CHAPITRE LIV
Connexité de la bourgeoisie et du socialisme.
Les circonstances obligent à tout dire. Du matérialisme dans la pratique, la bourgeoisie devait arriver au maté-
rialisme dans la pensée. Elle a suivi toutes les pentes du médiocre. Elle a détruit la société spiritualisée du christianisme, et a fini par mettre à sa place le gouvernement des banquiers et des capitaux. Un jour la, France entière sera comme une proie...
Le mépris que nourrit cette classe contre tout ce qui ne procède pas de l’argent et contre tout ce qui demeure au-dessus d’elle, l’empèche elle-même de s’élever dans ses pensées et dans son cœur.
il en est qui se trouvent dans le médiocre sans le vouloir. Mais la bourgeoisie voudrait s’y établir.
Elle s’entend d’un bout à l’autre de la France pour empêcher que rien ne vienne ébranler un tel règne et la contraindre à en rougir. L’idée d’une supériorité subsistant encore dans la noblesse ou dans le clergé, suffit encore à mettre la bourgeoisie hors d’elle-mème.
Il n’est pas facile de retirer une classe d’une semblable disposition d’esprit. Un tel instinct est tout l’opposé de celui qui anima jusqu’à présent les aristocraties françaises.
Enoncer les idées envieuses de la Révolution, c’est exprimer celles de la Bourgeoisie ; et décrire l’esprit de la Bourgeoisie, c’est dépeindre celui de la Révolution. Tellement qu’on peut se demander si c’est l’esprit révolutionnaire qui a produit l’esprit bourgeois, ou l’esprit bourgeois qui a produit l’esprit révolutionnaire.
Ici, pour être juste, n’oublions pas qu’un prodigieux souffle d’orgueil et de sédition, accourant à la suite du protestantisme et de la renaissance, a depuis plus d’un siècle traversé le monde, et que cette classe surprise sans traditions et sans instruction suffisante, s’est vue trop faible pour y résister...
Toutefois, son amour du pouvoir et sa cupidité vou-
I ORDKK SOCIAL.
(Iraient passer pour du patriotisme; son scepticisme, pour une doctrine sérieuse ; son athéisme, pour la vérité. Ses antipathies à 1 egard du catholicisme, son calme à la vue de notre abaissement moral, enfin sa quiétude à l’aspect de ce mensonge de la Révolution qui donne à tout ce qui pervertit et ruine les peuples des noms de prospérité, mensonge combiné de manière à tout avilir et à tout asservir, voilà des traits qui malheureusement se rapportent également à la Révolution et à la Bourgeoisie.
Ce sont les points sur lesquels on doit appeler la sérieuse attention de cette classe. Arrivant sur le gouffre que le socialisme vient d’ouvrir au moyen des idées libérales, la Bourgeoisie sans doute reculera.
Le communisme se trouve dans son plein droit en face du libéralisme. Le libéralisme est comme un athéisme occulte faisant son explosion dans le socialisme. Après avoir ôté la religion au peuple, et lui avoir prêché la jouissance, le libéralisme a de plus détruit l’Autorité en plaçant le pouvoir dans la majorité. Le socialisme arrive ici au pas de course de la logique :
Puisqu’il n’y a pas de Dieu, dit-il, et que je dois jouir, qu’en outre je suis la véritable majorité, je viens, suivant toutes les forces légales, édicter une loi qui répartisse à meilleur droit le capital. Je viens détruire la propriété individuelle, c’est-à-dire l’injustice et l’inégalité, et faire asseoir enfin la foule tout entière au banquet de la vie sociale !
On réforme le peuple, parce qu’il n’est entraîné que par sa passion, c’est-à-dire que par sa faiblesse. 11 n’est point aussi aisé de réformer celui qui se fixe dans sa faiblesse avec sa force, c’est-à-dire avec son orgueil. 11 faut que celui-là se réforme tui-méme. Pour le peuple, il croit
aux vertus qu’il insulte, comme au Dieu qu’il offense, comme aux lois qu’il enfreint. Il cherche moins à détruire sa conscience qu’à leluder. La nature ici ne se trouve point renversée, et voilà pourquoi les nations sont guérissables. '
Mais en pourrait-il être ainsi d’une classe au pouvoir, continuant de déclarer que la loi est athée, que l’Etat doit se passer de Dieu , que la vérité n’est qu’une vieille erreur, et que le mal est devenu le bien?
En s’obstinant dans le libéralisme, la bourgeoisie arrive véritablement au communisme. Mais il s’agit ici de la France, qu’elle entraîne avec elle à l’abime...