‹ Restauration des montagnes, correction des torrents, reboisementChapitre 38 sur 94 · CORRECTION DES TORRENTS A AFFOUÎLLEMENT · texte numérisé non relu

CORRECTION DES TORRENTS A AFFOUÎLLEMENT

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SOUS du bauc de suintement MN (fig. 56). On fera au fond do

cotte tranchée un petit aqueduc ÂB en pierres sèches que Ton recouvrira de pierrailles jusqu'à Om.iO ou Oni.50 au-dessus de la couche sur laquelle se produit le glissement. Puis viendront des mottes de gazon FG, herbe en dessous, et enfin de la terre ordinaire pilonnée. Ces murs en pierres sèches, que l'on appelle pierrées, et qui sont bahitnellemenl dirigés suivant la ligne de plus grande pente, sont destinés à aller chercher les eaux (rintiltralionet à faciliter leur écoulement au dehors par la voie la plus facile el lapins directe. Ils constituent, comme on le voit, de véritables drains et jouent en mémo temps le rôle de contreforts séparant on plusieurs parties les masses de terres en mouvement, rompant la solidarité qui existe entre elles el les asséchant.

Il serait dangereux de construire les pierrées dans le sens transversal, c'est-à-dire suivant les crevasses et les fissures qui contournent les terrains en mouvement. (îar, au lieu d'offrir aux eaux d'infiltration récoulemeiit le plus facile, par la ligne de plus grandi' pente, comme cela a lieu dans le système que nous venons d'examiner, elles pourraient emprisonner ces eaux, par suite des dislocations qui pourraient se produire dans le terrain environnant, et elles augmenteraient alors le mal plutôt que d'y porter remède.

Il y a un cas cependant où Ton peut appliquer ce procédé avec efficacité, c'est lorsque la couche argileuse qui provoque le glissement (les terrains sn[)érieurs, couche souvent très mince, repose elle-même sur un banc de roche solide dans lequel on peut creuser un fossé imperm(»able. Ce fossé arrête complètement les eaux de fillralioii et |)eut l(?s conduire jusqu'aux points les plus bas, sans leur pcrmellre de pénétrer à travers les terres superposées à la couche d'argile

Si les terrains étaient bouleversés jusqu'à de très grandes profondeurs, il sérail impossible d'établir les énormes fouilles quTî rnVessiterail la construction des pierrées telles (|ue nous venons de les décrire. On pourrait, dans ce cas, recourir à de petites ga-

iSli CHAPITRE DIXIÈUE

Icries soulerrainea dans le gcDi-e des galeries do mines. Ces galeries, d'abord boisées, seraient ensuite reprises, morceau par morceau, pour y construire la pierrée.

Mais ce seraient là des travaux tellement coi^teux qu'on ne so résoudra à les faire que lorsque de très grands intérêts seront en jeu.

Quand le terrain, ainsi que cela se présente souvenl dans les Alpes, est soscepliblc d'acquérir, une fois qu'il est dosséclui, nue grande cohésion et une grande ténacité, on peut arriver à la consolidation de la masse en glissement par un vaste système de drainage destiné à amener en tout temps la dessication complète du terrain sur une épaisseur suffisante. Ce procédé a élé appliqué avec succès dans le torrent duSéchcroQ, quisc jellodans l'Isère en face d'Aigu e-Blanchc (Savoie). Le bassin de réception de ce torrent est un énorme glissement dont l'épaisseur a élé évaluée ii 30 ou 40 m. en moyenne et atteint plus de 100 m, en certains cndivils. Ce glissement est dû à la présence d'une source située k i ..'iOO m. d'altitude et k l'infiltration des eaux provenant des fortes pluies et de la foute îles neiges. II parait complètement arrêté, grâce à rétablissement de fossés de drainage sur la construction desquels nous reviendrons dans le chapitre XV.

Enfin quand les cau.^ d'infiltration sont dues principalement à la fusion des neiges accumulées dans les dépressions qui se sont formées en aval des crevasses que l'on remarque souvent dans les terrains en glissement (voir article 19), on établit un drainage superficiel et très ramilié dans le but de produire un écoulement rapide vers des collecteui's construits suivant les lignes de plus grande pente. Des e.Npériences très concluantes ont été faites à ce siijet dans les torrents de Sainl-Marlin-Ia-Porte et do la (irollaz (Savoio)ainsiquednnslulorrenldeRiou-Bonrdoux{Basses-Alpesi.

TR.WATX DE COllHECTION DANS LES RAVINS

Dans les ravins les pentes sont généralement plus considiî. riibh^M que dan» les gorges; il n'est pas rare qu'elles atteignent Mi il .10 p. 0/t) et elles dépassent quelquefois 100 p. 0.

CORKECTION DES TORRENTS A AFFOUILLEMEXT 137

Mais, d*aulrc part, le profil de compeiisalion d*iin ravin est plus raide que celui d*un canal d*écoulement ; il suflil, pour s*en rendre compte, d'examiner la formule :

0,070 TT n»mH

I)*abord le débit et par suite la hauleur de Teau est moins con. sidérable dans le ravin que dans la {jorge ; ensuite le coeflicicnt de forme a moins de valeur dans le premier que dans la seconde, car la section d'un ravin a généralement la forme d'un V (voip chapitre I). Il en résulte que la valeur de Ig a augmente dans une notable proportion.

Dès lors il n'y a pas de raison pour ne pas suivre, dans le cas qui nous occupe, les principes généraux établis plus haut.

Néanmoins, il n'y a pas lieu de songtîr à y construire de grands barrages, et cela pour plusieurs motifs :

Et d'abord, pour combattre la tendance à raffouillemenl, on ne peut agir sur la vitesse des eaux qu'en diminuant la pente du ravin, l'augmentation de section que l'on pourrait produire étant insigniOanlo pour agir eflicacemenl sur la vitesse. En second lieu les dimensions du ravin sont relativement petites ; et enfm, dans la plupart des cas, on ne rencontrerait pas sur place les matériaux nécessaires à de grands ouvrages.

éH. llarra^eM ruMtii|ueH et barrage» '^'ivaittii. £oré« Icinciftt deu bcriçes. — Les barrages ([ue Ion construit dans les ravins sont donc toujours d'une faible hauteur, mais ils doivent être suflisammenl multipliés pour réduire la pente du lit à une valeur telle que les eaux n'aient plus la force d'affouiller, étant toujours entendu que des défenses suffisantes seront faites aux chutes des ouvrages.

Ils sont de deux sortes : les barrages en pierres qui portent le nom (le btirmcjcs ruHiqucSy et les ùarrof/cs vivants que Ton exécute avec des matériaux en bois dont une partie est susceptible d'une végétation immédiate^ de sorte qu'à mesure que l'ouvrage vieillit, comme le fait remarquer M. Demonlzey, plus il prend de dév(doppcment et plus dès lors son effet utile augmente d'inten>ilé.

Ces barrages vivants se divisent en clayonnafjes ci fascinafjes. Nous avons déjà dit un mot des premiers au sujet de la correc-

ViH

CIlAlMTIii: DIXIËMK

lion do la gorge dos torrents ; les aulrcs n'en difTèrciit essentiel, lenienl qu'en ce que le tressage en hraiiclies de saule est remplacé par des fasrintîs.

iNfïUS donnerons [)lus lard, dans le cliapilre XV, tous les détails de conslruclion relatifs à chacun de ces ouvraires; disons, di's niainlenani, que, d'une nianièn» licMnM'ale. les barrages vivants se partagent en barrages de premier ordre correspondant aux grands barrag(ïs des gorges, et barrages de deuxième ordre dont le rôle est le même que celui des petits barrages en pierres ou des seuils,

Tous ces ouvrages (rustiques ou vivants) ne devant avoir qu'une durre momentanc'e, l'avantage que peut |)résenterl'un ou l'autre système ne résulte que de la question d'économie. Nous avtms vu, en effet, que lorsqu'une fon>t occupe le liane d'un versant, les ravins ne se fornK^il pas, que ceux mêmes qui existent à la partie supérieure de la foret ont une tendance à s'éteindre, et qu'en tous cas ils ne s'agrandissent pas. Dès lors, lorsque la forêt sera créée, peu importe que les barrages soient en pins ou moins bon état; la végétation seule suflira pour empùclier les ravins existants de s'agrandir et de causer des ravages.

On rî'gle la hauteur et l'espacement des barrages de premier ordre en s'inqiosanl la condition que les lignes Hil, DK.... qui

joignent le couroimement d'un mur au pied du suivant soient inclinées suivant la pente de compensation relative à l'état torrentiel existant au momtMit des éludas (fig. 57); puis on établit sur leurs aîterrissemi'nts une série de barrages de deuxième ordre en suivant les ménirs règles que celles qui ont été établies pour les grands travaux dont il a été parlé précétlemment. Dans cbaciue sectionnenuMU on ira d<> l'aval vers l'amont, en avant s(»in de ne construire d(» nouveaux ouvrages (ju'au fur et à nu»sure de la formation complèle de l'alterrissement des précédants.

La méthode générale que nous venons d'imliqui'r n'est [)as praticable dans les ravins au fond des(juels la roche nue apparaît (*onune sur h^s berges mêmes. Dans Ci's ravins l'allerrissemenl ne pcMit s(> produire (pie très lenU>menl, car les détritus provenant tle la décomposition opérée sur la roche par les agents

Fiiï. .')7.

COH1U:CTIO\ DES TOUltKMTS A Al^'FOUILLEMKNT l3î)

alniosphériquos sont Cdiiliniiellcmenl lavés par les eaux pluviales. Voici commtMil on opère dans ce cas :

On constniil un solide liarra^'^e (rustique ou vivant) à la partie inférieure du ravin, et Ton produit en arrière un allerrissement artificiel par ri-crélemonl diî toutes les saillies des berges, on utilisant les parties rocheuses pour la confection de petits seuils de On). 50 h Om.liO de hauteur que l'on recouvre, comme leurs intervalles, avec le reste des débris jusqu'à la hauteur voulue, en ayant snin de donner au profil en travers une légère concavité vers le ciel. Cela fait, on traite cet atterrissement arlilieiel comme on le ferait pour un dépôt naturel ; la surface, exposée seule aux agents extérieurs, se délite et fournit les éléments terreux dont une partie sMnsinue dans hîs vides des débris rocheux.

En couvrant ainsi les ^ros matériaux, on les soustrait aux influences almo.si)héii(jues et orï les conserve à l'état rocheux. Il se forme même, à la surface de lancien lit,unesorte de drainage favo* rabh* à la bonne venue des plants et au maintien du nouveau lit.

11 y a un second cas où la méthode générale n'est pas sufiisanté, c*esl cifhii de ravins très profonds et séparés par des crêtes très aiiiïuës. K[i appliquant cette méthode, on n*obtiendrait pas un élargissement snflisant du lit pour le mettre à Tabri de Taffuuillemenl. On peut alors avoir recours à des clayonnages superposés analogues à ceux qui ont été construits en Suisse par le président Jenny; nous en donnerons la description dans le chapitre XV.

â». Vti^*oiiiiii»c du lit. — Depuis quelques années on a employé pour la correcti(»n <les ravins une autre méthode qui parait plus simple et îtppelée h donner crexeellents résiiltats ; cette méthodi» consisl(» à faeonner le lit au moven de branchas'es. On couche au fond du lit, parallèlement à l'axe du ravin et la tête «Ml avant, «les perches prises dans les taillis voisins et munies do tout(^s leurs branches. On cherche à f<»rmer un tout bien homogèn«^ e/i assiMublant le mieux possible les pieds d'un rang de per- <'hes avec les tètes du rang suivant ; puis on maintient cetassembhiL.'^e à rai(h» de petits clayonnages ou de seuils de Om.oO de hauteur au maximum et placés à 20 m. environ l'un de l'autre. On revèl de celte manière toute la largeur du lit et les pieds des berg<»s. (!e revêtement a plusieurs («iVels : et d'abord les branches, par la résistance qu'elles opposent à l'enlrainement et par le frot^

160 chapitre:dixikme

temcnl qu'elles développent, arrêtenl une certaine quantité de matériaux ; en outre, le lit cesse de s'approfondir et les berges sont garanties contre rafTouillement et le glissement. Ces bois forment ainsi une sorte de barrage continu d'une construction très simple et très économique.

Une fois que les branchages sont couverts de galets, et quMls ont produit tout l'effet qu'on en attendait, on peut revenir sur le même point et arriver ainsi au comblement graduel du ravin comme avec le procédé des clayonnages superposés.

Ce façonnage du lit en branchages n'est pas applicable lorsque la pente est très raide et que le torrent charrie de gros matériaux. Dans ce cas on remplace les bois par des blocs épars dans le lit, que l'on range de manière à les rendre stables et a garantir le pied des berges ; on produit ainsi, en s'aidant des accidents naturels, une espèce de pavage grossier du lit qui le met à l'abri de Taffouillement. On maintient ce pavage à l'aide de seuils de 0m.50 de hauteur qui ont encore pour effet de faire perdre au courant l'excès de vitesse dû à Técoulement sur une surface plus lisse. Avec ce procédé on ne peui pas obtenir, comme dans le cas précédent, le comblement du lit, mais c'est un excellent remède contre l'affouillement.

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