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CHAPITRE LVI

Ce que la bourgeoisie a fait tlu sol.

Les classes moyennes, qui contiennent encore dans leur sein les sources de la Révolution, n’ont donc pas été plus heureuses sur la question de la liberté, sur la question de la moralité, sur la question de la vérité et sur la question des sentiments de délicatesse et d’honneur, que sur celle des finances, sur celle de l’industrie et sur celle du capital.

l’okdre social. 269

Voyons ce qu’elles ont fait du sol, depuis que la Révolution avec ses conséquences l’a mis entre leurs mains.

il ne faut pas oublier qu’une civilisation qui en supplante une autre en supplante la race, et va jusqu’à en usurper le sol. Ici le luxe et la cupidité n’ont pas seulement atteint l’industrie et la moralité, ils ont aussi lésé le sol, puis la population qui porte notre sang, lis ont voulu forcer la terre à trop produire.

Que la France y prenne bien garde, il y a une erreur dans le principe avec lequel, depuis cent ans, on cultive le sol. On y apporte les coutumes de l’industrie : on demande de l’or à la terre ! On fait merveille pour les yeux; je ne sais, mais il est à craindre que l’on n^ travaille à enfermer la famine dans ce sol. Qu'on permette une réflexion.

Pour qui en a l’expérience, l’agriculture n’est point l’art de créer quelque chose de rien. La terre végétale est aussi un produit épargné ; il faut l’entretenir et l’accroître. Elle ne rend qu’en raison de ce qu’on lui donne. Le travail n’est pas tout ; il met en œuvre le pouvoir de végétation, mais il faut y joindre les éléments qu’emploie la végétation. II y avait autrefois des prés et beaucoup de pâturages. La petite propriété les a détruits. Cependant voici le fait : nos terres sont toujours en proportion du travail et de l’engrais; le travail et l’engrais, en proportion dès bestiaux; et les bestiaux, en proportion des prés et des pâturages.

Les prés sont la source en agriculture. En France, on les a réduits. On a trop détruit de pâturages au profit des terres, qui consument le produit des prés et se consument elles-mêmes, en produisant un argent dont la forte part va au luxe, au lien de rentrer dans l’agriculture, comme

y rentraient autrefois, dans les grandes propriétés, les deux tiers du produit des prés et des pâturages.

Une ferme de cent mesures, aujourd’hui, n’en compte pas quinze en prairies. Et cependant, si l'on retranchait quinze mesures à ses terres arables pour doubler la quantité des prés, ces terres produiraient plus de blé qu’auparavant. Si on laisse aller les choses de la sorte, les terres à blé produiront de moins en moins. Le prix de la viande augmente de jour en jour pour le peuple, et cependant la rente diminue malgré l’aspect trompeur de nos baux. La livre de viande devrait ne valoir que deux ou trois fois la livre de pain. Le jour où, en France, on augmentera les prés d’un tiers, nous aurons et plus de viande et plus de grains, et l’on arrêtera l’épuisement du sol.

Deux choses montrent que les prairies naturelles nourrissent le sol : c’est qu’elles peuvent toujours durer et quelles font toujours place à des récoltes magnifiques. Il n’en est pas ainsi des prairies artificielles. Si l’on abuse de ces dernières, on ne tardera pas à voir qu’à la longue elles épuisent la plupart des terrains. 11 faudrait en ces choses un esprit de discernement qu écarté l’esprit d’avidité venu de l’industrie. De même, si l’on persiste à détruire la grande propriété, les montagnes seront insuffisantes à produire la viande qu’il nous faut; nous en verrons le prix constamment augmenter.

Depuis 89, en France on a fait pire encore, on a détruit les bois pour faire de l’argent. L’atmosphère et le sol sont privés de leur précieuse action. On est allé jusqu’à défricher les pentes rapides. Les sommets se dénudent, et la terre en est descendue. Les eaux pluviales, au lieu de s’infiltrer le long des troncs et des racines pour produire des sources au pied des monts, courent sur le sol et

l’ordre social.

amènent les inondations ! La dénudation des montagnes amènera la destruction d’une partie du territoire français. Des bois sortent les sources , des sources naissent les prés , des prés viennent les engrais cl le labourage, d’où provient la fécondité de nos champs. Dans une partie de son sol, la France est menacée du sort de l’Egypte. Le désert a traversé la Méditerranée et gagne la Provence. Celleci , par exemple, ne trouvera plus sur les montagnes qui la limitent au Nord des châtaigniers semblables à ceux dont on a construit la charpente de la cathédrale d’Aix.

Les anciennes propriétés avaient de hautes futaies et de solides habitations. La race nouvelle s’est crue fort entendue en abattant ces bois sacrés pour en tirer de l’or, et même en démolissant les belles murailles pour vendre les matériaux. Sur plus d’un point , ces classes se sont conduites dans les grandes propriétés comme les bandes noires! L’esprit d’intérêt ne fait pas tout*. Sans la grande propriété qui, pendant tant de siècles a conservé nos bois.

(l) Ceux qui seront atteints par le déplacement du capital consacré au luxe, l'auront souvent mérité. Pendant que les gens du monde donnent l'exemple des jouissances, qui attirent les populations dans les villes, ils concourent économiquement au même résultat. Ces consommateurs,- ne refusant rien A leurs sens et A leurs caprices, font augmenter le salaire des ouvriers de luxe, allèchent de malheureux travailleurs, qui retombent bientôt sous le joug de la concurrence illimitée.

Ces mêmes hommes, dans les campagnes, mettent leurs fermes A l'enchère, pressurent le cultivateur, qui pressure leur sol A son tour. Faut-il s'étonner si le fils de ce dernier quitte la charrue pour un travail plus lucratif en apparence, et si, trouvant de part et d'autre la misère, il nourrit une haine contre ceux dont le faste insulte encore à ses souffrances? Le superflu de la rente attire partout le salarié. Ce superflu n'étant point employé à l'amélioration des champs, l’ouvrier les fuit et va dans les villes, où lui et sa famille rencontrent leur tombeau.

préservé nos champs et contenu les populations, le paysan eût détruit la France. Et c’est le sort que lui réservent tant de paysans endimanchés dont le nombre s’accroit par tous les négoces faciles.

Si l’Etat et la Couronne n’eussent conservé des forêts, nous voyons ce qu'il en resterait !

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