EXTINCTION DES TORRENTS, OPÉRATIONS NÉCESSAIRES
Ajoutons que pendant la période de creusement d*un lit encaissé, les matériaux transportés en dehors des digues peuvent aller causer plus bas des désastres aussi considc^rables que ceux auxquels on a voulu se soustraire. Le mal n'est que déplacé, à moins que les matières n'aillent se déposer dans un réservoir pour ainsi dire indéfini, tel qu'un lac important, comme le cas se présente en Suisse.
Enfin signalons ce fait que Taugmentalion de vitesse résultant d'un endiguemenl continu a pour effet de favoriser les inondations au moment des crues, surtout lorsque ces crues sont relativement courtes, comme dans les rivières des Alpes.
Quelquefois les rivières présentent de grandes sinuosités, comme Tlsère en amont de Grenoble (voir figure 36). Quand ces rivières sont sujeltes à des exhaussements, les graviers, en arrivant dans les courbes, forment de grands dépôts, à cause de la diminution qui se produit dans la force d'entraînement. En redressant ces sinuosités, on augmente les pentes, et par suite la vitesse des eaux ; on peut donc mettre un terme aux exhaussements. Mais il en est de ce remède comme de celui provenant d'un endiguement partiel ; les matières entraînées vont former en aval d'autres dépôts souvent plus dangereux. C'est si vrai que le redressement des méandres de l'Isère en amont de Grenoble, proposé à plusieurs reprises, a toujours été repoussé par crainte du danger des exhaussements à la traversée de la ville.
11 en est absolument de nïrme en ce qui concerne l'abaissement des seuils. Ainsi que nous l'avons fait remarquer dans la première partie de cette élude, on rencontre quelquefois, dans le lit des rivières, des barrages qui ont été formés par Taccumulatiion des déjections des torrents. C'est ainsi que s'est formé, par la réunion des cônes de déjections des torrents de Vaudaine et de rinfernel, le seuil de l'A veynat qui a déterminé autrefois la créalion du lac Saint-Laurent (voir figure 36); en abaissant ce seuil, on augmenterait la pente à l'amont et par suite la vitesse, et desmair;riaux rel(Muis jusqu'alors seraient entraînés dans les régions inférieures. L'exhaussement serait arrêté en amont, mais il se reproduirait dans la plaine de Vizille, qui est une vallée plus riche que ciîlle du Bourg-d'Oisans.
INous ne nous étendrons pas plus longuement sur ces moyens de défense, qui n'ont pas donné les résultats qu'on en attendait. Le seul moyen rationnel pour arrêter rcxhausscmcntdes rivières
im CHAPITRE NEUVIÈltfE
et protéger les vallées, c'est de retenir les matériaux dans les régions supérieures ; pour oblenir ce résultat, il faut pousser avec la plus grande activité les travaux de restauration à exécuter dans les montagnes, en vertu de la loi du 4 avril 1882^
46. Cr§:enee des travauii de restauration des monta§:nes. — J'ai montré précédemment Tinfluence de la forêt et de la végétation en général sur la formation des torrents.
Mais pour introduire et surtout pour maintenir la végétation sur les parties instables du torrent, il faudra commencer par donner une fixité suffisante au sol et cherchera diminuer les pentes excessives de leurs profils.
De là, deux grands ordres de travaux ; d'une part ceux qui ont pour objectif immédiat la création de la végétation dans les parties relativement stables du bassin de réception, et d'autre part ceux qui ont pour but la correction préalable du torrent et des ravins, entraînant la fixation du sol et par suite la possibilité d'y introduire ultérieurement la végétation.
Mais avant d^entreprendre tous ces travaux, il faudra se livrer à de sérieuses études pour en rédiger le projet. Celui-ci comprendra rétablissement de la zone de défense appelée à limiter le champ des opérations, la description des diverses natures de travaux et le devis des dépenses; après quoi Ton fera le nécessaire pour obtenir la déclaration d^utilité publique.
^ Il importe de noter ici que nous n*avons pas fait d'études spéciales sur la partie navigable de nos grands fleuves. Nous nous garderons bien de dire que tous les affluents du Rhône jettent dans son lit des masses de détritus, car nous n'ignorons pas qu'à quelques lieues au-dessous du confluent de la Durunce il nV a plus trace de gravier. On sait aussi que presque tous les sables et graviers de la Loire navigable proviennent des démolitions des berges de ce fleuve, ainsi que de celles de rAllier. 11 y a d'immenses remaniements des dépôts diluvien?, des reconstitutions partielles de terrains, des entraînements et des usures de sables, etc., et en définitive on comprend que le boisement des montagnes du bassin ne pourrait avoir d'influence marquée dans Testuaire, par exemple. Il est bien certain que le fond de la Loire entre Orléans et Nantes ne s'est pas exhaussé depuis les temps historiques, car on trouve en de nombreux endroits, dans le lit, des affleurements de rocher, et les fondations des ouvrages exécutés il y a quelques siècles se découvrent dans les années sèches ; rien d'analogue à ce qui se passe dans les montagnes ou à leurs pieds ne se trouve donc ici. On pourrait en dire autant de la Garonne et encore plus de la Seine ; ces trois grands fleuves n'ont pas le caractère torrentiel qui existe jusqu'à un certain point dans le Rhône.
EXTJNCTtOxN DES TORRENTS. OPÉRATIOxNS NÉCESSAIRES 137
On peut donc résumer ainsi qu'il suit les différentes opérations à exécuter pour arriver à Tcxlinction d*un torrent :
1* Le tracé de la zone de défense que nous venons de désigner sous le nom de périmètre^ et Tétude des projets ;
2* Les travaux de correction ;
3<> Les travaux de reboisement et de gazonnement.
Nous ne nous occuperons ici que des travaux de correction et de reboisement.