OPÉRATIONS SIGGESSIVES A EXÉCUTER EN VUE DE L'EXTINCTION DES TORRENTS
44. InsafOsaneo do l'endi^nement, du rcdpesMeiucnt des slnuonités et de l'abaiiiseiiieiit des «cailn. — Toul ce que nous avons dit, dans la 1^'® partie de cette étude, sur les dommages causés par les torrents, fait ressortir la nécessité, Turgence d'apporter un remède à de pareilles situations. Pendant bien longtemps, on a cherché à endiguer le torrent, soit par des digues isolées protégeant un point de la berge spécialement menacé, soit par des digues longitudinales complètes encaissant le torrent.
La 1^'® de ces défenses est illusoire. Si elle est appliquée dans la gorge pour soutenir un talus en mouvement, le mur est souvent renversé par la pression du talus ; s'il résiste, il est affouillé sans cesse par le torrent, et sa ruine, pour être retardée, n'en est pas moins certaine.
Sur le lit de déjection, nous avons vu que dans la 2° phase celte défense pouvait avoir son utilité, pour empocher le déversement du torrent sur les flancs de la pyramide ; mais, dans la 3® phase, si Ton protège un point, le torrent se porte sur un autre, et le mal n'est que déplacé.
Les endiguements coiitinus du lit de déjection ont aussi peu d'efl'ets pendant la 3*^ phase, car les dépôts qui se forment dans 'e lit l'exhaussent continuellement; bientôt les deux digues construites à grands frais sont surmontées et le déversement du torrent a lieu quand même sur les parties situées en arrière. On est conduit il los élever: mais le lit est remblayé de nouveau et le danger ne fait que s'accroître, car le torrent, suspendu pour ainsi
EXTINCTION DES TOHRE.NTS. OPI^RATinNS MÎCESSAIUKS IM
dire au -dessus des lorrains avoisinanls, produira d'affreux ravages si les digues viennent à se rompre, ce (iiii ne peut nianquop d'arriver à la suilo do ces cxhausscnionls continus.
Toutefois, si le torronl chari'ie peu, et si les matières peuvent être conduites, par suite de l'oucaissemcnl du lit, jusqu'il une rivil-re capable de les eiilrainer cntii>rement, les lianes du torrent peuvent être mis k l'abri de tout ravage, comme cela arrivl dans le cas d'une troncature do la pyramide, ainsi que nous l'a' vona dit précédemment.
Cependant, en étendant ses regards eu dehors des limites du torrent, et en csamlnaut la question a. un point do vue général, il est (évident que les matières ainsi charriées loin du lit de déjection vont aller se déposer plus loin dans la vallée, où elles causeront, ainsi que nous l'avonî fait remarquer déjà, desdégAls souvent plus considérables que ceux que l'on a cherché à éviter suc . le lit de déjection.
En face des dangers qui menacent ainsi la plaine, les ingé- ' nieurs ne sont pas restés inaclifs ; pour empêcher la continua- ' lion des exhaussements, ils ont proposé diffi^rents moyens lois que l'endignement, le redressement des grandes sinuosités et l'abaissement des seuils ou barrages naturels.
En ce qui concerne l'endiguement, ils ont fait le raisonnement '] suivant : Puisque les dépôts se forment k la suite d'un ralcntiasemeat do vitesse, resserrons le lit de manière à rendre à celte vitesse une valeur suffisante pour que les eaux le creusent el le J maintiennent au même niveau. Si l'on peut obtenir de l'encaissement une inlcrrupliou dans la diminulion de vitesse qui produit dans tous les cours d'eau, de l'amont vers l'aval, grftcc è la diminulion progressive des pentes, le dépfM no se fera qu'à la sortie des digues.
Ce raisonnement est absolument exact, et c'est ainsi que les 1 cboscs se passent, au moins au début de l'endiguement el surtout si la quantité de matériaux charriés n'est pas très considérable. Mais s'il y a un grand transport de graviers, les parties larges d'amont s'exhaussent rapidement, les dépôts finissent bienlfit par prendre iRur ponle de compensation ; cl pour peu que les matériaux aient une certaine grosseur, comme ceux du Drac, par exemple, il arrivera un moment où il se produira un brisement de pente très sensible k l'enlrOe do la partie encaissée. La dimiaution de vitesse qui en résultera pourra l'cmporlor sur l'aug-
mentation provenant de l'encaissement ; dès lors, ils se produira un dépôts et l'exhaussement qui en sera la conséquence se propagera avec d'autant plus de rapidité que les matériaux entraînés vers les digues seront plus nombreux, grAce à lapenle-limite prise par les dépôts antérieurs.
On sera alors conduit à allonger Tendiguement vers Tamont ; au commencement, le lit s'approfondira sans doute entre ces nouvelles digues ; mais, ce creusement produit, les faits se reproduiront dans le même ordre que tout a Theure.
Ainsi, il y aura exhaussement dans les parlics endiguées d'une rivière chaque fois que la vitesse perdue par l'afTaiblissement de la pente sera supérieure à la vitesse gagnée par suite de la diminution de la seclion. Mais le resserrement que Ton peut faire subir au lit de la rivière est limité en raison du volume maximum d'eau que ce lit peut recevoir, volume qui, pour une largeur donnée, devient une fonction directe de la hauteur et de la vitesse. Or, une augmentation trop grande de ces deux éléments peut entraîner les désordres les plus graves, soit par les désastres qu'occasionnerait une rupture des digues, soit par les infiltrations pendant les crues un peu longues, soit par les obstacles apportés à Técoulement transversal des eaux. Il faut donc, dans le calcul de Tespacemenl à donner aux ouvrages insubmersibles qui limitent le lit d'une rivière, prévoir le cas où tous les affluents grossiront en même temps, et donner à cette rivière une largeur de beaucoup supérieure à celle de chacun d'eux, largeur qui doit toujours augmenter de l'amont vers Taval, à cause du nombre toujours croissant des affluents; et il nous semble impossible, dans ces conditions, de conserver aux eaux, mémo avec le maximum possible de rétrécissement, les vitesses énormes avec lesquelles elles débouchent de ces affluents, dont les pentes sont beaucoup plus considérables. Et cependant la conservation de ces vitesses est la condition indispensable pour qu'il n'y ait pas de dépôts.
En résumé, si Ton peut espérer, par rendiguement, déterminer l'entraînement d'une plus grande quantité de matières qu'auparavant, ce ne sera que sur une longueur restreinte et pour un temps déterminé; et les faits ont démontré surabondamment, au moins pour les rivières du bassin du Rhône, qu'on ne peut en faire la base d'un système de régularisation permanente du lit.