu'il avoit fait prisonniers. Naas , roi des Ammonites * , ayant attaqué la ville de Jabès , les habitants lui dirent : recevez-nous à composition et nous vous serons assujettis ,• ce prince leur répondit* ; La composition que je ferai avec vous sera de vous arracher à tous l'œil droit. On voit dans le prophète Amos 3 que les Ammonites dans une autre guerre avoient fendu le ventre des femmes grosses de Galaad.
' Juges, chu i. — *I de* Raie, cb. *»— -'Cfc. J« .
itizedby GoOgk
Voyez l'article- sur Tordre que Dieu donna aux Israélites d'exterminer les Ghananéens. Réponses critiques.
Miphiboseth.
Milord Bolingbroke ' assure que David fit assassiner Miphiboseth , fils de son protecteur Jonathas. ^
Voilà une accusation bien atroce. Elle exigerait de bonnes preuves ; cependant on n'en donne aucune. Dès-lors elle ne doit être regardée que comme une calomnie ; car s'il suffisoit d'être accusé pour être coupable , qui pourroit se flatter d'être innocent ? Ce sont les paroles de l'empereur Julien , tin des oracles de nos nouveaux philosophes.
Mais sans nous arrêter à cette réponse qui seroit suffisante dans tous les tribunaux,voyons nous-mêmes si dans l'Ecriture nous trouverons quelque chose qui ait pu donner lieu à imputer un crime si noir à David. Rapportons pour cela tout ce que les livres saints nous apprennent de Miphiboseth.
Liv. i des Rois, chap. 18. AprèsqueDavid eut vaincu Goliath , v. i , lame de Jonathas s'attacha étroitement à celle de David , et il l'aima comme lui-même.
important, pag. 45.
3. David et Jonathas firent aussi alliance ensemble , car Jonathas l'aimoit comme luimême. ' (
4. C'est pourquoi il se dépouilla de la tunique dontilétoit revêtu et la donna à David avec le reste de ses vêtements, jusqu'à son épée^ son arc et son baudrier*
C. 20, v. i3. Jonathas dit à David : si le mauvais dessein de mon père con tinue toujours contre vous, je vous en donnerai avis et je vous renverrai , afin que vous alliez en paix et que le Seigneur soit avec vous comme il a été avec mon père.
v. i4- Que si je vis , vous me traiterez avec la bonté dont le Seigneur use envers les hommes ; et si je meurs ,
*v. i5. Vous ne retirerez point votre bçnté et votre compassion de ma maison pour jamais , lorsque le Seigneur arrachera les ennemis de David de dessus la terre jusqu'au dernier. Que si je vous manque de parole , que Dieu extermine. Jonathas de sa maison et que le Seigneur le punisse comme les ennemis de David.
v. 16. Jonathas fit donc alliance avec la maison de David.
v. 17. Jonathas conjura contre David de ceci pour l'amour qu'il lui portoit , car il lainioit comme sa vie.
v. 4i» David fit par trois fois une pro-
*% RÉPONSES CJRITIQtHES.
fonde révérenee à Jonathas en se baissant jusqu'en terre ; et s étant saines en se baissant , ils pleurèrent tous deux , mais David, encore plus.
T. 4*» Joo»tbas dit donc à David : Allez en paix ; que ce que notfs avons juré tous au nom du Seigneur, demeure ferme ^ et que le Seigneur , comme nous avons dit , soit témoin entre vous et moi , et entre votre raee et ma race pour jamais.
€.* 23 , y. 16. Jonathas , fils de Saûl \ vint trouver David dans la forêt, et il le fortifia en Dieu en lui disant :
v. 17. Ke craignez point; car Saiil mon père, quoi qu il fasse, ne vous trouvera point* Vous serez roi d'Israël , et je serai le second après vous, et mon père le fait bien luimême.
v. 18. Ils firent donc tou£ deux alliance devant le Seigneur.
Liv. 1 1 des Rois , chap. 4-
v. 4* Jonathas, fils de Saùl, avoit un fils qui étoit boiteux des deux jambes; car lorsque la noùVelle vint de Jezraël, de la mort de Saûl et de Jonathas, il n'avoit que cinq ans. Sa nourrice l'ayant pris entre ses bras, s'enfuit , et comme elle fuyoit avec précipitation, l'enfant tomba et il* en fut boiteux. Il s'ap» peloit Miphiboseth.
Chap. 9, ▼. ix. David étant sur U trône,
PR1LM1X& LIVRE. DES BOIS. a3
dU : N'eat-Upaiut resté quelqu'un de la maison de Saùl à qui je puisse faire du bien à cause de Jonathas ?
-* t. ». Or, il y avoit un serviteur de ta mai* mu de S*vl+ qui s'appelait Siba;. et le roi l'ayant fait venir, lui dit : Etes-vous Siba? Il lui répondit : Je le suis pour vous servir.
t. 3. Le roi lui dit : Es vil resté quelqu'un de la maison de Saûl que je puisse combler de grâces ? Siba dit aw. roi : 11 reste encore un fils die Jenatnas qui est incommodé des jambes.
v. 4« Où est-il? dit David. Il est, dit Siba, dans la maison de Machir de Lodabar* fils dTÀKÎeL
t. & Le roi David envoya donc des gens, et il le fii venir de Lobadar de. la maison de Maebir, fibd'AmieK
t. 6. Miphiboseth , fils de Jonataas , fila de Saûl, étant venu devant David % lui fit une profonde ré vérenee en se prosternant en terre. David lui dit : Miphiboseth ? 11 lui répondit : Me voici pour voua servir.
t. 7. David lud dk : Ne craignez point, parce €pm je suis résolu de vous traiter avec toute sorte d'afiection à cause de Jomohas votee père. Je vous rendrai toutes les terres deSauJ, votre aïeul, et vous mangerez toum» à.roa table.
v. & Miphibosetk, se prosternant, devaaft lui, lui dit : Qui suis-je h moi votre serviteur ,
pour avoir mérité que vous regardiez un chien mort tel que je suis?
v. g. Le roi donc fît venir Siba , serviteur de Saul , et lui dit : J'ai donné au fils de votre maître tout ce qui étoit à Saùl et toute sa maison.
v. 10. Faites donc valoir ses terres pour lui, vous et vos fils et vos serviteurs, afin qu'ils aient de quoi subsister; mais Mipbibosetb, fils de votre maître, mangera toujours à ma table. Or, Siba avoit quinze fils et vingt serviteurs.
v. ii. Et il dit au roi : Mon seigneur et mon roi , votre serviteur fera comme vous lui avez commandé, et Mipbibosetb mangera à ma table comme l'un des enfants du roi.
v. 12. Or, Mipbibosetb avoit un fils encore enfant , appelé Micha ; toute la famille de Siba servoit Mipbibosetb.
v. i3. Mipbibosetb demeuroit à Jérusalem parce qu'il mangeoit toujours à la table du roi , et il étoit boiteux des deux jambes.
Quelques années après , Absalon s étant révolté contre David , et ce roi ayant été obligé de quitter Jérusalem et de s enfuir :
Chap. 16, v, i. Siba, serviteur de Miphibosetb , vint au-devant de lui avec deux ânes cbargés de deux cents pains , de cent paquets de raisins secs , de cent cabas de figues et d'un vaisseau plein de vin.
PREMIER LIVRE DES ROIS. û5
v. a. Le roi lui dit : Que voulez- vous faire de cela ? Siba lui répondit : Les ânes sont pour servir de monture aux officiers du roi. Les pains et les figues , pour donner à ceux qui vous suivent ; et le vin , afin que si quelqu'un se trouve foible dans le désert il en puisse boire.
v. 3. Le roi lui dit : Où est le fils de votre maître ? Il est demeuré , dit Siba , dans Jérusalem , en disant : La maison d'Israël me rendra aujourd'hui le royaume de mon père.
v. 4- Le roi dit à Siba : Je vous donne tout ce qui étoit à Miphiboseth. Siba lui répondit : Ce que je souhaite , mon seigneur et mon roi , c'est d'avoir quelque part à vos bonnes grâces.
Chap. 19, v. 24. David revenant de Jérusalem, après que le parti d'Àbsalon fut dissipé,
Miphiboseth , fils de Saûl , vint aussi audevant du roi. Depuis le jour que David étoit sorti de Jérusalem, jusqu'à celui-ci qu'il retournerait en paix , il n'avoit ni lavé ses pieds ni fait faire sa barbe ni pris aucun soin de ses vêtements.
v. a5. Et étant venu faire la révérence au roi à Jérusalem, le roi lui dit : Miphiboseth, pourquoi n'ètes-vous point venu avec moi?
v. 26. Miphiboseth lui répondit : Mon seigneur et mon roi, mou serviteur ne m'a pas 11. a ,
SÇ, , RÉPONSES CRITIQUES.
voulu obéir \ car, étantineommodé des jambes comme je le suis, je lui avois [dit de me pré* parer un âne pour vous suivre.
v. 27. Et au lieu de le faire, il ift'est veau accuser devant mon seigneur ; mais pour voua, ô mon seigneur et mou roi ! vous êtes comme un ange de Dieu ; faites de moi tout ce qu'il vous plaira*
v. 28. Car au lieu que vous pouviez traiter toute la maison de mou père comme, digne de mort, vous m'avez donné place à voire table. De quoi donc me pourrois-je plaindre avec quelque justice , et quel sujet aurois je de voua importunez* encore?
v. ng. Le roi lui répondit : N'en dites pas davantage : ce que j'ai ordonné subsistera* Tous et Siba partagez le bien.
v. 3o. Miphiboseth répondît au roi ; Je veux bien même qu'il ait tout , puisque je vois mon seigneur et mon roi revenu heureusement en sa maison.
Chap. 21 , v. î. Du temps de David il y eut une famine qui dura trois ans; David consulta l'oracle du Seigneur, et le Seigneur lui répondit que cette famine étoit arrivée à. cause de Saùl et de sa maison, qui étoit une maison de sang parce qu'il avoit tué les Gabaoaites.
. v* 3. Or, les Gabaonites n'étoient point des enfants d'Israël, mais un reste des Àmor-
rhéens. Les' Israélites leur avaient promis avec serment qu'ils ne les foraient point mou* rir; cependant Saîil a#oit. entrepris, de les perdre par xax-fàux zèle pour les enfants d'Israël et de Juda. *
vi 3. David fit. donc venir. lés Gabaonites et leur dit : Que puis-je voua faire pour ré* parer l'injure que vous: avez reçue , afin: que vous bénissiez; le peuple du Seigneur? *
v. 4* ï^8 Gabaonites répondirent.; Nous ne voulons pour noms satisfaire ni or ni argent; nous demandons justice contre Saûl et contre sa maison^ et horj cela. nous ne voulons point qu'on (fasse mourir aucun homme d'Israël. Que voulez-vous donc y dit David, que je fasse pour vous ? Us hii répondirent :
t. 5. Nous devons tellement exterminer la race de pelai qui riaus a tourmentés et opprimés 51 injustement qu'il n'en reste pas un seul dans toutes les ierces 4' Israël.
v. 6. Qu'on nous donne au moins sept de ses enfants , afin que nous les mettions en croix ' pour satisfaire le Seigneur à Gabaa , d'où étoit Saitl, qui fut autrefois l'élu du. Seigneur. Le roi leur dit : Je vous les donnerai.
▼. 7. Il épargna Miphîbosetb , fils de Jonathas, fils de Saûl, à cause àe l'alliance que Jonatbas et lui s'étoient jurée au nom du Seigneur.
v. 8. Mais il prit les deux fils de Respha, fille d'Aïa , Armoni et Miphiboseth , qu'elle avoit eus de Saûl , et cinq fils que Aîïchol , fille de Saûl , avoit eus d'Adriel fils de Berselaï , qui et oit de Molathi.
y. 9. Et il les mit entre les mains des Gabaonites , qui* les crucifièrent sur une montagne pour satisfaire le Seigneur.
Dans le premier livre des Paralipomènes , chap. 8 , on décrit les descendants de Micha , fils de Miphiboseth , pendant une longue suite de générations.
Il n'y a rien de plus dans les livres saints au sujet de Miphiboseth. Voici ce qui résulte de leur récit :
Jonathas et David sont liés entre eux de la plus étroite amitié qu'ils se confirment plusieurs «foi s par serment : Jonathas s engage de rendre à David auprès de son père tous les bons offices qu'il pourra , et David s'oblige de traiter toujours Jonathas comme son meilleur ami , et d'user de bonté envers sa famille si Jonathas venoit à mourir avant lui» Lorsque David fut sur le trône , le prince , fidèle à ses engagements, fit venir Miphiboseth et lui dit : Je suis résolu de vous traiter avec toute sorte d'affection , à cause de Jonathas votre père ; je vous rendrai toutes les terres de Saûl votre aïeul-, vous mangerez toujours à ma table comme l'un de mes enfants.
David, trompé par la calomnie de Siba contre Miphiboseth , donqe à ce perfide tous les biens de son maître ; mais détrompé lorsqu'il remonte sur le trône 9 il ne lui eii laisse qu'une moitié, et rend l'autre à Miphiboseth. U en agit ainsi parce que cherchant à contenter tout le monde :dahs ce jour qu'il regardoit comme le premier de son règne , il ne voulut pas contrister Siba , à cause du service qu'il lui *a voit rendu dans son extrême besoin. 'La joie avec laquelle Miphiboseth accepta ce partage , 1 offre qu'il fit de céder le tout à Siba , montre qu'il étoit bien sur que David le dédommageroit amplement de tout ce que la nécessité des conjonctures présentes Pavoit obligé de lui ôter> et. le soin que ce prince eut de l'excepter lui et son fils Micha , du nombre des descendants de Saùl , qu'il fut contraint de livrer quelque temps après aux Gabaonites, fait bien voir que Miphiboseth ne s'étoit pas trompé en pensant ainsi, et qu'il avoit repris, dans le cœur de David la place qu'il y avoit eu d'abord.
Toutes les • circonstances dé cetto exception méritent d'être pesées. Les Gabaonites autorisés de Dieu demandent à David, tous les descendants de Saiil pour les mettre à mort ; ils étoient réduits à neuf : Miphibdseth et son fils Micha étoient les plus considérables , et les seuls qui pussent avec quelque couleur,
3o RÉPONSES CfltriQUES.
prétendre à. la. couronne y lès. sept aiitre» n'y avoient aucune appavcteicelde droit c6mme me descendant de Saùl que par des filles; SDa^ vid eût été un de ces politiques soupçonneux qui croient qu'on i ne* pont trop! prendre de précautions pan i* s'assurer le trône, il avoit là une belle occasion: de :se idéfaâre ' de; ces [dtaut jeunes princes jaans encourir aaunm Maine £ mais de vertueux roi ayant toujours devant les yen* son cher Jonathas, âemande leur grâce auxGab aonitqs r et les délivre de la inort qu'ils n'eussent, pu éviter, sans ses » prières. C'est ainsi qu!a près avoir coniblé Mipnibbseih de ses bienfaàtsY il couronne aes £aveù*aen> vers lui par la plus signalée de toutes? en lui conservant la- vie : c'est par ce trait que L'écrivain sacré vermine ce qu'il noua apprend de Miphiboseth.
Qu'on juge à présent ce qu'on doit penser d'un auteur qui impute à un grand prince le cri me le plus noir* noo-seulement sans preuve, mais encore contre toutes les preuves d'une conduite opposée»
Dans les deux derniers versets que nous avons rapportés , il est parié #de deux Mipbiboseth , tun fils de Resptai, qdi fut du. nombre dets sep t descendants de $a&l que David livra Aux Gabaonites pour être mis à mort; l'autre fils de lonathas , a qui David sauvai la vie par sus prières. Il y a grand* apparence que Fen>
PREMIER t/ÏVRE DES ROIS. 3l
vie de noircit* David, envie qui depuis Bayïe est devenue épidémiqae chez les incrédule*, aura fait confondre ces deux Mîphiboseth, quoique si évidemment distingués tun de l'autre par leurs parent» et par les différents trartenieftU qu'ils éprouvèrent.
Epée <le Goliath. * "jJ
Dans une guerre entré les Hébreux et les Philistfôs , les armées étant en présence , le géant CoKath provoquoit les Israélites à Un combat singulier.
« Il pottoit sur la tête un casque d'airain*-, » il étoit revêtu d'une cuirasse à écailles qtïi » pesoit cinq mille vicies d'airain ; il portort » sur les cuisses des cuissards d'airain; un * Bouclier d'airain couvroit ses épaules. La » hampe de sa lance étoit comme ces grands » bois dont se servent les tisserands $ et stfn » fer pesoit six cents sicles. » ;
David accepta le défi , et ayant jet^ par terre le Philistin d'un coup de pierre lancée avec une fronde, il se servit de l'épée de ce géant pour achever de le tuer en lui fcoupant la tête.
' Detrx années après*', David ayant éfchapp'é
secrètement aux poursuites de Saûl qui vbu-
* DtrRofc» «fe. 17 , v. fiu~* I ém IUiâ» th. ***
loit le faire mourir, vint à Nobé , où le tabernacle étoit pour lors. Comme il n a voit point pu prendre ses armes , s'étant sauvé furtivement,, il demanda une épée au grand-prètre Achiméleph, qui lui ayant répondu qu'il n'y en avoit point d'autre en. ce lieu que celle dp Goliatb qui étoit dans le tabernacle, David lui dit : JTZ riy a point qui vaille celle-là 9 donnez-la-moi.
♦Hostus, antiquaire allemand, a composé une dissertation sur le combat de David et de Goliath, qui se trouve dans le sixième volume des critiques sacrées. Cet auteur y examine tout ce qui a quelque rapport à ce ffujef. Il traite , dans ce quatrième chapitre , île la taille de Goliath, que l'Ecriture dit avoir été de la hauteur de six coudées et une palme , lesquelles réduites à nos mesures formoient selon lui neuf pieds trois quarts* JLç Clerc donne à ce géant onze pieds trois pouces. MM. Cumberlandet Le Pelletier, qui ont fait une étude particulière des poids et des mesures hébraïques , lui donnent douze pieds et demi.
Dans le cinquième chapitre , Hostus se propose de fixer le poids des pièces de Taj^ mure de .Goliath , dont l'Ecriture n'a pas marqué la pesanteur. Il prend pour règle dans cette recherche, i° la proportion que ces pièces dévoient avoir pour le poids avec celles
dont la pesanteur est désignée ; a* la proportion qu'elles dévoient avoir avec la taille et la force du géant.
Sa cuirasse pesoit cinq mille sicles d'airain , selon Fauteur sacré , qui , réduits à nos poids , font cent cinquante-six livres et un quart.
Le fer de sa lancé étoit de six cents sicles , c'est-à-dire de dix-huit livres trois quarts. La hampe de sa lance , que l'Ecriture dit avoir été comme ces grands bois dont se servent les tisserands, étoit aussi pesante que le fer, selon la conjecture d'Hostus , et par conséquent le poids de sa lance étoit de trente-sept livres et demie.
Le poids de son casque étoit de quinze livres.
* Ses cuissards d'airain pesoient trente livres.
Son bouclier étoit du même poids.
Son épée pesoit quatre livres et une once.
Ainsi toute son armure pesoit deux cent soixante et douze livres treize onces. Un poids si énorme ne Fempècjioit point de marcher et de se mouvoir avec facilité , ce qui montre la force prodigieuse de. ce géant.
Nous croyons qu'âostus se trompe sur le poids de l'épée. Un homme de douze pieds , assez fort pour porter une armure de deux cent soixante et douze livres , se seroit-il contenté d'une épée de quatre livres ? D'ailleurs
54 • 1U3FOH5ES CRITIQUES-
quelle proportion aùroit eue une pareille épés avec son autre arme offensive, savoir sa tanee, qui pesoit trente-sept livres? Nous pensons donc qu'on doit donner à ce géant une épée de sept à huit livres.
Si cela est, dira-ton, comment David pourvoit-il prendre une arme si pesante pour son usage ? Nous répondons qu'il pouvoit s'en servir sans peine. On s'en convaincra par le» considérations suivantes. -
David avoit environ vingt-sept ans lorsque , fuyant Saûl , il passa par Nobé» À la vigueur de l'âge , il joignoit la grandeur de la taille et une force extraordinaire.- Saûl était plus grand que tous les autres Israélites, de toute la tète* Lorsque David fut revêtn des armes de ce prince , il ne se plaignit point quelles fassent trop grandes pour lui ; il ne les quitta que parce qu'il netoit pas accoutumé à marcher avec des arme$ ; non usum habeo , dit -if. 'Sa stature étôit donc égale à celle die Saûl , et par conséquent d'environ srx pieds. Deux ans avatit son combat avec Go* liath , et quatre ans avant sa fuit» à^Nobé> on l'avoit indiqué à Saûl , qui cherchok quelqu'un qui sût jouer de la àarpe , comme un homme qui jouoitbieii de oet instrument , comme un homme très^-fort et propre à la guerre-, et il nous apprend lui-même qu'il avoit tué un ours et un lion en les étranglant,
P1UMIER LIVRE BS8 ROIS. 55
ce que le seul Samspn avoît feit avant lui/ Ii n'y a donc rindesurprettan* si un n amitié à la fleur de l'âge, fcaùt de six pieds, ettraordinnairetnent fort, prend pour son usage une épee du poids de sept à huit livres* Mais qu'est-il iei besoin de raisonnement ? Dairid , en prenant Flpée de GoKath. pour s'en servir-, fait lien voir qu'il avoit an bras propre à la iriajnier ; car ii se faut pas croire qu'il ne la prk que parce qu'il n'y en avoit point d'âutse : ce qu'il dit en la prenant prouve bien: qu'il l'auroit choisie .par préférence, quand même il y en auroit en plusieurs. IlvUy en a point qui Vaille ceUe-là, dit-il an grand-prêtre Àcbimélecfc , dormez-la-moi. Enfin ce prinee nous assure que Dieu a fait de ses bras comme un arc d'airain : Dedisti ut arcwn œreum brachia mea \
Un fait si bien autorisé par les livres saints n'a pas besoin d'autres preuves. Nops ne laisserons pas cependant de rapporter des exemples d'une force pareille à celle de David , même dan» les hommes d'une taille commune. Us feront peut-être sur les incrédules une plus forte impression que le témoignage de nos divines Ecritures*
L'épée d'Qger le Danois , que Ton conserve dans l'abbaye de Saint Faron.de Meanx* ,
* Ps. 17 , y, 37. — * Actes des saints de Tordre de Saint- Benqk, «HWrtiwii sileii.
pèse cinq livres et un quart, selon le reeit du P. Mabillôn, qui la fit peser. Oger ne nous est point représenté dans les romans comme un homme d'une taille extraordinaire»
L'épée de la Pucelle d'Orléans, que l'on voit au trésor de Saint-Denis , est très-longue et large à proportion. Les plus longues, les -plus fortes et les plus pesantes de ce temps-ci sont petites et légères en comparaison de ielIe-là,ditleP.Daniel.
! Sous la seconde race de nos rois , on se servait de massue à la guerre.
« On voit encore aujourd'hui , dit le Père » Daniel1, dans Fabbaye de Roncevaux , les » massues de Roland et d'Olivier , deux de » ces preux si fameux dans nos romanciers » du temps de Charlemagne. Cette espèce de » massue est un bâton gros comme le bras j> d'un homme ordinaire ; il est long de deux » pieds et demi. Il y a un gros anneau à on » bout pour y attacher un chaînon ou un cor- » don fort, afin que cette arme n'échappât pas » de la main , et à l'autre bout du bâton sopt » trois chaînons , auxquels est attachée une » boule. La boule d'une des massues est de » fer et ronde*, l'autre est d'un autre métal , » un peu oblongue et canelée , c'esvà-dire o> quelle a la figuk-e -d'un melon.. Ghaeune
' Histoire de la Milice française 4 . tota i ., pag. i £ 3 5 . I
PREMIER LIVRE DES ROIS. 5f
» eu du poids d un boulet de huit livres , » avec quoi on pouvoit certainement assom- » mer un homme armé , quelque bonnes que » fussent ses armes, quand lebrasquiportoit » le coup étoit puissant; il n'y a point d'homme n de ce temps assez fort pour manier une » telle arme; c'est qu'alors on exerçoit ,. dès » la plus tendre jeunesse, les enfants à porter » à la main des poids fort pesants \ ce qui » leur fortifioit le bras , et par l'habitude , » ils acquéroient une force extraordinaire 9 » ce qu'on ne fait plus depuis plusieurs » siècles, m
Les Juifs avoient le même soin de fortifier le bras des jeunes gens. Dieu dit , dans le prophète Zacharie1 : Je rendrai Jérusalem, pour tous les peuples , comme une pierre de poids , comme ces pierres auxquelles chacun vient éprouver ses forces. Saint Jérôme 9 sur ee verset , assure que , dans les villes et les villages de Palestine, c'étoit une ancienne coutume, qui subsistoit encore de son temps, d'avoir de grosses et lourdes pierres rondes, que les jeunes hommes le voient à l'envi pour faire montre de leur force*, chacun le plus haut qu'il pouvoit , les uns jusques aux genoux, les autres jusqu'au nombril, les autres jusques aux épaules et à la tète, quelques-
4 Cfeap. sa, rt x3;
nos jusque sur la tète, ayant les mains droites et jointes. 11 assure qu'il avoit vu à Athènes dans la citadelle , près de la statue de Minerre 9 tme boule d airain d'un très-grand poids , et qu'il eut assez de peine de remuer, à laquelle on éprouvoit autrefois la force des «thlètes. On ne permettoit à aucun d'eux d'entrer dans, l'arène qu'il n'eàt fait cette épreuve , afin qu'on sut comment on devoit les joindre l'uni à l'autre, suivant la proportion de leurs forces , et qu'ils ne se rencontrassent pas dans une trop grande inégal lité. Mos est in urbibus Palestinœ ; et usque hodie per omnem Judœatn vêtus oonsuetuda servatur , ut in vieillis , oppidis y et oastelis rotundiponantur lapides gravis simiponderis, *d quoa juvenes exercere se soleant ,• et evs pro varietate virium suhlevare , alii usque ad genué, alii usqua ad umbilicum 7 alii usque ad numéros etcaput , nonnulli super <ver~ ticem rectis junetisquemànibus , magnàudi* nemvirium demonstrantes, pondus eMolant* Jn arçe jLtheniensium juxta simulacrum Minervœ, *vidi spkœram œneam gravissimi ponderis^quam ego pro ùqbecillitate corpus-* euli mevere vix poOti. Cumautem qucorerem; quidnani sibi vellet responsum *$t db urbis tjus euhoribus. AHibetarum in Ma masfd fortitudinem comprobari; nec priùs ad agonem quemquam descendere? quant ^r; fe-
DEUXIÈME LITRE DM ROIS. 3g
patione ponderis sciatur quis qui debeat cemparari !
L'auteur de l'Ecclésiastique' fait aussi allusion à cet usage , lorsqu'il dit que 1* sagesse sera, à l'égard des insensés, comme ces pierres pesantes qui servent à éprouver la force des hommes, et qu'ils chercheront bientôt à s en décharger. Quasi lapidis virtus probatio erit in Mis , et non demorabuntur projicere illam.
Cruautés reprochées à David.
David ayant pris la ville de Rabbath *, et en ayant fait sortir les habitants, il les coupa avec des scies , fit passer sur eux des chariots avec des roues de fer, tes tailla en pièces avec des couteaux, etles jeta dans des fourneaux où l'on cuit la brique.' C'est ainsi qu'il traita toutes les villes des Ammonites. David revint ensuite à Jérusalem avec toute son armée.
Bayle (i), après avoir rapporté ces paroles de l'Ecriture, ajoute : Peut-on nier que cette manière de faire là guerre ne soit blâmable ? Les Turcs et les Tartares n'ont-ils pas un peu plus d'humanité ?
*€taap»*,*>a».^ •* S4« M» ,«. »*,*•».
(i) Dictionnaire , art. David.
4o RÉPONSES CRITIQUES.
L'auteur du Dictionnaire philosophique enchérit sur 1 odieuse réflexion de Bayle, pac le tour ironique qu'il y donne.
« David s'empare de tout le royaume dea » Ammonites, il surprend la ville ou le vil- » lage de Rabbath, il fait mourir tous lesha- » bitants par des supplices assez extraordi- » naires -, on les scie en deux , on les déchire » avec des herses de fer, on les brûle dans, » des fours à briques. Manière de faire la » guerre tout-à-fait noble et généreuse! »
Don Calmet, sur ce passage , s'explique ainsi :
« Tous ces- tourments sont si éloignés de » nos manières , et nous paroissent si excès- » sifs et si cruels , surtout dans une guerre où * il ne s'agissoit que de venger une insulte » faite à un ambassadeur par un jeune roi , à » la sollicitation de quelques mauvais conseil- » 1ers , que quelques habiles gens1 les ont re- » gardés comme une suite de la mauvaise dis- » position de David, dans le temps que? » plongé dans le crime, il avoit perdu cet » esprit de piété et de. clémence qui l'avoit » jusqu'alors fait admirer.
» Mais il -y a beaucoup d'apparence que » David n'exerça envers eux ces supplices,
(r) Sandtius, Tirinus ;isarle pfefrrier des Etratip», c. *o, ▼ers. 3. ».• \\ . |
DEUXIÈME LIVRE DES ROIS» 4l
» que parce queux -mêmes les exerçoient » ordinairement envers les Hébreux pris à la » guerre. Si les Ammonites, eussent eu le » dessus contre les Hébreux , ils les auroient » peut-être traités avec encore plus de cruauté» )) On sait la dureté ayçc laquelle Naas, roi » des Ammonites, répondit à ceux de Jabès, » deGalaad, qui lui offraient de se rendre; » il leur dit qu'il ne les recevroit qu'à condi- » tion qu'il leur arracheroit à chacun l'œil » droit1. Amos reproche à ce peuple d'avoir » ouvert des femmes enceintes dans Galaad, » pour faire mourir leur fruit, et cela dans » des guerres ou il ne s'agissoit que détendre » leurs limites* Il est à présumer que David* » ne suivit en cela que les lois communes de » la guerre de ce temps-là 3 ou que les Am- » monites s etoient attiré ce châtiment par des » actions précédentes qui ne nous sont point » connues. Ce qui est certain , c'est que l'E- » criture ne reproche rien sur cela à David, » et qu'elle lui rend même uu témoignage » exprès, que hors le fait d'Une, sa conduite » a été irréprochable3. Il ne faut donc pas » condamner légèrement une chose dont nous » n'avons pas assez de eonnoissance pour en » porter un jugement sur et exact. »
Il me semble qu'il est un meilleur moyen
1 Dm Rois f e. 1 1 , y. a. — - * C. * rT. i3. * III Roi», cli. x5, y, 5.
4*2 HÉFONSES CRITIQUES.
Ue justifia David; tf&tàé hier quïiait e*>h*> mis le» exeès qu'on lui impute. Le texte hébreu peut très-bien souffrir ce sens , et déflora ne doit -ou pas le lui donner pour décharger d'une action barbare un prince dont le Saint-Esprit lotte la douceur*, auquel il ne reproche que le meurtre dTJrie , et que Dieu déclare être un homme selon son cœur*?
Voici le texte hébreu dont il est question: Pe eth ha hhham vejasem la megerath
Et populum posuit , m * serra uba hharitze habartzel ubù magezèroth et in trabis ferreis et in securiims ha harezel <ve hehhhebir otham ba ferreis et transire fecit eos in fnalcheit fornaee.
Telle est la traduction littérale de l'hébreu, par Pagnin, que Ton peut rendre en français barbare de cette' façon :
(i) Houe vendons le terne hhbmmk qui seBt auprtsnier verset du psaume i3a , selon l'ordre béhrarçae , par celui de douceur , en suivant les versions des Septante, la Yulgate , l*Ethiopique et l'Arabique. Les plus savants rabbins kî donnent aussi cette signification , et le rabbin RimchJ , ■ur le veraet u du chafâtr* 66 dnseïe , dit que o* mot m prend souvent pou tanUr, rfaioavMtre. U ajoute f*« U paraphraste Jonathan l'explique de la sorte , et il prouve cette explication par Isaïe , c. 4a , v. a , 3. Yoyes le trésor de la langue sainte de Pagnin; erle DtddotfneJre néfeaïque • du chevalier Leigh.
Il mît le peuple darts la «scie , dans les fràt* Beaux de fer, dans les hachés de fer, et il le* fit passer dons un endroit où l'on fait , ott bien , où Ion cuit la brique.
La préposition ba que Pagnin a rendue par in, signifie aussi acL Ainsi on peut traduire ce passage de cette manière :
Et popuium.pésuit ad serrant ,etad trabas ferreas, et ad sécureâ ferreos^ et transire fscit èos adjùrrmcem.
Il mît ce peuple à îa scie , il leur fit tiret des traîneau*? de 1er dont on se servoit pour faire sortir le grain des épis; il leur fit cou-* per du Bois, et il les occupa à façonner des briques et à les faire cuire,
David employa donc les Ammonites, se* prisonniers , à scier des pierres ou des marbres, à tirer des traîneaux dont on se servoit pour battre le blé, à couper du bois, à façonner des briques , ou à avoir soin du four où on les cuisoiu II n'y a rien de cruel, ries d'injuste* rien qui ne fàt alors autorisé par le droit public de toutes les nations qui t?ai~ toient ainsi leurs esclaves ou prisonniers de
J*ai dit que la préposition ba signifioît aussi ad 9 et en français à, ou; j'en dois la» preuve.
Genèse, ebap. rx , ▼. 4* Facisùnus noftiV ekritatetn et turrim , cujus culmeru pertingM
ad cœlum : ba scamaïm *, ba ad scamaïm ùœlum ; littéralement , faisons-nous une ville et une tour dont le sommet s'élève au ciel , c'està-dire s'élève jusqu'au ciel.
Lévi tique, chap. 16, v. 21. Et dimittet hircum ilhim per hominem paratum ad désertion : ba midçbar : ba ad rnidebar desertum : il envoya ce bouc au désert par un homme préparé pour cela. Calmet.
Psaume 91 , v. 10. Plaga non appropinquabit ad tentorium tuum be ahalecha : be ad, c'est le même que ba , afralecha tentorium tuum. La plaie, c'est-à-dire, aucune calamité, aucun mal n'approchera point à votre tente. Il y a ici une observation à faire , qui prouve bien que la préposition ba se prend aussi pour ad. Chacun sait que dans 1 es psaumes on répète souvent dans la seconde partie du verset, en d'autres termes, ce qu'on a exprimé dan$ la première. Or, dans la première partie -de ce verset , on dit : Non accedet ad te malum, et on exprime en hébreu la préposition arfpar el, qui a constamment ce sens 5 et 'dans la seconde partie, on l'exprime par ba, ce qui montre évidemment que la préposition ba h ici la même significa ] tion que la préposition el.
Job, chap. 5, v. 19. Insex tribulationibus Uberabit te, et in septimd non pertinget ad te malum, be cha rahh : be, ad} cha, te;
rahhh , malum. L'auteur de la Vulgate a omis la préposition qui devenoit inutile dès qu'il se servoit du verbe tanget. Après vous avoir affligé six fois , il vous délivrera; et à la septième il ne permettra pas même que le mal vous touche. Littéralement , suivant l'hébreu , le mal n'arrivera pas à vous , ou jusqu'à vous.
Isaïe, chap. 10, v. 22. Si fuerit populus tuus Israël velut arena maris , residuum convertetur ad eum {nempe Deum) bo , b, ad (i) o illum. Si Israël votre peuple est comme le sable de la mer,k reste se convertira à lui.
i*r des Rois, c. 25, v. 22. Mascetin bekir min gens ad parietem. Mascetin , mingens; be , ad ,• kir , parietem; urinant à la muraille. La Vulgate a toujours traduit de même, où on Kt la même phrase , savoir : I des Rois , c. a5 , v. ^4*5 III des Rois , c. 14, v. 10; — c. 16, v. io-, — c. 21 , v. 21 ; — IV des Rois, c. 9, v. 8.
Notre explication se trouve appuyée par les versions syriaque et arabique. Les auteurs de ces versions sont bien éloignés de voir dans le texte les excès de cruauté que l'on reproche à David. La première le rend ainsi :
(1) B est seul tonte la préposition , et îl signifie la même chose sans yoyelle 4rae lorsqu'on 7 en a ajouté une.
David fit sortir le peuple qui était dans la Tille de Rabbath , il leur fi t mettre lès fer» aux pieds et les enchaîna , et il les fit passer par la mesure.
Ou lit daus la seconde ; les Israélites firent sortir tout le peuple de Rabbath , David les fit lier avec des cordes et des chaînes , il les fit passer devant lui , ayant déterminé une certaine mesure.
Apparemment pour employer ceux qui étoieut les plus grands aux travaux pénibles, auxquels la petitesse et la foiblesse de l'âge ne peratettoient pas d'assujettir les autres.
Quelques interprètes pour justifier David des cruautés qu on lui reproche faussement , comme nous l'avons fait voir, allèguent l'exemple de Gédéon' qui en .exerça de papareillessur les habitants de Soceoth, mais c'est à tort. Ce juge d'Israël n'est pas plus coupable de ces excès que le saint roi dont nous venons de faire l'apologie.
Gédéon ayant défait l'armée des Madianites, poursuivit les fuyards jusqu'au-delà du Jourdain. Se$ soldats étant épuisés de fatigue et de faim , il demanda des vivres à ceux de Soccoth. Les habitants de cette ville nonseulement ne lui en accordèrent point ; ils accompagnèrent encore leur refus de paroles insolentes. Gédéon leur dit : lorsque . je re-
DEUXIEME LIVRE DE* BOIS. fyf.
passerai après avoir rendu ma victoire com-> plète par la prise des chefs des ennemis , je ferai briser vos corps avec les épines et les ronces du désert : contenant carnes vestras cum spinis tribulisquç deserlL De là étant v$nu à Phanuël, il fit, la même demande aux habitants de cet endroit, qui lui firent la même réponse que ceux de Soecoth. Gédéon leur dit : lorsque je serai revenu en paix, et victorieux , j abattrai cette tour-là. Ce général ayant détruit les restes de 1 armée en-» neniie, et. ayant pris les deux princes de* Madianites , il revint à Soecoth, où il brisa les corps des anciens 4e cette ville avec les ronces et les épines du désert : contrwit own spinis deserti ac tribulisi>iros Soecoth. Il abattit aussi la tour de Phanuël , ayant tué les habitants de la ville.
La Vulgate a "employé le verbe conterere dans l'endroit où Gédéon fait des menaces à ceux de Soecoth et dans celui où il les exécute. Mais le texte original s'est servi d'un, verbe différeut dans le second de ces passages : on y lit yidalihliy qui ne signifie pas conter rere, mais facere, scire, erudire , edocere^ en sorte que le .sens de- ce passage selon l'hébreu , est, que Gédéon apprit aux. anciens de Soecoth, en les faisant battre avec des ronces et des épines, à respecter ceux qui comman-» doient les armées d'Israël, et à Jeur fournis
les secours dont ils pouvoient avoir besoin dans les expéditions qu'ils faisoient pour le service de* la nation : de même qu'un père qui a corrigé son fils pour quelque désobéissance , dira en parlant de ce châtiment , qu'il a appris à son enfant , à coups de fouets , à être doeile à ses ordres. Ainsi puisqu'on ne peut 'mieux connoitre l'objet des menaces que. par leur exécution , il ne faut pas traduire conteront en hébreu jadusc, par je briserai y mais je battrai, d'autant plus que le verbe hébreu dusc, de même que le latin conterere , signifie battre aussi bieu que briser. L'écrivain sacré ne dit point que Gédéon ait fait expirer ces anciens sous les coups 5 ce qu'il n'eût pas omis si ce général les avoit fait mourir, puisqu'il rapporte qu'il tua les habitants de Phanuël , plus coupables apparemment que ceux de Soccoth. D'ailleurs il seroit ridicule de dire qu'on fait uife correction , qu'on veut faire changer de conduite à ceux que l'on condamne à la tnort ; ridicule cependant dont on se chargerait, en disant que les habitants de Soccoth furent massacrés par Gédéon.
Qu'est-ce qui a donc pu porter les interprètes que nous avons cités, à croire que Gédéon a commis les excès que l'on reproche injustement à David ? Deux termes qu'ils ont mal entendus. Le mot de conterere qu'ils
DEUXIEME LIVRE DES ROIS. fa
ont pris dans le sens de briser, sans faire attention qu'il signifie aussi battre ,• celui de tribulis , qu'ils ont regardé comme l'ablatif * pluriel de trihula, traîneau qu'on rouloit sur les épis afin d'en séparer le blé de la paille, quoiqu'il soit aussi l'ablatif de tribulus 9 espèce d'épine *ou de ronce, ainsi qu'on le voit par l'hébreu et par la version des Septante. Sans recourir à ces textes étrangers , ces auteurs se seroient garantis de l'erreur s'ils eussent observés que la Vulgate joint le terme de deserti à celui de tribulis; car on dit bien les ronces, les épines du désert, mais jamais on n'a dit les traîneaux du désert.
On ne voit donc dans la conduite deGé-. déon ni cruautés ni excès*, on n'y aperçoit qu'un châtiment juste et bien méritée
Dénombrement du peuple d! Israël ordonné par David*
<c La colère du Seigneur s'alluma encore » contre Israël * , et de là vint que pour les' » punir il permit que David donnât ordre » que l'on comptât tout ce qu'il y avoit' » d'hommes dans Israël et dans Juda. Il dît
>> donc à Joab, général de son armée : Allez'
1 II des Rois, c. a4« .,,*.,,
ii. 3
5o RÉPONSES CRITIQUES.
)> dans toutes les tribus d'Israël , depuis Dan » jusqua Bersabée, et faites le dénombrement ?» du peuple, afin que je sache combien il y » a d'hommes. Joab répondit au roi : Je prie » le Seigneur votre Dieu de multiplier votre » peuple et même au centuple de ce qu'il est, » et que mon seigneur et mon roi le voie » accru de la sorte; mais que prétend faire » mon seigneur par ce nouvel ordre? Nean- » moins la volonté du roi l'emporta sur les » remontrances de Joab et des principaux » officiers de l'armée, Joab donc partit avec » eux d'auprès du roi pour faire le dénom- » brement du peuple d'Israël.... Après ce dé- » nombrement du peuple, David sentit un » remords en son cœur, etil dit au Seigneur : » J'ai commis un grand péché dans cette ac«* y> tion; mais je vous prie, Seigneur, d'ôter de » devant vos yeux l'iniquité de votre serviy> teur , car j'ai fait une très-grande folie. Le » lendemain matin , lorsque David se fut » levé , le Seigneur adressa sa parole à Gad , n prophète et voyant de David, et lui dit : »r Allez dire à David : Voici ce que' dit le Sei- >j>,gneur : Je vous donne le choix de trois » fléaux que je vous prépare , prenez- celai » que vous voudrez. ÇacL étant donc venu » vers David, lui dit de la part du Seigueur : » Ou votre pays sera affligé de la famine pen- » dant sept ans , ou vous fuirez durant trois
DEUXIÈME LIVRE DES ROIS. 5l
n mois devint tos ennemis qui vous pour- » suivront, ou la peste sera dans vos états » pendant trois jours. Délibérez donc sur » cela , et voyez ce que vous voulez que je » réponde à celui qui m'a envoyé* David ré- » pondit à Gad : Je me vois dans une étrange » extrémité , mais il vaut mieux que je tombe » entre les mains du Seigneur, puisqu'il est » plein de miséricorde , que dans les mains » des nommes. Le Seigneur donc envoya la » peste dans Israël , depuis le matin de ce » jour-là jusqu'au temps arrêté , et depuis » Dan jusqu'à Bersabée. Il mourut du peuple » soixante et dix mille personnes. »
On trouve dans les Paralipomènes quelques circonstances qui ne sont pas rapportées dans le livre des Rois, et par cette raison il est à propos de transcrire ici le récit qu'on y fait de cet événement.
« Or Satan s'éleva contre Israël1, et il ex- » cita David à faire le dénombrement d'Is- » raël. David^ dit donc à Joab et aux pre«- » miers d'entre le' peuple : AÛez et comptes i» tout Israël y depuis Bersabée jusqu'à Dan , » et m'en apportez lé rôle , afin que je sache » à quoi il se montera. Joab lui répondit : » Je prie le Seigneur de multiplier son, » peuple au centuple de ce qu'il est niain-
1 Iât. i, c. ax.
» tenant. Mon seigneur et mon jpi , tous ne » sont-ils pas vos serviteurs ? pourquoi donc » recherchez- vous une chose qui sera impu- » tée à péché à Israël ? Néanmoins le com-
» mandement du roi l'emporta En effet
» ce commandement déplut à Dieu , et il fut » cause de la plaie dont Dieu frappa Israël ; » mais David dit à Dieu : J'ai commis une » grande faute d'avoir fait faire ce dénombre- » ment; je vous prie, Seigneur, d'ôter de de- » vant vos yeux l'iniquité de votre serviteur, » parce que j'ai fait une folie. Alors le Sei- » gneur .parla à Gad , prophète de David , et » lui dit : Allez trouver David, et dites-lui : » Voici ce que dit le Seigneur : Je vous donne » le choix de trois choses •, choisissez celle » que vous voudrez , et je suivrai votre choix. » Lors donc que Gad fut venu trouver Da- » vid , il lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : » Choisissez celui que vous voudrez de ces » trois fléaux $ ou qu'il y ait une famine » durant trois ans, ou que voi^s soyez obligé » de fuir devant vos ennemis durant trois #> mois sans pouvoir éviter leur épée, ou que *> l'ép'ée du Seigneur soit tirée durant trois » jours, la peste étant {Jans vos étals , et • » Fange du Seigneur tuant les peuples dans •» toutes les terres d'Israël. Voyez donc ce que » vous voulez que je réponde à celui qui m'a » enrvoyé. David répondit à Gad : De quelque
» côté que je me tourne, je me vois presse » par dé grandes extrémités. Cependant il » m'est plus avantageux de tomber entre les » mains du Seigneur, sachant qu'il est.plein » de miséricorde, que non pas en celles des » hommes. Le Seigneur envoya donc la peste » en Israël , et il mourut soixante-dix mille » Israélites. »
Oh ne voit rien de répréhensible dans cette conduite de David, disent les incrédules. Un souverain doit connoitre les forces de son royaume ; ainsi , bien loin d'être criminel lorsqu'il fait le dénombrement de ses sujets, il remplit une des obligations de son état. Pourquoi donc Dieu punit-il DavîS pour une entreprise qui étoit non-seulemenj; innocente, mais encore un devoir du trône sur lequel il 1 avoit placé lui-même ?
Réponse. Une action innocente, une action même bonne est condamnable aux yeux de Dieu si le motif en est criminel. Que tel ait été celui de David dans le dénombre» ment qu'il ordonna*, que l'orgueil seul lui ait inspiré ce dessein, c'est de quoi l'on. ne peut douter. #
Ce prince jouissoit d'une profonde paix 5 ses peuples soumis , ses ennemis vaincus ne lui laissoient rien à craindre ni au dedans ni au-dehors de son royaume. Ainsi il ne toit pas nécessaire qu'il se précautionnât, par là
connoissance de ses forces , contre des guerres que la terreur de son nom éloignoit de ses états. Ce dénombrement , que le besoin n'exigeoit.pas, n'a donc pu être inspiré que pat la vanité ! David , maître d'un grand royaume, s'élève en lui-même. Pour faire montre de sa puissance, il commande qu'on fasse le dé* nombrement de Jous ses sujets; il veut se procurer, à lui-même et à toute sa cour, le spectacle flatteur de voir une multitude presque infinie soumise à ses ordres , oubliant toutes les faveurs dont Dieu lavoit comblé. Et qui jamais en avoit plus reçu que lui? Oubliant que c'est du Seigneur qu'il tient tout; que S'est àîui qu'il doit sa couronne, ses prospérités et ses triomphes, il se complaît en lui-même . comme s'il eût été l'artisan de sa grandeur : Joab pénétra le motif de David j et, tout accoutumé qu'étoit ce général aux plus grands crimes , il tàcba de détourner ce prince de son entreprise en lui représentant que le Seigneur ne manqueroit pas de s'en- offenser; mais David est sourd à un avis si sage ; il persiste dans sa fatale résolution, et il y persiste plusieurs jours. Il faut du tçmps à ce juste pour reconnoitre sa faute et pour en faire un humble aveu.
Ce n'est donc pas le dénombrement que Dieu punit , mais la vanité qui en avoit été la cause. Peut-on en douter lorsqu'on voit
dans l'Ecriture d'autres rois faire le dénonvbrement de leurs peuples sans que la colère du Seigneur s'allume contre eux ?
Saùl ayant donné ordre à tous les Israélites de se rendre auprès de lui pour marcHer au secours de la ville de Jabès1, assiégée par les Ammonites , tout le peuple fut frappé de la crainte du Seigneur, et ils sortirent tous en armes comme s'ils n'eussent été qu'un seul nomme. Saûl en ayant fait la revue à Bézech, il se trouva dans son armée trois cent mille hommes des enfants d'Israël , et trente mille de la tribu de Juda. Samuel étoit alors avec Saûl, et ne s'opposa point à ce dénombrement \ Dieu ne s'en irrita point , puisque Saûl reconnoît que la victoire qu'il a remportée sur les Ammonites après avoir fait ce dénombrement étoit l'ouvrage du Seigneur.
Le saint roi Josaphat* fit un dénombrement de ses guerriers semblable à celui qu'avoit ordonné David. L'auteur sacré qui le rapporte , loin de condamner cette entreprise, la place parmi les grandes choses que ce prince avoit faites.
Esdras et Néhémie firent l'un et l'autre le dénombrement des Israélites 3 qui revinrent de la captivité. On ne pourroit sans impiété
* Liv. I des Rois, c. ïi * v. 7 etsuiv. — * Paralip., ï. ix, c. 17. — • Esdras , liv. 1 et a3.
-censurer cette 'conduite , puisqu'il* étoient tous deux remplis de l'espritMe Dieu,
Corbeaux dElie.
« Elie dit à Àchab1 : Je jure par le Sei- » gneur Dieu d'Israël , devant lequel je suis , » que pendant ces années il ne tombera ni » rosée ni pluie que selon .la parole qui » sortira de ma bouche. Le Seigneur s'a- » dressa ensuite à Elie, et il lui dit : Retirez- » vous d'ici 5 allez vers l'orient, et caehez- » vous sur le bord du torrent de Cari th, qui » est vis-à-vis le Jourdain •, vous boirez là de » l'eau du torrent, et j'ai commandé aux » corbeaux de vous nourrir en ce même » lieu. Elie donc partit selon l'ordre du » Seigneur, et alla demeurer sur le bord du » torrent.de Carith, qui est vis-à-vis du Jour- » dain; les corbeaux lui apportoient le ma- ;> tin du pain et de la chair, et le soir encore .» du pain et de la chair, et il buvoit de l'eau » du torrent \ quelque temps après le torrent » se sécha, car il n'avoit point plu sur la » terre ; et alors lp Sei neur lui parla en ces » termes : Allez à Sarcpta, qui est une » ville des Sidoniens, et demeurez -y, car" » j'ai commandé à une femme de vous y » nourrir. »
* III des Rois, c. 17, t.i.
Quelques critiques , qui , pour me servir des paroles de M. Bossu et (1) , veulent se montrer plus déliés observateurs que les autres hommes y et qui trouvent de meilleur sens de ne pas croire tant de merveilles, anéantissent celle-ci en disant que par le mot hébreu hhhorebim il ne faut pas entendre des corbeaux, comme la Vulgate, mais des Arabes, on des habitants de la ville* d'Arab , ou des marchands.
Nous répondrons que les Juifs et les chrétiens ont toujours expliqué le mot hébreu hhhorebim en cet endroit par dès corbeaux. La version des Septante , la syriaque , le para pli ras te clialdéen , Aquila, Symmaque, Théodotiori , Josèphe , l'ancienne Vulgate , ainsi qu'il paroît par plusieurs citations de saint Augustin, qui la suivoit, la nouvelle Vulgate , les Pères, les Rabbins, nos interprètes sont uniformes sur ce point; deux ou trois auteurs,. ou anonymes ou peu connus, peuvent-ils empêcher l'universalité de ce Sentiment?
Ce n est pas seulement par cette unanimité de suffrages, c'est epeore par le nombre et la solidité des raisons que. notre explication l'emporte sur celle qui lui est opposée*
(1) Première instruction sur U yersion du N. T. de TreYOox, pag. ai.
i° C'est Dieu lui-même qui choisit le lieu où Elie devoit se retirer pour être à couvert des violences d'Achat) ; on ne peut doncdou*» ter que cette retraite ne fût très-sûre. Et en effet , quelque recherche , quelque perquisition que le roi1 d'Israël ait fait faire > jamais on ne put la découvrir. Or je demande si un asile connu et fréquenté chaque jour deux fois par quelques personnes peut passer pour secret ? Si oh doit s'y regarder comme dans un endroit où l'on puisse être ignoré ?
2° Elie manquant d eau lorsque le torrent fut à sec, Dieu l'envoya hors du royaume tPAchab chez une veuve de Sarepta , ville des Sidoniens. Si ce prophète eût reçu sa subsistance de .quelque homme , \\ en eût pu recevoir de Team , et par conséquent iln'auroit pas été .nécessaire qu'il eût abandonné sa première retraite.
3° Ce ne sont pas les habitants d' Arab , ville de la tribu de Juda , dont les frontières étofent distantes de plus de dix lieues du torrent de Carith , ni les Arabes , qui en étoient encore plus éloignés , qui pouvoient porter soir et matin du pain et de la viande au prophète. Enfin le terme likhorebim , qu'on traduit par marchands ,* ne se trouve jamais en cette signification dans les livres
1 III des Rois, c. 18.
saints ; le seul texte où lon^prétend qu'il est pris dans ce sens , est le verset 27 du chap. 27 cTEzéchiel : mais on se trompe ; il signifie , en cet endroit , des commissionnaires , des facteurs. Cette sorte de gens ne se trouve qne dans les villes d'un grand commerce ; aussi Ezéchiel sfttribue à la ville de Tyr les hhhorebim dont il parle. Qr il ne peut y avoir auprès d'une ville marchande un endroit si solitaire et si peu fréquenté , qu'il puisse fournir une retraite sûre contre les vives et ardentes perquisitions .d'un souverain.
Enfants dévorés par les ours*
2 3. Ascendit autem* (Elisœus) in Bethel > cumque ascenderçt per viam , pueri parvi nahhharim katonim egressi sunt de ciVitate j et iUudebant ei, dicentes : Ascendçr calve.
a4- QMl cum respexisset, vidit eos , et maledixit eis in nomine Domini: egressique sunt duo ursi de saltu, et laceraverunt ex eis quadraginta duos puer os.
a3. Elisée vint à Béthel, et lorsqu'il marchoit dans le chemin-, de petits enfants étant sortis de la ville se raillèrent de lui, en d^ant : Monte, chauve ^ nionte , chauve. ,-,
'IYdes&ois, c. t. "♦"' i
%t\. EHsé# regardant jeta les yeux sur eux, et les maudit au nom du Seigneur. En même teinps deux ours sortirent du bois , et s'étant jetëssur cette troupe d'£nfants,ils en déchirèrent quarante-deux.
- Les incrédules, répétant un blasphème des manichéens , ont accusé le Dieu d'Israël de 'cruauté dans ce châtiment.
Nos interprètes , en supposant qu Elisée «fàt insulté par de petits enfants , ont pleinement justifié la conduite du Seigneur eu cette Occasion ; mais il me semble qu'on peut plus aisément la mettre à couvert de toute censure en niant la supposition. Qu'on ne nous accuse pas de témérité : nous.sommes autorisés par le texte original à penser ainsi.
Le ttrme hébreu nàhhhar , qui est rendu dans la Vulgate par puer , s'emploie* pour inarquer des âges bien différents \ on appelle ainsi :
r° L'enfant que Bethsabéc venoit de mettre au; monde y .a des Rois , ch. ia , v. 16, selon l'hébreu.
a° Moyse âg.é de trois mois-, Exode, ch. 2 , v. 6.
3* Samuel, lorsqu'il fut sevré , c'est-àdire âgé de trois ans; 1 des Rois, ch. 1, : y. a5. * : -.-... t..
4° Ismaël âgé de dix-sept ans ; Gen. , ch. ai , en plusieurs versets ; et Joseph , de
QUATRIÈME LIVRE DES ROIS. 6l
même âge ; Genèse , cbap. 37 , ▼• a , selon l'hébreu .
5* Joseph âgé de plus de vingt-cinq ans ; Genèse , ch. 41 > v* I2* . '
6° Josué , qui avoit commandé Farmée des Hébreux contre les Amalécites ; Exode , ch. 33 , v. 11.
Qu'on prenne ici le mot nahhhar , puer, dans une de ces trois dernières significations ; dès lors on ne verra plus d'excès dans le châtiment dont Dien a puni des téméraires qui osoient insulter un homme qu'il avoit revêtu du caractère auguste de son envoyé , et qu'il avoit fait dépositaire de sa puissance.
Mais , dira-t-on , si le terme nahhhar, puer, est susceptible de divers sens par lui-même , son ambiguïté étant levée en cet endroit par l'adjectif katon , jyarvus , petit , qui lui est joint , il ne peut signifier ici que de petits enfante.
Nous répotfdons que katon désigné des petitesses de divers genres; savoir, détaille, de masse , de quantité et de condition. Moyse dit à ceux qui étoient choisis pour juger des différends du peuple : Vous écouterez' le petit comme lé grand ; iia farvum audietis ut magnum. (Deut. c. i,'v. 17). Parvus et rhagnus ibi'sunt ,♦ les grands et les petits se trouvent égaubc- dans le tombeau. ( Job , ch. -3 ', 4. 19.) Ce n'est pas seulement en hé-^
breu que le terme qui signifie petit a tous ces sens. Le m ikros des Grecs , le patvus des Latins , le petit des Français ont la même étendue. Nous disons tous les jours le petit peuple pour marquer. le menu peuple, des petites gens pour désigner les personnes du bas peuple.
Nous croyons que cfest en ce sens qu'on doit prendre ici l'hébreu haton, petit. Ce ne sont pas des jeunes gens de famille honnête , âgés de dix-sept ans ou plus, qui se permettent de poursuivre publiquement quelqu'un par des cris indécents et des paroles inj urieuses. Un pareil procédé est > parmi nous, le partage de la canaille.
Horloge <¥Achaz.
L'auteur des Questions sur l'Encyclopédie s'explique ainsi sur ce sujet :
<( Il est assez connu que tout est prodige » dans l'histoire des Juifs* Le miracle fait en » faveur ducroi Eoéchias sur son horloge , ap- » pelée l'horloge d'Âchaz , est un des plus » grands qui se soient jamais opérés. Il » dut être aperçu, de . toute . la, .terre * avoir » dérangé à jatpais tout le cours des astres , » et particulièrement les mçjtnents deséclip- » ses du soleil et de la lune- H dut brouiller » toutes les éphéméride*. .C'est pour .la se-
» conde fois que ce prodige arriva. Josué » avoit arrêté à midi le soleil sur Gabaon > et » la lune sur Àialon , pour avoir le temps de » tuer une troupe d'Àmorrhéens déjà écrasée » par une pluie de pierre tombée du ciel. Le » soleil , au lieu de s'arrêter pour le roi Ezé- » chias , retourna en arrière , ce qui est à » peu près la même aventure, mais différem- » ment combinée.
» D'abord Isaïe dit à Ezéchias' qui étoit •» malade : Voici ce que dit le Seigneur Dieu: » Mettez ordre à vos affaires $ car vous ». mourrez , et alors vous ne vivrez plus.
» Ezéchias pleura, Dieu en fut at^ndri : » il lui fit dire par Isaïe qu'il vivroit encore » quinze ans , et que dans trois jours tJ iroit » au temple : alors Isaïe se fit apporter un » cataplasme de figues ; on l'appliqua sur » les ulcères du roi, et il fut guéri , et cura- )) tus est.
» Ezéchias demanda un signe comme quoi » il seroit guéri •, Isaïe lui dit : Voulez-vous y> que t ombre du soleil s'avance de dix de- » grés y ou qu'elle recule de dix degrés? » Ezéchias dit: Il est aisé q^e î ombre avance » de dix degrés , je veux quelle recule : le » prophète Isaïe invoqua le Seigneur, et il » ramena t ombre en arrière dans Thorhge
1 Rois ^ Ht. 4 , c. io.
» d Achaz, par les dix degrés par lesquels » elle étoit déjà descendue.
» On demande ce que pouvoit être cette
* horloge d' Achaz , si elle étoit de la façon » d'un horloger nommé Achaz , ou si c'étoit .» un présent fait autrefois au roi du -même )> nom. Ce n'est là qu'un objet de curiosité : » on a disputé beaucoup sur celte horloge 5 » les savants ont prouvé que les Juifs 11V » voient jamais connu ni horloge ni gnomon » avant leur captivité à Babylone , seul temps » où ils apprirent quelque chose des Chal- » décns, et où même le gros de la nation » commença, dit-on, à lire et à écrire*, on » sait même que dans leur langue ils n'a voient )> aucun terme pour exprimer horloge, ca- » dran, géométrie, astronomie; et dans le » texte du livre des Rois l'horloge d'Achaz » est appelée ïheure de la pierre.
» Mais la grande question est de savoir corn- » ment le roi Ezéchias, possesseur de cegno- » mon ou de ce cadran solaire, de cette heure » de la pierre, pouvoit dire qu'il étoit aisé » de faire avancer le soleil de dix degrés; il » est certainement aussi difficile de le faire » avancer contre Tordre du mouvement ordi-
* naire que de le faire reculer.
» La proposition du prophète paroît aussi » étrange que le propos du roi. Voulez-yous » que l'ombre, avance en ce moment, ou re-
» cule dé dix heures? cela eût été bon à dire » dans quelque ville de la Laponie, où le plus » long jour de Tannée eut été de vingt heures; » mais à Jérusalem , où le plus long jour de » Tannée est d'environ quatorze heures et » demie , cela est absurde. Le roi et le pro- » phète se trompoient tous deux grossière- » ment. Nous ne nions pas le miracle, nous » le croyons très- vrai ; nous remarquons seu- » lement qu'Ezéchias et Isaïe ne disoient pas » ce qu'ils dévoient dire. Quelque heure qu'il » fût alors, c'étoit une chose impossible qu'il » fût égal de faire reculer ou avancer Tom- » bre du cadran de dix heures. S'il étoit deux » heures après midi , le prophète pouvoit très- » bien sans doute faire reculer l'ombre à quatre » heures du matin ; mais en ce cas il ne pou- » voit pas la faire avancer de dix heures , puis* » qu'alors il eût été minuit , et qu'à minuit il » est rare d'avoir l'ombre du soleil. •
» Il est difficile de deviner le temps où cette » histoire fut écrite ; mais ce ne peut être que » vers le temps où les Juifs apprirent confu- » sèment qu'il y a voit des gnomons et des ca- » drans au soleil. Or il est de fait qu'ils n'eu- » rent une connoissance trf s -imparfaite de » ces sciences qu'à Babylone.
» Il y a encore une plus grande difficulté ; » c'est que les Juifs ne comptoient point par
» heures comme nous; c'est à quoi les com- » mentateurs n'ont pas pensé. »
Nous allons répondre à toutes les difficultés de cet auteur en suivant un ordre différent du sien, mais qui nous paraîtra plus naturel.
Hérodote, parlant des Babyloniens *, dit que les Grecs ont reçu d'eux la connoissance du pôle, du gnomon ou style, et la division du jour en diverses parties ; Polon men gar kai gnâmôna, kai men tadôdeka mereatés émerés para Babulôniôn emathon Ellénes.
Vitruve écrit que Ton dit que Bérose* de Chaldée inventa le cadran solaire formé en demi* rond.
Quand ces deux auteurs ne nous auroient pas attesté que nous devons l'invention du gnomon aux Chaldéens, nous ne pourrions guère l'attribuer à d'autres.
Tous les jours on voit l'accroissement et le décroissement de l'ombre causée par l'interposition de quelque corps opposé au so'eil. Voilà le cadran tout trouvé et présenté des mains de la nature ; qu'on juge si les Chaldéens , qui faisoient déjà des observations célestes1, et qui calculoient déjà des éclipses au temps du règne d'Âcbaz , n'avoient pas saisi un phénomène si facile , et qu'ils avoient sous les yeux à chaque instant.
J Iiv. a , p. 57. — *Lîv. 11 , c. 9.— • Abraham, p. 4.74.
QUATRIÈME LIVRE DES KOlS. 67
Àchaz , roi de Juda , attaqué par les rois de Syrie et d'Israël , implora la protection de Téglathphalasar , roi d'Assyrie. Ce prince ?int à son secours avec une puissante armée, et vainquit les ennemis d'Achaz. Par le commerce que cette alliance entre les Assyriens et les Juifs occasions, ces derniers eurent connoissance du cadran. L'utilité de cette montre solaire engagea Achaz à en faire tracer une dans son palais. Avant cela nous ne voyons aucune mesure artificielle du temps chez les Hébreux : on ne trouve même aucun terme pour exprimer heure, horloge dans leurs livres qui ont été écrits avant les captivités d'Israël et de Juda. L'auteur des Questions reproche aux Israélites cette ignorance,' mais à tort ; ils étofent en cela dans le même cas que presque tous les peuples de l'univers, dans le même cas que les Grecs; puisque Xénophon est le premier de cette nation où Ton trouve le terme hora employé pour exprimer une partie du jour.
Le cadran d'Achaz est nommé dans l'original les degrés d'Achaz ;les lignes tracées sur une montre solaire - sont assez proprement appelées des degrés^ parce que l'ombre descend successivement par ces" lignes comme par autant de degrés.
L'auteur des Questions dit une l'horloge d'Achaz est appelée dans le texte du livre des
Rois, Theure de la pierre ,- cela est faux; il a confondu le texte hébreu avec la paraphrase chaldéenne ; c'est dans t celle-ci que cette horloge est appelée , non Vheure de la pierre comme cet écrivain le dit par une seconde méprise , mais la pierre des heures.
Ezéchias, étant tombé malade, demanda sa guérison au Seignçur ; il fut exaucé : Isaïe .vint lui dire de la part de Dieu qu'il recouvrerait la santé -, ce qui arriva comme le prophète l'a voit prédit. L'Ecriture ajoute :
(( Mais Ezéchias avoit dit à Isaïe avant qu'il » fût guéri : Quel signe aurai-je que le Sei- » gneur me guérira ? Isaïe lui répondit : » Voici le signe que le Seigneur vous don- » nera pour vous assurer qu'il accomplira la » parole qu'il a dite en *otre faveur \ voulezj> vous que l'ombre du soleil s'avance de dix » lignes ou qu'elle retourne en arrière de dix » degrés ? Ezéchias lui dit : Il est aisé que » l'ombre s'avance de dix lignes, et ce n'rat » pas ce que je désire que le Seigneur fasse ; » mais qu'il la fasse retourner en arrière de » dix degrés. Le prophète Isaïe invoqua donc » le Seigneur , et il fit que l'ombre retourna » eu arrière dans l'horloge d'Achaz par les » dix degrés par lesquels elle étoit déjà des* » cendue. »
L'auteur des Questions ne comprend pas comment Ezéchias pouvoit dire qu'il étoit
QUATRIEME LIVRE J)ES ROIS. 6g
plus aisé de faire avancer le soleil de dix de* grés que de le faire reculer d'autant, puis* que l'un et l'autre est également difficile. Nous répondons que cela se comprend sans peine. Ezéchias croyoit avec .peux qui ne sont pas philosophes , c'est-à-dire avec presque tout le«genre humain, que l'ombre avanceroit plus facilement qu'elle ne retourneroit en arrière de dix degrés : les Grecs ont donné dans des erreurs bien plus grossières en fait de physique , telles que l'horreur du vitte , la puissance des nombres , etc. Cela ne leur a point attiré de mépris ; on leur a pardonné les erreurs de leur siècle.
L'exécution de l'offre du prophète n'est impossible qu'en supposant , comme l'auteur des Questions , que les degrés du cadran marquoient autant d'heures , mais une pareille supposition n'est ni vraie ni vraisemblable; c'est ce qu'on va démontrer.
Lorsqu'on veut tracer une montre solaire, après avoir pris l'élévation du pôle et connu
/ par ce moyen le nombre d'heures qui composent le plus grand jour de l'endroit où l'on se trouve, on peut marquer ce nombre d'heures sur le cadran , mais on ne peut pas le passer. Un mathématicien qui traceroit une heure de plus seroit regardé comme un fou; chacun en voit la raison. Jérusalem est au trente-deuxième degré de latitude , ainsi son
plus long jour est de quatorze heures et un peu plus ; on n'a donc pu en marquer quinze, bien moins vingt , sur la montre solaire qu'on y avoit placée.
Cependant , dira-t-on , il y avoit au moins vingt lignes ou degrés sur le cadran d'Achaz, puisque le prophète remet au choix d'Ezéchias de faire descendre ou remonter l'ombre du soleil de dix degrés. Que maïquoient ces vingt lignes si elles ne marquoîent pas des heures? Je réponds quelles marquoient des heures et des demies ; ainsi les dix ne faisoient que cinq , et les vingt que dix heures.
La vérité de notre réponse est évidente , puisque, comme nous l'avons déjà observé, on n auroit pu sans folie tracer vingt heures sur cette montre solaire.
Ajoutons que les Juifs ne connoissoient point alors le partage du jour en heures , et que par conséquent ils ignoroient la gnompnique ; ainsi on ne peut douter que ce ne fût quelque mathématicien chaldéen qui fit le cadran d'Achaz, et qui y marqua douze heu* res, suivant le partage du jour qui étoiten usage à Babylone, comme Hérodote nous l'apprend ; nouvelles preuves que les vingt Bgnes du cadran d'Achaz ne marquoient pas autant d'heures comme le suppose l'auteur des Questions.
Les Grecs avoient une espèce de cadran
nomm scaphé , sur lequel il y avoit, à ce que Ton dit, vingt-huit lignes gravées: ces lignes ne pouvoient marquer autant ^heures, puisqu'il ne peut y avoir en aucun endroit du monde un joifr de vingt-huit heures : elles marquoient donc des heures et des demies, et n'indiquoient que quatorze heures en tout \ ce qui se rapporte parfaitement au degré de latitude de la Grèce , où le plus long jour n'est pas tout-à-fait de quinze heures. Ajoutons que toutes les montres solaires que nous avons marquent les heures et les demies, ce qui , selon tout apparence, n'est qu'une continuation de leur première forme*
L'auteur des Questions dit que le prodige fait en faveur d'Ezéchias dut causer les plus grands désordres. Il dut, selon lui, avoir dérangé à jamais tout le cours des astres et particulièrement le moment des éclipses du soleil et de la lune ; il dut brouiller toutes les éphémérides .
Les alarmes de cet écrivain sont vaines; il n'y eut rien de dérangé dans le cours des astres : les moments des éclipses du soleil et de la lune restèrent les mêmes ; les éphémérides ne .varièrent point : il ne fut point nécessaire pour produire ce miracle de faire rétrograder le soleil ; un nuage épais placé devant cet astre qui en réfléchit la lumière ooatre le lieu d'où il étoit venu étoit suffi-
sant pour ccftte merveille, et c'est ainsi qu'elle s'est opérée ; dès lors plus de désordre dans le cours des astres, plus de varia* tions dans les éphémérides , plus d'incertitude pour les éclipses. *
L'explication que nous venons de donner du prodige n'est pas arbitraire; elle est appuyée sur les plus solides fondements.
i# L'Ecriture dit formellement que Y ombre du soleil rétrograda. Si le soleil étoit véritablement retourné en arrière, se seroitelle exprimée de la sorte ? auroit-elle mis le moins pour le plus ? A la vérité on lit dans Isaïe que le soleil retourna en arrière ; mais en cet endroit le soleil est mis pour l'ombre qu'il produit : en voici la preuve. Le miracle s'est accompli de la manière dont il avoit été promis par le propbète : or le prophète n'avoit offert à Ezéchias que de faire remonter l'ombre du soleil; donc, dans l'exécution du prodige , il n'y eut que l'ombre du soleil qui retourna en arrière \ donc quand Isaïe dit que lorsque le miracle se fit le soleil retourna en arrière , il met le soleil pour l'ombre qu'il cause :, rien de plus commun dans toutes les langues, et particulièrement dans l'hébraïque, que de metire la cause pour l'effet.
On doit expliquer de même l'auteur de l'Ecclésiastique, qui, en parlant de cette merveille, dit que le soleil retourna g& arrière»
QUATRIÈME LIVRE DES ROIS. j5
puisque cet écrivain , en retraçant les événements de l'histoire sainte , les tire toujours des auteurs sacrés qui Pont précédé.
2° Isaïe détermine lui-même l'endroit où le prodige doit s'opérer, c'est le cadran d'Achaz. Si le soleil avoit rétrogradé , le miracle eût été fait dans* tous les. endroits de notre hémisphère , puisqu'il n'y en eût eu aucirn où il n'eût été aperçu.
3° Si le soleil étoit retourné en arrière, les ambassadeurs du roi de Babylone ne seroient pas venus à Jérusalem comme ils y vinrent pour s'informer de ce prodige, puisqu'ils en auroient été les témoins de même qu'Ezéchias.
4° Les Babyloniens qui étudioieht alors les astres avec tant de soin n'auroient pas manqué de placer parmi leurs observations célestes un phénomène aussi extraordinaire et aussi surprenant qu'une rétrogradation du soleil de cinq heures, cependant ils ne Font pas fait. Lorsque Ptolomée écrivoit son Almageste, il avoit sous les yeux les observations de ces astronomes , et il en a fait usage dans la composition de son ouvrage; or il n'y dit pas un mot de ce prodige, marque certaine qu'il ne lavent point lu dans ces observations.
5° Dès le temps du règne de Cyrus , c'est-àdire environ cent cinquante ans après le miii. 4
74 fcifONttS CRITIQUES.
rade fait en faveur d'Ezéchias , il y eut toujours dans la Grèce plusieurs écrivains de différent genre -, Hérodote , si soigneux de nous transmettre toutes les traditions, même les plus fabuleuses, écrivoit deux cents et quelques années après ce prodige : seroit-il possible qu aucun de ces auteurs n'eût parlé d'un événement qui par sa singularité aurait dû faire dans la mémoire des hommes une impression à ne s'effacer jamais, ou du moins A ne s'effacer que par la . suite de plusieurs siècles ?
Nous renvoyons à la Dissertation de dom. Calmet pour ce qui regarde le miracle opéré par Josué. Ce commentateur a solidement répondu à -tout ce qu'on oppose contre ce •prodige.
Après avoir satisfait à la principale difficulté de Fauteur des Questions, il est à propos de relever les fautes qui se trouvent incidemment , mais studieusement dans cet •Article.
Isafe dit à Ezécm'as1 : Prœcipe domui tuas ,* morieris enim tu, et non vives : mettez ordre A votre maison , car vous mourrez et vous ne vivrez pas ; rien de plus commun dans l'Ecriture que d'exprimer deux fais la même chose par des termes différents, ou par le nuème
* £faap.AP.« Ttffi.
quatriAmte xjvre des rois. 75
terme répété deux fois 5 ' ainsi on trouve fadens faciet, destruxit et non pepercit , vitd nowet et non morietur 9 confessas est et non negavit. On trouve la même manière de parler cher les Grecs. Aristophane dit d'une femme fort belle, très-grande et industrieuse, quelle est forma fcrrnosa , magnitudine magna , ûrte artifex*
L'auteur des Questions, qui sûrement n'ignore pas ces pléonasmes, n'y a pas voulu avoir égard , et il a traduit vous mourrez , et alors vous ne vivrez plus. Chacun voit le ridicule que ce mot alors répand sur les paroles du prophète.
Isaïe dit : Afferte massant ficorum , quant dira attullssent et postassent super ulcus ejus (régis) curatus est : apportez- moi une masse de figues; ils la lui apportèrent et la' mirent sur l'ulcère du roi, et il fut guéri. L auteur des Questions traduit : Isaïe se fit apporter un cataplasme de figues , on l'appliqua sur les ulcères du roi, et il fut guéri. On afiecte de se servir du terme de cataplasme, moins noble que celui de masse, et.de multiplier les ulcères d'Ezéchias.
Le gros de la* nation des Juifs commença, dit-on^ « à lire et à écrire pendant la capti- » vite de Babylone. »
y6 RÉPONSES CRITIQUES.
L'auteur place ici un dit-on pour tacher d'éviter le ridicule que cette assertion répandra toujours sur ceux qui oseront l'avancer. Quoi! les Israélites, qui vivoient dans l'abondance , qui étoient propriétaires des terres qu'ils cultivaient , qui étoient également nobles , puisqu'ils descendoient tous d'Abraham , sûrement bien aussi grand prince qu'un des quatre rois qu'il défit avec ses esclaves; ces Israélites auront demeuré huit cents ans voisins des Phéniciens , inventeurs des lettres , sans avoir eu la curiosité d'apprendre un art si utile! c'est une absurdité qu'il n'est permis qu'aux incrédules d'avancer. Mais , dira-t-on , les Israélites n'étoient dans ce temps-là que des bergers et des laboureurs; il est vrai , mais qu étoient alors les Grecs et les Romains, quenous estimons tant? avoientils des occupations différentes ? n'est-ce pas à la charrue qu'on alla chercher Quintus Cincinnatus pour le 'mettre à la tète de la république ?
Plusieurs personnes se' figurent les Juifs comme les gens de Ja campagne qui vivent parmi nous. Qu'elles lisent les Mœurs des Israélites de M. Fleury, et elles verront combien cette comparaison est désavantageuse aux Juifs.