I. LE PROBLÈME ESTHÉTIQUE
Les philosophes et les savants qui ont abordé le problème esthétique se sont toujours placés aux points de vue exclusifs ou de leurs sentiments ou des objets extérieurs : cordes vibrantes, spectres, formes géométriques. Les premiers ont accumulé des remarques psychologiques précieuses, mais peu pratiques ; les seconds ont formulé des lois dogmatiques, liées à l'imperfection des procédés expérimentaux et souvent contredites par le sentiment des artistes. Si on s'est accordé, sous des termes différents, à voir dans la continuité et la discontinuité des actions psychiques des caractéristiques normales et initiales du plaisir et de la douleur, on ne s'est pas efforcé de concilier les deux points de vue intérieur et extérieur, et cependant il est bien é\ident qu'il n'y a pas de sensation et d'idée sans, mouvement correspondant du sujet. Nous séparons par l'abstraction ces deux ordres de phénomènes; mais en réalité ils ne se séparent point. Si dans un sujet \'Ous empêchez la réaction motrice, vous en empêchez l'arrêt, qui correspond à la sensa-
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tion ; si \ous lui imposez une attitude, vous lui suggérez l'idée correspondante. De nombreux faits, tant normaux que pathologiques, prouvent qu il faut considérer les fonctions psychiques comme des mouvements qui seront ou qui ont été, comme des mou\"ements virtuels. C'est d ailleurs un pnncipe évident par soi, mais non moins fécond, car il permet de poser immédiatement sous cette forme scientificjue et objective le problème de la continuité et de la discontinuité des actions psychiques : quels sont les mouvements que l'être vi\ant est capable de décrire continûment ? quels sont ceux qu'il ne peut décrire que discontinûment ?
Les points d'arrêts naturels sont évidemment les formes de perception imposées à l'être vivant par son organisation : mais la perception n'est que le point de vue subjectif ; les manifestations e.xtérieures sont des actions pondérables, électriques, calorifiques, soumises à des lois qui sont nécessairement identiques a\-ec les formes de perception mathématiquement précisées, puisque ces formes n'en sont (jue la représentation subjective. C'est ainsi que le problème esthétique dépasse smgulièrement sa primitive portée apparente. L'étude des représentations nécessaires de l'être \ivant devient une méthode générale de recherche, d'une absolue certitude, puisqu'elle offre aux hypothèses et aux calculs sur les manifestations physiques le contrôle de déductions subjectives et d'un calcul symbolique direct. ^ *