LE LENDEMAIN. 1 '^Q
Il y réve un peu, en l'élevant au-dessus de cette tombe élégante ; puis il ouvre ses doigts par distraction , et le couvercle retombe sur ce vieux souvenir de la veille.
Un an aprb.
Quelques jours après la sépulture de ce pauvre petit gant, d'autant plus oublié que mademoiselle d'Estanceley était partie pour la campagne, les deux amis se rapprochèrent par désœuvrement, par ennui. C'était la belle saison ; tout le monde désertait Paris, et lord Donald
UN AN APRÎS. l4l
ayant reçu la nouvelle d'une de ces morts qu'on appelle espérances , et qui l'enrichissaient périodiquement, lui, dédaigneux dissipateur, ils partirent tous les deux pour l'Ecosse. Les plaisirs de Londres les captivèrent ensuite; ils y passèrent un hiver destiné à Paris : mais Salvador entretenait avec Jernier une correspondance secrète et assez animée.
Avec le printemps , ils reviennent en Touraine, la délicieuse, la féconde, la bien fleurie, la belle, où les larges eaux de la Loire coulent sous un ciel amant , toujours empressé à se mettre en harmonie avec la fraîche beauté des coteaux sur lesquels il plane comme un dais azuré.
Puis le mois de juin les retrouve à Paris, où ils cherchent à varier l'emploi de leurs journées. Madame de Nelvoisy n'était pouit allée à la campagne ; sa santé languissait , un accident lui enlevait les espérances bien chères d'une erossesse ; et demandez à une mère combien ces déceptions- là sont cruelles. D'ailleurs , ses
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illusions s'en allaient déjà en fumée ; M. de Nelvoisy, horame du monde, prodigue, s'était marié sans amour, après avoir abusé sa jeune femme par des semblans de passion. Il cachait de son mieux la pauvreté de son intelligence et de son savoir sous quelques banalités spirituelles et ces cliquetis de mots qu'il faisait jouer assez adroitement. Avantageux , fat comme presque toutes les nullités , il rechercha lord Donald, dont les manières distinguées lui semblaient aller de pair avec les siennes : il aimait à trancher du protecteur, et à le présenter dans les salons les plus courus.
Douée d'un esprit fin, vif, délicat, malicieux et tendre pourtant. Constance comparait involontairement les connaissances variées, les études élégantes , l'imagination maladive mais fascinatrice de l'ami de lord Byron , avec la lourdeur insipide et le parlage prétentieux de son mari. I/éducation des jeunes personnes les tient d'ordinaire éloignées d'un monde où elles doivent paraître ; elles vivent au sein de fie-