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CHAPITRE XXI

Deux efforts à solliciter du Clergé.

Si l’on avait le droit de réclamer de nouveaux efforts de celui qui déjà s’honore par tant de sacrifices, il est deux avis qu’on oserait présenter au clergé.

Le premier serait d’ôter, si faire se pouvait, les Abrégés des séminaires, de manière à les remplacer, tantôt par la Somme de saint Thomas, et tantôt par les grands et radieux travaux des Pères.

Le temps manque, le monde croule, on se hâte d’envoyer de tous côtés des ouvriers qui le soutiennent et l’on a recours aux Abrégés. Par malheur X Abrégé produit . sur l’esprit des jeunes lévites, un effet analogue à celui des Manuels de Baccalauréat sur la génération présente.

Il met en jeu la mémoire, mais sans reproduire la pensée.

Il ne fera ni vivre ni grandir un esprit.

Aussi voit-on les Ordres religieux et quelques prêtres séculiers rentrer avec ardeur dans l’étude de la théologie dite scholastique. L’esprit puise là ces idées sublimes qui impriment un élan à l’esprit, il trouve là ces points de vue magiques qui sont autant de sources de lumière pour éclairer tout l’horizon. Les natures philosophiques exceptionnellement douées peuvent seules échapper à l’empreinte du médiocre, dont l’Abrégé frappera toute intelligence. — Mais, dira le clergé, il me faudrait les trois

choses que je n’ai plus : le temps, les vocations et les ressources.

— Le temps approche, le temps s’avance où ces trois choses vous reviendront... L’Abrégé ne sera plus alors qu’un livre de classification ou qu’une sorte de sommaire offert à la mémoire. Les conclusions suffisent à transmettre le vrai, mais non à déployer l’esprit. L’enthousiasme est aussi utile à la vérité qu’à la pratique. 11 faut opposer aujourd’hui cette flamme à la furie d’orgueil qui meut la pensée actuelle. La vérité sans la lumière est comme une éclipse de soleil. Le feu sacré s’éteint, l’admiration s’évanouit, l’esprit va toujours en baissant, et l’on voit s’effacer l’une des deux grandes marques du prêtre catholique.

Il importe en outre au clergé de connailre l’économie politique', sinon pour l’enseigner, du moins pour en être informé. Le Clergé doit enfin savoir que c’est lui qui crée la richesse en Europe, et qu’il en porte en réalité la substance. C’est le fait capital de la civilisation : comme il n’y aurait pas de production sans que le capital soit uni au travail, pas de capital sans moralité, et pas de moralité sans le clergé, c’est du clergé que sort la Richesse.

En premier lieu : l’esprit de la Renaissance ou de l’Université, a pénétré dans les séminaires. On y donne trop d’importance à la rhétorique, aux dépens de la simplicité du cœur, qui est l’éloquence même; et l’on devrait réserver pour la haute Théologie une part du temps consacré aux mathémathiques. Sans doute, la manière de parler touche plus l’auditeur que les choses mêmes qu’on lui dit. L’avocat, le prédicateur et le publiciste, s’ils empruntent le langage du jour, ne s’aperçoivent point qu’ils disent tous trois la même chose ! Laissez-vous donc traiter

de barbares par ceux qui le sont. Quand on a la vérité divine, on possède la vérité scientifique et la vérité littéraire! L’Antiquité fournit de bons modèles; mais les vôtres ne sont point tous là. Les plus grands sont chez vous, dans ces saints que chérissent vos cœurs.

En second lieu: il ne faut pas qu’un membre du Clergé ignore la merveille qu’il apporte en ce monde, savoir, une Société sans esclaves ! L’Economique dévoilera ce fait, ce fait que la divine loi produit tous, les jours par ses modestes mains ! Do chaque vertu cardinale qu’il a assise en nos mœurs, de chaque loi morale qu’il a fondée en notre esprit, le Clergé verra le fruit correspondant qui se présente sur la terre. Or, l'homme comprend mieux ses intérêts que les idées métaphysiques. Quand il verra tout l’ordre économique reposer, point par point, sur l'ordre dogmatique, il tiendra en haute considération ce dernier. La religion ne lui semblera plus une abstraction. Car le peuple va terre à terre pour suivre un certain bon sens pratique, depuis qu’il ne se laisse plus éclairer par le bon sens divin.

It verra les vertus économiques, comme des ombres, descendre des vertus sacrées que le Dogme érige en notre âme. Non-seulement le Clergé paraîtra fonder visiblement la vie pratique, comme il l’a réellement fondée en créant la vie mystique, mais encore il s’avancera cl portera dans la vie publique ce pas qu’il lui est impossible de ne point faire aujourd’hui... Qu’il laisse toute politique, qu’il se hâte de monter plus haut prendre l’empire.

Par la direction économique, c’est-à-dire chrétienne, qu’il imprimerait à nos propres mœurs, il lierait les intérêts matériels aux intérêts moraux, que la fausse science a bien par malheur séparés. Il ne nous laisserait pas à la

L ARISTOCRATIE

merci dn pouvoir civil et politique, devenu le seul initiateur, et, avec les moyens dont il dispose, prêt à tout pcrJrc pour sauver ce qui reste de nous.

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