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BUENOS-AIRES

Sa progression extraordinaire depuis vingt-cinq ans. — Son mouvement commercial. — Conséquence de la construction de son port. — Après l'aperçu général du pays en lui-même, il est utile de dire un mot de la répartition de la population et des grands centres d'agglomération.

Par ordre de peuplement et de production, les principales provinces de l'Argentine sont aujourd'hui celles de Buenos-Aires, de Santa-Fé, de Cordoba et de l'Entre-Bios, qui tout naturellement ont profité de l'influence du voisinage de la capitale, centre des affaires du pays et aussi premier point de débarquement des immigrants. Ces provinces ont d'ailleurs été les premières desservies parles chemins de fer et elles disposaient, en outre, comme moyen de transport économique, du Parana, voie de pénétration pour ainsi dire unique au monde.

Parmi les villes, Buenos-Aires tient la première place. C'est la capitale fédérale des provinces unies de la République Argentine. Elle est située sur la rive droite du Rio de la Plata; fleuve immense ou plutôt véritable bras de mer qui offre devant la capitale une étendue d'eau douce de 50 kilomètres de largeur. Puis viennent, par ordre d'importance : Bosario qui, grâce à sa situation sur le Parana, est destiné à devenir la métropole ou plutôt le grand entrepôt de l'intérieur, Cordoba, Mendoza le centre des vignobles, Bahia Blanca. avec son port militaire, Tucuman, la Plata.

Fondée en 1535 par Mendoza, Buenos-Aires, après des vicissitudes divei devient en 1776 la capitale de la vice-royauté de même nom; puis, après la proclamation de l'indépendance, capitale de la province de Buenos-Aires et enfin capitale fédérale du pays tout entier.

En 1852, après la dictature de Rosas, Buenos-Aires ne comptait que 76000 habitants, ce nombre s'accrut très rapidement : il était de 140000 en 1864; de 178000 en 1869; de 400000 en 1887 et de 864 513 en 1902; soit un accroissement d'environ 40 p. 100 en dix ans.

Buenos-Aires est donc actuellement, après New-York, Chicago et Philadel-

pliie, la plus grande ville du continent américain. C'est véritablement une capitale, dans toute l'acception du mot, par l'importance de son mouvement commercial et maritime, par l'animation qui y règne, par la beauté de ses rues et de ses avenues, par ses monuments et ses parcs. Elle peut se comparer avantageusement aux plus grandes villes du monde et, comme tous les organismes jeunes, elle se développe et se transforme continuellement en appliquant, en toutes choses, les derniers progrès. (Test, en un mot, le type de la grande cité moderne. Elle en a l'élégance générale, la propreté et le souci d'hygiène (1), les commodités et les ressources.

Devant Buenos-Aires s'étend son port en eau profonde dont le creusement fut décidé' par le Gouvernement National en 1885. Jusqu'à cette époque, tous les navires restaient ancrés à 19 kilomètres au large, et l'on peut juger, par ce seul fait, de toutes les difficultés cl du coût des transbordements. Les nouveaux docks, bassins, entrepôts et magasins sont très bien outillés et ils ont été construits de toutes pièces en emprise sur le lleuve.

Le port de Buenos-Aires est généralement dénommé « Puerto Madero » du nom de son concessionnaire, et sa construction, ainsi que ses dépendances, ont coûté 190 000 000 de francs. Il est formé de deux bassins ou avant-ports distants d'environ 3 kilomètres et communiquant entre eux par quatre autres bassins. L'ensemble du port présente un développement d'environ 10 kilomètres et demi de quais, dont i kilomètres accostables du côté de la ville.

L'outillage et les installations maritimes comportent deux bassins de radoub ayant respectivement 150 et 180 mètres de longueur avec 20 mètres de largeur à la base; 2i entrepôts d'une capacité totale de 505 0(10 mètres cubes; 86 grues

biles de 1500 kilogrammes, des grues lixes de 5 à 30 tonnes; une mâture

flottante de 50 tonnes. Tout l'outillage spécial nécessaire à la manutention des wagons et des marchandises est mil, mécaniquement, par l'eau sous pression fournie par 3 usines d'une puissance totale de 1 550 chevaux de force.

Sur les terrains du port on vient de construire dernièrement de grands moulins avec magasins, silos et élévateurs à grains, dont l'un, d'une capacité de 120000 tonnes de céréales, appartient à une société belge, et l'autre, de 80 000 tonnes, a été construit pour la Compagnie des chemins de fer de Buenos- Aires au Bosario et le Central Argentin.

Le port a 23 pieds d'eau sous le zéro hydrographique et ses deux entrées,

(1) L'organisation du service des eaux et e'gouts de Buenos-Aires est tout à fait remarquable et pourrait être envié par bien des capitales d'Europe. L'alimentation en eau pure filtrée et transparente y est faite à raison de 220 litres par habitant, soit 210 000 mètres cubes par 24 heures; ce service en voie de développement continu est sous la direction de M. Agustin Gonzalez, ingénieur en chef des Travaux de la Salubrité de la Nation, actuellement soussecrétaire d'État au Ministère des Travaux publics.

ainsi que le chenal d'accès, ont respectivement 21 pieds d'eau dans les mêmes conditions. Bien qu'à Buenos-Aires l'eau soit douce, l'effet de la marée s'y l'ait sentir très régulièrement 2 fois par jour, et elle y atteint généralement 2 à 3 pieds. Les plus grands navires ayant jusqu'à 23 pieds et demi de tirant d'eau peuvent donc y accéder facilement.

L'embouchure du Riachuelo, approfondie à 19 pieds et bordée de quais, ainsi que les docks du Sud nouvellement inaugurés, forment le complément de ces aménagements, encore insuffisants d'ailleurs, car, malgré tant d'agrandissements, le commerce maritime se trouve encore à l'étroit et l'on envisage déjà la nécessité de nouvelles extensions.

Pour apprécier la progressivité du port de Buenos-Aires, il suffit de rappeler qu'en 1880 le tonnage des navires le fréquentant était de 644570 tonneaux de jauge. Aussi, à cette époque, pensa-t-on faire grand et prévoir largement l'avenir en basant les projets sur un tonnage de 2000000 de tonnes.

11 n'en fut rien pourtant ; l'accroissement rapide du commerce et des relations maritimes, qui furent la conséquence du développement du pays et de l'ouverture môme du port, prirent des proportions que l'on n'avait pu soupçonner.

On peut s'en rendre compte par le tableau suivant :

Port de Buenos-Aires. Tonnage de jauge des navires

entrés et sortis.

Années. tonneaux.

1885 2200774 Commencement des travaux du port.

A l'heure actuelle, il n'y a que douze ports, dans le monde entier, dont le tonnage dépasse celui de Buenos-Aires, et aucun d'eux n'a présenté une rapidité de développement aussi colossale.

Cette progression exceptionnelle s'explique par le fait que Buenos-Aires a reçu jusqu'ici la presque-totalité des importations étrangères et a expédié un peu plus de la moitié des exportations du pays entier (1). C'est là une situation particulière et, pour ainsi dire, transitoire, qui ne pourrait, évidemment se prolonger au seul profit de la capitale sans nuire au développement normal des provinces; sinon, quel que soit leur accroissement, les moyens de réception et de transport de Buenos-Aires seraient toujours très vite congestionne-.

(1) Buenos-Aires, importation directe 87,2 p. 100 exportation 55 p. 100

Rosario ... — 8,8 — — 18,4 —

LaPlata. . . — 1,2 — 2,3 —

Bahia-Blanca. 0,8 — — 7,0 —

Le reste par quelques points de la côte ou du Parana. (Année 1899.)

PORT DU ROSARIO. Il

tandis que le reste du pays, ne pouvant écouler la totalité de sa production et payant un tribut inutile de transports supplémentaires, serait atteint dans la source même de sa vie économique et souffrirait d'anémie.

Le Gouvernement National a très bien compris le danger de celte situation et il s'est préoccupé de décentraliser une partie de ce mouvement formidable vers Rosario, le second foyer de l'activité commerciale du pays, dont les moyens d'action actuels étaient insuffisants.

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