CHAPITRE VIII
La terre végétale augmente en raison du travail de l'homme.
Au premier jour économique, la Terre était, comme au premier jour biblique, inanis et vacuaj Dieu créait la liberté pour la remplir.
Informe et nue, les ténèbres couvraient sa face, les plantes n’étaient pas dans les champs, et la pluie n était point répandue sur elle : enim homo non erat qui operaretur terrant , ajoute encore la Genèse !
Le Globe sortit nu et sauvage du refroidissement géologique. Il était marqué pour les enfants de la liberté. Dieu créa tout en puissance devant l’Etre qui devait tout mettre en développement.
L’avance de la création, c’est la terre cultivable. La terre végétale est de formation et de conservation humaine. Les forêts n’ont donné que la première mise de fonds.
L’homme en a produit la couche toutes les fois que sa vertu y a déposé le travail et l’engrais. II l’a détruite dès que son vice est venu demander à cette terre plus qu’il ne voulait lui donner. La culture ne fut jamais l’art de créer quelque chose de rien. Le monde a été donné à l'ètre qui est le fruit de ses œuvres1...
(1) Il faut entendre ici par terre cultivable, celle que la culture et l'engrais sont appelés à rendre pleinement végétale ; et, par terre végétale, celle où
LE CAPITAL
Celui qui a étudié les choses à leur base sait que, après la mise de fonds donnée, l’homme a créé son sol; que le sol a créé le climat; que le climat a créé le sang ; que le sang a multiplié les nations, et que les nations ont élevé les âmes.
Et celui qui suivit les peuples pas à pas, sait que quand les âmes sont tombées, les nations se sont écroulées, le sang est redevenu pauvre, le climat inhabitable, le sol ingrat, et lapre nature, qui fit faire nos premières armes, occupe de nouveau la terre.
La Terre a été successivement couverte par les eaux, ^ par les forêts et par les hommes. Quand ils en ont mangé la couche jusqu’au granit, les déluges ont quelque-
la culture a rassemblé les éléments et les préparations nécessaires & la production. Un engrais primitif, formé du détritus des berbes ou des bois, fournit d’abord ces éléments, et le travail apporte ces préparations. Mais l'eugrais primitif n'est qu'une avance une fois faite ; il ne pourvoit qu'aux premières récoltes, et s'il n'est pas renouvelé, le travail seul ne tarde pas & épuiser le sol.
Sur ce point l'Amérique a pu faire illusion. Elle attendit plus de cinq mille ans la présence d'une civilisation; et les détritus accumulés par les bois sur son sol, y ont laissé en plus grande abondance celte première mise de fonds que nous imaginons inépuisable.
Toutefois ici-même, si l'homme s'abstenait d'apporter l'outillage, de construire des fermes afin d'élever des bestiaux pour entretenir la fumure ; s'il se bornait à tirer des récoltes du sol, cette fécondité, comme ailleurs, verrait bientôt à sa fin.
En fetirant à l'homme le Paradis terrestre. Dieu lui a précisément repris la terre très-féconde qui donnait beaucoup de produits pour très-peu de travail. Et ce que Dieu a retiré alors au sol, l'homme aujourd'hui est appellé A le lui rendre pour reformer la terre végétale. En disant : « D'elle-même la terre ne produira que des ronces, et tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, s Dieu ne laissa désormais qu'une terre plus ou moins cultivable, et l'homme la rendra végétale en proportion de ses sueurs. Elle ne lui donne rien pour rien, et celui qui prépare une vigne sait qu’il faut tout y apporter.
fois repris les continents. L’histoire racontera ses annales ; voilà celles que le Globe lui fait.
Mais l'homme nouveau veut-il connaître ce qu’il doit à l’homme ancien?