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BATRACIENS ANOURES 137
La Grenouille rousse atteint généralement de 0 m.055 à 0 m. 065 de longueur; elle est une des premières à sortir du sommeil hivernal et dès le mois de février elle
se rend à l’eau pour y déposer son frai. La femelle pond
des œufs qui tombent au fond de l’eau, se gonflent ensuite et remontent à la surface où ils forment des
masses épaisses et mucilagineuses qui contiennent jus-
qu'à 150 pelottes.
Cette espèce, ainsi que nous l'avons dit, habite de préférence sur terre; on la trouve dans les jardins, les vignes, les prairies, les champs et les forêts, surtout dans les lieux humides et garnis de hautes herbes. Elle fait rarement entendre sa voix qui consiste en un coassement sourd et peu prolongé. Elle se nourrit d’Insectes, de Vers et de Limaces.
« Aucun Batracien, peut-être, n'a autant d'ennemis que la Grenouille rousse; tous les animaux l’attaquent et sur terre et dans l’eau; elle n’est réellement à l’abri des poursuites, que lorsqu'elle s’enterre dans la vase pour y passer l'hiver. Beaucoup d'Oiseaux, la plupart des Serpents de nos pays la pourchassent ; avec le Crapaud, elle est la proie préférée de la Couleuvre à col-
- lier; pendant les premiers temps de son existence la
Grenouille verte s’en nourrit ; les Écrevisses recherchent ses larves. Malgré toutes ces causes de destruction, la
Grenouille rousse est si prolifique qu’un printemps
favorable suffit à combler les vides faits par les nombreux ennemis qui pourchassent cette espèce sans
trêve ni merci. » (Brehm.)
La Grenouille rousse, qui habite l’Europe entière,
depuis l'Espagne et l'Italie jusqu’au nord de la
138 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE Norwège, n’est pas rare en France, mais ne se rencontre pas dans quelques départements.
Grenouille agile (ana ugilis. Thomas.).
Cette espèce a été longtemps confondue avec la Grenouille rousse, à laquelle elle ressemble beaucoup par la coloration. Sa tête est très acuminée et à peu près aussi large que longue à sa base. Le museau, dont l'extrémité déborde un peu la mâchoire inférieure, se termine en pointe arrondie. L’œil est grand, l'iris est doré, brun-foncé et sans éclat en dessus. Une tache noire ou brunâtre recouvre les tempes, comme chez la Grenouille rousse. Toute la surface du corps est d’un roux plus ou moins vif, pouvant passer, d’un instant à l’autre, au rosé ou au brun foncé. Un cordon jaune sale borde la lèvre supérieure jusqu’à l'angle des mâchoires; la lèvre inférieure est bordée de marbrures brunes, souvent effacées, transversales et étroites. Des taches brunes, moins foncées et moins nettes, se montrent sur le dos. Le dessous du corps est d’un beau blanc mat; la gorge et la poitrine présentent souvent, principalement chez les femelles, une teinte d’un rose tendre, les aines une nuance vert-doré, le dessous des cuisses une couleur de chair.
Cette Grenouille atteint de 0 m. 05 à O0 m. 06 de longueur; les mâles sont toujours beaucoup plus petits que les femelles. Celles-ci déposent, au printemps, leurs œufs dans les eaux profondes. Ces œufs, moins gros que ceux de la Grenouille rousse, sont attachés aux bois morts ou aux rameaux flottants.
Le Télard a le corps ovale, le dos taché de gris-brun sur un fond jaunâtre clair, le ventre blanc, séparé de
BATRACIENS ANOURES 159 - la gorge par une bande obscure. La queue à sa por- - tion membraneuse toute marbrée de taches d’un gris . roux, grosses, nombreuses et très rapprochées, ce qui + permet de distinguer ce Têtard de celui de la Gre- « nouille verte.
. Le mâle adulte a une voix très faible qui ne s'entend - pas au delà d’une quinzaine de pas et qui se compose d’une seule note, comme parlée à voix basse, vite arti- - culéeet rapidement répétée.
La Grenouille agile recherche les prairies et les bois » humides situés à peu de distance des petits ruisseaux. « Comme la Grenouille des bois de l'Amérique du Nord, à laquelle elle ressemble beaucoup, l’Agile est une espèce exclusivement terrestre. Hors l’hivernage et le . temps des amours, on ne la trouve jamais à l’eau. Elle . recherche les frais vallons au bord des ruisseaux. C’est là, dans les prés, dans l'herbe des taillis ou sous les grands arbres, qu'on la trouve le plus souvent, isolée . ou par petites bandes. Elle part sous les pas par bonds de quatre à cinq pieds, va tomber dans le . ruisseau, ou se dérobe dans l'herbe des prairies. Une grande partie hivernent sous la feuillée, les autres dans . la vase et dans les masses submergées de plantes aquatiques. » (A. de l'Isle.)
Cette espèce vit d'insectes qu'elle saisit adroitement : au vol. Ou la trouve à peu près dans toute la France, où elle est désignée par les paysans sous différents noms : Grenouille pisseuse dans quelques départements du Centre, pichouse dans la Gironde et papegay dans la . Charente-Inférieure.
Genre Pelodytes (Filz.), Pélodyte
chez lequel les dents qui garnissent le palais sont disposées en deux groupes. La langue, à peine échancrée, est libre à son bord postérieur. Les doigts ne sont pas dilatés à leur extrémité.
Ce genre ne comprend qu'une espèce :
Pélodyte ponctué (?elodytes punctatus. Dugès). Cet Anoure a des formes allongées qui le rappro-
Pélodyte ponctué.
chent des Rainettes; sa tête est légèrement plus longue que large chez la femelle et très aplatie. Le museau est fortement arrondi, l'œil gros et saillant, le COrpS assez court. La peau, sur la partie supérieure du corps, |
BATRACIENS ANOURES 141
. est couverte de petites verrues irrégulières formant, “ surtout chez les mèles, des séries latérales.
… Tout le dessus du corps est d'une teinte cendrée, ver- F4 dâtre ou brunâtre, avec des marbrures d’un beau vert, , plus nombreuses sur les membres. Le dessous du corps est d'un blanc mat. La longueur du Pélodyte est de - 0 m. 37 à Om. 45.
“ La femelle dépose ses œufs dans l’eau en grappes de six à huit centimètres de long qui sont fixées sur 4 des brins d'herbe ou des branches à demi submergées. … Le Tétard a le corps ovale allongé et paraissant déprimé lorsqu'on le regarde de profil; la queue est très longue ; le dessus du corps est parsemé de points - et de taches d’un brun effacé sur fond roux. Le ventre est d’un blanc assez pur.
« Le cri du Pélodyte, que l’on entend surtout äux mois d'avril et de mai, le soir, dans les petites mares, les eaux pluviales, les fossés qui bordent les chemins, n’a pas la puissance de celui de la Rainette, auquel il ressemble beaucoup. La note est pleine, lente, chevrotante et très grave; on s’étonne de la voir produite par un si petit animal. Le Pélodyte la répète sept ou huit fois sans se presser, puis il s’arrête quelque temps pour
recommencer ensuite. » (Lataste.)
Cette espèce, plutôt terrestre qu'aquatique, est nocturne et se cache sous les pierres pendant le jour. On peut la rencontrer très facilement le soir au pied des murs des vieux parcs ou le long des petits ruisseaux. Elle se nourrit d'Insectes et grimpe sur les buissons aussi facilement que la Rainette.
Le Pélodyte, sans être commun, habite une grande
142 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE partie de la France et n’est pas rare dans les environs de Paris. Duméril dit que dans l’ancien parc de Sceaux-
Penthièvre on peut le voir, au premier printemps, dans
de petits étangs, anciens restes des grandes pièces d’eau, et en automne au milieu des buissons de ronces qui bordent les murs du parc exposés en plein soleil.
Genre Alytes (Wagl.), Alyte
Les animaux formant ce genre sont caractérisés par un corps trapu, des membres courts et épais, une peau couverte de pustules, une langue entière, épaissie, circulaire et adhérente. La physionomie de ces Batraciens semble les rapprocher des Crapauds dont ils s’éloignent par des caractères importants.
Le genre Alyte n'est représenté que par une seule espèce :
Alyte accoucheur (A/yts obstetricans. Laur.).
Cet Anoure a le corps trapu et ramassé, les membres postérieurs étendus, la tête assez grande et portée directement sur les épaules. Ne dépassant guère 10 centimètres de longueur, il ressemble à un jeune Crapaud, mais sa peau n'est pas aussi rugueuse et est seulement parsemée de petits tubercules mousses et arrondis. Le dessous du ventre est chagriné par de petites granulations plus blanches que le fond.
La teinte du corps varie du jaune sale au brun assez foncé; les pustules du dos forment des mouchetures généralement brunes, quelquefois d’un vert assez vif, souvent marquées de rouge à leur sommet.
La femelle pond des œufs relativement gros, entourés d’une membrane assez résistante et reliés entre eux en
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forme de chapelets. Elle abandonne ses œufs aux soins - du mäle qui les prend et les entortille autour de ses jambes, ce qui lui a fait donner le nom d’Alyte accoucheur.
« J'en ai trouvé, dit Lataste, se promenant ainsi avec
- des œufs à tous les degrés de développement, et ilsn'en . paraissaient par fort gênés. Si on les tourmente cepen- - dant, ou si on les réduit en captivité, ils s’en débar- . rassent et les laissent sur le sol pour ne plus les
. reprendre. »
Alyte accoucheur.
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Le Têtard a le corps ovalaire, raccourci, le museau - arrondi et très busqué, la queue assez longue; il est d’une coloration rousse ou noirâtre selon les eaux qu'il habite; le ventre est gris-blanchâtre et granuleux ; la partie membraneuse de la queue est couverte de points bruns disposés sans ordre; l'iris est doré.
« Depuis le commencement d'avril jusqu'aux premiers jours de septembre les Alytes font entendre, surtout lorsque le temps est doux, le son clok, qu’ils répètent le le soir, ainsi que pendant la nuit, à des intervalles plus ou moins rapprochés. Ils se cantonnent dans les vil-
lages, de manière cependant, que la distance qui les sépare est assez peu éloignée pour qu'ils puissent s'appeler et se répondre.» (Millet.)
L’Alyte est nocturne et vit dans les vieilles carrières, dans les talus ou le long des murailles qui bordent les chemins, dans les vieilles constructions, dans les terrains en démolition, où il se creuse, à l’aide de ses membres antérieurs, une retraite profonde qu'il partage souvent avec ses congénères.
Il se nourrit d’Insectes et est le plus terrestre de nos Batraciens, car il ne va à l’eau qu'un instant pour y apporter ses œufs au moment de leur éclosion.
Les petits tubercules qui garnissent sa peau sécrètent un liquide blanchâtre, d’une odeur assez forte et qu’on a considéré comme un venin dont on a beaucoup exagéré les effets.
L’Alyte accoucheur est très commun en France, principalement aux environs de Paris.
Genre Pelobates (Wagl.), Pélobate
Ce genre se compose de Batraciens dont la tête est protégée par un bouclier osseux, couvert de petites aspérités; les doigts, au nombre de quatre, sont complètement libres; les orteils sont gros et réunis par une membrane épaisse.
Deux espèces représentent ce genre en France :
Pélobate brun (?Pelobates fuscus. Wagl.).
Ce Pélobate a le crâne rugueux fortement renflé longitudinalement ; les éperons qui ornent ses pattes postérieures sont jaunâtres; la peau est relativement lisse et fortement adhérente sur le dessus de la tête.
Abies
BATRACIENS ANOURES 145 La longueur de ce Batracien est de 0 m. 52 à 0 m.65: Le dessus du corps est jaune-brunâtre, marbré irrégulièrement de taches d’un brun très foncé qui donnent à la peau une physionomie particulière que Ræsel a comparée à une carte géographique coloriée sur laquelle on verrait les fleuves et les iles avec les côtes de nuance plus claire.
Pélobate brun.
Le Pélobate brun ne fréquente les eaux qu’au moment de la ponte, de mars en avril. La femelle pond des œufs disposés en deux cordons longs d'un mèêtre environ et qui se fixent sur les jones, les roseaux et les autres plantes aquatiques. Le tétard offre une grande ressem: . blance avec celui du Pélobate cultripède.
« Les Pélobates sont des animaux essontiehenteh terrestres et fouisseurs; le jour ils se retirent dans Îles câvités qu’ils se creusent dans les berges et ne chassent que pendant lanuit, Lorsqu'ilestà l’eau, le Pélobate brur
a l'habitude de s’enfoncer dans la vase qu'il a soin de troubler, et comme il recherche avant tout les endroits des mares dont le fond est couvert de joncs, dont les berges sont excavées, il est fort difficile de le capturer; il nage, du reste, très rapidement. Lorsqu'il est à l'eau et que rien ne vient le troubler, le Pélobate brun fait entendre son chant monotone : les notes qui le composent sont basses et espacées; les mots crioc, crôoec, prononcés lentement et de la gorge, imitent assez bien ce chant. » (Brehm.)
Le liquide sécrété par les glandes du Pélobate est un venin assez actif, sans danger pour l’homme, mais mortel pour de petits animaux, ainsi que l’ont démontré les expériences faites par E. Sauvage : ce venin inoculé à une souris la tue en 27 minutes, après avoir produit des efforts de vomissement, des tremblotements des muscles et des convulsions.
Cette espèce, rare dans le Midi, se rencontre dans les autres parties de la France; elle est assez commune aux environs de Paris, dans les mares situées sur la rive droite du canal, entre Pantin et Bondy.
Pélobate cultripède (Pelobates cultriges.
Dum. et Bibr.,.
Cette espèce se distingue de la précédente par sa tête plus large que longue, insérée courtement sur les épaules, par le dessus de la tête entièrement rugueux, par ses éperons de couleur noire, par la saillie de ses yeux énormes au-dessous du crâne.
La coloration de la face supérieure du corps est à peu près la même que celle du Pélobate roux : d'un brun rougeâtre avec les mêmes taches beaucoup plus fon-
ve
RÉ rs.
BATRACIENS ANOURES 147
cées. Le dessous du corps est d’un blanc jaunâtre, piqueté de brun-roux, les mouchetures étant surtout . nombreuses sous la gorge.
La ponte a lieu dans l’eau et les œufs sont disposés en cordons que l’on trouve, au printemps, dans les eaux stagnantes, parmi les herbes qui poussent près du bord.
Le fétard a le corps ovoïde, arrondi à ses deux extrémités; la queue est très large; la bouche, dont les lèvres se prolongent en avant en un tube large et écourté, est armée de deux mandibules cornées fort résistantes. La coloration sur les faces supérieures est
jaune ou rousse, avec des reflets bleuätres. Le ventre
| est gris blanchätre avec des lignes irrégulières et des points nacrés.
» Ce Pélobate a un chant qui offre quelque ressem- | blance avec le gloussement de la Poule et que l’on peut rendre par les syllabes cô, cô, 60, émises sur un ton plus bas et moins rapidement répétées que ne le fait la Grenouille agile.
« Cet Anoure habite les sables du littoral méditerranéen. Il se nourrit de Coléoptères, surtout des très nombreux représentants de la famille des Mélasomes. | Il ne sort que la nuit et, comme il procède par sauts » assez étendus, il se trahit lui-même par le bruit qu’il fait en heurtant les Zphedia, les Eryngium maritimum et autres plantes coriaces et résistantes. Repu et quand la fraicheur se fait sentir, il enfle ses énormes poumons à larges vésicules, ferme, en faisant basculer ses os inci- Sifs, les opercules à levier de ses narines, et de ses couteaux tranchants se creuse dans le sable fin et
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meuble de la dune une retraite assurée; car à mesure qu’il s’y enfonce à reculons, le sable retombe sur lui et le dérobe. À l’aube, on aperçoit encore sur le sol une faible dépression, indice accusateur seulement pour un œil exercé; puis la brise de mer souffle, les troupeaux de petite race de Pos longifrons passent et repassent sur sa tête, et l’animal demeure enseveli tout le jour dans sa prison. » (A. de l'Isle.)
Le Pélobate cultripède habite surtout le Midi de la France : A. de l’Isle l’a trouvé à Carnou et à Palavas, sur le littoral de l'Hérault, ainsi qu'aux environs de Toulouse; il habite aussi les Landes et la Gironde ; enfin, dans l'Ouest de la France, on le rencontre dans la Loire Inférieure, sur les dunes situées entre le Pouliguen et le bourg de Batz.
Genre Bombinator (Wag!.), Sonneur
Les animaux composant ce genre sont caractérisés par une langue à peu près circulaire, mince, non échancrée sur le bord postérieur et adhérente en arrière comme en avant, l'absence de vessie vocale, la pupille triangulaire, quatre doigts libres, les. orteils réunis par une membrane, la mâchoire supérieure garnie de dents.
Ce genre, qui établit une transition naturelle entre les Raniformes {Grenouilles) et les Bufoniformes {Crapauds), ne comprend qu'une seule espèce :
Sonneur igné (PBombüinator igneus. Laur.).
Ce Batracien a la tête petite, aplatie, convexe dans tous les sens, et dont la face supérieure se confond insensiblement avec les joues et le museau qui est.
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court, arrondi et légèrement aplati. La peau est exces- À sivement rugueuse et recouverte de pustules assez grosses et arrondies, ce qui donne à cet animal l'apparence d'un Crapaud. Le corps, long d'environ 4 centi- | mètres, est allongé, arrondi dans tous les sens; les “ yeux sont saillants; la paupière est triangulaire et pa- J rait comme une étroite ligne dorée.
| Tout le dessus du corps est d’un brun terreux uni- ,
forme ; le dessous est d’une belle couleur orangée qui
Sonneur igné.
» a valu à ce petit Batracien le nom de Sonneur igné ou . couleur de feu. On remarque également sur le ventre des taches irrégulières de forme et de nombre, d’un beau bleu noirâtre, à partie centrale gris-bleuâtre. Le dessous des membres et des doigts est taché comme le . ventre; sur les flancs le bleu domine, pointillé de blanc bleuätre.
Les femelles déposent dans l’eau, d'avril en juillet, des œufs qui sont relativement gros et réunis en une douzaine de paquets, contenant chacun de 20 à 30 œufs.
Le têlard est très facile à reconnaitre : son corps est ovale-arrondi, déprimé, un peu acuminé vers le museau; le dessus du corps est gris roussätre, le dessous d’un bleu cendré. La queue est courte et parsemée de points bruns.
Le sonneur igné à un chant assez faible et très doux, composé de deux notes émises l’une après l’autre et répétées sans interruption. Le mot howhou rend assez bien l'effet produit par ce chant.
Ce Batracien recherche les mares, les étangs, les fossés couverts de lentilles d’eau. « Il fréquente surtout les eaux stagnantes et croupissantes de peu d’étendue, se tenant généralement sur leurs bords, et s'y réfugiant au moment du danger, à moins qu'ilne se tapisse contre la vase, comptant sur sa livrée supérieurement obscure pour le dérober. Il nage fort bien, émergeant très peu, les yeux et les narines seuls élevés au-dessus de l’eau; mais le peu de profondeur des eaux qu'il habite permettra de le prendre aisément à l’aide d'un petit troubleau, ou même à la main. D'ailleurs il est moins méfiant et moins agile que la Grenouille verte.» (Lataste.)
Les pustules qui recouvrent sa peau sécrèlent un liquide dont les principes venimeux ne paraissent pas aussi actifs que ceux du venin des Crapauds.
Le Sonneur, d’après Fatio, serait doué d’un certain instinct : (Il rejette la tête en arrière, relevant les pattes postérieures et se fourrant les poings dans les yeux, comme pour ne pas voir le danger; ainsi tordu, quelquefois sur le ventre, le plus souvent renversé sur le dos, il attend que le danger soit éloigné. »
BATRACIENS ANOURES 151
Dans les mares qu’il habite il est souvent victime des attaques d’un petit Mollusque bivalve : la Cyclas cornea, qui s'attache à ses pattes et les mutile. La Cyclade ne lèche prise que lorsque la patte a été gangrenée et détruite par l’arrêt de la circulation et on trouve quelquefois des individus dont les membres portent les traces des cicatrices provenant de ces mulilations.
Le Sonneur se nourrit d’Insectes, de Vers et surtout de petits Mollusques. Il habite presque toute la France et est connu dans quelques départements sous le nom de Crapaud pluvial.
FAMILLE DES BUFONIFORMES
Les Crapauds, qui composent cette famille, sont des Batraciens essentiellement nocturnes, redoutant la lumière du jour et ne quittant leur retraite pour se mettre en quête de leur nourriture, soit à terre, soit dans l’eau, qu’à l'approche de la nuit.
Cette famille n’est représentée en France que par un seul genre :
Genre Bufo (Laur.), Crapaud
Ces animaux ont la langue allongée, elliptique, généralement un peu plus large en arrière qu'en avant, entière, libre postérieurement dans une certaine portion de son étendue, le palais dépourvu de dents, quatre doigts distincts, entièrement libres, cinq orteils plus ou moins palmés.
Les Crapauds se reconnaissent à leurs formes lourdes et trapues, aux glandes qui constituent deux amas de
chaque côté du cou, à leur bouche largement fendue. Ces Batraciens inspirent la répulsion par leurs allures disgracieuses, par leur peau froide et visqueuse, par leur aspect repoussant; ils sont cependant aussi utiles qu'inoffensifs et détruisent un grand nombre de petits insectes nuisibles.
Ils ont été les sujets de fables ridicules : nous ne parlerons pas des prétendues pluies de Crapauds qui n’ont jamais existé que dans l’imaginalion de ceux qui les ont inventées. On a aussi attribué à ces animaux une longévité surprenante :
« L'amour du merveilleux, dit Lataste, est allé jusqu'à prétendre qu'on en avait trouvé au milieu de roches anciennes, dans des cavités sans issue, et que, par suite, ces animaux, contemporains de la formation de ce rocher, étaient enfermés là depuis des milliers de siècles. Il n’y a pas lieu de s'arrêter à de pareils dires. Mais il est certain (des expériences nombreuses l’ont démontré) que les Crapauds et les Batraciens en général peuvent vivre fort longtemps séquestrés dans les corps poreux et humides. Dans l’état d’inaclion forcée où ils se trouvent alors, leur vie, très peu active, fait une très petite consommation de substance, et l'air qui filtre à travers les pores de la pierre suffit à leur respiration peu exigeante ; mais il leur faut une certaine humidité, sans quoi ils se dessèchent et meurent rapidement. »
Une des causes principales de l’aversion de l’homme pour le Crapaud est la posture singulière que prend cet animal lorsqu'il est en danger : il voûte son dos, se soulève sur ses quatre membres en baissant le
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museau. Il ne faut pas voir dans cette attitude une menace, mais simplement une preuve d'instinct de conservation chez ce pauvre Batracien : il cherche à protéger ainsi sa tête en présentant son dos, qui est la partie de son corps la plus fournie en glandes et est, pour cette raison, la moins vulnérable ; il gonfle en même temps d'air ses poumons pour faire distendre sa peau et présente une surface ballonnée, sur laquelle résonnent les coups que lui porte son agresseur. L’aspect repoussant du Crapaud est une des causes de la guerre acharnée qui lui est faite et l'expose à subir mille tortures aussi cruelles qu'imméritées : les paysans le saisissent et l’empalent sur un échalas où il attend une mort lente et douloureuse; les enfants, dans les campagnes, le placent sur l'extrémité d’une planchette formant bascule et, par un coup vigoureux appliqué à l’autre extrémité, le lancent dans l’espace : il retombe à plat ventre, les jambes tendues et fait le mort dans l'espoir de sauver sa vie.
Les Crapauds ont, au contraire, droit à notre protection pour la destruction énorme qu’ils font de tous les insectes nuisibles à l’agriculture ; ils se nourrissent, en effet, d'Araignées, de Cloportes, de Fourmis, de Hannetons et de Charençons ; nous avons donc intérêt à protéger et à conserver ces Batraciens.
Le genre Crapaud est représenté en France par deux espèces bien connues :
Crapaud commun (Zufo vulgaris. Dum. et Bibr.).
Cette espèce a la tête courte, large, nullement distincte du tronc; le museau est très court et arrondi;
la bouche largement fendue et sans dents, la langue elliplique, les yeux gros et proéminents, à paupière supérieure épaisse, à pupille horizontale, à iris sablé d’or. Le tronc est court, large, déprimé, arrondi quand les poumons sont gonflés d'air.
Chez le mâle toute la surface du corps est d'un roux olivâtre, pouvant passer au brun, au verdätre et même au rougeâtre : chez la femelle, elle est marbrée de nom
Crapaud commun.
breuses taches brunes, jaunes ou blanc sale. Le dessous du corps est d’un blanc jaunâtre, uniforme chezle mâle, légèrement marbré de taches d’un gris pâle chez la femelle.
Celle-ci pond dans l’eau des œufs disposés en deux cordons parallèles ; ces cordons, qui ont jusqu’à 3 mètres de longueur, sont enroulés en lourds écheveaux autour des racines submergées et des plantes aquatiques.
BATRACIENS ANOURES 155
Le tétard est petit et atteint à peine 16 à 29 millimètres; il a le corps ovalaire, sans ligne de démarcation entre la tête et le tronc. La queue est une fois et demie plus longue que le corps. Ce têtard est d’un noir très foncé en dessus, bleuâtre en dessous.
Le Crapaud commun ne fait entendre son chant qu'à l'époque des amours : c’est un coassement plaintif qui peut se traduire par les mots erraa, crraa, queru et qui rappelle un peu l'aboiement du Chien.
« Le Crapaud ne sort guère que la nuit, si ce n’est par la pluie et quand la température est douce. Il se creuse quelquefois un trou prolongé horizontalement sous le sol, à une petite profondeur; mais, paresseux, il préfère le plus souvent s'emparer de la galerie d'un Mulot ou d’un Rat: il se retire même, au besoin, sous une pierre, sous une souche, sous un tas de décombres. Il vit en philosophe dans sa retraite passant de longues heures dans le recueillement. Quand la faim le presse et que le temps lui paraît favorable, ilen sort pour aller à la chasse, marchant plutôt qu'il ne saute. Le Crapaud s'établit dans les jardins, dans les champs, dans les bois, partout où il trouve de l'ombre et de l'humidité. Il vit d'Insectes, de Limaces, de Lombrics. On lui reproche de faire la guerre aux Abeilles et de se porter à l'entrée des ruches pour happer ces travailleuses au passage. » (Lataste.)
Nous avons dit que le Crapaud faisait une grande destruction d'insectes pour sa nourriture : malgré son air somnolent, il aperçoit très bien une proie qui se trouve à sa portée, il avance alors doucement, ouvre sa
156 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE large bouche et avec une rapidité merveilleuse lance sa langue visqueuse et engloutit sa proie.
Le Crapaud commun est un des derniers Anoures à disparaître à l'approche du froid; il hiverne dans la vase, au fond des eaux, ou dans les trous de vieilles murailles, sous les décombres et dans les fumiers.
Cette espèce est très commune dans toute la France.
Crapaud calamite ou des joncs (Zufo calamita. Daud.).
Crapaud calamite.
Ce Bairacien assez voisin du Crapaud est toujours de plus petite taille; sa coloration offre aussi des différences sensibles : une bande jaunâtre ou rouseûtre, tirant quelquefois sur le bleu, s'étend sur le milieu du dos qui est d’un vert jaunâtre, semé de taches brunes irrégulières et de petits points d’un rouge vif, placés généralement au milieu des taches brunes. Le dessous du corps est d’un jaune sale et parsemé de petites laches brunes irrégulièrement disposées. Le
BATRACIENS ANOURES 157 museau est arrondi transversalement et taillé à pic. La peau est cribléc de pores sur le pourtour des lèvres, le museau et les joues, et partout ailleurs couverte d’aspérités. Le dos est parsemé de grosses verrues, la peau est granuleuse sur le ventre.
La femelle pond des œufs en deux cordons, comme ceux du Crapaud commun, mais, au lieu d’être disposés en série alterne, ils sont placés à la file les uns des autres.
Le têtard ressemble à celui de l'espèce précédente, mais il est d’une taille un peu plus grande; le dos est d’un brun roussätre foncé, finement chagriné et couvert çà et là de grosses granulations espacées.
Le Calamile a un chant composé de vibrations monotones qui ressemblent beaucoup au chant de l’Engoulevent; son coassement crau, crau, crreu, s'entend de fort loin et trompe facilement l'observateur :
« Le soir, un chœur de Calamites se faisait entendre à distance. Ces animaux sont ventriloques : on les croit à 200 mètres lorsqu'ils sont à 1500. Je fus trompé, non sur la direction à suivre, mais sur la portée et Le point de départ de leurs voix. Je les crus dans le lavoir du village voisin; le village passé, plus loin dans une mare, près du ponceau de la route. Le pont franchi, ils chantaient, à n’en pas douter, dans un fossé que
j'entrevoyais à distance; mais de mare en mare, de
fossé en fossé, j'arrivai, après une série dillusionset de désillusions. au bord d’un pré profondément encaissé entre le talus d’un cheminetdes vignes. C'était là, dans la mince couche d’eau qui le couvrait par endroits, que se trouvaient disséminés ces animaux au nombre de
mL CL art =
plus d’un cent, faisant vibrer comme un clairon leur large vessie vocale et appelant d’une lieue à la ronde les femelles en état de frayer. » (A. de l'Isle.)
Ce Crapaud est nocturne et se tient de préférence dans les localités marécageuses, où il vit en compagnie de ses congénères par bandes de 30 à 100 individus, fl creuse le sol au moyen de ses pattes antérieures et s’enfouit dans le sable des dunes et dans les berges des étangs.
Lorsqu'il est attaqué et sur le point d’être saisi, il contracte sa peau de telle sorte que toutes les glandes se vident et qu'il se recouvre d'une humeur blanchàtre, mousseuse, répandant une odeur insupportable que Duméril a comparée à l'odeur qu'exhalent les pipes dont on a fait un long usage.
Le Calamite habite à peu près toutes les parties de la France; il estcommun aux environs de Paris,
Le Crapaud vert (Bufo viridis. Laur.) offre une grande ressemblance avec le Calamite et a été confondu avec lui par beaucoup d’Herpétologistes. Cette confusion ne permet pas de préciser l'habitat de ce Batracien et son existence dans certaines parties de la France est contestée. Nous n’en donnons qu'une description succincte, afin de bien établir les différences qui existent entre ce Crapaud et le Calamite :
Cette espèce est très variable et diffère du Calamite par sa livrée à grand ramage, par sa taille un peu supérieure, par ses doigts palmés, par la coloration blanche du ventre, par sa démarche tout à fait différente :
« Chez le Calamite, les jambes sont trop courtes pour lui permettre de sauter; aussi a-t-il pour habitude de
BATRACIENS ANOURES 159
courir très vite en s'élevant sur ses quatre membres; le Crapaud vert, un peu mieux favorisé par la longueur de ses membres pelviens, saute avec facilité; il ne court presque jamais : c’est toujours par petits sauts répétés qu'il cherche à fuir. » (Héron-Royer.)
Il est également nocturne et creuse le sable pour se cacher pendant le jour. Il se nourrit de Vers, de petits Crustacés, de Mollusques, de Myriapodes et d’Insectes,
Duméril et Bibron, dans l’Æerpétoloqie générale, ont confondu cette espèce avec le Calamite et celte erreur a été reproduite dans plusieurs faunes locales.
« Après de nombreuses recherches dans l'Ouest de la France, dit Lataste (1), je crois pouvoir affirmer que le Crapaud vert manque dans cette région, tandis que son congénère le Calamite y est communément répandu, car je n'ai jamais trouvé le premier dans la Gironde, ni aux environs de Paris, et J'ai pu me convaincre qu'il avait été signalé par erreur dans le Maineet-Loire, la Vienne et la Charente-Inférieure. Vers le Nord les faunes locales de France et des pays voisins n’en font pas mention. Au Centre, les musées de Clermont-Ferrand et du Puy-en-Velay ne le contiennent pas, et de l'Est, où on m'avait affirmé son existence, on ne m'a envoyé sous ce nom que des Crapauds Calamites.
« Reste Ie Sud-Est de la France, c'est de ce côté que doivent porter les recherches. Si nous avons cette espèce, c’est d'Italie qu'elle nous vient, en tournant les Alpes et longeant la côte Méditerranéenne. Charvet
(1) Bulletin de la Société d'étude des Sciences naturelles de Nimes, oetobre 1818.
l'indique dans l'Isère, Marcel de Serres dans l'Hérault, Crespon dans le Midi, mais ces catalogues comprennent d’autres erreurs de détermination et, pour être avérée, l’existence du Crapaud vert sur notre sol a besoin d’être confirmée par de nouvelles observations. »
Nous ne saurions donc trop recommander aux Herpétologistes de diriger spécialement leurs recherches en vue d'établir sûrement l'existence de ce Batracien en France et de savoir s’il doit être inscrit définitivement dans notre faune.
BATRACIENS URODÉLES
Ces animaux diffèrent des Anoures par des caractères essentiels : ils conservent une queue pendant toutes les périodes de leur existence; c’est pour cette raison qu’on les a nommés Urodèles (à queue distincte): ils subissent des métamorphoses incomplètes et sont généralement aquatiques.
La forme de leur corps, qui ressemble à celui des Sauriens, a conduit les anciens naturalistes à réunir les Reptiles et les Batraciens dans une seule et même classe, Les Urodèles ont, cependant, une organisation particulière qui les distingue des Sauriens : s'ils ont, comme eux, un corps allongé, une tête distincte du tronc et sont pourvus, le plus ordinairement, de quatre membres, ils diffèrent des premiers par des caractères bien tranchés : leur corps allongé et le plus souvent arrondi est terminé par une queue longue, généralement
BATRACIENS URODÈLES 161
comprimée latéralement, qui persiste pendant toute leur vie. Ils ont quatre paires de membres, courts et éloignés les uns des autres, qui ne peuvent soutenir l'animal et ne sont destinés qu’à faciliter sa progression sur terre ou dans l’eau. Leur peau est nue, visqueuse et dépourvue d’écailles. La tête est plus ou moins aplatie : la bouche est armée de petites dents maxillaires et, la plupart du temps, de dents palatines. La langue est généralement courte, charnue, de forme variable,
Les Urodèles ne sont pas disposés pour le saut, comme les Anoures; leur colonne vertébrale est-longue et composée de trente-neuf vertèbres chez la Salamandre terrestre. Le nombre des doigts est généralement de cinq.
Ces Batraciens pondent des œufs ou sont vivipares; la ponte a lieu le plus souvent dans l’eau, quelquefois sur le sol. Les têtards sont munis de branchies apparentes au dehors sur les côtés du cou où elles forment des panaches divisés en lames frangées; ils subissent des métamorphoses plus ou moins apparentes.
Les Urodèles sont doués de la faculté de reproduire les membres ou les parties de leur corps qu’ils perdent accidentellement; les expériences de Spallanzani ont prouvé que toutes les parties de leur corps peuvent se reproduire et qu'après ablation on peut constater non seulement l'apparence du membre, mais le membre dans son intégrité, avec sa peau, ses muscles, ses tendons, ses nerfs, ses vaisseaux et ses os; une queue coupée repousse complètement et devient en tout sem-
blable à la queue primitive. Dans les membres up tous les os se reproduisent!
Les métamorphoses des Urodèles diffèrent complètement de celles des Anoures : les jeunes Anoures, à leur naissance, semblent composés exclusivement d’une grosse tête el d’une queue, ce qui leur a fait donner vulgairement le nom de queues de poire; les jeunes Urodèles, au contraire, ont des formes allongées qui rappellent celles des Poissons. Leur tête est surmontée de branchies ramifiées qui flottent de chaque côté en forme de panaches. Ces rameaux branchiaux persistent jusqu'au moment où les poumons viennent les remplacer. Ils se résorbent alors peu à peu, en même Llemps que les nageoires caudales et dorsales. Les pattes antérieures paraissent les premières et l'animal se trouve {transformé insensiblement, ne conservant de son premier état qu'une cicatrice qui persiste encore quelque temps après la disparition des branchies.
Les Urodèles ont une peau qui sécrète, comme celle des Anoures, une humeur liquide et transparente, âcre ou astringente, plus ou moins venimeuse et dont on à beaucoup exagéré les effets, Cette sécrélion a donné naissance à des fables encore généralement admises :
« Plusieurs auteurs anciens, dit Fatio, se sont plu à raconter, et bien des gens le croient encore, que la Salamandre et le Triton ont également la propriété de pouvoir marcher dans le feu sans se brüler. Cette croyance populaire qui fait de ces Batraciens des êtres diaboliques et dangereux, repose sur une énorme exagération. Les Urodèles, en général, et surtout la Salamandre, sécrétent, en effet, abondamment un liquide visqueux qui peut leur permettre d'éviter pour un
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instant d'être brûlés par le contact de charbons incandescents. Enveloppés d'humidité et capables d’éteindre en partie les braises qui les touchent, ils réussiront peut-être à se tirer de cette affreuse position, s'ils ne sont pas soumis plus d’une ou deux secondes à l'expérience; mais ils périront grillés ou brûlés, aussi bien qu'un morceau de bois, s'ils ne sont pas sortis rapidement de ce mauvais pas avant que d’avoir épuisé leur sécrétion. »
Les Urodèles sont très voraces et consomment en grande quantité des Vers, des Mollusques, de petits Crustacés, des Araignées, des Myriapodes, des Insectes de toutes sortes et même des Anoures et de petits Poissons, Ils sont pour la plupart aquatiques, mais sur terre ils recherchent les endroits frais et obscurs et s’abritent dans des trous, sous l’écorce d’un arbre, sous la mousse ou sous les amas de pierres et de bois. Ils ne sont pas organisés pour fouir et se contentent de s’enterrer dans un sol meuble ou dans la vase en se poussant au moyen de leurs membres et en se frayant un passage avec leur museau.
Chez ces animaux la mue est très fréquente et se renouvelle plusieurs fois chaque année.
On admet généralement que les Urodèles n’ont pas de voix; cependant quelques Herpétologistes ont reconnu qu'ils font entendre dans certaines circonstances des sons distincts, et Fatio dit que quelques Tritons émettent un petit cri sec et guttural au moment où on les saisit ou lorsqu'ils sont tranquilles et retirés sous quelque abri.
L'engourdissement hivernal n’est pas très profond
164 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE chez ces animaux et, pendant l'hiver, ils profitent, pour prendre un peu d'exercice, des jours où la température est assez douce.
On divise les Urodèles en deux sous-ordres :
Les Perennibranches,
Les Caducibranches, suivant qu'ils conservent pendant toute leur vie des branchies, ou qu'ils perdent, en passant à l’état parfait, ces organes de respiration aquatique.
Les Urodèles de France appartiennent tous au sousordre des Caducibranches et à une seule famille, celle des Salamandridées.
FAMILLE DES SALAMANDRIDÉES
Les Salamandridées, auxquelles Duméril et Bibron ont donné le nom d’Atretodères, ont pour caractères un corps généralement allongé, le cou bien distinct, la tête plus ou moins déprimée et ordinairement elliptique, la queue développée, conique et plus ou moins comprimée, deux paires de pattes presque égales, toujours plus développées chez les mâles que chez les femelles. La bouche est toujours moins fendue que celle des Anoures; les dents sont situées sur le bord des màchoires et, la plupart du temps, sur le palais; ces dents ne sont destinées qu’à retenir des proies glissantes et non à diviser les aliments. La langue est grande, large, bien dégagée sur les côtés et en arrière chez les Salamandres, petite, elliptique et libre seulement sur les côtés chez les Tritons. La peau est lisse ou rugueuse suivant les espèces. Là coloration varie beaucoup chez
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BATRACIENS URODÈLES 165
une même espèce, selon la saison, le séjour aquatique ou terrestre, ou la mue plus ou moins prochaine. |
Ces animaux, qui sont inoffensifs, sont victimes de préjugés absurdes et redoutés des paysans qui, dans certaines parlies de la France, les désignent sous le nom de Scorpions.
« On peut comparer, dit Lataste, pour l'habitat terrestre où aquatique nos Salamandres aux Crapauds, nos Tritons aux Grenouilles et au Sonneur. C'est, en effet, le plus souvent à terre, dans les lieux sombres et humides, sous les pierres ou les racines d’arbres que l’on trouvera les premières; tandis que les seconds seront dans l’eau ou sur la terre, suivant les saisons. Les Urodèles vivent de proie vivante et peu agiles, du moins à terre, ils s'adressent surtout aux Vers, aux Mollusques. A l’eau, ils peuvent s'emparer d'insectes mieux doués sous le rapport du mouvement, mais ce sont toujours ceux-là qu’ils préfèrent. Très voraces, ces animaux dévorent fréquemment leur progéniture et se mangent même entre eux. »
Cette famille est représentée en France par deux genres : Salamandra et Triton.
Genre Salamandra (Laur.), Salamandre
Ces animaux ont le corps lourd, trapu, assez épais et terminé par une queue cylindrique, la tête large, déprimée, arrondie en avant, cinq doigts postérieurs dépourvus de palmures.
«Les Salamandres ne vont à l’eau que pour les besoins de leur reproduction et vivent d'ordinaire à
terre, dans les localités ombreuses et humides, sous un
abri ou dans des galeries souterraines. Craignant la lumière, la sècheresse et les ardeurs du soleil, elles ne se montrent guère au grand jour que lorsque la pluie a détrempé le sol ou que l'atmosphère est chargée d'humidité, » (Fatio.)
Ces Urodèles se nourrissent de Vers, de petits Mollusques et d’Insectes; ils sont très lents dans leurs mouvements.
Les femelles déposent, soit sur terre, soit sur l’eau, des petits vivants qui naissent sous la forme de larves ou d'individus parfaits.
Salamandre terrestre (Salamandra maculosa Laur.).
Salamandre terrestre.
Cette Salamandre à la tête forte, à peu près aussi longue que large et bien détachée du tronc, le museau large et plat, les membres trapus, les yeux assez gros, la queue d’une longueur moyenne. Au premier abord, elle ressemble à un Lézard dont la peau serait lisse et brillante sur le dos; mais cette peau est criblée de
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BATRACIENS URODÈLES 167
pores arrondis qui sécrètent, quand on irrite l'animal, un liquide visqueux et d’un blanc laiteux.
La coloration de la Salamandre terrestre est un noir profond et lustré sur le dos, avec des taches d’un jaune vif irrégulièrement distribuées et de formes très variables. Le dessous du corps est noir bleuâtre avec ou sans taches d’un jaune plus päle que celui du dos. On remarque généralement une tache jaune à l'origine de chaque membre et une autre sur le poignet ou les doigts.
La femelle dépose ses petits dans des flaques d'eau, dans les fontaines, dans les réservoirs d’eau pluviale ou même dans les ornières des chemins. Les jeunes Salamandres ont le dessus de la tête, du corps et des membres gris roussàtre, avec des taches brunes irrégulières el de petits points bruns. Leurs branchies sont courtes, ramifiées et ressemblent à une houppe épaisse flottant derrière et sur les côtés de la tête.
« La Salamandre est un animal essentiellement terrestre qui ne va à l’eau qu'au moment de la ponte. Les endroits sombres et humides, les vallées encaissées ou les épaisses forêts sont les endroits où on la trouve de préférence; elle s’abrite pendant le jour entre les racines, au-dessous des pierres. Son peu d’activité dans le jour la dérobe habituellement aux regards, car elle se cache dans les vieilles carrières, à proximité des bois et dans les haies. Pendant la journée on ne rencontre cet animal qu’accidentellement, surtout par un temps doux et pluvieux. » (Brehm.)
Cette espèce, dont la longueur, du museau à l'extré mité de la queue, varie de O0 m. 15 à 0 m. 20, se nourrit
168 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE d'Insectes, de Vers et de petits Mollusques; pendant l'hiver elle s'engourdit dans les carrières, dans les caves, dans les citernes des maisons de campagne.
« On a trouvé, dit Duméril, des Salamandres gelées au milieu de glaçons solides; leur corps était dur et inflexible ; mais déposés avec soin dans la neige qu'on a fait fondre lentement, on s’est assuré que ces animaux pouvaient continuer de vivre; de sorte que c’est un fait curieux que ce même animal, cette Salamandre, qu'on avait supposé pouvoir continuer de vivre dans le feu, jouissait, au contraire, de la faculté de résister, plus que tout autre, aux effets de la congélation. »
La Salamandre terrestre est très commune dans toute la France.
Salamandre noire (Salamandra atra. Laur.).
Cette espèce diffère de la précédente par sa taille plus petite, son corps plus effilé, ses formes un peu moins lourdes. Ainsi que son nom l'indique, sa coloration est entièrement noire; sa peau lisse et luisante est souvent un peu granuleuse sous la gorge. Sa longueur totale est de 0 m. 045 à 0 m. 050.
Cette Salamandre se plait dans les régions élevées et on la trouve en Europe jusqu’à 10,000 pieds d’altitude.
La femelle ne met au monde que deux petits à la fois; ils sont déposés sur le sol libres et toujours dépourvus d’enveloppes particulières.
« Cette espèce recherche l'ombre et la fraicheur dans les bois et les prairies alpestres. Elle établit, sous les racines ou dans le sol, des galeries souvent assez longues et complexes et dont l'ouverture est générale-
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BATRACIENS URODÉLES 169 ment dissimulée sous une pierre ou sous quelque tronc renversé. Elle vit d'ordinaire par paires et souvent en famille avec ses petits pendant les deux premières années de l'existence de ceux-ci. Sa nourriture consiste principalement en Vers, Moilusques, petits Crustacés, Arachnides, Insectes de diverses sortes et Myriapodes. Il est rare de voir promener les Salamandres noires en plein jour lorsqu'il fait beau, tandis qu'on les rencontre souvent en grand nombre sur les gazons et les chemins de la montagne, lorsque le temps est menaçant ou que le sol a été peu avant détrempé. Elles cherchent à éviter l’éclat et la chaleur du jour et ne sortent guère pour se mettre en chasse qu’à la tombée de la nuit. » (Fatio.)
La Salamandre noire n’habite en France que les régions alpestres, principalement la Savoie.
Genre Triton (Laur.), Æriton
Les Batraciens composant ce genre ont la langue charnue, papilleuse, arrondie ou ovale, libre seulement sur les bords ; les dents palatines forment deux séries longitudinales rapprochées et presque parallèles; le corps est allongé, lisse ou verruqueux, le crâne plus long et moins déprimé que celui des Salamandres, dont les Tritons diffèrent également par la forme du cou qui paraît moins rétréci, quoique bien distinct, par leurs membres comparativement plus grêles et plus allongés. La queue est grande et disposée en forme de palelte; c’est à l’aide de cette sorte de rame et au moyen d’ondulations latérales du corps que ces ani-
maux nagent et plongent avec une grande agilité. [ls vivent dans l’eau une grande partie de l’année et c'est alors qu'ils revêtent leurs plus brillantes couleurs; si on les réduit en captivité, ils deviennent ternes et d’une coloration uniforme.
Les femelles déposent leurs œufs, soit isolés, soit réunis en petites grappes, sur les plantes aquatiques ou sur des feuilles submergées.
Les Tritons vivent dans les eaux claires, tranquilles et peu profondes dont le fond est tapissé d’une végétation qui leur sert de retraite. Pendant l'été, ils sortent de l’eau pour chercher à proximité un abri sous des pierres ou des racines. Ils se nourrissent de Vers, de petits Mollusques, d’Insectes et sont d’une telle voracité qu'ils dévorent leur progéniture et se mangent même entre eux.
« C'est un spectacle intéressant, dit Lalaste, de voir un Triton dans un bocal s'approcher lentement d’un Lombric qu’on vient de lui jeter. Il ne perd de vue aucun de ses mouvements. Tout à coup il fond sur lui comme un trait et le saisit, le plus souvent par un bout, entre ses mâchoires. Le ver a beau se débattre, il est retenu par les dents aiguës de son vainqueur et, entrainé par de nombreux et pénibles mouvements de déglutition, il disparait peu à peu dans la gueule et l’estomac de celui-ci. Jamais l'Urodèle ne se sert de ses mains pour redresser une proie mal saisie, ainsi que le font la plupart des Batraciens Anoures. Ou il l’avale quand même, à grands efforts, ou il la läche pour mieux la reprendre. »
La mue de ces animaux est très fréquente, du moins
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PBATRACIENS URODÈLES 171
pendant le séjour aquatique et a lieu à intervalles inégaux.
« Avant que la mue commence la peau devient sombre et terne; lorsque le moment est venu pour lui de se dépouiller de son épiderme, l’animal cherche, à l’aide de ses pattes antérieures, à pratiquer une ouverture dans la peau vers le niveau de la mâchoire; il détache alors la peau de la tête, se contracte latéralement, tantôt à droite, tantôt à gauche, s'agite fréquemment el sort la tête hors de l’eau, peut-être dans le but d'introduire de l’air sous la peau déjà détachée; par des inflexions du corps et gràce à l’intervention des pattes antérieures, la bête détache lentement l’épiderme, puis une fois la partie antérieure du tronc libre, il saisit la peau avec sa bouche et se dépouille alors complètement de son ancien vêtement. La mue ne demande parfois pas plus d’une heure à s’opérer; d’autres fois, au contraire, il faut plusieurs heures pour qu’elle ait lieu. Il arrive parfois qu’un animal aide un autre à se débarrasser et avale l’épiderme qu'il rejette non digéré. Lorsque la mue a lieu normalement, elle ressemble à une toile d’une extrême finesse qui moule tous les contours de l’animal; seuls les yeux ont laissé deux trous. » (Brehm.)
Les Tritons n'ont généralement pas de voix; cependant, lorsqu'on les saisit, ils émettent un cri rauque et de courte durée. Chez ces animaux les mâles sont munis, suivant les espèces et les époques, de crêtes dorsales de formes variées ou de plis longitudinaux.
Ce genre est représenté en France par plusieurs espèces :
Triton à crête (7rilon cristatus. Laur.).
Ce Triton a la tête aplatie, beaucoup plus longue que large, le museau arrondi en avant et plus ou moins déprimé, le tronc allongé, la queue lancéolée, haute et comprimée.
Chez le mäle le dos est orné d'une crête membraneuse, élevée et profondément entaillée en dents de scie, qui prend naissance entre les yeux, va en augmentant de hauteur jusque vers la partie moyenne du
Triton à creète.
dos pour s’abaisser ensuite du côté de l’origine de la queue.
La peau est ridée, plus ou moins granuleuse, couverte de petits pores qui laissent suinter un liquide d'une odeur désagréable, comme celui de la Salamandre terrestre.
Le dessus du corps est d'un brun noirâtre plus ou moins foncé; les flancs sont parsemés de petites granulations blanches. Le ventre est d’un jaune orangé chez les mâles, d'un jaune citron chez les femelles, avec des marbrures noires ou bleuâtres.
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BATRACIENS URODÈLES 173
On trouve aux environs de Paris une variété qui se tient surtout dans les mares et les ruisseaux où l’eau est peu courante. Les mâles sont grisàtres, ornés de tâches arrondies d’un brun foncé ou d’un bleu violacé, semées régulièrement sur toute la longueur des flancs et de la queue.
Les femelles déposent leurs œufs par petits groupes sur les feuilles des végétaux aquatiques. Lorsque les jeunes ont terminé leurs métamorphoses, ils abandonnent les eaux pour aller mener, le plus souvent pendant deux ans au moins, la vie d’une Salamandre. (Fatio.)
Le Triton à crête, atteint une longueur de 0 m.12 à 0 m. 13; il recherche les eaux dormantes, les mares croupissantes etse nourrit de Vers, de petits Mollusques et d'Insectes. On le trouve dans une partie de la France, mais dans l'Ouest il ne descend guère au-des-
sous de la Loire-Inférieure.
Triton marbré (7riton marmoratus. Lat.).
Cette espèce avait été nommée par Lesson Salamandre élégante; c’est, en effet, le plus beau de nos Tritons. Sa tête se détache nettement du cou, le museau est légèrement busqué, déprimé, large et arrondi, la bouche peu fendue, le tronc rétréci au cou et à l'épaule, s'élargit rapidement; la queue est fortement comprimée, terminée en dessus et en dessous par une mince membrane quand l'animal séjourne dans l’eau et par un tranchant arrondi en tout autre temps.
La peau, sur le dessus du corps et sur les flancs, est rugueuse et semée de petits tubercules rudes, quoique
arrondis et à sommet lisse, le dessous du corps est entièrement lisse.
Sur le dos des mâles, à l’époque de l’accouplement, une mince membrane de 5 à 6 millimètres de hauteur, formant une crête sinueuse et comme plissée, s'étend de la nuque à la queue. La coloration est d’un beau vert vif en dessus ; les flancs el les côtés de la queue sont ornés d’une bande formée de larges taches brunes, moins foncées au centre que sur le pourtour. Le vert
Triton marbré.
du dos et de la queue est finement piqueté de brun; la crête dorsale du mâle est remplacée chez la femelle par une ligne orangée très nette et dessinée en creux. Chez le mâle dans tous ses atours, des lignes irrégulières et interrompues d’un blanc argenté parcourent les joues et le bas des flancs. Le ventre est d’un rouge vineux semé de petits points blancs et de mouchetures noires.
La femelle dépose, comme l’espèce précédente, ses œufs isolés ou réunis en petits paquets dans des feuilles repliées ou sur des branches immergées. Le Tétard a
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BATRACIENS URODÈLES 175 le dessus du corps gris roussâtre assez clair, avec de petites taches d’un brun foncé; les branchies sont rouges.
Ce Triton, dont la longueur totale est de O0 m. 075 à O0 m. 078, vit d'Insectes, de Limaces, de Vers et sort généralement la nuit; il hiverne de préférence sur terre.
« C'est surtout au mois de mars qu'on le rencontre dans les fontaines, les fossés et les réservoirs d’eau pluviale, paré de sa plus brillante livrée. Un petit nombre retourne à l’eau à l'automne ; mais durant tout le reste de l’année, on le trouve souvent en compagnie de la Salamandre tachetée dans les lieux humides et obscurs, dans les décombres, sous les pierres et les vieilles souches. Ils vont souvent par paires, deux jeunes et deux adultes ensemble. » (Lataste.)
Cette espèce habite toute la France, mais surtout la partie méridionale.
Triton de Blasius (7riton Blasi. À. de l'Isle.)
Ce triton, qui a été décrit en 1862 par A. de l'Isle, est intermédiaire entre les Tritons à crête et marbré et n’est peut-être qu'un hybride entre ces deux espèces. Il a le corps grand et robuste, la tête assez allongée, le museau arrondi, la peau couverte de tubercules serrés et saillants sur le dos et les flancs. La crête dorsale du mâle est decoupée, d’un brun clair, et bordée d’un mince liseré noir, orné de taches oblongues noirâtres. Le dessous du corps est orangé, couvert de taches noires arrondies et nettement tranchées.
Cette espèce recherche les eaux dormantes, les étangs, les mares, les fossés où la femelle dépose ses œufs sur les feuilles de la Renoncule aquatique. Sa
176 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE nourriture consiste en Insectes et en petits Mollusques, surtout des Cyclades.
Le Triton de Blasius n’a encore été trouvé que dans une partie de la Bretagne, principalement aux environs de Nantes.
Triton alpestre (7rilon alpestris. Laur.).
Dans cette espèce, la tête est presque aussi large que longue, le museau arrondi et légèrement busqué, la queue lancéolée, bien comprimée et graduellement acuminée. La peau est ridée, plus ou moins lisse ou
Triton alpestre.
granuleuse, suivant l'habitat aquatique ou terrestre. La coloration est très variable : le corps est généralement gris, ardoisé, bleuâtre ou noirâtre, avec ou sans marbrures plus foncées. Les flancs sont ornés de deux ou trois séries de gros points noirs qui se divisent souvent sur la queue en bandes transversales; deux lignes noires s'étendent de l'extrémité du museau à la partie postérieure de l’œil.
A l’époque des amours le mâle est orné d’une bande d’un bleu d’azur bordée d’une ligne de couleur aurore qui part de la tête et se prolonge jusqu'à l'extrémité de la queue ; le ventre est rouge vif et pointillé de petites
BATRACIENS URODÈLES 171
taches noires. La crête est jaune et régulièrement marquée de bandes verticales noires.
La femelle pond des œufs d'une couleur grisätre et les dépose par petits groupes sur les végétaux aquatiques ou sur des débris flottants. Le Têtard, à sa naissance, est d’une coloration brune, avec deux bandes dorsales sombres; dès qu’il a terminé ses métamorphoses, il quitte l’eau pour chercher un habitat terrestre.
Ce Triton, qui atteint jusqu’à O0 m. 10 de long, recherche les lieux humides et sombres où il s’abrite dans les trous, sous les pierres et même sous l’écorce des arbres pourris. Il vit, comme les autres espèces, d’'Insectes, de Vers et de petits Mollusques. On le trouve dans le Centre et le Nord de la France.
Triton lobé ou vulgaire (7riton lobatus.Otth.).
Ce Triton a la têle allongée, le museau comprimé graduellement depuis les yeux et tronqué en avant, les yeux peu saillants, très distants ou tout à fait latéraux, le tronc assez court, une queue haute, bien comprimée dans la seconde moitié au moins et d'une longueur égale, en moyenne, à celle du corps, y compris la tête. Sa peau est lisse durant la vie aquatique, légèrement granuleuse après un séjour sur terre,
Le mâle, dans la saison des amours, a la surface du corps tantôt d’un gris-jaunâtre ou bronzé, olivâtre ou blonde, tantôt brunâtre ou presque noire; le ventre est jaune pâle safrané, parfois rougetre, avec de grandes taches noires arrondies, régulièrement distribuées. Une crête dorsale, large, membraneuse, découpée en festons el comme dentelée, se continue ‘sans interrup-