‹ Reproduction des cryptogamesChapitre 8 sur 35 · CONJUGUÉES · texte numérisé non relu

CONJUGUÉES

Dans les Conjuguées le protoplasma n’est jamais nu; il reste constamment enfermé dans la membrane cellulaire, même pour la

UE LUE fécondation, et cela les distingue de la grande majorité des Algues. On ne les trouve que dans l’eau douce. |

Les Conjuguées constituent une série particulière partant, soit des protistes, soit plutôt de la grande série des Algues vertes ; c’est un groupe homogène, mais restreint, qui ne semble avoir été susceptible que d’un perfectionnement très limité.

La reproduction asexuée consiste partout en une simple division cellulaire ; quand il s’est formé deux noyaux, par la partition du noyau primitif, la cloison cellulaire prend naissance à son tour, en direction centrinète ; les cellules ainsi constituées restent ordinairement réunies entre elles, de façon à former des filaments cylindriques qui se rompent en fragments, quand 1ls ont atteint une certaine longueur, et qui peuvent être considérés plutôt comme des colonies quecomme des individus. En effet, dans la famille des Desmidiacées, les cellules sont tantôt réunies en filaments et tantôt isolées; elles se composent chacune de deux moitiés symétriques, de deux cônes, par exemple (Closterium), réunis par leur base ; mais leur forme peut être aussi celle d’une hémisphère et alors il existe un étranglement profond (Cosmarium) au point de soudure de ces deux moitiés qui contiennent chacune deux grains d’amidon et huit plaques de chlorophylle. La division se fait toujours dans la portion étranglée moyenne de la cellule ; une déchirure annulaire se produit là dans la membrane résistante externe ; la membrane interne mince s’allonge ensuite, écartant les deux moitiés symétriques de la cellule, en constituant un isthme qui les relie; dans cet isthme apparaît la cloison de séparation qui ne tarde pas à se fendre en deux lameiles. Chacune des cellules filles est composée alors de deux parties fort inégales ; la partie la plus petite et la plus jeune n’est entourée que d’une mince enveloppe de cellulose ; mais elle grandit rapidement de façon à égaler son aînée; puis sa membrane prend aussi plus de consistance. En même temps, les plaques chlorophylliennes de la moitié ancienne s’allongent dans la nouvelle ; ses deux grains d’amidon se divisent pour en former quatre dont deux aussi émigrent dans la moitié nouvelle et ainsi se constituent deux individus semblables en-

tièrement à la celluléemère.

Rietsch, 3

La reproduction asexuée se confond donc avec la division cellulaire. Quant à la fécondation, elle présente une certaine différenciation progressive, mais jamais le protoplasma ne se meut autrement que par reptation, pendant l'acte sexuel.

Dans le genre Gonatonema, il ne semble y avoir encore qu’une tendance à la fécondation qui jamais ne s’effectue (M. Wittrock) ; il se forme seulement des pseudozygospores.

Dans le genre Mougeotia, qui constitue avec le précédent la famille des Mesocarpées, deux filaments se placent parallèlement l’un à l’autre, et la membrane de chaque cellule forme une protubérance latérale qui se rencontre avec la protubérance correspondante de la cellule d’en face ; au point de contact il y a soudure, puis résorption de la paroi commune, ce qui établit une communication entre les deux cellules en regard. Les corps protoplasmiques, sans se contracter, suivent ces protubérances et se fusionnent au milieu du canai de communication, sauf une faible couche plasmique qui reste adhérente à la paroi des deux cellules et qui leur permet de manifester encore une certaine vitalité après la constitution de la zygospore,en prenant part, avec celle-ci, à la formation des cloisons. Ces cloisons séparent le canal de communication des deux cellules reproductives; il peut n’y en avoir qu’une de chaque côté, de sorte que, finalement, il y aura trois cellules. Mais quand la zygospore, plus grande, se prolonge dans les cellules primitives, il faudra deux cloisons de séparation dans chacune de celles-ci, une en haut et une en bas, de sorte que finalement il se sera formé cinq cellules. Par un procédé intermédiaire entre les deux précédents, il pourra s’en former quatre. Comme ces trois cas ont été observés dans une même paire de filaments (M. Wittrock), il n’y a pas lieu de diviser, d’après cette différence, le genre Mougeotia en plusieurs autres.

La conjugaison est donc complètement égale, au moins pour nos moyens actuels d'investigation, et les deux masses plasmiques font autant de chemin l’une que l’autre. Il en est de même dans les Desmidiacées ; la seule différence c’est qu'ici le protoplasma, tout entier, est employé à la copulation, à la suite de laquelle les cellules copulantes meurent immédiatement. Ces cellules sonttoujours, au moment

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de la fécondation, isolées de leur colonie ; elles peuvent disposer leurs axes parallèlement (Closterium) ou perpendiculairement (Cosmarium). La conjugaison semble avoir lieu de préférence entre cellules sœurs. Les protubérances prennent naissance sur l’isthme, reliant les deux moitiés symétriques de chaque cellule ; leur formation est précédée d’une déchirure delamembrane externe résistante ; le canal de communication qui relie les deux isthmes peut s’isoler (Cosmarium) ou ne pas s’isoler (Closterium) par des cloisons des deux cellules en copulation.

Les Zygnémacées diffèrent des deux familles précédentes en ce que, après la formation du canal de communication etavant la conjugaison, le protoplasma total de la cellule se contracte toujours et se rassemble en une masse elliptique autour du noyau et au milieu de la cellule, dans les Zygonium chacune de ces masses fait encore la moitié du chemin ; mais dans les Zygnema et les Spirogyra une des deux masses reste immobile, c’est l’oosphère; l’autre, l’anthérozoïde, se déplace seule; ordinairement même tout un filament est mâle et l’autre femelle. Cependant la différenciation sexuelle semble ici bien peu accentuée, puisqu'il arrive quelquefois que la copulation ait lieu entre deux fragments d’un même filament. Dansles Spirogyra même, deux cellules adjacentes peuvent ainsi fusionner leur contenu par un canal de communication parallèle alors au filament.

Un pas de plus se trouve fait chez les Sirogonium ; quand la communication est établie, la cellule femelle se divise en deux cellules filles ; l’une petite, végétative, l’autre grande et sexuelle en rapport avec le canal. La cellule mâle se divise à son tour en une grande cellule végétative et une petite sexuelle ou en deux cellules végétatives et une sexuelle placée au milieu. Puis seulement le protoplasma se contracte dans les deux cellules devant conjuguer et l’anthérozoïde se glisse auprès de l’oosphère toujours plus grande que lui.

On voit donc qu’il existe chez les Conjuguées une différenciation sexuelle progressive, mais qu’ellen’est jamais bien accentuée. Ce qui le prouve, c’est que trois cellules peuvent conjuguer ensemble, et qu’une cellule unique, n’ayant point rencontré de congénère, n’en forme pas moins une spore, dite alors azÿgospore ou pseudo-zygospore, qui se comporte comme les vraies zygospores.

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Dans les cas précités, la zygospore se forme par la fusion des deux noyaux en un seul et par la réunion des deux masses protoplasmiques avec contraction; la zygospore s’entoure ensuite d’une membrane propre dans laquelle on distingue plus tard trois couches; elle devient libre par destruction des filaments vides et elle passe ainsi l’hiver; au printemps les couches externes sont rompues; le protoplasma entouré de la mince membrane interne s’allonge, constituant une cellule qui ne tarde pas à se diviser en deux. Dans les Desmidiacées ces deux cellules se comportent exactement de la même façon et régénèrent bientôt une seconde moitié semblable à la première, sauf la membrane résistante qui manquera toujours aux deux plus anciennes moitiés. Dans les deux autres familles au contraire, une des deux premières cellules reste indivise etconserve une forme particulière, l’autre seule se multiplie par bipartitions ; cette différence fonctionnelle des deux premières cellules serait une raison pour considérer les filaments entiers comme des individus et non comme des colonies.

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