INTRODUCTION
Le passage des composés allyliques aux composés propargyliques a fait l’objet de travaux nombreux et importants. M. Liebermann (1) le premier réussit à obtenir les éthers oxydes du propinol, auxquels il donna le nom d’éthers propargyliques. Sept ans après, M. L. Henry (?) préparait l’alcool lui-même. Depuis, ces divers corps ont été retrouvés par MM. Baeyer (*}, Oppenheim (‘)}, Kretschmer et Liebermann (5); les réactions utilisées par ces savants ont pu paraitre différentes à une époque où la question des isomères dans les corps à trois atomes de carbone n’était pas éclaircie; actuellement, nous savons qu’en principe elles sont identiques.
(:) Ann. der Chem., t. CXXXV, p. 278.
(:) Berichte der deut. Chem. Ges., t. V, p. 449. (:) Ann. der Chem., t. CXXXVIIL, p. 196.
(+) Zbid., suppl. VI, p. 372.
(5) Zbid., t. CLVIII, p. 230.
Jent
2 R. LESPIEAU.
On part du bromure d’allyle; si l'on veut arriver à un éther oxyde, on fait réagir ce bromure sur l'alcool sodé voulu ; si l’on désire l’alcool, on supprime cette opération. On détruit alors la double liaison par addition de deux atomes de brome; traitant le corps saturé ainsi obtenu par la potasse, on arrive à l’un des composés suivants :
CH2= CBr-CH?Br, CH?2=— CBr-CH?20R,
on transforme le premier en alcool primaire par substitu üon d’un oxhydrile au deuxième atome de brome. En faisant agir de nouveau la potasse, on enlève encore une molécule d’acide bromhydrique et l'on crée la triple liaison cherchée.
J'ai été amené à préparer ces composés propargyliques parce que je voulais obtenir l’hexadiinediol. Ce glycol et ceux qui proviendraient de son hydrogénation permettraient, si on les avait eu quantité suffisante, de tenter plusieurs synthèses dans la série des sucres et dans celle de la benzine. Les résultats obtenus déjà à partir du biallyle d’une part, à partir de l’hexanediol de l’autre, nous permettent de croire à la réussite de telles tentatives.
Au cours de la préparation du propinol, j'ai rencontré des corps nouveaux et d’autres peu connus, dérivant des composés propargyliques par addition ou substitution de brome et d’acide bromhydrique. J'ai cru devoir les étudier en passant. J'ai été amené dès le début à me demander si la préparation du propinol ne pourrait se faire par un chemin moins long que celui décrit ci-dessus; j'ai, dans ce but, entrepris l'étude de l’épidibromhydrine 6
CH Br = CH - CH?Br,
qui n’avait pas encore été préparée. Dans la première Partie de ce Travail, j’indique la préparation de ce corps et j'étudie comparativement les dérivés des épidibromhy-
RECHERCHES SUR LES ÉPIDI3ROMHYDRINES. 5
drines & et ff; je suis ainsi conduit aux alcools dibromoallylique et bromopropargylique.
En mème temps, j'examine l’action de la potasse sur de uombreux composés bromés, ce qui me permet de donner quelques indications sur la stabilité relative du brome visà-vis de ce réactif, d’après la position que l'élément halogène occupe dans la molécule.
Dans une deuxième Partie, j’expose les essais que j'ai faits en vue de passer de la série en C° à la série en Cf, essais qui m'ont conduit à découvrir un acide bromobuténoïque.
Enfin, dans Ja troisième Partie, je décris le glycol biacétylénique en Cf et quelques-uns de ses dérivés.
Ce Travail, commencé au laboratoire de Chimie organique de la Sorbonne, a été terminé à l'École Normale supérieure. J'ai été guidé, au courant de mes recherches, par les conseils de MM. Friedel et Joly, auxquels je suis heureux d'exprimer ici ma profonde reconnaissance.