‹ Restauration françaiseChapitre 144 sur 197 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L'ordre économique ne peut se diriger sans le Clergé.

Le Clergé n’a-t-il pas trop respecté la liberté humaine en restant dans le champ de la morale, pour laisser les conséquences civiles et politiques à l'homme? Sans doute en lui prescrivant le bien, il lui a dit tout ce qu’il devait lui dire: le bien su (lit à nous conduire au Ciel en nous faisant passer où il faut sur la terre.

Mais le Clergé doit s’apercevoir qu’on est si incapable de tirer sans lui les ccnséquenccs, qu’on revient précipitâmes au paganisme pour consulter la chair, line iJée vient chaque fois que l’on ouvre un livre d’économie politique : c’est qu’il importe au Clergé de connaître, non d’après les abrégés, mais d’après les hommes de génie qui en ont successivement éclairé les grands points, cette " science inouïe, plus pleine encore des merveilles du Christianisme que les sciences historiques elles-mêmes !

Que le Clergé découvre enfin l’étendue de sa gloire ! Qu’il sache que si l’Europe lui doit son existence, scs lumières, scs arts, ses hôpitaux, scs monuments, ses collèges, son agriculture, la plupart de ses villes, de scs roules, de ses ponts, de ses arts et métiers, de ses lois civiles et criminelles, de sa politique, de ses gouverne-

ments, parce quelle lui doit sa vertu ; qu’il sache, dis-je, qu’elle lui doit positivement le pain dont elle se nourrit ! Quelle compte, cette vieille terre d’Europe, les populations que porte maintenant son capital, puis, quelle se rappelle le chiffre que ses quatre mille ans n’avaient encore pu dépasser au temps de César ! Que la religion démontre à l’homme grossier de nos jours, combien ses intérêts en ce monde dépendent de ses intérêts dans l’autre ! Mais l’Eglise dira ces choses le jour où elle le jugera convenable..

L’individu auquel nos pauvres Saint-Simoniens avaient donné le nom de père, écrivit cette idée, qu’il faut lui laisser rendre à sa manière : « Je blâme un des plus » grands fils de l’Eglise, égaré selon moi, d’avoir voulu » faire entrer l’Eglise dans le monde par le bas seule- » ment; tandis qu’il faut faire rentrer le monde dans » l’Eglise, avec ordre, appelant d’abord les premiers du » monde, ensuite les derniers, pour modifier, s’il y a » lieu, cet ordre du monde dans l’Eglise même. L’Eglise » ne s’est pas contentée de conseiller au maitre l’amélio- » ration de l’esclave, elle lui a conseillé de l’affranchir. » L 'affranchissement était une condition de l’amélioration » de l’ouvrier antique. »

Alors cet écrivain, ne sachant pas que c’est, au contraire, l’ amélioration de l’ouvrier qui était la condition de son affranchissement, conseille à l’Eglise de prêcher Y association, comme condition de l’amélioration de l’ouvrier moderne. Ignorant toujours que l’affranchissement découle de la propriété, laquelle découle de la vertu, et non de l’association , qui la suppose , cet esprit trop naïf se représente tout ce que peut l’Eglise, et lui crie que, « comme aux barons féodaux, elle doit offrir aux barons » industriels le rachat de leur âme pour leurs millions

> consacrés à l’œuvre de ('association ! L’Eglise ne con- » verlira pas tous les barons, mais il s’élèvera du fond de » nos fabriques empestées et de nos mines étouffantes » un concert de bénédictions pour la bonne mère du » pauvre, de l’esclave du siècle. Alors croyez-vous que » nos bourgeois philosophes, que nos diplomates incré- » dules oseront s’opposer à des synodes, à des conciles » où s’agiteraient les principes de cette société nouvelle? » Croyez-vous que la foule libérale, qui aujourd’hui » répète avec M. Dupin : Or, contenons l’Eglise, elle » veut encore nous envahir ! ne s’écrierait pas : Gloire » et place à l’Eglise! elle parle au nom de Dieu, car elle » vient unir le pauvre au riche, le serviteur au maître, » tous les hommes entre eux1 ! »

Homme obligeant, l’Église prêche l’association depuis dix-huit siècles ! puisqu’elle prêche la vertu, avec laquelle l’homme produit, et la charité, avec laquelle il découvre un frère en tout homme. Et si ces rêves économiques sont à cette heure impraticables, c’est que l’homme cesse de l'écouter. C’est à l’orgueil qu’il faut vous en prendre; au lieu de vouloir que l’Eglise, de vive force, fasse reconnaître tous les hommes pour bons.

Comme au jour de la Chute, vous voudriez être Dieu ! vous voudriez l’immortelle vie, sans passer par Tes conditions qui y mènent ! Mais vous ne ferez pas un seul pas en économique avant de l’avoir fait dans la Foi : L’épee flamboyante est encore aux portes d’Edeo.

Sensible aux souvenirs des Patriarches, rappelant la voix des prophètes contre les villes de trafic, le Clergé

(I) Imprimé en 1845, par le l’ire des Saints-Simouieus. dam des lettre* adressées & M. Guizot.

a. raisç. 22

saura flétrir les juifs nouveaux. 11 saura condamner la cupidité, qui universalise le commerce, et l'industrialisme, qui affame et pourrit les populations! 11 dira aux hommes d’aimer les champs, que Dieu leur a donnés pour recueillir le travail et faire croître la famille à jamais sous sa bénédiction... Alors, « du fond des fabriques empestées et des mines étouffantes » s’élèvera le concert dont parle le bénévole écrivain.

Page 1