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ROSARIO DE SANTA-FÉ

Situation géographique de la République Argentine. — Développement agricole et commercial. — Chemins de fer. — La République Argentine occupe la plus grande étendue de la partie méridionale de l'Amérique du Sud. Elle est bordée, à l'Est, par l'Océan Atlantique et, à l'Ouest, par la chaîne des Andes, qui la sépare du Chili. Au Nord, elle s'étend jusqu'aux plateaux de la Bolivie et, au Sud, jusqu'à la Terre de Feu, l'extrême limite du continent américain. Sa surface est de 2 950 000 kilomètres carrés, soit un peu plus de cinq fois celle de la France.

En dehors des Andes, qui atteignent leurs plus grandes hauteurs dans l'Argentine, les plaines et les plateaux composent la majeure partie de ce vaste territoire. Au Nord, le plateau du grand Cbaco, encore imparfaitement exploré; au centre, « la Pampa », ensemble de plaines herbeuses et sablonneuses partiellement cultivées qui s'étendent à perte de vue, et dont la monotonie est quelquefois coupée par de rares bouquets d'arbres; au Sud, le plateau de la Patagonie, où des croupes pierreuses alternent avec des vallées fertiles.

Sous le rapport de l'hydrographie, l'Argentine est dotée de deux belles

rivières : le Rio Negro et le Rio Colorado, qui descendenl do la Cordillère al arrosent de magnifiques pâturages. Mais ce qui fait surtout la richesse et la grandeur du pays, c'est « le Parana », ce ileuve majestueux que les Indiens appelaient « la mère des Océans », et dont le cours immense peut porter les plus gros navires. A l'estuaire de ce Ileuve est la capitale, Buenos- Aires, et, sur ses bords, à 300 kilomètres en amont de la capitale, Rosario, la secondé ville de la République Argentine.

Le sol de la Pampa, dont la surface forme plus de la moitié de l'immense territoire argentin, est d'une richesse et d'une fertilité extraordinaires. Géolo»iquement, c'est le résultat des sédiments d'une immense nier intérieure, « la nier pampéenne » dont le sol s'est relevé successivement sous l'action combinée des poussées sismiques et des alluvions considérables de tout le système fluvial du bassin de la Plata et de ses affluents préhistoriques (1), dont le débit total d'alors a été estimé à environ 113 000 mètres cubes par seconde, soit le double du débit actuel de la Plata.

De nos jours, la Pampa est une région agricole d'une fertilité qui n'a pas sa pareille dans le momie, à tel point que l'agriculteur argentin ne connaît pas encore l'emploi d'un engrais.

En général, le pays a une grande analogie avec le territoire de la confédération Nord-Américaine : formés tous deux d'immenses surfaces, d'un sol très riche, qui semble être le résultat des mêmes causes bienfaisantes, ils possèdent de vastes pâturages, des millions de bêtes à cornes, de moutons et *\r chevaux; d'ailleurs leurs céréales se font déjà concurrence sur les marchés européens. La comparaison devient donc de plus en plus permise entre les Etats-Unis, puissants et ambitieux, et l'Argentine, plus petite sans doute et moins développée industriellement, mais adonnée au progrès, consciente des richesses considérables qu'elle renferme, et désireuse, elle aussi, de remplir sa destinée de grande nation productrice.

Le climat est partout salubre; mais, en raison de l'étendue du territoire, qui est compris entre les 22e et 55e degrés de latitude sud, il varie suivant les régions. Au Nord, il est semi-tropical, tandis qu'au Sud, la température y est analogue à celle de la Norvège. Le centre, qui représente la plus grande surface du pays, jouit au contraire d'un climat tempéré', très régulier, des plus favorables à la colonisation européenne et aux travaux des champs, ainsi qu'à l'élevage du bétail en plein air. Il convient à l'acclimatation facile des immigrants européens, qui semblent avoir choisi cette contre»' de préférence aux

(1) Le fleuve Madeira, dont le débit est à peu près équivalent de celui de l'Amazone, dans le bassin duquel il s'écoule aujourd'hui, descendait alors sur le versant argentin. (Géographie de l'Argentine et mer Pampéenne par le colonel Church, correspondant de la Société de Géographie de Londres.)

PORT DU ROSAKIO. 3

autres, si l'on en juge par l'accroissement rapide de la' population. Celle-ci atteint actuellement S 000 000 d'habitants et accuse mie progression de iOpour 100 en dix ans. Pour une période équivalente, les Etats-Unis n'ont qu'une progression de 20 pour 100 et l'Allemagne de 10 pour 100 (1).

La population de la République Argentine se compose, pour un peu plus de moitié, d'Argentins proprement dits, descendants des anciens colons espagnols et des tribus indiennes, l'autre moitié a été fournie par l'immigration toujours croissante, venin1 de tous les points de l'Europe, mais clans laquelle domine l'élément italien. Puis viennent les Espagnols et, en troisième rang, les Français dont le nombre atteint déjà environ 100 000, ensuite des Allemands, des Anglais, etc.

Une des caractéristiques de l'immigrant argentin est qu'il perd, 1res rapidement, sa propre nationalité. L'iniluence favorable d'un climat salubre el confortable, la grande liberté dont jouit le nouveau venu, puis l'avenir du pays cl sa prodigieuse fertilité, tout concourt à le retenir sur ce sol nouveau ; ses enfants, presque sans exception, deviennent définitivement Argentins, cl restent fixés à jamais dans le pays.

L'Argentine est une république fédérative basée sur les principes de l'Indépendance, du 9 juillet 1816 (2), et sur ceux de la Constitution du 2."» mai 1853, qui divise le pays en provinces unies.

Le territoire comprend : un district fédéral (pour Buenos-Aires, la capitale fédérale), 14 provinces et 10 gouvernements dont l'organisation politique et administrative a beaucoup de ressemblance avec celle des Etats-Unis du Nord.

Grâce à la stabilité du gouvernement, qui est resté le môme depuis plus île trente ans, grâce à l'augmentation de la valeur territoriale qui fut le résultat d'une plus grande sécurité. après le refoulement des Indiens; grâce enfin à la création du réseau de chemins de fer et au creusement du port de Buenos- Aires, le développement agricole, commercial et industriel du pays a fait dans ces derniers temps des progrès véritablement sans exemple.

Quelques chiffres sur les contrées agricoles et sur la production générale du pays donneront mieux que tout autre commentaire un aperçu de la situation actuelle,

En 1002, la surface cultivée représentait 8 100 000 hectares, en augmentation de 136 pour 100 depuis dix ans. Mais cette superficie n'est encore rien comparativement au développement possible d'un pays où la surface totale de lerre

(1) Divers renseignements sont extraits de l'Argentine Year Hook, publication très complète résumant toutes les statistiques officielles de l'année.

(2) 9 juillet 1816, proclamation de l'Indépendance de l'Argentine à Tucuman par le général San Martin, le Washington des Américains du Sud, qui fil également proclamer l'indépendance du Chili et du Pérou.

arable atteint 104 300000 hectares et dont 96 080 000 hectares n'ont pas besoin d'être irrigués; elle ne représente en effet que 8 pour 100 à peine de la surface cultivable. Les provinces productrices de céréales sont surtout, quant à présent, les provinces de Buenos-Aires, de Santa-Fé et de l'Entre-Rios, qui sont aussi les plus peuplées. Elles ont exporté jusqu'à 29 et 36 millions d'hectolitres de blé en une seule année (4). Et il est intéressant de noter, pour montrer la fertilité de ces terres vierges, que certaines parties de la province de Santa-Fé ont produit, blé sur blé, 27 années de suite sans aucun emploi d'engrais.

Les prairies de l'Argentine sont aussi d'un rendement très considérable, et l'élevage du bétail s'y fait dans des conditions naturelles très avantageuses. Depuis cinquante ans, on s'est beaucoup occupé d'améliorer les races de bétail en important d'Europe des reproducteurs de choix, appartenant aux espèces les meilleures; ces races ont aujourd'hui l'ait souche dans le pays, et il n'est pas rare de rencontrer dans certaines contrées, et plus particulièrement dans les provinces de Buenos-Aires, des spécimens et des troupeaux entiers comparablesaux plus beaux types d'Europe.

Cette amélioration s'est poursuivie dans les races bovine, ovine et chevaline ; et certaines grandes « estancias » de l'Argentine ('lèvent, à présent, couramment, des reproducteurs de ces races, qui, eu se répandant dans le pays favorisent une sélection pour ainsi dire continue (2). La transformation du bétail s'est faite concurremment avec l'amélioration des prairies, celles-ci ont été peu à peu plantées en luzerne (alfalfa) et elles produisent ainsi pendant environ dix ans de suite plusieurs récoltes annuelles sans avoir besoin d'être ensemencées à nouveau.

Le troupeau de bétail bovin existant actuellement dans l'Argentine est estimé à plus de 30 000 000 de tètes dont l'augmentation se poursuit à raison de 25 pour 100 par an; il y a en plus 5 600 000 chevaux et 120 000 000 de moutons présentant une augmentation de 33 pour 100 par an. Les Etats-Unis ne possèdent que 62 000 000 de ces animaux. Toute cette production ne peut pa>. bien entendu, être consommée sur place, et il s'ensuit une exportation importante de viandes congelées et de conserves, de peaux, de laines et de tous les autres produits de l'élevage, dont quelques chiffres ne donneront qu'une idée approximative.

En 1901, on a exporté en Europe environ 3 000 000 de tètes d'animaux vivants ou abattus. L'industrie des « Saladeros » ou de la préparation des viandes conservées a, durant la même période, utilise plus de l 000 000 de têtes de bétail.

(!) La production annuelle moyenne de la France est de 113 000 000 d'hectolitres de blé. (2) Des taureaux de races Shorthorn et Durham élevés en Argentine, ont été payés dernièrement jusqu'à 24 000 francs et 32 000 francs.

dont les produits alimentent surtout les marchés du Brésil et des autres Etats du centre de l'Amérique. En outre, l'envoi de la viande fraîche congelée, par bateaux frigorifiques, prend, en ce moment, un développement très grand; on a exporté, de cette manière, en 1901, 100 000 tonnes de viande, dont le principal marché a été l'Angleterre. Ces produits argentins arrivent même actuellement sur le marché de Londres dans des conditions de prix et de qualité telles, que les producteurs similaires des Etats-Unis et de l'Australie commencent à s'en inquiéter. Celte industrie très prospère est en voie d'extension et de progrès continus, en même temps qu'elle se crée de nouveaux débouchés dans l'Afrique du Sud, et dans beaucoup de pays d'Europe où les produits de l'élevage sont inférieurs à la consommation.

Pour donner une idée de l'importance de ces usines, il suffit de dire que certaines d'entre elles sont organisées pour préparer journellement 4 000 moutons et 300 bêtes à cornes.

La laine est un autre produit d'exportation des plus importants, et rien n'est curieux comme de voir l'animation du marché aux laines de Buenos- Aires, à la période des achats. En 1002. les exportations de laine, pour l'Europe, ont atteint un tonnage de 200 000 tonnes représentant près de 500 000 balles.

Les vignobles des provinces de San-Juan et de Mendoza, qui s'étendent au pied des Andes, ont déjà pris [un développement intéressant. Leur surface a doublé depuis dix ans, et elle atteint io 000 hectares, dont une grande partie est irriguée, ce qui, sous un soleil analogue à celui de l'Algérie, augmente le rendement dans une forte proportion. Les méthodes nouvelles de cultures et de vinification y sont partout pratiquées avec succès. La production actuelle n'atteint pourtant encore que 40 pour 100 de la consommation dans le pays.

Nous devons signaler aussi l'industrie des laitages et de leurs sous-produits, qui, dans l'enfance, il y a quelques années encore, devient de jour en jour plus florissante; ainsi, l'exportation du beurre qui, en 1895, était de 880000 livres, atteignait déjà i 000 000 de livres en 1902 et, avec les installations spéciales qui viennent d'être créées récemment, on pense que cette exportation arrivera assez vite à i-0 ou 50000 tonnes par an.

Autrefois importateur en sucre, l'Argentine suffit actuellement, non seulement à sa consommation, mais commence à exporter chez ses voisins. Le pays possède encore beaucoup d'autres produits naturels, tels que les bois durs pour tannages et pour la construction, qui s'exportent de Santa-Fé; des minerais et minéraux divers, déjà reconnus dans certaines provinces, mais pour l'exploitation desquels il faut des voies de transport économiques.

L'industrie commence elle-même à se développer quoique plus lentement, pour transformer sur place certains produits nationaux ou d'importation. C'est ainsi que l'on a vu s'installer successivement des sucreries, des raffineries et

(i RÉPUBLIQUE ARGENTINE.

des distilleries, des filatures et tissages ; un grand nombre de vastes minoteries avec silos importants; des brasseries et des tanneries; puis des ateliers de construction, des fonderie-, etc.

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Toute cette production énorme s est développée surtout depuis la création des cbemins de fer et sous l'influence des facilités qu'ils offraient à la colonisa-

tion. Cette marche en avant continue d'ailleurs à grands pas, mettant tous les jours en valeur de nouvelles terres restées jusque-là improductives par leur isolement. On peut juger du développement des chemins de fer argentins par les quelques chiffres suivants qui donnent l'étendue de leur réseau à différentes époques.

En 1867 le réseau total était de 371 kilomètres.

En 1880 — 2515

En 1890 9 432

En 1902 17 377 —

dont 2 004 kilomètres appartiennent au gouvernement et 15 373 kilomètres à des compagnies étrangères (1). La longueur des voies ferrées atteint aujourd'hui, par 1000 habitants 3km,46; cette proportion est aux États-Unis de 4km,86, en France de lkm,70, en Allemagne de 0kn\93. Les compagnies étrangères sont pour la plupart constituées avec des capitaux anglais et elles jouissent, généralement, d'une grande prospérité; d'autres, comme la société des chemins de fer de la province de Santa-Fé, sont françaises et entrent aussi dans la période productive. Le capital employé dans la construction des chemins de fer représente d'ailleurs une somme très importante puisqu'il atteint déjà 2 700 millions de francs. Ces compagnies sont toutes en voie d'extension continue : au Sud, vers la Patagonie et la vallée du Neuqucn; à l'Ouest, vers les Andes; et, au Nord, vers la Bolivie. Files sont toujours les premiers agents et comme les avant-gardes de la colonisation et de la mise en valeur des terres. L'exploitation y est très bien faite, les trajets sont souvent très longs, mais, par compensation, les wagons très confortables.

C'est d'ailleurs un pays merveilleux pour les chemins de fer; peu de travaux d'art et peu de dénivellations du terrain. On y voit la plus belle ligne droite qui peut-être existe dans la monde entier, 186 milles, sans une courbe, entre Junin et la Cautiva, sur la ligne du Pacifique.

Malgré cet outillage considérable, les chemins de fer actuels sont encore souvent impuissants à transporter les produits des récoltes. Quelques-uns ont pourtant, à leur terminus, des silos à grains, mais c'est insuffisant; aussi étudie-t-on le moyen de créer, dans les centres agricoles, des silos secondaires d'où, au moyen de wagons spéciaux, les céréales seront ensuite transportées avec moins de frais et plus vite dans les énormes silos des ports d'exportation.

Au point de vue économique, l'Argentine est un pays protectionniste et l'une

(1) Compagnies des Chemins de fer du Sud, de l'Ouest, de Buenos-Aires au Pacifique, du Central Argentin, de Buenos-Aires au Rosario et de Cordoba au Rosario. — Chemins de fer de la Province de Santa-Fé, de l'Ouest Santafécino, du Central Norte, Chemin Andin, du Grand Ouest, et Compagnie des Chemins de fer transandins dont les rails ne sont plus séparés que de quelques kilomètres des lignes du Chili.

des principales ressources du gouvernement provient de la perception des droits de douane. En 1902, les importations se sont élevées à 525195000 de francs contre une exportation de 900 000 000 en chiffres ronds, soit une balance économique de plus de iOO millions en faveur du pays, qui transforme une partie de cet argent en amélioration et développements constants de la propriété agricole et industrielle. D'après les résultats déjà connus, on estime à 1 200 000 000 de francs le montant des exportations de l'Argentine en 1903, les céréales seules comptant pour plus de moitié dans ce chiffre.

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