‹ Reptiles et poissons de l'Afrique occidentale. Étude précédée de considérations générales sur leur distribution géographiqueChapitre 6 sur 57 · II. Tortues paludines ou Élodites · texte numérisé non relu

II. Tortues paludines ou Élodites

Dans le groupe des Cryptodères caractérisés par la rétractilité du cou en arrière entre le disque et le plastron, le grand genre Emyde, dont la plupart des espèces sont américaines et quelques-unes indiennes, n'en a pendant longtemps renfermé qu'une seule africaine (E. Spengleri). Encore, reste-t-il du doute sur sa véritable patrie, car elle ne se voit pas au Musée de Paris, et en outre, dans celui de Londres, où se trouve, sans renseignements positifs, une carapace signalée comme recueillie en Afrique, on tient un écliantillon de l'espèce des mains de M. Reeves, qui l'a rapporté de Chine.

Une autre Emyde cependant vit dans les eaux, africaines. Elle a été nommée Emys laticeps par M. Gray, qui Ta décrite (Annals and Magaz. nal. hisù., 1855, t. XV, p. 08; Catal. Test, of Br. Mus., p. 23, pl. 9, où, par inadvertance du dessinateur, une des figures montre cinq ongles en arrière). Elle a été prise sur les bords de la Gambie. Elle manque dans nos collections.

Le genre Pentonyx, dont le nom rappelle le caractère remarquable tiré de la présence de cinq ongles aux membres postérieurs comme aux antérieurs, vit dans l'Afrique du sud et de plus, à l'ouest et à l'est de ce même continent. Ainsi, une espèce, qui, avant de devenir le type de ce genre particulier, avait reçu différents noms, le Penlonyx du Cap, Dum. Bib., a été trouvée non-seulement au cap de Bonne-Espérance et par M. Peters sur la côte de Mozambique, mais, en outre, sur les rives du Sénégal par Adanson, et même à Madagascar.

Outre ce Pentouyx, on ne connaissait, jusqu'à ces derniers temps, que celui d'Abyssinie nommé par M. Rùppell P. Gehafîe. Vers la fin de 1856 (Revue de zooL, p. 373) j'ai décrit une troisième espèce tout à fait distincte des deux précédentes.

La diagnose suivante peut en être donnée :

ABCHIVES DU MUSÉUM.

I. Pentonyx du gabon, Pentonyx Gabonensis, A. Dum. (Pl. XIII, fig. 2 et 2 a).

Carapace d'un brun noirâtre, presque régulièrement ovalaire, à carène médiane assez saillante, surtout en arrière, à bord mince et tranchant dans tout son pourtour; plaques du disque bordées par des stries concentriques, et rugueuses dans le reste de leur étendue; plastron uni formément noir, à ailes courtes, aussi prolongé en avant que le limbe, très-long également en arrière, où il présente une petite échancrure sous-caudale, et à peine rétréci au delà des ailes.

Comparée aux deux autres espèces dont elle se rapproche par l'ensemble de ses caractères, et spécialement par la présence de 5 ongles aux deux paires de pattes, cette Tortue se distingue de ses congénères par certaines particularités faciles a saisir, quand on étudie sur la planche XIII, les 6g. 2, 2 a, 3 et 4 représentant les Pentonyx du Gabon, du Cap et Gchafie vues en dessous. Ainsi, chez l'espèce nouvelle, le plastron est un peu plus long et moins étroit dans ea portion postérieure; les ailes sternales n'ont pas autant de hauteur et montent moins obliquement vers le limbe qui, au niveau de cette jonction avec le sternum, est à peine rétréci et se termine là, comme dans tout le reste de son pourtour, par un bord mince et tranchant. Chez les deux autres espèces, au contraire, le limbe se rétrécit, de chaque côté, dans toute l'étendue de sa jonction avec le sternum, et de plus, son bord, dans cette région, devient mousse. Les plaques sternales de la troisième paire se touchent, chez le P. du Gabon, contrairement à ce qui s'observe chez le P. Gehafie. Chaque pièce du plastron porte, sur ses bords, des lignes longitudinales coupées par un très-grand nombre de stries fines et régulières.

Je ne m'étendrai pas davantage sur la description de cette Tortue, car les détails qui précèdent démontrent qu'elle diffère notablement des autres espèces du même genre.

J'ajoute cependant qu'elle s'en distingue aussi par sa petite taille, qui est indiquée par les dimensions suivantes : Longueur de la carapace, 0"'660; largeur, au-devant de sa jonction avec le sternum, O"047; au delà de cette jonction, 0ni051 ; longueur du sternum, 0'"056; largeur au-devant de sa jonction avec le disque, 0n'033; derrière cette jonction, 0m030; au-devant de son échancrure terminale, 0m015.

L'aspect de la carapace et sa solidité comparée à celle de la boîte osseuse de jeunes Pentonyx du Cap semblent prouver que notre individu est adulte. Il est unique dans la collection, et a été rapporté du Gabon par M. Aubry-Lecomte.

L'espèce dite par M. Gray Sternotherus Derbianus (Cat. Tort., 1844, p. 37, puis Cat., in-4", 1855, p. 52, pl. xxu), et provenant de la Gambie, manque à notre Musée.

REPTILES DE l' AFRIQUE OCCIDENTALE.

III Tortues de fleuve ou Potamites.

Plusieurs individus de ce groupe des Tortues molles ou Trionyx ont été rapportés de l'Afrique occidentale au Muséum.

L'un de ces Chéloniens appartient à l'espèce qui a été nommée par Et. Geoffroy-Saint-Hilaire Gymnopode d'Egypte; d'autres sont les types du Cnjptopode du Sénégal, Dum. Bibr. 1 Un dernier, enfin, était inconnu des naturalistes quand je l'ai décrit sous le nom de Cryptopus Aubryi.

Aujourd'hui, mieux, informé, grâce à l'obligeance de M. Pelers, que je ne l'étais alors, je place cette espèce nouvelle dans le genre Cycloderme établi par le savant directeur du Musée de Berlin pour un Trionyx qu'il a trouvé sur la côte de Mozambique 2.

Les caractères du genre Cycloderme obligent à le placer entre les Gymnopodes, Dum. Bib. (Trionyx, Geoffr.) et les Cryptopodes, Dum. Bib. (Emyda, Gr.) Il ressemble, en effet, aux. premiers par son aplatissement et par l'absence de pièces osseuses dans l'épaisseur du limbe qui est uniquement formé par une peau épaisse. Comme chez les Cryptopodes cependant, il y a des prolongements cutanés au plastron augmentant son étendue et protégeant la queue et les membres postérieurs, quand l'animal les rentre sous la carapace3.

1. Voyez p. 168, ce que je dis sur la nécessité de sortir celte espèce du genre Cnjptopode, et de la rapporter à celui que M. Peters a nommé Cycloderme.

2. Avant toute publication, M. Peters, à ce qu'il paraît, avait nommé ce genre Cyclanosteus, car M. Gray indique comme M. S. S. 1848, ce nom, qu'il emploie (Cat. of shield Rept. in tlie Brit. Mus., in-4°, 1855, p. 64) en rapportant au genre ainsi désigné deux espèces.

3. Dans cette diagnose, qui est la traduction de ce que M. Peters a dit du genre, dont il ne donnt» pas une plus longue description (Monatsber. der Kœn. Preass. Akad., 18o4, p. 216), il n'est pas fait mention du nombre des pièces osseuses du plastron; seulement, en parlant de son Cycloderma frenatum, il signale sept protubérances rugueuses au sternum.

Dans le passage consacré au Cyclanosteus, M. Gray ne décrit ce genre que d'après une espèce de l'Afrique occidentale nommée par lui Cycl. Petersii (Cat., 1855, p. 64, pl. xxix), car il ne connaît pas le Cycl. frenatum, que le Musée do Londres ne possède point. Dans cette description, il dit qu'il y a 9 pièces osseuses au plastron. Or, il parait résulter de cette dissemblance remarquable, que le genre Cyclanosteus est, par cela même, malgré les analogies tirées de l'absence des pièces osseuses du limbe et de la présence des prolongements cutanés du plastron, différent du genre Cycloderme, auquel il ne faut, par conséquent, rapporter que les espèces de ce groupe, munies de sept plaques au sternum. Ainsi, c'est ce qui doit être fait pour l'espèce du Gabon que j'ai dédiée à M. Aubry, et dès

ÀR.CBI V E S DU MUSÉUM.

II. Cycloderme d'Aubrv, Cycloclerma Aubryi, A. Dum. Cryptopus Jubryi, Rev. de zoo/., 1836, p. 374, pl. XX.

Carapace ovale, peu bombée; disque osseux très-grand ; bord cutané peu développé en arrière, mais surtout en avant, ainsi que sur les régions latérales, où il ne dépasse pas les bords du plastron, et ne contenant dam son épaisseur aucun os limbaire; plastron à prolongements cutanés; presque entièrement osseux en raison de l'étendue considérable de ses callosités osseuses, qui sont au nombre de sept; tête longue et étroite ornée de raies brunes se continuant sur la région cervicale.

Lesgrandes dimensions du disque osseux comparées à celles du limbe cutané, qui a très-peu d'étendue, constituent un des caractères importants de cette espèce. Elle est également remarquable par le volume des pièces osseuses du plastron. Les quatre dernières sont très-larges, fort longues et se touchent sur la ligne médiane; elles couvrent ainsi complètement plus des deux tiers postérieurs de la région sternale. L'os impair, aussi large que haut, est presque contigu, en arrière et en avant, aux plaques entre lesquelles il est placé. Les deux callosités antérieures, fort grandes et ovalaires, sont obliquement situées, de telle sorte qu'elles se rejoignent à leur extrémité antérieure, et s'écartent l'une de l'autre à l'extrémité opposée. Les seules régions tégumentaires sont celles qui correspondent aux membres et complètent ce vaste plastron ; elles forment, particulièrement au niveau des pattes postérieures, des opercules mobiles destinés à rendre moins imparfaite l'occlusion de la carapace, et ces opercules se prolongent un peu en arrière, sur la région médiane postérieure, dont le bord est à peine dépassé par la queue, tant elle est courte et obtuse.

Les membres sont robustes, et les ongles, au nombre de trois, sont pointus et un peu concaves à leur face inférieure. Les pattes antérieures portent, en dessus, dans leur région digitale, six replis cutanés semi-lunaires, à bord libre antérieur concave, mince et résistant ; les trois externes sont les plus considérables. En arrière, au talon, il n'y a qu'un seul de ces replis.

La tête est très-longue : elle mesure 0nM2 depuis le bord libre de la lèvre jusqu'à l'extrémité postérieure de la mâchoire inférieure, où elle n'offre qu'une largeur de 0m07, qui paraît d'autant moins considérable que les proéminences labiales sont fort développées et donnent à la région antérieure du museau une étendue transversale de 0m06. Ces proéminences des deux lèvres sont au nombre de quatre; elles ont chacune la forme d'un triangle scalène, dont le plus grand côté est le bord adhérent; le plus petit est tourné en avant et constitue, avec celui du côté opposé, le bord labial antérieur, tandis que le bord latéral externe est formé par le troisième côté du triangle. Les mâchoires sont nues et tranchantes, sans crochet, ni échancrure.

La petite trompe nasale, longue de 0m008 environ, est obiipiement dirigée en haut et en avant.

Les yeux, dont la direction en haut et l'obliquité sont les mêmes que chez les autres Tortues Pota-

mon premier travail, comme je l'ai dit {Rev. de zool., 1856, p. 37-ï), elle aurait été placée dans ce genre, si, croyant alors à son identité avec celui dont M. Gray donne la description sous le nom de Cyclanosteus, je n'en avais été détourné par cette circonstance que ce nouveau Trionyx n'a paj neut pièces sternales.

mites, ne sont séparés du bord libre de la lèvre que par un espace à peine plus considérable que ne l'est leur diamètre longitudinal.

Le cou n'est pas plus volumineux (pie la portion postérieure de la tête; depuis ce dernier point jusqu'à son origine, il est long de 0'" \ 6, ce qui donne à la région comprise entre l'extrémité antérieure du museau et le bord limbaire cutané une longueur de 0m 28.

Le disque est large de 0m3l, et long de 0M33. Le rebord cutané au-dessus du cou, au milieu, a 0m0C5, et en arrière, au-dessus de la queue, 0m060; la carapace a donc, en totalité, une longueur de 0m45. Le limbe est plus large en arrière qu'en avant : il a 0">022 seulement au-dessus des pattes de devant, et 0m0S0 au-dessus des postérieures.

La couleur générale est un brun marron uniforme, plus clair en dessous. De petites taches foncées irrégulières se voient sur le plastron et sur le cou, dont la région supérieure porte trois grandes raies longitudinales brunes : il en part une de l'angle postérieur de chaque œil, et la médiane, moins longue, commence à l'occiput, mais se prolonge, comme les précédentes, jusqu'à la base de la région cervicale; deux petites raies, de la même nuance et parallèles entre elles, parcourent le dessus de la tête, et cessent où commence la médiane, dont l'origine se voit dans l'intervalle qu'elles laissent entre elles en arrière.

L'espèce que je viens de faire connaître, d'après un individu unique et en parfait état de conservation;, rapporté du Gabon par M. Aubry-Lecomte, n'est pas la seule dans le genre Cycloderme.

Il y a de plus, en effet, l'espèce type nommée par M. Peters Cycloderma frenatum, qu'il a décrite comme je l'ai déjà dit (1854, Monatsber. der Kœn. Preuss. Akad., p. 216) et qu'il a fait représenter (pl. 1 et 2, Amphibien in Naturw., Iieise nach Mossambiquc) .

La description que je viens de donner et la comparaison entre la pl. 20 de la Rep. de zool., 1856 (Cyclod. [Cryptopus], Aubryi) et les deux planches de M. Peters, où se trouvent des détails anatomiques de la carapace et du plastron, outre une représentation en dessus et en dessous de l'animal entier, ne laissent pas de doutes sur les différences spécifiques propres à distinguer ces deux Trionyx. Elles se tirent surtout de la structure du plastron, dont les pièces osseuses, chez le C. frcnatum, sont beaucoup moins considérables et plus éloignées les unes des autres que dans le C. Aubryi qui, bien qu'il soit adulte comme le G. de Mozambique, a cependant de moins grandes dimensions. Chez celui du Gabon, je l'ai déjà dit, le sternum est presque complètement ossifié; tandis que chez l'autre, de grands espaces cutanés séparent les plaques rugueuses, dont la forme, d'ailleurs, n'est pas semblable à celle des plaques du C. d'Aubry. — Il y a, de plus, quelques dissemblances dans la forme générale du disque dont le bord antérieur, dans l'espèce du Musée de

Paris, est plus échancré en même temps qu'il est moins étroit en arrière, et en outre, les lèvres sont plus épaisses.

Enfin, il me semble indispensable de placer dans le genre Cycloderme l'espèce nommée Cryp'opus senegalensis, Dum. Bib., et qui a été établie d'après un trèsjeune individu rapporté du Sénégal par M. Delcambre. Deux autres exemplaires, l'un de très-petite taille également, l'autre plus grand, quoique non encore adulte, et recueillis dans le Nil blanc par M. d'Arnaud, ont été considérés avec raison par les auteurs de V Erpétologie générale comme identiques à leur type. Chez ces trois Trionyx cependant, le limbe cutané du disque ne porte aucune pièce osseuse. Or, sur celui des Cryptopodes chagrinés du même âge, ces os cutanés sont très-apparents. Il existe donc là une différence importante qui, selon la division très-convenable proposée par M. Peters, oblige à nommer maintenant cette espèce Cycl. sénégalaise. D'ailleurs, par tout l'ensemble de se scaractères et spécialement par la forme aplatie de sa carapace, elle s'éloigne un peu des Cryptopodes parmi lesquels elle avait été naturellement rangée d'abord, à cause des prolongements cutanés du plastron destinés à protéger le cou, la queue et les membres postérieurs.

Il y a donc maintenant trois espèces de Cyclodermes. Ce sont : les C. frenatum, Peters; C. Aubryi, A. Dum.; C. sénégalaise, A. Dum. (Crypt. sencg., Dum. Bib.).

Quant au Cyclanosteus Petersii, Gr. de l'Afrique occidentale, il doit, selon toute probabilité, devenir le type d'un genre distinct, en raison de ses neuf callosités sternales (voir plus haut, p. 165, note 3).

Le Gymnopode d'Egypte, Dum. Bib. (Trionyx jEgyptiacus , Geoffr. ), a été rapporté du Gabon à notre Musée1. Sa présence sur cette côte est une nouvelle preuve à joindre à celles que l'on avait déjà, de sa dispersion dans les eaux de différentes régions de l'Afrique, car on l'a trouvé, comme je l'ai déjà dit (p. 153), dans des fleuves séparés par des distances considérables. On pos-

1. Cette Tortue, si bien construite pour la natation, ne craint pas de descendre à la mer. C'est à trois ou quatre kilomètres de l'embouchure du Gabon, que les matelots de la frégate YEldorado ont pris l'animal qui figure maintenant dans nos collections, et sur lequel nous avons reçu des notes intéressantes rédigées par M. le docteur L. A. Petit, dont j'avais omis le nom, auquel s'est trouvé substitué, par erreur, dans ma Note sur les Reptiles du Gabon, Rev. de zoo/., 1856, le nom de M. le docteur Franquet. « L'embouchure de ce petit fleuve, dit notre correspondant, n'est qu'un golfe profond, sorte d'estuaire auquel aboutissent plusieurs rivières et de nombreux marigots, où la marée se fait ressentir assez haut et y rend les eaux saumàtres. Que cette espèce se tienne plus habituellement

reptiles de l'Afrique occidentale. jgy

sède, en effet, à Londres des exemplaires de l'ouest de l'Afrique (Gray, Calai., in-4°, p. 68, c. f. ), et dans le Musée britannique, comme dans le nôtre on rapporte à ce Trionyx celui que M. Th. Bell a reçu de Sierra-Leone et qu'il a décrit et figuré (Monograph of the Testudinata) sous le nom de Tr. labiatus, 3 pl. sans n°, texte sans pagination.

Comparé avec soin à l'espèce dont les types égyptiens, dus à Et. Geoffroy Saint-Hilaire, ont motivé la dénomination spécifique proposée par cet illustre naturaliste, notre spécimen s'y rapporte par tous ses caractères.

Les couleurs se sont altérées par la dessiccation. La teinte générale est un vert noirâtre foncé uniforme, mais il n'en était pas de même pendant la vie. On en a la preuve par les détails suivants que j'emprunte à M. le docteur Petit : « En dessus, la couleur est un vert olive foncé. La carapace est semée de points et de lignes jaunâtres, étroites, ondulées et disposées sans régularité. Sur le cou et sur la tête, la coloration jaune augmente ; on y voit des stries vermicuculées d'un jaune vif, séparées par des lignes verdâtres de dimensions à peu près égales. Le dessous est d'un blanc sale, jaunâtre et rosé par places. »

J'insiste sur ces détails, parce qu'ils établissent une analogie frappante entre cet individu et un très-bel exemplaire rapporté d'Abyssinie par M. Sabalier, et dont le disque est ainsi recouvert de gouttelettes jaunes, qu'on voit également sur un sujet demi-adulte envoyé de l'Afrique occidentale au Musée de Londres.

Notre Gymnopode est certainement adulte. Nous n'en connaissons pas de plus grand : sa longueur totale est de 1"',33; le bouclier seul a 0n,,9o. Son poids, au moment de la mort, approchait de 30 kiL (29,700 grammes).

D'après les notes de M. Petit, qui renferment une description abrégée des viscères, cette Tortue n'est pas rare dans les marigots, et les nègres en mangent volontiers la chair. M. Aubry-Lecomte dit qu'elle constitue un aliment très-délicat réservé pour les chefs des tribus 1. II paraît, au reste, qu'il est difficile

dans les affluents du Gabon, c'est ce dont nous ne doutons pas, » ajoute M. relit. « Nous ne pouvons croire, dit-il encore, qu'elle ait été entraînée dans l'eau salée par la violence du jusant, lorsque nous considérons la puissance de ses moyens de natation. Elle nous a semblé, d'ailleurs, jouir de toute s& force, et elle a opposé une vigoureuse résistance aux pécheurs. Il devient donc évident pour nous que cette Tortue s'aventure dans l'eau de la mer, et qu'elle peut y vivre aussi bien que dans l'eau douce. »

1. Voyez un travail intéressant de M. le docteur Rufz intitulé : Des Tortues au point de vue de l'alimentation et de l'acclimatation. [Ballet, de la Soc d'acclimatation, 1859.)

Archives du Muséum. T. X. 22

ARCHIVES DU MUSÉUM

de se procurer les Trionyx., parce qu'ils se cachent volontiers dans la vase au fond des eaux. Cette habitude a été constatée à la ménagerie des Reptiles du Muséum où l'on a longtemps conservé des Gymnopodes de l'Amérique du Nord.

Deux autres Trionyx africains sont signalés, l'un par M. Gray, qui le nomme Tr. argus (Cat. of Tort. , 1844, p. 48, puis Cat. in-4°, 1855, p. 68); l'autre par M. Hallowell, et l'on en trouve une courte indication [Proceed. acad. se. PhiL, t. II, 1844, p. 120), où elle porte la dénomination de Tr. Morioni.

Ces deux espèces nous sont inconnues.

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