AVIS SUR L4 SECONDE ÉDITION
Les hommes, qui en sont encore à discuter la forme gouvernementale , au lieu de regarder au fond de la sociabilité , me semblent les rhéteurs et les grammairiens de la politique.
Je demande du temps , je demande un concours de lumières qui viennent en aide à mes faibles efforts j je demande qu'on ne se presse pas d'en finir avec les idées néochrétiennes encore en germe.
Quant à la partie romanesque de ce Livre , je la soumets, sans restriction , à la critique; ses conseils me seront précieux , et je ne les oublierai pas , lorsque , parcourant le clavier mobile de l'imagination poétique, je m'efforcerai d'en tirer de nouvelles fictions , de nouvelles mélodies religieuses, passionnées, éprises du progrès et du beau moral.
Gustave DROUINEAU.
Paris, le 19 novembre i832.
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Isjs mystérieuse de l'Egypte, type immortel que Platon enseignait sur le cap Sunium ; verbe, que saluait So.crate à sa dernière libation , source des grandes actions, comme des harmonieuses paroles; essence éthérée , inexplicable , âme , invisible beauté du ciel, n'as-tu pas une image sur la terre? L'âme visible , n'est-ce pas la beauté ?
Beauté , consolation de notre exil terrestre , attrait sans cesse renouvelé, puissance consacrée à jamais , tu règnes sur tout l'homme , âme et
sens ; il te doit les plus doux instans de la vie et ces enivremens de la pensée , qui s'identifie à toi , monte , monte sur l'aile de l'imagination , et te rêve idéale, immortelle dans les cieux.
Quand tu soulèves ton voile, et que tes cheveux se balancent en boucles sur ton front , autour de ton cou ; quand tes yeux scintillent d'un feu d'amour; quand ta bouche sourit d'un rire engageant ; quand tu baisses tes yeux humides de mélancolie, est-il un mortel qui ne tressaille? N'es-tu pas déjà le bonheur , image faible et périssable d'un bonheur irrévélé ?
Soit que Raphaël t'ait douée, sur la toile, d'une tendresse ineffable ; soit que , de nos jours , le pinceau te représente avec des grâces plus étudiées; soit que tu brilles par ces belles lignes grecques si admirées ; soit que l'expression de l'Italie et de l'Espagne t'anime, que le charme rêveur de
l'Allemagne et de l'Angleterre t'idéalise , ou que ton sourire gracieux , tes formes élégantes , la magre despotique de tes modes , nous séduisent en France ; n'es-tu pas la fée moderne , l'âme de toute poésie ?
Les fictions à la mode te font de gaze et de soie ; adorateurs des formes, presque tous nos écrivains te promènent sur les tapis des salons, aux lueurs des bougies , des cristaux étincelans des lustres ; ou ils te peignent glissant sur les parquets , aux accords des contredanses , au milieu des vertiges de la walse ; ou ils enseignent comment l'on te séduit!... par des mensonges élégans et d'habiles dédains.
Le chantre de Julie , Rousseau , qui s'exaltait par toi ; Rousseau, son tourment à lui-même, l'apôtre passionné de l'amour, en un siècle prostitué à l'épicuréisme ; Rousseau reçut peu de baisers de lèvres réelles; il embrasait son cœur, son sang et
son éloquence à des baisers imaginaires , et il mourut honteux , désespéré de l'outrageante infi-
délité d'une ignoble servante.
Byron , qui emprunta à l'Orient les suaves et fraîches couleurs avec lesquelles il te peignit ; Byron , type et créateur, preuve douloureusement éloquente de l'impuissance du matérialisme à rendre heureux ; Byron , qui impreignit son style de toi , et qui fut tour à tour ciel et enfer dans sa poésie; voluptueux ou ironique , Byron déchira ta robe de gaze d'une main insultante ; alors tu t'inclinas à ses pieds , et lui , abreuvé , ennuyé d'amour, il détourna parfois la tête.
On cherche à t'enlever ton prestige , à renfermer ta puissance dans un attrait matériel ; on t'achète , on te vend par le mariage , n'en es-tu pas indignée ? Seras-tu long-temps privée de tes droits ? attends, et réclame-les : mais garde toujours cette
pudeur qui refusa la honte du fauteud saintsimonien; et laisse les déplorables sectaires des jongleries enfantiniennes te méditer des flétrissures qui ne seront jamais sanctionnées par ta