SOUS-ORDRE DES PHANÉROGLOSSES
Les Phanéroglosses sont caractérisés par la présence d’une langue charnue, libre dans sa partie postérieure,
Ce sous-ordre comprend trois familles :
Les Æylæformes (Rainettes).
Les Æaniformes (Grenouilles).
Les Bufoniformes (Crapauds).
Ces trois familles, ainsi nommées d’après la forme des animaux qui les composent, ont chacune des représentanis en France. |
BATRACIENS ANOURES 127
FAMILLE DES HYLÆFORMES
Les animaux qui composent cette famille ont des - dents à la màchoire supérieure et au palais, les doigts | très dilatés à leurs extrémités, et sont essentiellement arboricoles. Ils se tiennent, de préférence, sur les - plantes, sur les feuilles des arbres et présentent un curieux effet de mimétisme (1) :
« Examinez, dit Lataste, la gentille Rainette : sa robe vert tendre, relevée souvent par de fins liserés Jaunes du meilleur goût, passera presque sous vos yeux au bianc verdâtre délicat, ira jusqu'au jaune serin, reviendra au vert tendre, tournera au vert bleuâtre, ou brun, et par dégradations insensibles atteindra le noir le plus profond! Car, rivale du Caméléon, elle à la faculté de changer de costume suivant l’état de l’atmosphère et même suivant ses impressions. »
Leur coloration, en effet, s'adapte à merveille à la couleur du feuillage qui les environne et les rend très difficiles à apercevoir :
« Une Rainette, qui est verte comme la feuille sur laquelle elle est posée, peut, quelque temps après, paraitre roussàtre ou grisätre comme l'écorce de la plante contre laquelle elle va grimper. Une de ces charmantes créatures, écrit Tennant, placée au pied de ma lampe, avait pris, après quelques minutes, si bien la couleur d’or des objets qui l’environnaient qu'il était fort difficile de l’en distinguer. » (Brehm.)
ss
(4) On nomme mimétisme la faculté qu’ont certains animaux de prendre la couleur des objets sur lesquels ils se fixent,
à PE | pe ”. LE On Lu 4
128 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE La famille des Hylæformes n'est représentée en France que par un seul genre et une seule espèce :
Genre Hyla (Laur.), Rainette
Les Rainettes ont la langue elliptique, circulaire, entière ou très faiblement échancrée, adhérente de toutes parts, ou plus ou moins libre à son bord postérieur. Elles possèdent des dents; les doigts sont déprimés et plus ou moins palmés; la peau de la tête n’est pas adhérente aux membres.
Rainette verte (/yla viridis. Dum. et Bib., Hyla arborea. Cuvier.).
Cette espèce a la tête plutôt petite que grande, à surface supérieure légèrement excavée au centre, convexe sur son pourtour; le museau s’arrondit brus quement depuis les narines; la mächoire inférieure rentre à peu près complètement sous la lèvre supérieure qui recouvre des dents très fines. Les yeux ont la pupille arrondie, se détachant en noir sur un iris couleur d’or.
La Rainette verte, dont la longueur ne dépasse guère trois centimètres, a le dessus du corps généralement d'un beau vert avec quelques nuances jaunes sur les pattes de derrière. Une bande étroite et jaunàtre s'étend entre l’œil et l'épaule ; les orteils ont une teinte rosée. Tout le dessous du corps est d’un bianc plus ou moins pur.
La femelle pond des œufs beaucoup plus petits et moins nombreux que ceux des Grenouilles; elle les dépose au fond de l’eau ou sur les plantes aqualiques.
Le Tétard est en partie d'un vert brun, en partie …
BATRACIENS ANOURES 159
jaune plus ou moins clair; le ventre est blanc brillant avec des teintes plus sombres sur son pourtour.
Nous avons dit que les Rainettes étaient arboricoles : elles grimpent avec agilité sur les arbres et se meuvent * par une série de sauts sur les branches où elles se maintiennent par la pression atmosphérique produite par les ventouses ou disques dont leurs pattes sont pourvues. Elles sautent de feuille en feuille et, pendant . les beaux jours, restent immobiles sur la surface d’une ï feuille, sous laquelle elles se réfugient aussitôt qu'il 4 pleut.
La Rainette verte déduigne les animaux morts et se nourrit de mouches et de petits insectes qu'elle capture elle-même en les guettant comme le chat guette des . souris.
& « Sa vue percante et, sans doute aussi, l’ouïe fort + développée l’avertissent de la présence des insectes, principalement des mouches et des moucherons qu’elle semble préférer à tout. Elle observe attentivement ces
animaux, s’élance brusquement sur eux, la gueule
TR grande ouverte, et se sert de la langue pour les » entrainer au fond de son gosier. C’est vraiment un spec-
tacle fort curieux que de voir la Rainette guetter pa=
-tiemment une mouche posée sur quelque feuille, s’ap-
procher doucement, presque invisible grâce à sa couleur qui la fait confondre avec le feuillage, puis, arrivée à - distance convenable, s’élancer parfois à près d'un pied de distance ; il est rare que la Rainette manque sa “proie. » (Brehm.) | A la fin de l'automne elle descend des arbres sur le .sol, gagne le voisinage des eaux et s’y blottit dans la vase.
La Rainette verte a un chant que l’on entend dans les campagnes pendant les nuits de printemps et que les paysans attribuent à la Grenouille, Ce coassement est produit par les mâles seuls, gonflant leur goître à
"Ni
N NS de Ÿ san à N SNNISO NS à N RS NX > N NN
Rainette verte mâle et femelle.
la grosseur d’une noisette. Ces chants, qui partent tous ensemble et s'arrêtent tous à la fois, sont les concerts des Rainettes réunies en grand nombre dans une même mare.
« La note qu'elles émettent, dit Lataste, est grave, vibrante, brusquement attaquée, courte, rapidement et
BATRACIENS ANOURES 131 longtemps répétée. Les mots Ærac, Krac…. ou carac, carac rendent bien l'effet produit par cette musique. »
La Rainette, qu'on nomme aussi vulgairement la Raine, s’habitue facilement à la captivité et beaucoup d'amateurs conservent ces animaux qu'ils croient propres à prédire le temps par leurs cris ou par les positions qu’ils occupent dans leur prison. On prétend, en effet, qu'ils annoncent la pluie par leurs coassements. Ils sont, en outre, utilisés comme Lygromètre : on les place dans un bocal en verre à demi rempli d'eau, dans laquelle plonge une petite échelle en bois : si le temps doit rester sec, la Rainette escalade son échelle et demeure au-dessus de l’eau ; si, au contraire, le temps est menaçant, elle regagne l’eau et reste immergée. On sait que le maréchal Bugeaud avait une confiance inébranlable dans ces prédictions et, pendant ses campagnes d'Algérie, n’entreprenait jamais une expédition sans avoir consulté la Rainette qu'il élevait en captivité.
Cette espèce habite toute l'Europe et est très commune dans toute la France.
FAMILLE DES RANIFORMES
Les Batraciens qui composent cette famille ont les
. doigts libres et les orteils plus ou moins palmés. Les
genres différent entre eux par la disposition et la struc-
ture des doigts, par la forme de la langue et par la
dentition. Cette famille comprend nos Grenouilles proprement dites, que l’on divise en deux sections :
Les Grenouilles aquatiques.
Les Grenouilles rousses.
Les premières sont caractérisées par leurs mœurs aquatiques; les secondes ont des habitudes beaucoup
plus terrestres.
Genre Rana (Lin.), Grenouille
Dans ce genre, la langue est grande, oblongue, un peu rétrécie en avant, fourchue en arrière, libre dans le tiers postérieur de sa longueur; la bouche est largement fendue; les dents, peu nombreuses, sont situées tantôt entre les arrière-narines, tantôt plus ou moins rapprochées de celles-ci; les doigts sont plus ou moins palmés ; les formes sont sveltes et élancées.