‹ Repporteur esthétique de Charles HenryChapitre 6 sur 11 · V. APPLICATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

V. APPLICATIONS GÉNÉRALES

Le procédé d'analyse des formes que j'ai exposé dans le chapitre précédent est une géométrie concrète, d'application absolument générale. L'ordre, dans lequel j'ai anal)sé les graphiques, est imposé par l'ordre dans lequel ils se sont enregistrés.

S'il n'y a pas d'indication à cet égard, on suivra l'ordre de la projection mentale de toute forme, c'est-à-dire qu'on analysera les r)thmcs et les mesures de droite à gauche en haut, considérant comme positifs les changements dirigés à droite, puisqu'ils sont conformes à la projection indi\iduelle de la sensation de forme, comme négatifs les changements dirigés à gauche, puisqu'ils tendent à s'identifier avec la projection de la Sensation purement lumineuse. Si la figure ne peut être décrite d'un seul trait continu, on la décomposera en différents contours continus de nombre minimum, analysables également dans le sens normal. Chacun de ces contours aura une formule ; l'ensemble de ces formules devra présenter une formule finale rjthmique. Il ne faudra prendre deux fuis une mesure, ni un r>-thme.

Cette analyse des formes devra être appliquée aussi bien à l'étude des formes vivantes que des formes mortes, des formes historiques que des formes actuelles. Elle nous permettra de substituer en archéologie, en histologie et en anatomie aux aperçus plus ou moins vagues des nombres précis qui seront pour l'établissement d'une loi d'é\olution des matériaux indispensables. C est là une œuvre collective qui demande le concours d un grand nombre de bonnes volontés et qu'il serait urgent de poursuivre immédiatement dans des publications périodiques.

Je donne commt^ exercice sous le n" Y de \ Appendice, une recherche dont le résultat ne peut man(|uer d'être sii^nificatif, car il s'at(it de comiiarer des f(jrmes ([ue des intérêts divers tendent à conserver intactes et qui changent cependant. C'est à la bienveillance de M. Henry Doniol, Directeur de l'Imprimerie Nationale et de M. Héon. Chef des travaux, cjue je dois le ])rêt de ces caractères tvpographicjues.

Une autre application (jui s'impose, est 1 étude i)récise des rythmes des peintres; les procédés phot<>L;r.i])hi(iues permettent. par des agrandissements suffisants, d'en poursuivre lanal\>e la ])Ius rigoureuse et de termmer à jamais les discussions oiseuses sur la valeur de leur dessin. Des crilitjues également autorisés n'auront plus à invoquer les mystérieux jiréciptes du goût (comme si le suffrage d'un indi\idu était autre chose que l'expression de 1 état le plus sou\-ent troublé de ses forces), pour en appeler finalement à l'appréciation d un être abstrait, le public. ,

J'espère (jifon ne rééifitera pas en ma faveur l'accusation (jue la sottise de tous les tem]>s a dirigée contre les essais d'ex[)lication rationnelle du goût: on ne prétendra pas ([ue je veux sul)stituerà la création de l'artiste, le mécanisme d'un instrument. Le génie est inimitable, car il s'exprime non seulement par les r}thmes visibles, mais par une infinité de r\thmes invisibles plus ou moins: en faut-il moins préciser les manifestations visibles de l'harmonie, montrer la complexité de leur Ijeauté et en aider le sentiment ? L'art n'est pas seul intéressé à ce traxail : il y \a de notre vie même. L'artiste n'est qu'un œil, une oreille, un système ner\-eux normalement organisés et développés : il sent le r)'thme et jjarce qu'il le sent, parce que l'idée est une réalisation virtuelle, il le produit extérieurement. Il le sent et le produit d'autant mieux ([ue le milieu est plus normal, plus harmonicjue. Ce ne .sont pas les écoles, mais les brillants états sociaux comme la vie en Grèce ou à la Renaissance, qui produisent les grandes périodes de l'art. Réciproquement, aider le (lé\eloppement normal de l'art, c'est favoriser d'autant la réalisation encore lointaine de notre destinée, — la création de l'harmonie universelle.

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