CHAPITRE XX
Le clergé en France.
Et d’abord nous ne parlons que du Clergé. En ce moment, l’Eglise, est comme le soleil : malheur à qui ne la voit pas! Mais un fait que nul ne conteste, c'est que les quatre-vingt mille prêtres de France sont, à tout prendre, les quatre-vingt mille hommes les plus parfaits, les cœurs les plus nobles, les citoyens les plus utiles que renferme ce pays.
chantaient comme un cantique nouveau ; et personne ne pouvait chanter ce cantique que ceux qui ne sont point souillés, parce qu'ils sont vierges, Ce sont eux qüi suivent l'Agneau pabtoot oo il va : ils ont été rachetés d 'entre les hommes pour être les prémices offertes & Dieu . ... •
Apocalypse de saint Jean, cbap. H.
Quelle vertu n’onl-ils pas professée? Quelle vérité n’onlils pas dite? Quel mal n’ont-ils pas attaqué?
Où est la révolution qu’ils ont amenée, où est la misère qu'ils ont produite; et, sans eux, où en seraient-elles l'une et l’autre? Il suffit que l’erreur sous tous ses noms, que le vice sous toutes scs formes, se soulèvent contre eux, pour que l’on sache ce qu’ils sont !
Pour connaître l'importance et la dignité du Clergé, voyez les hommes qui l'attaquent! lia contre lui-loutcs les passions qu’il condamne. De là vous avez le nombre de scs ennemis.
Celui qui n'appartient pas à la vertu est constamment travaillé par sa conscience. Pour lui, il est dur qu’une doctrine vienne encore en doubler les cris au dehors, et ajouter au tourment secret que sans cesse il espère élouflcr. Celle rage contre des hommes paisibles, qu’on ne pouvait expliquer, vient uniquement de là. Les combats de l'homme contre l’Eglise sont une suite des combats qu’il livre à sa conscience; et sa haine du prêtre est en raison de la douleur qui lui vient du remords.
II y a une autre remarque à faire: ce sont précisément ceux à qui manque la vertu qui ne voudraient point réfléchir que les prêtres sont des hommes. Sont-cc les cœurs vertueux, sonl-cc les saints, qui les accusent?
On ne pourrait accuser les prêtres que de trop de condescendance envers nous. Il faut songer que le Clergé est toujours quelque peu victime de nos mœurs et de nos habitudes d’esprit, car la charité le conduit dans toutes les régions qui pourraient se soustraire à sa lumière. L'Eglise a des princes pour parler aux princes, des évêques pour parler aux grands, des prêtres séculiers pour se mêler aux riches, et de simples curés se rapprochant du
L ARISTOCRATIE
pauvre de manière à le soulager par leurs exemples et leurs bienfaits. De même, elle eut scs prèlres dans le siècle, parlant science, lettres, commerce, presse et liberté avec noos, qui n’entendions que ce langage. Car au fond, elle abhorre tout ce qui nous éloigne de Dieu.
Etudiant, depuis deux siècles, les idées de notre esprit, afin d’y pénétrer, empruntant même, pour nous parler, le langage qui attirail l’admiration des hommes, le Clergé s’est trouvé sans le savoir à notre point de vue du monde. 11 a pu mémo réduire sa science si vaste en abrégés arides cl étudier la rhétorique, quand il vit que la vérité plaisait moins quo les ornements du langage...
Dès ce moment se prépara la grande catastrophe; car on passa de tous côtés, sans s’en apercevoir, du point de vue divin au point de vue de l’homme.
Les vérités apportées par le christianisme semblèrent alors contracter à nos yeux quelque chose de faux, cl les erreurs qu’il avait renversées prirent un aspect de vérité. La Révolution, dès ce jour, était fondée dans les esprits.. Elle s’emparait de nos facultés et ne livrait aux enseignements du christianisme qu’un homme entièrement hostile.
Méthodes, philosophie, sciences, érudition, littérature, peinture, musique, architecture même, les places étaient prises par l’ennemi. Si bien que, tout en gardant intactes les frontières de la Foi, lo Clergé se trouva un jour au milieu d’un royaume vide.
L’elTort de votre calomnie vint alors le bannir du peuple, et vos fausses sciences, de l’opinion. Puis, voyant son pouvoir s’éloigner, vous poussiez tant de cris sur ses empiètements, que sa réserve naturelle, autant que vos honnêtes lois, l’ont écarté de toutes parts. Maintenant de toutes parts vous croulez...