CHAPITRE LXIV
La bourgeoisie ne se sauvera qu'en quittant le libéralismo.
Il ne faut rien dissimuler: notre libéralisme n’est que la substitution de l’homme à Dieu dans toute la série
sociale. L’homme veut être à lui, pour se voir le seul maître dans la Société.
La démocratie sort du tronc du libéralisme ; et le libéralisme sort de la souche de l’orgueil. Au sein de nos classes moyennes, tout ce qui put échapper à cet esprit est resté bon. Et même, c’est ce qu’on peut dire de beaucoup de jeunes esprits répandus sur les étapes du socialisme. La vérité les reprendra, car ils ne surent ce qu’ils faisaient.
Les fils de la bourgeoisie sont nés au bon moment pour s’instruire. Déjà parmi eux un bon nombre ont montré d’autres idées que leurs pères. Il faut beaucoup attendre d’eux. C’est un trait de la Providence qu’ils aient rencontré pour leur éducation des établissements religieux...
Ensuite ce qui fait sérieusement espérer de l'élite de la bourgeoisie, c’est à la fois sa charité et la conduite de la Majorité en ce moment. Après ce qui se passait, après ce qu’on pensait, cela est absolument admirable. Vu les idées et notre perpétuel esprit d’opposition, on a fait une partie de ce qu’on pouvait faire. Mais de là à l’amendement du libéralisme, il y a loin! Il faudrait faire dans les consciences et dans la Foi le chemin qui, depuis deux ans, s’est fait dans la politique !
Toute la portion de la classe moyenne entachée de libéralisme se détruira. Au reste, elle est en ce moment à peu près ruinée dans l’estime du public. Les vices et l’esprit étroit qui l’ont empêchée, depuis cinquante ans, de remplacer la noblesse à la tète de la natioh, la précipitent de nouveau dans la foule1.
Au sein de nos classes moyennes, une envie à la fois con-
(1) Avant quinze ans, on ne verra que les mécontents et les gens de la rue soutenir les principes du libéralisme. C’est là qu'aboutiront les belles théories du iviii* siècle.
l’ordre social.
tre Dieu et contre l’homme, une jalousie égale à celle de la démocratie, un orgueil qui leur fait voir une aristocratie dans toute supériorité, dans la vertu, dans le talent, dans l’honneur, dans toute propriété de l’âme, rendent ces classes au dedans semblables à ce que le peuple est au dehors. Manquant à la fois d’abnégation individuelle et de soumission à l’autorité, elles tomberont sous les pieds des événements, moins par la vigueur du socialisme que par leur propre anarchie. Image du peuple, frappée au cœur du même orgueil, en le voyant, cette classe apprendra enfin ce qu’elle est, ce quelle a fait, et quel spectacle elle offre à Dieu...
Hélas ! le clergé n’ose point tout lui dire ; aucun homme ne se lève, il n’y aura donc que les malheurs qui puissent la rappeler à elle-même !
Le libéralisme est la plaie de la France.. II fausse tout, il courbe tout, il dénature tout. Nous avons une bourgeoisie qui a tous les instincts de la foule, et une noblesse qui a ceux de la bourgeoisie. Si rien ne s’élève et ne relève ce peuple, il nous entraînera avec lui, et nous serons la proie des autres peuples de l’Europe après être devenus pour eux un objet de mépris.
Elle périra, cette société où l’hpmrne écarte Dieu pour rester son seul maître ! entraînant la perle des âmes, elle va en sens inverse du but de la création!
En voulant éloigner les âmes de Dieu, elle jette un trouble tel dans les lois, dans les idées, dans les mœurs, dans le peuple, dans toutes les institutions, que de son propre fait, on la verra un jour, comme un homme ivre, se laisser tomber dans l’abime...
Ne pensez pas user du peuple de la France à la manière dont l’Angleterre a usé du sien ; n’espérez pas pou-
voir rester bourgeois, derrière des lois et une armée! Ce peuple a besoin d etre mené comme un guerrier ou comme ud saint. Ou bien il brisera tout, et tombera brisé lui-mèmc.
La bourgeoisie ne peut régner que le cœur assis dans les croyances religieuses. Qu’elle le sache bien : à celte heure elle porte en grande partie l’avenir de la France et de la chrétienté. Car les destinées du Catholicisme sont très-élroitemenl liées à celles de la France, et le sort de la France dépend en grande partie de l’aristocratie quelle saura se constituer.
Avec la Foi, la bourgeoisie unira le pouvoir civilisateur du colon anglais à celui du missionnaire français. Si toutes les apparences ne sont pas trompeuses, avec la Foi sa mission n'est pas achevée, elle commence. Mais, sans la Foi, elle ne laissera dans le monde que le souvenir d’un affront, suivi des traces de son sang...