‹ Republique ArgentineChapitre 4 sur 31 · SI · texte numérisé non relu

SI

RIO PAlAîi

Seg principaux affluent^

Tannée par les navires de haute mer, comme Buenos-Aires, avec 21 pieds d'eau sous zéro. La navigation maritime reste d'ailleurs praticable H -'poursuit effectivement jusqu'à 200 kilomètres en amont du Rosario où l'on trouve encore

19 pieds d'eau. Il est utile d'ajouter que les basses eaux, adoptées comme point de comparaison, ne sont atteintes que tout à fait exceptionnellement et que les crues régulières du Parana cotent, à Rosario, de 19 à 23 pieds au-dessus du zéro hydrographique. A ce moment la plaine riveraine est couverte jusqu'aux collines de l'Entre-Rios et la rivière mesure dans certaines parties jusqu'à 35 et 50 kilomètres de largeur.

Les bouches du Parana dans le Rio de la Plata forment un véritable delta dont les parties les plus profondes, le Parana Guazù et le Rio Rravo, ainsi que le chenal d'accès au delà de Martin Garcia, ont été récemment régularisées et balisées par les soins du Gouvernemenl National (1). L'accès du Rosario, par la mer, est donc facile et, pour un navire quittant la haute mer à Montevideo, la remontée jusqu'au Rosario ne représente guère qu'une journée de plus que s'il allait à Buenos-Aires, excédent à peine appréciable au bout d'une traversée de 18 jours à un mois, ce qui est le cas de huis les navires venant d'Europe.

Chutes de l'Y-Guazù.

Le port actuel est principalement situé en amont de la ville même. C'est un mouillage naturel où les navires viennent s'aligner le long d'une falaise à pic ou « barranca », sorte d'immense muraille d'argile et de tosca (pierre calcaire tendre) qui s'élève presque verticalement à 25 mètres au-dessus du niveau de l'eau. En haut sont les magasins, les silos à grains et les voies ferrées.

Les chargements de sacs s'opèrent très simplement, par l'action de la gravité, au moyen de « canaletas » ou couloirs de bois reposant sur deux câbles d'acier réunissant le haut de la barranca au navire. Il existe en outre, devant la ville, des quais en bois, dits quais nationaux, de 650 mètres de longueur, et quelques installations particulières.

C'est avec ces installations assez rudimentaires, comme on le voit, faites au fur et à mesure des besoins, sans plan d'ensemble et appartenant pour la plupart à des particuliers, ou à des compagnies de chemin de fer, que le trafic du Rosario s'est développé et a prospéré jusqu'à ce jour. Il atteint déjà des chiffres

1) Voir la carte de la Plata et du Parana.

très respectables, comme on peut s'en rendre compte en jetant un coup d'oeil sur le résumé que voici, emprunté aux statistiques officielles:

Port du Rosario. Entrées et sorties Tonnes de marchandises

des navires Importation

Années. eu tonneaux cle jauge, et exportation.

« Ganaletas » d'embarquement du blé en sacs.

Si l'on sépare maintenant le mouvement des importations de celui des exportations on trouve, pour la même période, les variations suivantes :

mi9.

Importation. .

Exportation . .

Sur ce mouvement global, la navigation d'outre-mer, qui représentait, eu 1881, 200 000 tonneaux de jauge (entrées et sorties), a atteint, en 1901, 1 907 000 tonneaux, dans les mêmes conditions et, en 1903, 2 794 599 tonneaux de jauge. Autrement dit, le tonnage de jauge des navires de mer a décuplé eu vingt ans. Quant au trafic des marchandises, il a réalisé une progression

[l) Les chiffres de 1903 ont pu être complétés en raison des délais de tirage, ils présentent sur 1899 une progression d'environ 30 p. 100.

analogue pour vingt-cinq ans. Nous sommes loin des progressions d'Europe qui oseillent autour de o pour 100 par an, ce qui correspond seulement au dou-

blement du tratic en vingt ans.

Ces résultats, en apparence si surprenants, sont la conséquence naturelle d'un ensemble de conditions exceptionnelles et favorables que le port du Rosario doit à sa situation géographique, pour ainsi dire unique au monde. 11 a tout d'abord, comme Anvers, Rotterdam, Rouen ou Hambourg, profité des avan-

tages énormes que lui confère sa qualité, de port intérieur; mais ses communications avec les régions qu'il dessert sont autrement abondantes et larges, ces régions elles-mêmes sont autrement vastes et productives que celles dont il peut être question lorsqu'il s'agit d'un de nos grands ports européens. Placé au centre même d'une immense contrée, extrêmement riche et fertile, qui fournit actuellement plus de la moitié des céréales exportées par le pays tout entier, Rosario est le débouché obligé des récoltes de presque toute la province de Santa-Fé, de toute celle de Cordoba et d'une partie de l'Entre-Rios, trois provinces dont la superficie équivaut à peu près à celle de la France continentale. C'est le marché des sucres et alcools de ïucunian, des bois de Catamarca, des minéraux de la Rioja et du Chaco dont l'exploitation n'est encore qu'à l'état rudimentaire. Pour remplir ce rôle économique, d'importance vitale pour le pays, Rosario dispose de moyens d'accès et de pénétration les plus complets et les plus efficaces. Cinq grandes lignes de chemin de fer y convergent et y apportent tous les produits de l'intérieur, principalement les céréales et les bestiaux. Leur réseau, dont la création

rapide a été pour le port un des plus puissants facteurs de développement, dépasse actuellement 4 500 kilomètres et, en 1899, on y transportait déjà, dans la zone du Rosario, 3 iOO 000 tonnes de marchandises provenant, pour la plus grande partie, de la production du sol. L'extension de ce réseau se poursuit d'une manière en quelque sorte continue de façon à favoriser la mise en yaleur et l'exploitation de nouvelles contrées. Bientôt la ligue de pénétration en Bolivie aura elle-même son terminus au Rosario. Mais ce qui donne à ce port, si bien pourvu, une valeur incomparable, c'est ce magnifique Parana qui, d'un côté le met en communication directe avec la mer et, de l'autre, le relie à l'intérieur par une voie fluviale de plusieurs milliers de kilomètres, constituant un moyeu de transport aussi facile qu'économique, qui lui amène tout le cabotage du Haut Parana et du Paraguay.

Rosario communique doue avec Buenos-Aires par eau el par chemin de fer; mais, faute d'installations maritimes appropriées, il ne pouvait retenir une notable partie du trafic d'exportation qui, jusqu'à présent, empruntait la coûteuse voie de terre, de 300 kilomètres, pour. aller s'embarquer à Buenos- Aires. Dans l'avenir, au contraire, toute cette exportation pourra se faire direcment du Rosario, au même prix que de Buenos-Aires. De même, l'importation générait1 du pays s'était, jusqu'ici, pratiquement centralisée dans la capitale pour, de là, se répandre dans l'intérieur. Il ne semble pas moins naturel que Rosario devienne maintenant le point de débarquement et d'approvisionnement, en un mot le grand entrepôt, pour toutes les matières d'importation à destination des provinces du Centre et de l'Ouest.

L'ouverture du nouveau port de Buenos-Aires. dont le tonnage a décuplé en vingt ans, n'a pas empêché le port du Rosario de continuer sa marche ascendante. Il ne peut, en effet, y avoir de concurrence entre ces deux ports. Distants île 300 kilomètres et ayant leurs zones d'influence bien distinctes, ils sont destinés à se développer parallèlement, sans se nuire. Les frets du Rosario et de Buenos-Aire> en Europe, qui sont déjà sensiblement les mêmes, s'unifieront de plus en plus pour ces deux ports, puisque la remontée au Rosario n'est à peine que d'une journée.

Rosario est appelé, en outre, à profiter, dans une large mesure, de toutes les améliorations que l'on a déjà faites sur le Parana et qui se poursuivent eu ce moment, ainsi que de l'ouverture de nouvelles voies navigables ou canaux y aboutissant et des aménagements secondaires de tous ordres que l'on établira en amont comme en aval; toutes choses qui ne feront que développer le cabotage fluvial et favoriser la fréquentation des grands navires.

Il est naturel que, dans ces conditions, le Gouvernement Fédéral ait conçu le projet de doter Rosario et, par conséquent, les provinces productives de l'intérieur, d'un grand port moderne, outillé selon les données les plus récentes et en rapport avec le mouvement commercial qui doit s'y concentre)'.

Dans ce but, il a fixé, par une loi, l'économie de la mise au concours de la concession du nouveau port, dont l'adjudication eut lien en janvier 1902. En octobre de la même année, un contrat intervint entre le Gouvernement et deux maisons françaises dont les offres avaient été reconnues les pins avantageuses. C'est un succès à l'honneur de notre industrie se rencontrant là avec la concurrence anglaise, qui jusqu'alors avait eu le monopole presque exclusif des grands travaux en Argentine.

L'importance d'une complète transformation dans l'agencement du second port de la République Argentine semble pouvoir difficilement être exagérée, tellement ses effets seront considérables. « Il est indubitable que la création au Hosario d'un port de premier ordre, muni d'accès appropriés, révolutionnera complètement le commerce et l'industrie de la République. » Ainsi s'est exprimé M. E. Corthell, ingénieur nord-américain de liant mérite et de réputation universelle, dans ses conclusions sur le concours des projets de port au Rosario, conclusions qu'il a confirmées à plusieurs reprises depuis cette époque.

Quant aux progrès (pie pourra réaliser la production (lu pays, ils sont indiqués d'avance dans cette phrase d'un rapport de M. Ronaldo Tedblom, chef du département national de l'agriculture, qu'a publié l'Argentine Year Book de 1902 : « La nature a, au point de vue de l'agriculture el de l'élevage, doté l'Argentine d'avantages particuliers qui ne se sont rencontrés au même degré dans aucun pays du globe el il n'y a aucune témérité à prévoir que si le pays continue à améliorer ces dons naturels de la même manière qu'ils ont été développés et améliorés jusqu'à présent, le joui' viendra où les producteurs de l'Argentine auront le contrôle absolu sur fous les marchés de l'alimentation du monde. »

Ainsi, l'accroissement rapide de sa population, le développement prodigieux de sa vie économique et de sa production agricole, l'extension de ses voies ferrées, le creusement de ses ports et l'utilisation de celle merveilleuse voie navigable du Parana, fout fend, de plus en plus, à faire de l'Argentine une rivale des Etats-Unis et de l'Australie.

(le qui donne toute sécurité à ce mouvement ascensionnel, c'est qu'il ne reçoit son impulsion, ni de la spéculation, ni de la recherche de l'or, mais de la mise en valeur et de la plus-value de la propriété. Il bénéficie, en outre, delà crise économique qui sévit sur noire vieille Europe el qui oblige les classes laborieuses à chercher au loin une existence moins précaire; conditions analogues à celles qui ont fait la richesse des Etats-Unis.

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