CORRECTION DES TORRENTS A AFFOUILLEMENT
travaux à effectuer pour arrêter le creusement du lit et les éboulements des berges ; d'aulre part, les remèdes contre les glissements de toute nature.
4tt. Trairaa!^ À effeetacr pour empèclier le ctreusement du lit et le» éboulenieiitM de» ber^eM. Barrai^eit; eanaux perreyéi». — Pour obtenir la permanence du lit, et pour supprimer du mémo coup les éboulemenls de berges qui proviennent de l'affouilloment longiUulinal, il n'y a qu'un moyen rationnel, c'est de forcer, par des travaux judicieux, le torrent à prendre le profil de compensation répondant à Tétat de torreniialité qui existe au moment où l'on fait les études de correction.
Cette proposition est la conséquence immédiate des principes émis dans la premiîTe partie de celle étuib».
Mais, pourrait-on objecler, puisque» le tornMil a des tendances à produire lui-même ce [>rolil de compensation, pourquoi ne pas le laisser agir seul? Les travaux de reboisement que Ton exécutera dans le bassin de réception diminueront peu à peu les apports des matériaux, et les petites s'adouciront tout naturellement jusqu'à ce que l'on arrive au profil d'«H]uilibre.
Cette objeelion ne sain^iit avoir d(î valeur dans l'iiypothèse où nous nous sommes placé. Ce qui frappe surtout les yeux dans un torrent, c'est la grandeur et l'irrégularité des pentes. Or dans le travail qui va s'(q)én»r pour le passage de Tétat actuel à l'état de permanenre, ces peintes vont subir une succession de transformations qui ne peuvent s'effectuer sans qu'il se produise en môme temps des afl'ouillements considérables et par suite des éboulements importants, et c'est précisément ce que nous voulons éviter.
Expliquons-nous par un exemple.
Considérons une portion de la gorge d'un torrent comprise entre deux afileurements de rocbers et dans laquelle la pente générale AB (fig. iiî) est supérieure à celle de compensation. En ce moment le lit est h sec ou bien le cours d'eau n'est représenté que par un mince filet qui n'a pas la force d'aflouiller. Mais que survienne une forte crue, le lit pourra se creuser jusqu'à ce que la pente j:énérale se soit rapprocbée de celle de compensation (art. 2i) et soit devenue AM par exemple. L'airouillement qui s'est produit dans cliaque section affaiblira les berges et leur fera perdre leur assiette*
Mais si, avant la crue, nous avons jelé en travers du torrent, au point A, un mur de chute ou bandage AC, la construction de cet ouvrage aura nécessairement pour effet de provoquer le dépôt des matières charriées. Ce dépôt ou, pour employer le langage technique, cet aiterrissement ne s'arrêlera pas au plan horizontal C[ passant par le couronnement du mur, et il s'élèvera jusqu'à ce qu'il ait atteint la ligne de compensation CD. Il sera généralement formé de matériaux de diverses grosseurs; mais ' les crues modérées, qui succéderont à la forle crue, entraîneront les particules les plus ténues, et il ne restera derrière le mur de chute que les gros matériaux, c'est-à-dire les plus propres à établir la stabilité du lit.
Fig. 45.
Ajoutons dès maintenant que, pour favoriser l'écoulement de l'eau et des petits graviers qui pourraient séjourner dans Tatterrissement, on pratique dans lebarrage un ou plusieurs aqueducs, sur la construction desquels nous reviendrons plus tard.
Ainsi, par la création du barrage AC, nous avons contraint le torrent â produire sa pente de compensation, non plus par des aflouillcments qui affaiblissent les berges, mais par des dépôts qui les consolident. Nous n'avons donc plus rien à craindre, pour le moment, de Taffouillemenl longitudinal.
Reste Taffouillement latéral : or, comme nous l'avons montré précédemment, les dépôts qui viennent de se former sont convexes, de sorte que les eaux tendent à se porler vers les rives. Nous devons chercher à rétabli»' ï« concavité en déplaçant quelques blocs, en rejetant vers les plus gros matériaux.
CORREi'.TION DES TURIIKM'S A APfOUILI.EME.NT
Ce travail d'enlrelicii ne coulera pas bien cher cl donnera généralemunl les meilleurs résultais. Les berges, déjà consolidées piir le relèvemenl du lit, seronl encore prolégées parce romaoicmeat {curage du centre, consolidation dos côtés), d'aulanl plus que le lit, en s'élcvant par les allorrissemenls, s'est élargi du même coup. Si l'on parvenait à empêcher, au moins pendant les crues modérées, l'incursion des eaux ducOlé des rives, on maintiendrait ainsi la permanence du lit, au moins tant que les condilions de torrentialité resleraient les mêmes.
Cela étant, si à l'extrémité D de l'atterrisscment nous construisons un deu.vième barrage DE, ce mur produira les mêmes efTela que le premier. Il y a cependant à faire une remarque k cet ëgard. Une fois que cet ouvrage sera construit, s'il ne se produit pas tout de suite une forte crue, les eaux d'une crue modérée, après avoir déposé les matériaux qu'elles charriaient, reprendront leurs propriétés alTouitlantes, et tendront à donner une pente plus faible au profil CD de raltcrrisscment disposé derrière Je premier barrage ; en d'autres termes, le facteur B de lavitessc (voir le chapitre I) venant à augmenter, il en résultera tine diminulion dans la ponte do compensation. Si donc on n'y prenait pas garde, le mur DE pourrait être détruit, et d'autre part les talus perdraient l'appui des dépàls qui s'étaient primitivement formés. Il importe de combattre ces phénomènes qui, quoique secondaires, pourraient néanmoins compromettre la réussite dos travaux exécutés et faire conclure contre le système. Il faut donc k tout prix maintenir la pente qui existe entre les barrages. On y est quelquefois arrivé en recouvrant le lit d'une sorte de pavage ; mais ce sont là des travaux tellement coûteux qu'on ne doit y avoir recours que dans des cas tout îi fait exceptionnels. Les circonstances peuvent varier h l'infini ; souvent quelques blocs déplacés à propos, quelques fascines, suffisent à prévenir le mal. L'important est de veiller et de ne pas laisser s'agrandir les petites dégradations qui peuvent se produire ; en un mol il faut agir suivant le système du poinl à temps, comme pour l'entretien dos routes.
Ces remarques faites, et en admettant qu'on y conformera la Conduite de l'entretien des premiers ouvrages, nous fonderons à rêxirémilé de l'atterrisscment EF «n 3° barrage FG et nous continuerons ainsi jusqu'à cequenousayonsalteintlepoiutB qui est l'extrémité du tronçon considéré. Le lit présentera alors une se-
142 CIIAPITIŒ DIXIKMK
rie (le gradins ; à Textrémilc de chacun d'eux^ la vitesse viendra se briser contre les gros enrochemenls qui défendront les pieds des barrages, et par conséquent elle ne pourra pas prendre do valeurs très grandes. La force d'aiTouilIcment sera donc diminuée et son action sur les rives sera affaiblie. Ajoutons que Télargissement de la section tondra encore à diminuer celte vitesse.
En résumé^ nous aurons obtenu à Taide d*une série de barrages :
1* La consolidation du lit et Tétat de permanence, au moins tant que l'état de torrentialité restera le même;
2" La consolidation des berges par suite de Texhaussoment et de Télargissement du lit, et par suite de la diminution de la vitesse.
Cétait le bul que nous nous étions proposé.
Nous appellerons celte période des travaux la période des grands barrages. Elle sera terminée quand on aura opéré dans toutes les parties où le lit est aiïouillable, par suite de la raideur des pentes ou du rétrécissement de la section, et dans toutes celles où les berges manquent de solidité. Ces ouvrages devront être construits avec le plus grand soin, car c'est sur eux que repose tout le travail de consolidation.
Pendant ce temps, il faudra pousser activement les reboisements dans toutes les parties stables.
Mais, par suite des réparations faites dans le Imssin de réception, le profil de compensation du lorreul va s'adoucir, et il va se produire une tendance a raffouillenient général des atterrissemenls, afîouillement qui, si l'on n'y prenait «^arde, aurait pour conséquence la destruction des barrages. Il ne suffira plus, comme tout à l'heure, de simples travaux d'entretien pour maintenir la pente qui existe entre deux murs ; il faudra établir entre ces ouvrages de nouveaux gradins dont les marches seront dirigées suivant le nouveau profil de compensation, profil qui sera indiqué par le travail môme du torrent.
Ces gradins seront produits par des barrages moins importants qui seront fondés sur les atlerrissements des premiers. Les couronnements de ces murs, qui portent queh[uef()is le nom de seuils, devront être un peu au-dessus de la ligne CD de la V compensalion (voir fig. 40) ; de plus, leurs hauteurs et leurs espacements seront choisis de telle manière que la droite bc qui
CORUËCTIOxX DES TOHIŒNTS A AFFOUILLEMENT
joint ie couronncmont de l'un d'eux au pied du suivant soit dirigée suivant la ligne CD' de la nouvelle compensation. Les eaux du torrent lendronl, il est vrai, h déblayer les intervalles tels que
Fig. 46.
lie ; mais les terres dt^placées serviront à remblayer les intervalles correspondanls idm, et la pente générale du lit sera maintenue.
Il est bien évident (pfon arriverait plus rapidement au même résultat en augmentant la hauteur du barrage AC d'une quantité C(y telle que la ligne droite CD soit parallèle à la ligne CD' de la nouvelle compensation. Mais cet exhaussement pouvant présenter dos inconvénients au point de vue de la solidité, on a quelquefois fondé en amont du premier barrage AC, et sur les atterrissements do celui ci, un second mur C,C/ dont le couronnement se trouve sur la ligne CD. De cette manière le lit se trouve encore relevé, ce qui ne fait qu'augmenter la solidité des berges.
La seconde ligne de compensation pourra elle-même ne pas rester longtemps stable. Comme on suppose que les travaux de réparation continuent dans le bassin de réception, on sera peutêtre obligé, pour répondre aux besoins d'un nouveau profil, de mettre do nouveaux seuils entre les premiers, ou de construire un troisiiMne mur sur Tatterrissemenl de Cid. On n'aura qu'à suivro ('u c»»ia b's indications de la nature.
Kous appellerons celle période la période des petits barrages ou des seuils.
Enfin quand on aura reboisé et consolidé le bassin de réception, quand on aura soutenu cl garanti les talus contre toute espèce de mouvement, quand on un mot la source des alluvions sera tarie, le torrent ne charriera plus, ou du moins la quantité de matières charriées sera très faible et ne se composera que des particules de terre les plus ténues. Les eaux auront alors toute leur puissance d'afTouillemeirt et tendront à donner au profil en long la pente d'équilibre, c'est-à-dire celle pour laquelle la résistance des matériaux, même les plus mobiles, fera équilibre à la force d entraînement; les barrages et les seuils tendront encore k être affouillés, et il faudra faire de nouveaux travaux complémentaires.
On pourra employer le système suivant qui est appliqué avec succès dans les Basses-Âlpes.
Parallèlement à Taxe du torrent on construit, à droite ot à gauche^ un petit clayonnage, c'est-à-dire un ensemble de piquets enfoncés dans le sol entre lesquels sont entrelacées des branches de saule; ce clayonnage limite le nouveau lit. On construit ensuite une série de clayonnages transversaux, également distants entre eux, dont les arêtes, au milieu, passent un peu audessus (le la ligne de la dernière compensation, et qui sont disposés entre deux seuils comme les seuils eux-mêmes le sont entre les barrages principaux. Les eaux claires ne tarderont pas à dégarnir l'aval de chaque clayonnage et à ranger les matériaux suivant la pente d'équilibre; de sorte qu'en définitive le profil en long du torrent rectifié présentera une série de lignes offrant l'aspect d'un escalier, dont les marches seront inclinées suivant la pente d'équilibre et dont les sommets des contre-marches seront situés un peu au-dessus du dernier profil de compensation (fig. 47).
Fig. 47.
Je reviendrai plus tard sur la construction de ces clayonnages^ Je dois dire, dès maintenant, nombreuses boutures qui
CORBECTION DES TORRENTS A AKFOUILLEMENT 145
les garnissent, bien enracinées, assureront leur solidilé, et que les arbres qu*elles produiront seront plus tard un obstacle à la rapidité de Técoulement d*une crue exceptionnelle.
D'autre part, en arrière de chaque clayonnage longitudinal, on talute les berges et l'on plante de gros plançons de saule en ligne inclinée à 45* qui tendent à rejeter les eaux sur le thalweg. On peut ensuite y introduire la végétation forestière comme sur tous les talus.
Il est bien évident que ce qui précède ne s'applique pas à tous les cas de la pratique. Il peut arriver que, ne trouvaul pas de bois sur place, on remplace les clayoïinages par de nouveaux seuils en pierre. Le contraire peut aussi se produire, et Ton peut être amené h placer des clayonnages directement sur les atterrissements des grands barrages.
Mais il faut bien se garder de clayonner avaut que la source des alluvions soit complètement tarie, car à la suite d'une forte crue ces ouvrages en bois seraient détruits, au moins en parlie, par les matériaux qu'entraîneraient les eaux.
On peut aussi supprimer les clayoïuiages longitudinaux, soit en accentuant les ailes dans les seuils, soit en faisant rouler, comme il a été dit précédemment, de gros blocs le long des berges.
Ces considérations générales posées, il y a lieu de se demander s'il faut construire les barrages en commençant par le bas ou par le haut du torrent. Chacun de ces systèmes peut se soutenir.
On peut commencer par le bas quand on est seulement préoccupé de garantir immédiatement les propriétés inférieures ; on ne construit alors un nouveau barrage que lorsque le précédent est complètement atterri; et de cotte manière on retient dans la montagne la totalité ou au moins la plus grande partie des gros matériaux.
Certains reboiscurs pensent, au contraire, qu*il faut d'abord attaquer le torrent à sa source, et construire les premiers barrages dans les parties supérieures des gorges. En opérant ainsi, on arrête immédiatement les dévastations dans les parties où les pentes sont les plus fortes; on régularise dans une certaine mesure Técoulement des eaux, et les perturbations inférieures deviennent moins considérables. Il est probable, pour toutes ces
raisons, que ce système est plus économique que le précédent;
14H CJIAiMTliE UIXIKJJIC
mais il présenle sur ce dernier le désavantage de ne pas metlrc promptcmenl à Tabri les cultures, les habilalions, les roules^ les voies ferrées qui sont menacées par le torrent.
Fig. 48.
Il existe un troisième procédé, qui sert d'intermédiaire onlre les deux autres, et qui consiste ù diviser le torrent en un certain nombre de tronçons A, B, C, D... (lig. i8) séparés par des bandes de terrains inallbuillables ub, cd... (affleuremenls de rochers, veines plus résislantes^portionsdelit devenues permanentes, elc), et à les attaquer tous simultanément, en commençant par Taval. Ces premiers travaux apporteront une amélioration considérable dans le régime du torrent. Les propriétés inférieures seront garanties promplement comuK» dans le premier cas; et si pendant la construction de ces ou\ rafles on a soin de pousser activement les travaux de rebois(>ment, on pourra peut-être, comme dans le deuxième cas, faire um» éecmomic^ sérinise sur le restant des travaux de consolidation à exécutiM*.
Il est un cas où la construction de barrai.'^es serait tellement onéreuse qu'on est ohlip-é d'y renoncer, (le cas se présente dans les parties oii les pi'Uli's sont ln»s r.'i|»ides quand, d'un autre côté, Tatterrissement et rélar^i.sscmiMil d(^ la section sont inutiles. On peut alors avoir rerours au sy.stî'me des canaux perreyés.
La ligure il) nq)rc'senle un ouvrage de ce genre, qui a été construit dans le torrent drs Saiiirres, près Rarcelonnelte, el qui est décrit dans Touvragn di» M. I)enn)ntzey.
Il s'agit d'un véritable prrr<' formant canal et |)n'sentanl une section non surmontable par les plus grandes eaux.
La pente du profil en Inng était dt' ;U) à 40 p. (1(1; avec une semblable pente on ne ])0uvait sonf;er à construire le canal en suivant le prolil en long, car IfS pierres auraient été enlevées par la force d'entraînement des eaux. On a réduit la pente ;:énérale à il p. 0/0 en construisant une série de seuils en pierres
COItKECTtO.\ DES TOKItSNTS A A F KO IJl ELEMENT
tèeheB et en établissant lo pcrrt' avec rcïssaols de faillie hauteur. L'ouvrage a été établi presque partout au-cleasus du fond du lit ; et pour obtenir ce résultat ou a élevé ce fond ù l'aide d'cnrocliemcnls ou plulijl de pierrailles qu'on a fait dosr.endre du talus. Si le lorrain ne foiiniiiisnit pas facilctuent les enrochements, on pourrait en diminuer le volume, sauf à renforcer les seuils el à les défendre vigoureusement eii aval.
Fig. 40.
(!e <;;inal a l")l niitlres du longueur; il est cotislruit entièrement en pierri's sèches.
l'oiir briser le plus possible ia vitesse de IVau, on a établi un radier hoi'ï/oiilal au pied d(t chaque seuil '.
Eiiliii pour retidro inébranlable le pied du perré, le dernier seuil a été foEidé sur le rocher et a été eoiistruil en maçonnerie hydraulique.
I. On iiiiniii |>t'iit.>Hre Qnf.<itf tiiieiix utlcjiit le but on empl<iyii:it fur ce \niml ries bkiM de t;rosseiirs l-oiil-ii-rail o.tef|)tio(irieres. OulM la perte de roree vivo par IVlTet liij r:lioi', (III aurait liéiifilluii; île cellu rVïiult.ant des mouvemOHla lumullueux (lans les intervulles des blocs.
Ce genre (rouvragc ne nous semble devoir èlre appliqué que dans des circonslances spéciales, notammenl lorsque le volume d'eau n'est pas 1res considérable et lorsqu'il n'y a pas de charriages de gros blocs.
17. RemèdcM à employer contre le« fjjrliMneuients. Glis« NemciitA superfleiciN et KliMi»eiiieiit« de fond. — Quand il s'agit de glissements superficiels, il faut chercher à dessécher les terres, à recueillir les eaux qui imbibent le sol et à les conduire, par la voie la plus directe, dans le cours d'eau principal. Les eaux qui sortent de terre chargées de limon indiquent un danger évident de glissements ullérieurs (tandis que les eaux claires sonl rassurantes, puisqu'elles n'entraînent aucune parcelle du sol, sauf le cas de matières solubles). En cas d'eaux limoneuses, il faut procéder au dessèchement du terrain.
On devra donc creuser des canaux sur les poinls les plus humides. En Suisse, dans le torrent de la Giirhe, ces canaux ont été établis à ciel ouvert, en clayonnage. Pour les établir, on a creusé des tranchées de Om.60 à 0m.80 de profondeur, puis on a placé au fond de ces Iranchées un lit tle branchages couchés suivant l'axe des rigoles. Des traverses ont été placées, tle Om.oOen Om.oO, sur les branchages, afin de les bien fixer. Chaque côté de la rigole est formé d'un clayonnage vertical.
Ces rigoles ne coûtent pas cher et elles ont de plus Tavantago de ne pas trop se déformer sous Tinfluence des mouvements de terrain, mais elles ne durent pas plus de o ou 6 ans ; on ne doit donc les employer que dans le cas de travaux provisoires.
Un second système, qui se rattache au précédent, consiste à l'emplir les canaux de fagots placés bout à bout dans le sens de la longueur. Ces fagots, tout en favorisant l'écoulement dos eaux, maintiennent les bords des tranchées ; et ils ne cessent pas de remplir leur rôle même lorsqu'ils sont recouverts de terres provenant de la dégradation des berges; il se produit dans ce cas un véritable drainage.
On arrivequelquofoisà unbon résultatenpratiquanl unsystème de tranchées sur tout le terrain, et en remplissant ces tranchées de cailloux.
Ces dessèchements de talus en mouvement offrent quelquefois de grandes difficultés et nécessitent une étude bien attentive du terrain et parfois même des essî les.
CORRECTION DES TORRENTS A AKFOriIXKMEXT 14!)
Nous avons vu quelques uns de ces lalus sur lesquels on s'élait contenté de recueillir soigneusement \cs eaux des sources cl do les conduire,par des rigoles pavée»* ou simplement perrcyt^os, jusqu'au cours d'eau pour cmpi^clier toute stagnation, et surtout pour éviter tout ficoulcmenl ii la superiÎRio do terrains déjà en bouillie. Ou donne la forme circulaire au profil en travers de ces rifles, et les matériaux employés k leur construction doivent être formés des pavés les plus gros cl surtout les plus longs possible. En les Iraeaiil, il faut bien se garder de conduire les eaux obliquement le long du talus ; car il peut en résulter dos glissements de la partie inférieure. Il est préfi^rable dt; faire suivre aux eaux il peu près la ligue de plus grande pente.
Nous avons vu un lulus d'une superficie d(> 3 hei-lares dont le mouvement a été compli-loment arrêté par le moyen suivant :
La surface de ce lalus présentait une inclinaison variant de 30
Fie, 51.
îi i-V. On a tracé uu certain nombre 'ie canaux principaux surlesquels s'enibraurheiil des rnnaux secondaires, dont la pente alleint quelquefois 30 p. '0. Ou a ainsi couvert le talus (fig. 30) d'un
150 ClIAPITMr: DIXltMi:
réseau de canaux dcslinos a écouler les eaux vers le fond de la vallée.
Pour empêcher les eaux de .s'îuiillrer dans le terrain, on a placé une dalle sur le fond do chaque canal el deux dalles latérales inclinées pour proléger le pied du talus de la fouille. Le reste de la tranchée a été comblé de pierres d'assrz grosses dimensions.
L'arrosage dans les Alpes est |)rati(]ué sur une grande échelle, car il fait varier la production du sol dans dos proportions considérables. Uénéralemenl on trouve facilement Teau nécessaire à l'irrigation et on la ménage fort peu. On délourne d'un ruisseau une quantité d*eau quelconque, on la déverse sans mesure sur les surfaces à irriguer^ et la plu|)art du temps on ne s'occupe pas de rendre Texcédant au cours naturel. L'eau en exrîfs vient alors imbiber le srd, s'inliltre dans les crevasses et ressort près des ruisseaux, où des sources se forment momentanément.
Quelquefois même on déverse direclemenl les eaux sur les talus qui bordent les torrents, de sorte que l'eau s'écoule en nappes minces, mais continues, sur ces surfaces dénudées déjà très molles, qui deviennent alors de véritables bouillies sur lesquelles il est impossible de circuler sans enfoncer jusqu'à mijambe.
Il sera donc bon de se rendre compte du système d'arrosage suivi par les habitants. La réglementation de ces arro.sa<>cs suffira souvent pour assainir des talus qui sont des réservoii\s de matières prêtes à glisser dans Ir torrent.
Il sera |)n'sque toujours |)ossihl(» de se rendre maître d'un glissement superliciel. La diflirulté est plus grande lorscjn'il s'agit d'un glissement de fond.
Fipr. 51.
On est parvenu quelquefois à arrélor des glissements de ct»tle nature, du moins à h'ur <l«M)ul, en fixant leur bas(» an nu)ven dt's
allerrissements produits par un système de barragi»s. IMusit'urs
CORRECTION DES TORRENTS A \FFOUlLLEMKNT
cas peuvent flo préscnler : Jo considère (rabonl une portion do proiil en long ABCDF) levé dans le lit d*iin lorronl. Un glissement s'est produit sur la rive ganclio, entre les deux points C et D; et, d'autre pari, le proiil on travers en A a »*lé jugé propice pour rétablissement d'nn barrage ((iy. 51). Un examen attentif des lieux a permis de reconnaître que, pour arrêter la base de ce glissement, il faut relever en D le fond du lit d*unc hauteur égale à DD', Il suffit, pour résoudre ce problème, de fonder en A un barrage assez élevé pour que la surface supérieure des dépôts qui se formeront derrière ce mur passe par le point D'. Si Ton ne peut pas obtenir un reliïvement suffisant à Taide d'un seul barrage, on emploiera des barrages en gradin AAj, FF,.
Un autre cas à examiner est cehii où Ton jugerait nécessaire, pour arrêter un glissement, d'obtenir un relèvement général du lit. Pour arriver au but, on fonderait d'abord, dans un emplacement convenablement choisi, un barrage solide AF; puis on ferait reposer sur rallerrissement F(l ainsi provoqué un barrage plus petit ah, dont l'emplacement el la hauteur seraient choisis de telle façon que son couronnement atteignit la ligne FK qui indique la pente générale du relèvement que Ton s'est imposé (fig. î)2) ; sur l'atterrisscnient de cet ouvrage ah on en fonderait un autre c^/ établi dans les mêmes conditions, et ainsi de suite.
Fipr. 52.
L'examen attentif de ces deux cas permettra de résoudre tous les autres k\ li peuvent se présenter. Je crois inutile d'insister sur ce point, (|ue (î'esl surtout dans les questions relatives aux glissements qu'il faudra veilliT très allentivemcnl, à chaque changement survenu dans l'état de lorrentialité, au maintien des pentes Frt, hc, de,.,, qui se sont établies entre le couronnement d'un
barrage cl le pied du suivant; car si le moindre aiïouillcmcnt pouvait se produire, Tëre des désastres ne tarderait pas à recommencer. Pour atteindre ce résultat, on n'aura qu'à suivre les indications données dans le présent chapitre, au sujet des remèdes à opposer au creusement du lit et aux éboulements.
J'ajouterai seulement qu*il sera bon, dans le cas présent, de construire les murs do façon à éloigner les eaux des parties sapées et à les ramener contre les versants solides; j'indiquerai plus tard les moyens à employer pour arriver h ce résultat.
On peut aussi, pour arrêter raffouillemciit qui provoque un glissement, faire usage d'un canal perrcyé semblable à celui de la fisfure 49.
Quelquefois les glissements de fond peuvent s'arrêter d'euxmêmes, si l'on détourne le courant du pied de la masse en mouvement. Le glissement continue encore quelque temps, mais la tranche inférieure se comprime au fond de la gorge, et finit par fournir une base résistante qui supporte le poids de la masse supérieure.
Chaque fois que, pour détourner le courant, on pourra le rejeter sans grands frais dans un ruisseau à fond inaffouillable, il ne faudrajamais manquer de le faire.
Si la berge opposée à celle qui glisse est rocheuse, on pourra quelquefois placer le cours d'eau en encorbellement dans le rocher ou bien le faire passer sous un tunnel creusé dans le versant solide. Mais ces doux procédés ne peuvent être employés que lorsque la source des alluvions est tarie dans les régions supérieures.
M. Demontzey donne la description d'un sysl(»mo d'épis que l'on peut employer îi l'origine des torrents, sur les pentes où la force d'entraînement n'est pas bien considérable. Ces épis ne sont autre chose (fig. 53) que des barrages inclinés A et B construits en pierres sèches perpendiculairement à l'axe du courant, et entre lesquels on établit un enrochcmeni incliné également sur la berge en mouvement. Par ce moyen Ton parvient h encaisser les eaux entre la rive solide et renrochemenl; tout afTouillcment latéral se trouve par là supprimé, et d'un autre ccMé les barrages arrêtent Taffouillemcnt longitudinal tout en donnant de l'assiette à l'enrochement.
Ce procédé pourrait être étendu, dans certains cas,, à des parlies de torrents dans lesqu( ' 'ume d'eau est plus consido-
Plan (II' deux épis
Pig. 53. — fjéïalion, plan et coupe.
ui •^•ta^aa^
rabic. Il suflirait de construire solidement, ttu distance en distance, de petits barrages eti bonne maçonnerie, cl de pratiquer, au couronnement de ces ouvrages, une; ouvorliirc trapézoïdale ahcd pouvant livrer passag;c aux eaux des plus fortes crues
Tlm
FlE. 54.
Entre les barrages on ferait un lit en gros cnrocbemenis pour pouvoir y maintenir une forte pcnle.
Si le rocher présenlaiL en plan des sinuosités ABC, CDE, il faudrait avoir soin de le léguliu-iscr pour renipôclier de jeter les eaux siir l'autre rive (iîjî. ,').'»). D'une nianiî're généa[ raie, il conviendra de rectifier la direction des rocliers
en supprimant les parlii's obliques; et si l'on ne peut le faire totalement, il sorii bon de renforcer l'enrocbenient. Du reste, ces déblais de rochers ne ddimeront pas lieu à des dépenses inutiles, puisqu'il faut des blocs pour lu consolidation du lit.
Les travaux do consolidation dont nous venons de parler ne suffiront pas toujours pour arrêter un glissement de fond, notamment lorsque l'on auni alTiiire à des terrains 1res humides. On sera alors obligé do recourir à des travaux d'assainissement.
Quand la couche de terrain perméable n'est pas ti-ès épaisse, on peut ouvrir dans ce terrain des tranchées à parois à peu près verlicat 'i descendra un peu au-des-
Fis. :.