PRÉFACE
L’ouvrage que je présente au public est le résultat d’un travail de plusieurs années. Etant à Rome comme pensionnaire du Roi, et devant, en cette qualité, au Gouvernement la restauration d’un monument antique à mon choix, une circonstance des plus heureuses me fit donner la préférence aux Thermes d’Antonin Caracalla. M. le comte Vélo, seigneur Vicentin, et amateur zélé des beaux-arts et de lantiquité, avait entrepris en 1824 des fouilles considérables dans ce monument, pour en faire connaître toutes les parties inférieures qui, depuis plusieurs siècles, étaient enfouies sous 4 à 5 mètres de terre et de décombres. Je ne balançai pas à saisir cette occasion. Je dessinai et recueillis très-scrupuleusement tous les documents que ces travaux devaient mettre au jour, et j’eus le bonheur de trouver dans M. le comte Vélo une telle obligeance, qu’il dirigea ses travaux de manière à favoriser le plus possible les découvertes que je voulais faire.
Je paie ici à M. le comte Vélo ce léger tribut de ma reconnaissance, car c’est aux fouilles qu’il a fait exécuter dans les Thermes d’Antonin Caracalla, que mon ouvrage doit une grande partie de son intérêt, et par conséquent le succès qu’il a obtenu à l’Académie royale des Beaux-Arts. Ces fouilles ont eu pour résultat la découverte de toutes les mosaïques qui formaient les pavements du monument, les constructions qui les supportaient, la nature des revêtements en marbre qui existaient encore en place, quantité de fragments de colonnes, chapiteaux, entablements, sculptures, etc., et beaucoup de détails de construction, propres à servir de preuves matérielles, pour déterminer l’usage de chacune des parties qui composent l’ensemble de cet immense édifice.
Encouragé par les premières découvertes, je fis faire, aux frais de l’Académie royale de France, des fouilles assez considérables qui eurent le plus grand succès, et qui achevèrent pour mon travail ce que M. le comte Vélo avait si heureusement commencé: ces recherches terminées, je mesurai et dessinai en 1825 l’ensemble des ruines qui couvrent en superficie un terrain de 12414° mètres, c’est-à-dire environ un tiers de plus que celui de l’Hôtel royal des Invalides, à Paris. En les examinant attentivement, je remarquai que tous les auteurs qui s’en étaient occupés avaient négligé
iv PRÉFACE.
d’en étudier la décoration, se contentant de donner la niasse des constructions en briques, qui font aujourd’hui comme le squelette du monument, sans remarquer que presque partout on retrouve, sinon les revêtements en marbre qui les couvraient, au moins les stucs qui devaient les recevoir, et dans les stucs l’empreinte encore existante des compartiments de marbre et de mosaïques dont il reste quelques parties, objets qui avant leur ruine devaient donner à ce monument un aspect de la plus grande magnificence.
Je remarquai aussi que les plans et élévations donnés par des auteurs justement célèbres étaient inexacts, et je fus porté à croire qu’ils n’avaient voulu faire que de simples esquisses de ces monuments, dans la seule vue d’étudier les belles dispositions et le grand caractère de leur ensemble.
Les découvertes faites dans les nouvelles fouilles, me déterminèrent à entreprendre un travail, dont plusieurs auteurs avaient si imparfaitement traité le sujet, et je pensai qu’en présentant ce nouveau résultat à l’Académie, je pourrais lui offrir sinon une chose entièrement neuve, au moins beaucoup d’observations et de découvertes nouvelles, qui pourraient l’intéresser et jeter des lumières sur un édifice, dont quelques parties sont encore, quant à leur usage, le sujet de doutes assez difficiles à lever. Je mis en parallèle des dessins de toutes les parties existantes du monument de Caracalla, ceux des restaurations qui m’avaient été suggérées, tant par les découvertes qui venaient d’être faites, que par leur analogie avec d’autres monuments semblables; je joignis à ce travail un Mémoire dans lequel je donnai les descriptions des Thermes, restituées d’après le dire des auteurs anciens. Quoique ces écrivains aient parlé des Gymnases, des Palestres et des Bains des Romains, avant l’époque où les Thermes durent recevoir toute l’extension, qui leur fit comprendre dans leur ensemble les trois genres d’édifice dont on a parlé, on trouve cependant, en s’aidant de leurs descriptions, le moyen de déterminer l’usage de chacune des parties dont se composèrent ces monuments
Sans prétendre mieux faire que Cameron dans son savant ouvrage sur les Bains j’ai cependant cru nécessaire de donner après lui cette description, parce que j’ai trouvé par l’inspection même des lieux, plus d’une preuve matérielle qu’il était tombé dans quelques erreurs que je rectifie, en soumettant mes observations an jugement des gens de l’art.
J’ai pensé que si les dernières découvertes faites dans les Thermes d’Antonin Caracalla, pouvaient servir a déterminer d’une manière positive l’usage de chacune de leurs parties, il serait facile ensuite de connaître aussi celles des Thermes de Titus et de