Reptiles et poissons de l'Afrique occidentale. Étude précédée de considérations générales sur leur distribution géographique
Parmi les questions générales que soulève l'étude des animaux, l'une des plus intéressantes est celle qui a pour objet la zoologie géographique, science encore assez nouvelle, dont Buffon jeta les premiers fondements.
Chercher à tracer la zone d'habitation de chaque espèce et à bien constater si chacune d'elles y est retenue par des limites fixes et invariables, puis grouper ensuite les espèces suivant les régions qu'elles occupent, ou, en d'autres termes, dresser ce que l'on est convenu, à l'exemple de Linné, de nommer la Faune d'un pays, c'est apporter les plus utiles matériaux pour l'avancement de cette science. Plus
Archives du Muséum. T. X. 18
on s'attachera à explorer avec soin, dans des localités exactement circonscrites, leurs productions naturelles, et plus les faunes partielles se multiplieront, moins on éprouvera de difficultés pour essayer de connaître les lois de la répartition des êtres qui vivent à la surface de la terre et dans le sein des eaux.
Ce n'est pas ici le lieu de rappeler tout ce que la zoologie géographique doit à Bnffon. Dans l'exposé de ses grandes vues sur la diversité des animaux selon les pays qu'ils habitent, n'a-t-il pas donné, comme le fait remarquer M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, « les preuves les plus éclatantes de la puissance d'invention, et l'on dirait volontiers de divination, que la nature lui avait accordée?1 » La plupart des idées émises par Buffon sur ce sujet, que nul n'avait abordé avant lui, sont universellement admises. Quelques autres cependant ne se sont point trouvées justifiées par les observations ultérieures, qui, de plus, ont appris bien des faits ignorés à l'époque où l'illustre naturaliste cherchait à démontrer cette vérité, si bien établie maintenant, que « chaque animal a son pays, sa patrie naturelle, dans laquelle il est retenu par nécessité physique. » « Chacun, ajoute-t-il, est fils de la terre qu'il habite, et c'est dans ce sens qu'on doit dire que tel ou tel animal est originaire de tel ou tel climat. » (Hist. du Lion, OEuvres, t. m, p. 1, édit. de M. Flourens.) Il revient encore sur cette même idée dans son Discours sur les animaux communs aux deux continents : « L'homme est le seul des êtres vivants dont la nature soit assez forte, assez étendue, assez flexible, pour pouvoir subsister, se multiplier partout, et se prêter aux influences de tous les climats de la terre; nous verrons évidemment qu'aucun des animaux n'a obtenu ce grand privilège; que, loin de pouvoir se multiplier partout, la plupart sont bornés et confinés dans de certains climats et même dans des contrées particulières. » « Ceux