‹ Restauration des montagnes, correction des torrents, reboisementChapitre 4 sur 94 · I.NTKODI'CTIUN li · texte numérisé non relu

I.NTKODI'CTIUN li

les remanient incessamment partout où les rivos no sont pas défendues. L'Allier se déplace sans cesse, une partie de la Loire aussi ; chaque mètre cube de rive qui tombe à leau donne près des deux tiers de matières solides et un tiers de vase ; des attérissements se forment, surtout à de petites distances, et le solde se met en marche vers la mer, à grande vitesse quant à la vase, à petite vitesse quant aux graviers et sables, et n'y arrive d'ailleurs qu'après des pertes en route. En somme les rivières s'élargissent, mais pojrtant leur fond ne se relève pas d'une manière générale, puisqu'on trouve à nu de distance en distance dans la Loire des affleurements de rocher qui sans cela auraient disparu; les grèves en marche exhaussent certains points, puis les abandonnent et les anciens niveaux du lit se retrouvent. — On voit qu'en pleine vallée, presque sans intervention actuelle de la montagne, le remblai et le déblai existent ; ils donnent lieu à des séries d*oscillations du profil en long, l'encombrement d'un point étant suivi d'un dégagement. Los parages d'Orléans, de Tours, Saumur, Nantes, pourraient être qualifiés de zone de compensation, tandis qu'en amont du bec d'Allier on aurait une zone de déblai, et dans Testuaire une zone de remblai. Les trois termes de la trilogie Surcll n'appartiennent donc pas en propre à la montagne ; ils correspondent à tous les cas où les causes de déblai se trouvent en un point, s'atténuent ensuite, et enfin cèdent la place à des causes prédominantes de remblai. Chaque zone comporte elle-même des alternatives secondaires, comparables aux oscillations d'une courbe tremblée autour des courbes plus régulières que Ton peut considérer comme rendant compte du phénomène dans sa généralité.

11 n'échappera pas au lecteur que Télargissenjent des cours d'eau à rives non défendues se concilie parfaitement avec le non exhaussement de leurs lits, puisque cet élargissement n'est en somme qu'un abaissement d'une partie des plaines latérales, et que le volume perdu est représenté par celui qui est jeté dans la zone inférieure et par les limons portes jusque dans la mer. Le phénomène se compli-

que, toutefois, quand ies montagnes du bassin ne sont pas formées de roches résistantes, comme par exemple pour ce qui concerne la Durance.

Le lit de la Durance s'est élargi, par suite des corrosions produites par les crues, non seulement les grandes crues débordées mais aussi celles de pleins bords. Il y a donc eu une masse de graviei's mise en mouvement, concurremment avec les matières provenant de lamontagne, qui n'est pas résistante comme celles du bassin de la Loire. La source des encombrements étant double, il est fort possible que le lit se soit exhaussé ; le profil longitudinal a pris des pentes en rapport avec le travail de transport à faire par les eaux, et ce travail est tel que les blocs d'amont et les graviers delà plaine s'usent en route et n'arrivent au Rhône qu'à l'état de petits galets. Le débit solide à l'embouchure est bien faible, car à quelques lieues plus bas il n'y a plus de galets dans le tïeuve. — Il a été démontré (Baumgarten, mémoire de 1848, dans les Annales des ponts et chaussées) que la Garonne ne reçoit pas actuellement degraviers des montagnes, que ceux qu'on remarque dans son lit provieiment des démolitions latérales et que leur mouvement est très lent dans le sens longitudinal ; il y a d'ailleurs usure en route, par les frottements des matières solides les unes contre les autres, et la Gironde ne reçoit aucun gravier d'amont. Mais il y a du sable en mouvement, et l'on sait maintenant qu'il est possible d'éviter tout dépôt dommageable en traçant convenablement les rives ; en effet, M. Fargue a transformé diverses parties du fleuve, entre Tembouchure du canal latéral et Bordeaux, à tel point que les hauts fonds où il n'y avait que 0m.7O d'eau à l'étiage ont maintenant 2m. 30 au moins, sans qu'il y ait à rétablir les choses de temps en temps avec la drague.

Considérons une partie de rivière comprise entre deul sommets de courbes, c'est-à-dire entre deux points où le chenal est profond. Il n'est pas nécessaire qu'il n'y ait point de débit solide dans la rivière pour que le relèvement du lit à l'inflexion soit modéra -*"■• U suffit, pour qu'une position ini-

liale supposée bonne se conserve, que le dt^bil solide à l'origine de la section (entrée par le profil en ti-avers do premicrsommcl) soit compensé par le débit de sortie des sables el graviers par le profil en travers du sommet suivant, élant admis que le tracé est rc^'ulier, à courbures et largeurs graduées. Si les rives sont disposées de telle façou que les courants abordent carrément le pi^ofil en travers du point d'inflexion, lorsque la hauteur des eaux comporte desmoul'ements notables de sable, il pourra ne point se faire do remblai sur les parties culminantes du profil en long. En effet, les motifs d'atténuation des vitesses niaxima seront cooibaltus par la réduction de la largeur au passage critique; les vitesses capables de transporter les sables sont moindres que le long de la courbe concave du passage à courbure maxima, mais elles ont sur une largeur plus grande des «leurs suffisantes pour effectuer ce transport '. Avec les tracés peu étudiés d'autrefois, la situation était bien difféinte : les distances entre un sommet de courbe et le sommet «ivant variaient beaucoup, ce qui empochait la direction ^escourants au passage du maigre d'être partout aussi farorahle; de plus les largeurs étaient aussi grandes, et parfois davantage, aux points d'inflexion qu'aux sommets. — "ii une longueur de courbe et un tracé sont tels que les viesses abordent carrément le protil de l'inflexion au moment lu débit de pleins bords, il ne peut en être de même avec un autre tracé et une autre longueur ; le profil dangereux itaut mal abordé, des dépôts s'y formeront et le désor- Iresefera sentir vers l'aval, mal influencé parla façon dont

1. EcldiroDS pur un exemple, sans craindre de nous répéter, ce poiul impor- Hl : Si la largeur est do 200 mélres nu profil de la mouille (sommet de la Mrbe), il n'y aura peut âtre que 100 iiièlres de hrgeur où les vitesses soient ipsbies d'entraîner sérieusement les sables ; une largeur rtrduîte à 160 m. au uagt da maigre pourra mtdte pour le miime débit solide, parce <jue partout ntnlnemenl aura lieu, avec moins de force que le long de la rive concave, ■il sur plus de largeur. Le diflicile, c'est de reconnaître, par l'observation des loitnncs parties qui se trouvent Sire bien tractées, les conditiocs du règlement «largeurs et des courbures, aiiiai qoe Id longueur jk donner aux courbes, pour olr r«|uilibrc l'IicrchË.

les eaux y arriveront. L'expérience de î25 ans de M. Fargue démontre incontestablement que, par Tobservation des parties de la Garonne bonnes avant les travaux, il a trouvé la longueur convenable dos courbes dans les parages où il a opéré en môme temps que les meilleures conditions de tracé; en suivant la môme méthode on pourra faire de môme ailleurs dans la Garonne, et sur tous les autres cours d'eau. Dans notre mémoire sur les rivières à tond de sable, paru en 1871 dans les Annales des ponts et chaussées, nous disions qu'un règlement convenable en plan aurait |)Our conséquence un amoindrissement graduel delà pente superficielle; ce n'était alors qu'une vue do resprit,maison a constaté depuis que tel a été la conséquence des travaux de M. Fargue dans la Garonne *: la profondeur au moment de l'étiage, sur le radier de l'écluse d'embouchure du canal latéral, à Castets, était autrefois de 2m. ; elle n*est plus que de lm.2o; la cote de l'étiage n'ayant pas varié vers Bordeaux, il faut que la pente ait diminué ^ Ce résultat est compréhensible, car réeoulement du volume de sable qui arrive dans une section do rivière, ou la sortie d'un volume équivalentd'anciens sables, ne demande pas autant de travail mécanique quand la réforme du tracé amène la diminution des pertes de force vive dans les eaux en marche, par le frottement des particules liquides entre elles et contre le lit et les rives. Avec les pentes superficielles anciennes, il reste plus detravail disponible, donc entraînements plus grands, approfondissements ; l'équilibre se rétablit par l'amoindrissement du travail mécanique moteur, conséquence delà diminution de la pente superficielle. — Ce qui s'est passé dans la Garonne ne peut avoir de suites graves, en dehors de la dé-

1. Voir la seconde «Slition de notre mémoire de 1871, à la fin du T. î de Touvra^e de M. Guillemain (Navigatiou intérieure; ririh'es et cannu.r), annexe A, et surtout le résumé, pajr^s ^'25 à 529.

2. De? faits a!i;iloi^ucs oui été (constatés sur le Hlinnt\ — Au lieu dV établir dos barrap's de suuléneriKMil du lit aocom|KiLj;tiés d'écluses («»n dérivation ou au-

roinent.', on a cru devoir forcer le lit à cnn?orv(»r son ancienne petile moyenne, au moyen d'un nombre immense •''•'*"*'- noyés, (^o n'était pas ce qu'il y avait de mieux à faire.

moiistralion essontiollo qui en résnllc : si rabaissement d'étiagc à C.islcts donne une chute supplémentaire aux eaux d'amonf, il y a dans le lit des points où le rocher est à nu, cusfjrte que là se trouvent pour ainsi dire des barrages nafupek qui empêchent labaissiMuent de ce lit de s'étendre indcliniment vers le haut du lleuve. Mais si rien n'entravait la marche des choses, l'abaissement de rétia}^a»(avecle temps) deviendrait de plus en plus fort vers Tamont et les berges seraient plus que difficiles à maintenir. Au cas où Ton voudrai! obtenir la plus grande amélioration possible du cours d'eau, il faudrait établir de distance en dislance d(*s fearmfpde sonlènetnent dnlity afin (|ùe l'évolution ne s'éternisât

pas cl que le déchaussement des berges fût limité : AlîCD de notre croquis représente la pente ancienne du lit ; EB, FC, GH les pentes nouvelles (dans les biefs) ; AE, HF, etc., sont les barrages de soutènement du lit. Les mêmes arrivages de sable, dans la partie considérée de la rivière, sont l>aluncés par des sorties égales, malgré la moindre pente, à cause du meilleur tracé. — Si l'on parvenait ù amoindrir les volumes de sabh"! et de gravier arrivant au fleuve, la pente superficielle, à la suite de celle du lit, s'amoindrirait encore; si Ton arrivait à annihiler ces vohunes, on aurait après le dégagement des parties supérieures du lleuve la pente-limite. Celles qui s'étaient établies précédemment étaient des /Wi^é^i; de compensation, expression (|u'il faut entendre par opposition à la situation d'une section de rivière où arriverait plus de sable qu'elle ne pourrait eu écouler, et où par suite il y aurait encombrement progressif, à défaut de com[)eiisation des arrivages par les sorties.

Voyons comment se passent les choses dans les montagnes. On peut prévoir à l'avance (pie, les forces en jeu

étant plus brulalos, les effets sci-ont plus nets, plus rapides, partant plus faciles à saisir et à interpréter.

En montagne, quand les terres ont été dénudées par suite du déboisement et de l'abus du pâturage, les eaux provenant des pluies et de la fonte des neiges se concentrent avec une grande rapidité, se précipitent avec violence dans le fond des ravins, gonflent les torrents, puis les rivières et enfin donnent naissance à des débordemenlsqui vont porter au loin la ruine et la désolation.

C'estdans le midi que ces dangers sont leplusà craindre, car les pluies y jdéversenl dans le même temps de plus grandes quanlilés d'eau qu^ailleurs ;d'un autre côté la fonte des neiges, à cause de la latitude, s'effectue plus rapidement que dans les régions septentrionales. Mais la disparition des forets et des pâturages n'a pas produit partout les mômes résultats: dans les Cévennes et dans la plus grande partie des Pyrénées, les roches sont solides et les eaux ne font que décaper les versants sans les affouiller. Dans les Alpes, au contraire, et sur quelques points des Pyrénées, les roches calcaires se décomposent avec la plus grande facilité sous riniluence des agents atmosphériques, et les débris de ces roches sont entraînés à chaque orage et à chaque fonte de neige. Les eaux deviennent boueuses et affonillent les berges des torrents, en corrodent le lit et détruisent les derniers débris de la végétation. Leurs infiltrations amènent de formidables glissements.

Ces ravages sont dus h l'absence de végétation sur les sommets et sur les flancs des montagnes formées de terrains affouillables. La foret protège le sol contre le choc de la pluie et de la grêle; les roches ne se décomposent pluset les eaux ne devenant plus boueuses ont une force d'entraînement HJoins considérable.

La foret est nécessaire, sur les pcMites escarpées des montagnes, pour défendn^ le sol s'il est affouillal)le,etdans tous les cas pour assurer nur |)rocluction aux parties les moins favorisées du territoire.

Dans les (lêvennes, d-''^^ ^u mîijoure partie d(»s Pyrénées

el en général dans toutes les contrées où la roche est solide, rinlroduction de la végétation ne peut ôtre aussi utile que dans les Alpes et partout où raiTouillement est possible. En pareil cas les eaux, dans leur travail de destruction, dégradent les versants abrupts et déversent dans les vallées les matériaux qu'elles ont arrachés à la montagne ; elles tendent à modeler le sol suivant une pente compatible avec la permanence du lit. Mais il faudrait des siècles pour atteindre cette permanence, et elle ne serait obtenue qu'à la suite de bouleversements que Tintervention de Thomme tend à prévenir.

Tous les travaux accomplis avant Surell n'avaient pour but que d'atténuer les effets des torrents, car on ne croyait pas à la possibilité de les annihiler. Après la publication de son Etude sur les torrents des HauteS' Alpes, les ingénieurs se partagèrent en deux camps; ceux qui acceptèrent sans restriction les idées du maître furent les moins nombreux ; les autres établiront deux catégories de torrents : les curables, c'est-à-dire ceux qu'on peut éteindre par le reboisement ; les incurables , ceux dont le bassin de réception ne semble pas boisablc. Ons'est naturellement occupé de restaurer les montagnes à terrainstrès aflFouillables, pour lesquels il n'y a pas de divergences d'opinion.

Voici Tordre qui généralement a été suivi pour Toxécutîon des travaux :

1* Tracé des périmètres des terrains à reboiser ou à maintenir boisés ;

2^ Reboisement des parties stables ;

3^ Fixation des terrains instables, en commençant parles ravins et en terminant par la branche principale des torrents ;

4* Reboisement des terrains instables au fur et à mesure de la fixation des torrents et raxins, sans laquelle l'instabilité des parties voisines était incurable.

La source des matériaux ti'ansporlés par les torrents est inuUiple: les uns proviennent des sommités où la végéta-

tien n'est pas possible, et sont entraînés soit par la pesanteur, soit par les avalanches, soit par les glaciers ; le seul moyen de les arrêter consiste à les retenir derrière des barrages {barrages de retenue). — D'autres matériaux sont dûs au creusement du lit et aux éboulements des berges, produits soit par raffouillement longitudinal, soit par Taffouillement latéral. On nepeuten tarir la source que par une série de barrages deconsolidatiou, derrière lesquels lesgalets et les blocs des régions supérieures viennent se disposer selon la pente de compensation, amenant ainsi la permanence du lit, redonnant de l'assiette aux berges qui allaient s'eflFondrer, et diminuant la puissance d'aflfouillement par suite de l'élargissement du lit et aussi delà production d'une succession déchûtes qui absorbent de la force vive. — Ce ne sont pas seulement des éboulements partiels des berges qui se produisent avant les travaux, ce sont aussi des glissements do masses de terrain ; mais les rempiétements dont on vient de parler, avec des drainages au besoin, permettent de les prévenir. Dans certains cas, il peut être nécessaire de détourner le torrent afin de le reporter sur un sol rocheux résistant- Les barrages nécessaires pour la correction des torrents et des ravins pourront devenir inutiles, après le succès du reboisement des surfaces environnantes ; l'attaque cessant, la défense ne serait plus motivée. Mais dans les gorges principales les barrages devront avoir une longue durée, et il faudra les cjnslruire en maçonnerie; dans les ravins, où la durée sera moindre, ils pourront être en pierres sèches ou môme en clayonnages et fascinagcs.

En ce qui concerne les reboisements, les premiers pas furent difficiles. On voulut les pousser jusqu'à 3.000 mètres, c'est-à-dire jusqu'aux escarpements qui dominent les bassins de réception, alors que la végétation semblait s'arrêter à 2.000 nïètros. On opéra lentement au début, en se servant du mélèze ot du pin comhro. Les seuïis et les plantations ne réussirent pas partout à la fois ; mais chaque partie réussie devint un n'utn* do verdure autour duquel

INTRODUCTION i\

le sol, rafraîchi par Tombrage, ameubli par les racines et amendé par les feuilles mortes, devint de plus en plus apte à se recouvrir de végétation ; cela fit la tache (Thmle. Les SDccès furent dus en partie à la création de pépinières t>ofan/é'jf, c'est-à-dire de pépinières de faible étendue établies sur les sols les plus propices et destinées à faciliter le reboisement des parties environnantes. Ces pépinières ont le double avantage de diminuer les transports et d'élever les jeunes plants sur les sols et dans les climats où ils seront appelés à se développer. — Dans les régions inférieures on nadmit que les essences indigènes, à Toxception du pin d'Autriche qui, aux altitudes de 1:200 à 1600 mètres, n'avait pas son équivalent en France pour le reboisement des terrains calcaires.

Au fur et à mesure de l'exécution des reboisements, lorsque les pentes ont une tendance à s'adoucir sur les attérissemenls des barrages principaux, on établit sur ces altérisseraents des ouvrages secondaires (barrages en pierres sèches, clayonnages), de manière à arriver à la pente déquilibre du lit. On fixe alors le fond de ce lit et les parties inférieures des berges à Taide d'essences feuillues ;on prend surtout celles qui ont une croissance rapide et peuvent former de nombreuses souches, et surtout celles qui drageonnent le mieux.

Enfin, une fois que la source des alluvions est complètement tarie, on régularise le lit partout où cela est reconnu nécessaire. Dans ce but on rejette les gros blocs contre les rives, et on fixe le nouveau lit au moyen de seuils.

Dansladernièreparliedesindicalions qui précèdent, pour laquelle nous nous sommes grandement servi de notes de M. Thiéry, tout en maintenant nos appréciations personnelles, on doit voir à quel point les phénomènes constatés dans les monUignes se rapprochent de ce qui se passe dans les fleuves à lit mobile et à régime torrentiel ou semi-torrentiel, toute proportion gardé*». Dans ces fleuves, on ne pourra

12 INTHODUCTION

réussir complètement les travaux, de correction qu'en améliorant les tracésdes rives, en défendant celles-ci très sérieusement et en cantonnant les abaissements du lit entre des barrages dont les crêtes correspondraient aux anciens niveaux de celui-ci.

On a vu que ces abaissements du lit résultent d'un bon tracé des rives, tracé qui a pour conséquence un supplément d'entraînement des sables jusqu'à ce que la pente soit suffisamment réduite ; alors l'équilibre entre ces arrivages et les sorties, dans la section considérée, est rétabli. Mais cela ne pourrait avoir lieu si des points fixes n'étaient créés (^s'il n'en existe pas naturellement) pour s'opposer à Textension indéfinie du pbénomène vers l'amont et à Teffondrement des rives. On voit que, dans la solution qui s'im* pose pour la transformation du régime des rivières plus ou moins torrentielles, tous les changements se passeront au dessous du profil longitudinal ancien du lit, tandisquedans les montagnes on opère en vue du relèvement du lit des torrents. Pourquoi ? parce que les terrains aux abords de ceux-ci ne peuvent souffrir de l'élévation des niveaux de crue, et quau contraire l'élévation du lit apoureflfet d'aceroitre la largeur de la section mouillée et d'atlénuer les vitesses d'écoulement, tandis que les débordements deviendraient intolérables dans les vallées de la plaine si l'on y provoquait un exhaussement du lit.

L'incohérence des anciennes idées concernant le régime des rivières ii fond mobile tenait à ce qu'on n'avait pas démêlé les analogies essentielles de ces rivières et des torrents des monlagnes, en môme temps que la différence des modes do traitement nécessitée par les conditions différentes des terrains avoisinants. - En outre, on n'avait pas suffisamment mis en relief les conséquences les plus remarquables des travaux de M. Farguo (la diminution des pentes des eaux et du lit) ; vouloir conserver un bief unique sur d'immenses longueurs de rivière à tracé amélioré, c'est amener le (lé[)lacomont dos désordres, mais non la réforme générale du régime; c " ' îen vu sur le lUioue où, comme

INTHODUCTION 13

le dit M. Giiilleiiiain {Rivières et CanaaXy pages 111 et lOJI) : «Il est môme permis de dire que si les ouvraj^es régula- « teiu's dont nous avons parlé (les épis-noyés) modèrent les ■ grandes vitesses et régularisent les pontes, l'uniformisa- « tion du lit, en détruisant les tourbillons et l<»s remous, ani unie des pertes de force vive et accroît dans une certaine i mesure Taction générale de la gravité. Le courant, pour « avoir perdu ses écarts, qui étaient parfois un obstacle (f local infranchissable, n'en a donc pas moins conservé sa • puissance moyenne, accrue plutôt que diminuée.... Au « fond, ce sera toujours le môme genre de navigation que « par le passé, exigeant de puissants engins et un personnel ('exercé. » — Mais la division en biefs des rivières torrentielles (Rhône) ou demi-torrentielles (Garonne, Loire), conséquence de la réduction des pentes amenée parlamélioration du tracé, doit ôtrc bien diflFérente de celle (ju'on pratique couramment dans les rivières à régime tranquille.

Dans la montagne, c'est aussi à des barrages et à des défenses de rives qu'on doit avoir recours, mais les phénomènes sont plus accentués et l'observateur s'en rend plus facilement compte : dans les rivières les choses se passent plus doucement, les évolutions sont longues et il était difficile d'y voir clair. — A vrai dire, les avis sont encore partagés sur la véritable manière d'interpréter les phénomènes observés dans les fleuves; niais les succès de nos forestiers contribueront k éclairer les ingénieurs de la plaine, qui n'auront plus à envier à leurs émules la féconde unité de vues qui règne parmi eux.

L*administraUon forestière a efTecluc, delSGl a 1S88, des travaux de correction et des reboisements sur une surface (claie de 144.400 hectares, dont 60.000 à lËlat, 50.200 aux communes, 3i. 200 aux particuliers. Les 60.000 ont été enlièremenl a la charge de l'administration, les 84.400 onl été seulement subventionnés par elle. Nous extrayons les chiffres suivants d'un rapport présenté au congrès forestier de Vienne, en septembre 1890, par M. Demontzey.

1 i INTHUlilîCTIOX

I^a tlé|>cnse lolak |M>ur 1rs 141.400 hectares a elé .')I.670.0(H) Tr., se diiconi posant île la manière sulvaaie:

Travaux dans les terrains de l'Etal. 35.500.000 Tr.

Subvention aux travaux Tails au compte (Icscoiiuiiunes et des |)articiilicrs 6.050.000

AG({Hi.^i(ioi)s aininbles nu par expropriation de 70. TiOO lipi-iarcs . . 12.440.000

Vtais gënc^raux et dépenses diverses, y compris le |tersonnel pendant dix années 7.820.000

Los 2r>.3!)0.000 fr. <tdpenscs dans les terrains de l'Élat se s( ainsi rc'parlis entre les diverses natures de travaux :

Travaux de corrt>clion. . . l'2,520.000 fr.

Travaux de sylvlcullurc . . 7.170.000

Travaux auxiliaires (clienilns, Iwrnages.ctc.) .... 5.700.000

Dans le total de ces dépenses, la réj;i»n des Alpes comprend : Travaux de rorreclion. . 7.440.000

Travaux lie sylviculture . . I.G30.000

Travaux auxiliaires. . . . 3.Ô90.00Û

Total 15.4GU.000 fr.

Tour les relioisemcnts, la dépense moyenne par hectare a été in férieure à l*iii fr. pnur les tiÛ.ODt) hectares à l'Etal.

I.CM travaux de corrci-tiou l'uitsdans les torrents et ravins eu autres travaux leuilaul ii la lixation du sol sont plus coûteux qm '• relmiseineul.

PUlîMIÈRE PAUTIlî

DESCRIPTION DU PHË

TORIiËNTIËL

PROPOSITIONS PRÉLIMINAIRES

fl . Périmètre mouillé, f^urfaco iiionilléc. Rajoo moyeu. C^ocmcieiit de rormc. — On appelle périmètre mouillé la longueur développée des lignes AB, BC^ CD, DE, EF suivant lesquelles une section normale à Taxe d'un cours d'eau (lig-. 1) est touchée par le liquide.

> ■ f ■>«■ n j i ■ » ■ ■ »)ti- "■!» -fc it'ij-i-, ■i«i4

Fig. 1.

On appelle surface motiillée Taire de la figure ABCDEF.

Soit C le périmètre mouillé dans une section normale de sur-

S face mouillée S; le rapport - se nomme le rayon moyen de la

section ; nous le désignerons parR.

. /Le rayon moyen peut quelquefois être

j ^ ^- J v "^îs sous une forme très simple. Si nous

considérons, par exemple, une section en forme de V (fig. 2) et si nous désignons par Y et Jî les angles d'inclinaison des talus sur riiorizonlalc, puis par H la hauteur maximum de Teau dans la section, nous aurons :

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