CHAPITRE IL
Le peuple, de lui-même, ne se met pas en Société.
On ne veut point se rappeler que le peuple, c’est le gros de l’humanité, et que l’humanité est déchue. Partout il lui faut un sauveur, c’est-à-dire une liberté supérieure qui fasse, par son mérite et sa puissance, ce que la sienne ne ferait pas. De là les rois et les pasteurs.
Cette liberté supérieure est ce qu’on nomme l’Autorité. C’est elle qui établit les lois.
L’Autorité établit les lois, c’est-à-dire ce fait que n’établirait point la liberté vulgaire, que n’établirait point le peuple, par cela môme qu’il est peuple. Celte liberté là n’a jamais fondé d’empire. Pure , illimitée , telle qu’on la demande aujourd’hui, c’est ce qui maintient chez les sauvages l’absence de nation.
On ne passe en Société que par l’Autorité. Aussi,
l’a IllSTOC KAT1 K. 495
Aucloritas vient d'/iuctor. L’Autorité est citez les hommes l’auteur de la Société. Les droits des dynasties sur les peuples viennent de là1. Mais les hommes d’aujourd’hui croient que les nations auraient vécu, pendant des siècles, par elles-mêmes et sans l’Autorité!.
Toutes les bontés que Montesquieu a débitées d’un style admirable sur la démocratie, sont les contes de grand’mèrc de la philosophie. Le génie de cet écrivain n’est pas là. ÎN'os niaiseries du jour sur l’exploitant et l’exploité tombent sous le coup de la fable des Membres et de l'estomac..
Les nations ont été créées et non exploitées. Le genre humain s’est accordé à décerner la gloire aux fondateurs de dynastie et meme aux Conquérants !
Et si vous n’aviez pas consommé le capital comme uu fruit de l’exploitation, la foule ne se croirait pas exploitée ! Le travail sait parfaitement que, partout, il a reçu le salaire plus exactement que le capital n’a reçu sou prolit. Ce sont les vices qui ont fait des hommes des exploitants et des exploités.
La foule a demandé le capital quand elle l’a vu s’écrouler dans la jouissance. Car la foule a droit, non au capital, mais à ce que le Capital existe. Or, le capital aujourd’hui se dissipe; il s’écroule avec l’aristocratie.
D’ailleurs, lorsque l’aristocratie n’a plus la force d’exister, par les mêmes causes le capital se détruit. Le capital, CHEZ LES NATIONS, EST^ TOUJOURS EN PROPORTION DE LEUR
aristocratie. Autre loi identique: La vertu, chez les
(i) « Romulus. remarque d'Aguesseau» fut créateur d'un grand empire, non pas en rassemblant des peuples dispersés et en détruisant plusieurs dominations déjà faites; mais, par une véritable création, tirant compae du néant une nouvelle société, il sauve la vie à des brignnde et leur inspire U vertu. *•
peuples, est toujours en proportion de l’aristocratie. Autre loi, conséquence des premières: La grandeur chez un peuple est toujours en proportion de l’aristocratie.
Pourquoi? Parce que les peuples reçoivent de leur propre aristocratie le capital, la iumière, l’exemple, et conséquemment la grandeur.
Il n’existe pas plus de peuple sans aristocratie que de corps animé sans tête. Un peuple ne commence à venir au monde que quand il a la force de donner naissance à une aristocratie. La France ne sauvera son peuple qu’en refondant son aristocratie par la vertu.