‹ Représentations de la minorité parlementaire du Bas-Canada à Lord Carnarvon, secrétaire des colonies [microforme]Chapitre 1 sur 5 · MILORD · texte numérisé non relu

MILORD

Des délégués du gouvernement canadien devant bientôt se rendre en Angleterre pour conférer avec les aviseurs de Sa Majesté ou sujet de la confédération projetée des Provinces Britauniques de l’Amérique dn Nord, dans le but de presser le Parlement Impérial de s'occuper de ce sujet durant la prochaine session, nous croyons de notre devoir, comme les représentants dans le Parlement de vingt comtés populeux du Bas- Canada, de soumettre à Votre Seigneurie quelques considérations, qui, nous espérons, ne seront pas jugées indignes de toute attention par ceux sur qui pèse la responsabilité de décider si cet important sujet doit être regardé comme mûr et prêt à recevoir une décision finale, où doit attendre que l’opinion pu- Hique dans les diverses Provinces se soit mauifestée d’une manière indubitable. F'ormuant le tiers des représentants du Bas-Canada, nous sommes convaincus que sur ce sujet nous reflétons les opinions de la majorité du peuple.

Nous avons lieu de croire que le gouvernement de Sa Majesté, s’en tenant à la sage politique qui, depuis un quart de siècle, a produit les meilleurs resultats,—pulitique qui consiste à concéder aux colonies qui jouissent des institutions représentatives le droit de régler elles-mêmes toutes leurs affaires locales, y compris celui de re modeler leurs institutions suivant les circonstances, — nous croyons, disons-nous, que le gouvernement de Sa Majesté ne désire pas, pour des motifs d'intérêt purement impérial, imposer le projet de confédération aux Provinces. En effet, nous ne voyons pas quel but le gouvernement impérial, eri le snpposant désireux de muintenir la connexiun entre les colonies et la mère-patrie, pourrait atteindre au moyen d’une union fedérule, accomplie sans le

consentement du peuple de ces colonies ou contrairement à ses vœux. S'il était prouvé que le peuple de cette province, loin d’avoir consenti au changement radical, dans ses institutions et dans ses rapports avec les autres culonies etavec l'empire, que ce projet de confédération va opérer, n’a jamais eu une seule occasion de porter un jugement sur cette question, les égards dus à ses justes droits et tous les principes d’une saine politique sembleraient exiger que le gouvernement impérial différàt de prendre une résolution définitive. Si la mesure est bonne et que le peuple lui soit réellement favorable, un délai d’un au pendant lequel Popinion publique se fera connaître d’une manière constitutionnelle, ne peut avÿir aucune conséquence funeste; tandis que si on ’adopte maintenant, sains cette sanction de Popinion publique, et que l’on découvre plus tard qu’elle est inacceptable puur la majorité du peuple de quelques-unes des Provinces, —ce qui, nous le croyons, arrivera certainement pour le Bas-Canada—il se prod.i ira inévitablement une violente ägitation, soit pour la rappeler ou pour d’autres changements constitutionnels, qui inaugurera une ère de trouble et de mécontentement, préjudiciable au dernier degré aux intérêts des différentes provinces et très embarrassante pour les hommes d'état de l’emrpire.

Nous avons ditque le peuple ie cette province n’a jamuis eu occasion de se prononcer sur le projet de confédération ; à l'appui de cet avancé nous ailohs indiquer les phases par lesquelles la question a passé avant d’en arriver à son étut actuel.

De-temps à autre, depuis assez longtemps, des hommes et des écriv blics ayunt plus ou moins d’impor.unce, tunt duns les colonies qu’en Angleterre,

és

ont suggéré l’union des provinces de PAmérique Britannique du Nord ; mais aucun des hommes publics du Canada ne jugea à propos d’adopter une démarche officielle pour arriver à cette union avant 1859, Au commencement de cette année-là, MM. Cartier, Ross et Galt, pendant qu’ils étaient en Angleterre pour affaires publiques, adressèrent au Secrétaire des Colonies une dépêche recommandant une union fédérale de toutes les Provinces Britanniques de l'Amérique du Nord, comme un moyen de régler les difficultés sectionnelles du Haut et du Bas-Canada sous lunion actuelle au sujet de la représentation.

La questioa ne fut pas cependant soumise au Parlement après le retour en Canada des signataires de la dépêche, ni pendant tout le temps, jusqu’en 1862, que ladministration dont ils faisaient partie demeura au pouvoir.

M. John A. McDonald, alors comme aujourd’hui chef du parti conservateur du Haut-Canada, et le chef réel de l’administration, était ouvertement opposé a ce que le principe fédéral fût appliqué soit à toutes les provinces, soit au Canada seul, jusqu’à l’époque de la crise ministérielle de juin 1864. M. Brown, chef du parti liberal haut-canudien, bien qu’en faveur d’une union fédérale entre les deux Canadas dans le cas où la représentation Lâsée sur la population re serait pas conucédée au Haut-Canada, était opposé à l’union fédérale de toutes les provinces,

Dans le Bas-Canada, les membres des deux partis politiques, sauf ça et là quelques exceptions individuelles, repoussaient toute proposition tendant à une union immédiate—soit législative ou fédérale — avec les provinces maritimes. La publication de la dépêche dont nous avons déjà parlé fit condamner le projet d’une manière si générale, si prompte et si décidée, qu’à partir de 1859 jusqu’à la crise ministérielle de 1864, le question de l’union des colonies n’influa nullement sur la politique du pays. Elle y fut rarement mentionnée dans le Parlement ou dans les journaux, et il n’en fut nullement

question aux élections générales de

1861 et de 1863.

En 1863, le parlement actuel fut élu.

Ni dans le Haut ni dans le Bas-Canada les candidats des partis politiques d’alors ne manifestèrent l’intentiou de détruire le système constitutionnel existant, auquel le peuple était attaché.

En réalité, plusieurs questions politiques demandaient une solution ; mais avec un peu de patience de la part du peuple et d’habileté de la part des gouvernants il était facile de les régler. Il y avait eu, il est vrai, des erreurs et peut-être quelque chose de pire que des erreurs d’administra tion, il y avait eu des dépenses ex:

travagantes ; disons qu’elles allaient même jusqu’à la prodigalité ; mais ces maux sont inhérents à toute forme de gouvernement, et, avec des institutions représentatives, le peuple avait sous la main un remède qu’il aurait appliqué avec énergie s’il n’en avait pas été empêché par le mouvement extraordinaire, qui fut adopté pour changer la constitution et que nous allons avoir occasion d'expliquer. Les élections de 1563 se firent principalement sur les questions pratiques auxquelles nous venons de faire ullusion.

Leur résultat fut une faible majorité en faveur du ministère libéral du jour, dont le plus pressant devoir était de rétablir les finances en faisant disparaître le désordre dans lequel les administrations précédentes les avaient jetées.

Cette majorité fut si faible que le miuistère, nese sentant pas assez fort pour fure passer les mesures importantes de réforme dans les finances et l’administration qu’il croyait nécessaires, résigna au commencement de la session de 1864. Ses adversuires remontèrent au pouvoir. Il n’y avait pas l’ombre d’une difficulté.constitutionnelle. Personne ne songeait à des changements constitutionnels. Un simple changement d'administration eut lieu alors.

Mais, quelques semaines après, il s’éleva dans le comité des subsides un débat sur la conduite des ministres lorsqu’ils étaient antérieuremeut en office.

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