‹ Repporteur esthétique de Charles HenryChapitre 5 sur 11 · IV. LA MÉTHODE GRAPHIQUE · texte numérisé non relu

IV. LA MÉTHODE GRAPHIQUE

La méthode graphique (du verbe gre.c gi'aphô. J'écris) consxsXç. dans la représentation figurée de tout rapport numéricjuc. Comme tout phénomène peut s'exprimer par un nombre, soit dans le temps, soit dans l'espace, on peut exprimer tout phénomène par la méthode graphique. Par exemple, pour marquer l'accroissement moyen de la taille sui\'ant les âges, sur une ligne horizontale, dite ligne des abscisses ou axe des x, on marque successivement les âges : soit 1,2, 3.... « ans : sur une ligne verticale, dite ligne des ordonnées ou axe des y, on marque successivement les accroissements de la taille : soit i, 2, 3.... n centimètres. Si on abaisse des perpendiculaires sur chacune de ces lignes, les points d'intersection de ces perpendiculaires dépendront à la fois des deux ordres d'unités : en reliant ces différents points, on obtiendra la courbe de l'accroissement moyen de la taille suivant les âges. On a pu, de la même manière, marquer l'accroissement de la rente, la diffusion d'un procédé industriel ou d'un moyen scientifique, la mortalité par les fléaux, les variations horaires de la fréquence du pouls, les pertes d'une armée en fonction de la température, etc. Ces sortes de représentations sont maintenant usuelles en statistique, en géographie, en météorologie : elles font ressortir immédiatement des relations parfois très difficiles à tirer des chiffres.

Ouekjuefois les courbes du phénomène peuvent s'enregistrer automatiquement. Un mouvement d'horlogerie d'une vitesse uniforme conduit une feuille de papier au-devant d'un style qui s'élève ou s'abaisse suivant les variations de l'intensité du phénomène: sur l'axe des x on compte les temps qui, égaux, se traduisent par des longueurs égales. Ces appareils enregistreurs ont renoux'clé plusieurs parties de la physiologie : par ce moyen des variations, insensibles pour nos organes, sont devenues facilement observables ('). Ce résultat empirique est le seul que l'on ait obtenu jusqu'à ce jour. La théorie des mouvements virtuels psychiques augmente singulièrement la portée de la méthode graphique. En effet, nous ne pouvons nous représenter les phénomènes numériques que comme des arrêts sur les directions virtuelles : deux x'ariables différentes, considérées simultanément, ne peu\xnt être représentées que par deux directions qui contrastent au maximum simultanément, c'est-à-dire distantes d'un quart de circonférence, comme l'indique la- théorie du contraste ; une fonction de ces deux variables ne peut être que sur une direction qui contraste simultanément au minimum avec les deux directions et soit déterminée en conséquence par l'intersection des perpendiculaires abaissées sur les axes rectangulaires.

I. \o\t La M cthode graphique dans Us Scùiues expt'rwtentales et partiailièrfineitt tn physiologie et en irUdccine^ par E.-J. Marcy. Paris, Masson, 1878 et le supplément.

La courbe (jui lie ces différents points ne peut être représentée que par une translation virtuelle du centre par ces ])oints, et par conséquent, par des changements de direction et des directions ([ui (loi\ent être soumis à la mesure et au r)thme, pour pouvoir être représentés continûment. Supposons qu'au lieu d'un phénomène abstrait, il s'agisse de se re])résenter un phénomène ])hvsiologi(jue personnel, le mode de représentation ne variera pas: mais il prendra une importance toute sjiéciale. Lorsque les graphicjucs accuseront une alisence de rythme et de mesure, il y aura également perception dune absence de rxthme et de mesure, perception moins aiguë ou plus aiguë, suivant que la perfection des appareils enregistreurs et de l'analyse par le rapporteur dépasse ou non la sen>ibilité du sujet. Cette perception sera corrélative à un empêchement: doser le degré de cet empêchement sera doser la maladie même. Réciproquement, évaluer le rj'thme sera préciser l'état norm:il. Le rapporteur esthétique permet donc de distinguer la maladie.

Bien plus, il ] )ermct de doser la pathogénie, et c'est avec le secours de cet instrument que je construis la ])lupart de mes Échelles dynamométriqiies. Il est clair que le sujet préfère les figures (ju'il réalise déjà virtuellement; si les figures préférées sont r}'thmiques, le sujet est rvthmiciue; si elles ne sont pas rythmicjues, l'état des forces du sujet n'est pas rythmique: il tend vers la maladie. On voit ])ourquoi, au début de ce travail, j'ai dit que le lecteur préférera les figures de droite des Planches I et H, s'il est normal. C'est dans la pathogénie cjuil faut chercher l'origine de toutes les divergences de l'action et du jugement; les perversions si frappantes de l'odorat et flu goût trouvent des analogues dans l'être tout entier.

Je reproduis sous le n° IV de \ Appendice des graphi([ues empruntés aux Études de incdccinc clinique faites avec F aide de !a méthode graphique et des appareils enregistreurs, par P. Lorain ('); ils indiquent l'état de la tension artérielle dans une endopéricardite. Je transcris l'observation et les réflexions, en expliijuant en note les termes techniques.

Obsci~'Lilion. — R... Ch., âgé de dix-neuf ans, garçon marchand de vin, entré le 8 décembre 1869, n'a jamais été malade, n'a jamais eu de douleurs rhumatismales. 11 y a huit jours, il a ressenti des douleurs vives dans les reins, les genoux, le dos des pieds, les épaules, etc. : toutes les articulations semblent avoir été prises successivement. Le malade n'a pas eu de blennorrhagie; il boit deux litres de vin par jour (quantité avouée).

.\ spn entrée, le malade est couvert d'une éruption miliaire [a] très abondante. La matité précordiale est très augmentée : les bruits du cœur sont sourds, profonds ; on entend au premier temps, à la pointe, un bruit de souffle légèrement soufflant. Oppression assez forte.

Le g et le 10 décembre, l'oppression est moins forte que le premier jour ; le malade a eu des sueurs abondantes.

Le II, on entend nettement à la région précordiale un bruit de taffetas, de frou-frou. Le soir: orthopnée (i), anxiété précordiale, battements très précipités, tumultueux ; frottements très nets. Epistaxis (c) de 60 grammes environ. Le malade s'était levé dans la journée (vésicatoire volant sur la région précordiale). La nuit a été bonne et l'accès de suffocation n'a pas duré fort longtemps.

Les battements du cœur sont extrêmement fréquents, montent jusqu'à 152 par minute. Cette circonstance doit être mise en rapport direct avec la lésion locale. D'ailleurs il n'y a, sous ce rapport, aucune règle; le 14, au matin, le cœur bat I S2 ; le 15. au matin, 76 ; le 15, au soir, 1 50. Quand le pouls est peu fréquent, le malade se trouve bien; il s'asseoit sur son lit et cause: quand il est fréquent, la d>spnée devient extrêmement intense.

Le i-, on entend à la pointe du cœur, un bruit de piaulement musical intense, aux deux temps; les jours suivants, ce bruit devient sifflant : il est de plus accompagné d'un bruit de cuir neuf.

L'état généra! s'améliore chaque jour, le bruit de piaulement disparait et le malade sort de l'hôpital en bon état de santé, le 27 décembre.

Ri'flexwm id). Les tiacés ,phygmographiques indiquent nettement la gêne de la circulation. Lorsque la tension est extrêmement faible, le dicrotisme^) retarde tellement qu'on ne le trouve que sur la ligne verticale d'ascension de la

a. Pciils boulons lougcs surmoniti dès le second jour d'une petite vésicule rouge qui devient bientôt blanche et transparente et ne tarde pas i tomber en écailles. (Littré et Robin.)

b. La res],irat.on n'est possible que debout ou sur le séanL

c. Écoulement de sang par les narines.

d. Je passe celles qui s'adressent aux courbes de la température rectale et de la fréquence du pouls. ,. Rebondissement du pouls qui amsi semble battre deui fois.

I. Publication faite par les soins de P. Brouardel, tome II, 1877, pages Î49-351-

pulsation suivante (tracés du 6 décembre, du S, du 14. du 20). Les tracés intermédiaires font suivre, jour par jour, la marche et le retard de ce dicrolisme : ce sont eux qui l'expliquent.

Au moment où la température indique la guérison du processus rhumatique, le 24 décembre, l'anémie du malade est telle que l'on retrouve les caractères de la faible tension ; ligne d'ascension verticale, dicrotisme très marqué, pouls fréquent.

J'ai cité à dessein cette page pour montrer combien est laborieux et incertain cet empinsme d un médecin d'ailleurs éminent. Prenons le rapporteur et choisissons sur chacun de ces graphiques des tensions artérielles la phase la plus caractéristique entre deux périodes d'ascens;ons : l'analyse complète des courbes, que j'ai exécutée pour ma curiosité personnelle, compliquant les calculs sans avantage, j'ai considéré les contours marqués par deux petites barres \'crticales sur les figures ; prolongeons les directions ; nous sommes frappés de l'inégale \aleur esthétique des dessins ; analysons les mesures et les r}'thmes et comparons les différences finales, nous suivons mathématiquement le retour progressif du malade à l'état normal. En effet, on voit par les tables IV de \ Appendice que les formules ne sont rythmiques dans leur partie entière, la première exceptée, que pour les graphiques des 1 7, 20, 22, 24 décembre; à partir du i 7 le malade entre donc dans la période de guérison. Si on considère les nombres fractionnaires, aucun de ces nombres ne peut être mis directement sous la fornie d'une fraction rxthmique ; mais on voit immédiatement que le nombre fractionnaire du dernier graphique peut être

mis sous la forme de la fraction - — = - évidemment rjthmique et qu'aucun autre nombre fractionnaire ne se rapproche d'aussi près de ce tj-pe.

En général, il sera facile de préciser l'ordre dans lequel des formules non rythmiques entières ou fractionnaires, tendent vers des formules rj-thmiques.

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