LE ROI
Tout est dit! Contre l’orgueil, le despotisme; pour échapper au despotisme, le Droit divin.
La souveraineté de Droit divin correspond à la dignité et à l’heureuse obéissance des hommes; la souveraineté
l’aristocratie.
du peuple, à leur honte et à leur orgueil révolté. Que les hommes y réfléchissent : le Droit divin est l'unique moyen d’éviter à cette heure un despotisme militaire ou de lui échapper un jour., si, toutefois, la Providence veut encore être assez miséricordieuse pour sauver ceux qui se refusent au repentir.
Le Roi est une personnification des droits de la nation entière. Du même acte il rétablit tout, l’ordre, les mœurs, les libertés, les droits et les principes, parce qu’il est le principe du droit se substituant à l'absence de tout principe et de tout droit.
11 en est le faisceau vivant. Toucher au pain d u peuple, c’est blesser le Roi dans ses entrailles ; entraver l’extension des aristocraties, c’est le frapper au cœur ; et attenter aux immunilésde l’Eglise, c’est offenser la prunelle de ses yeux. Il est père. 11 est, dit la Sainte Ecriture, le ministre de Dieu pour le bien !
Celui qui en appelle au peuple1, renvoie le peuple dans la barbarie.. Pour le salut du peuple, Roi désiré, rentrez du premier pas dans toute la majesté du principe de la Souveraineté ! Non par biais, mais par un aveu solennel et dans la force de la franchise ! C’est l’ascendant moral qui a toujours agi, plutôt que la répression. On ne connaît point la foule : elle courbera d’abord la tête avec étonnement, ensuite avec reconnaissance. Ramener les libertés pratiques par la puissance de l’au-
(1) Le Roi ne saurait (aire d'appel au peuple ; il atteud au contraire que le peuple l'appelle! C'est nous qui nous perdons...
Par respect pour son droit, par respect pour nous-mêmes, il se regardera comme exilé aussi longtemps que la patrie ne lui aura pas tendu les bras.
Il est le droit, il ne doit pas se soumettre à la force : il est la paix, il est la délivrance, il ne doit [tas venir de la Révolution.
torité, est le moyen d'étouffer la liberté menteuse et chimérique de la Révolution.
Le Roi est le souverain. Si on balance sur le mot, tout est perdu., il faudra arriver à un système parlementaire, c’est-à-dire en définitive à la souveraineté du peuple reconnue au moins dans le pacte, et procédant à la création de la loi. Or, que devient le principe de la Légitimité si celui de la souveraineté du peuple subsiste?.
Lorsque l’assemblée sera contraire au Roi, inévitable dénouement, laquelle des deux souverainetés cédera? Si la souveraineté du peuple casse la souveraineté du roi, plus de nation. Si la souveraineté du roi, comme en 1830, casse la souveraineté du peuple, une révolution... Voilà l’écueil! Sachez-lc bien, en abolissant les assemblées purement parlementaires, vous n’enlevez rien d’utile au pays, et d’un seul coup vous enlevez sa tète à la Révolution.
Que tout gouvernement soit représentatif, pour exprimer et garantir nos intérêts moraux en même temps que nos intérêts matériels ; et non parlementaire, pour remettre d’aussi grands intérêts tous les jours en question !
11 ne saurait pas plus y avoir, au fond, de gouvernement parlementaire que de société parlementaire ou de famille parlementaire : on ne parlemente pas sur les conditions de la vie. Chez nous, d’ailleurs, ces gouvernements-là ont fait sortir de terre toutes les ambitions et toutes les erreurs.
Vous, Girondins', hommes de l’illusion, qui tenez si
(I) Que de boune foi pour nous dire: » Nous sommes ceux qui depuis o soixante ans, CHERCHENT, dans la conciliation du pouvoir monarchique » et de la volonté nationale, les conditions de la royauté modçrne !» — Oh I oui, ils cherchent, et c’est la ruine que nous trouvons I
Le même grand écrivain ajoute : » Nous ne reconnaissons pas h la Royauté
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éperdument au principe de la souveraineté populaire, restez en république, vous verrez jusqu'où vous irezl Mais s’il vous faut aussi le principe de la souveraineté royale, prenez-le donc, et n’allez plus, par un système qui crée des trônes à l’orgueil et nourrit la rébellion, placer la lutte dans le sein même de l’Etat. Si le peuple est le souverain, pourquoi a-t-il besoin d’un roi? Mais s’il a besoin d’un roi, qu’il sache donc lui obéir! tous les raisonnements ne pourront sortir de ce fait.
On nous gouverne depuis trop longtemps avec des équivoques et avec l’implacable abstraction des lois : Que la Dation sente enfin battre contre elle le cœur d’un homme !
Mais le Roi ne reviendra que par le fait d'une irrésistible puissance, d’un invincible entrainement. Il aura donc la latitude de rentrer dans tous les éléments de la Souveraineté, comme un sauveur. Et cela, ouvertement, franchement, hautement ! le péril le commande.
Du premier moment tout est gagné ou tout est perdu ! Ceux qui prendront sur leur conscience d’offrir un conseil opposé au Roi, ne le serviront aujourd’hui que pour le perdre demain. Avec double malheur : celui d’avoir montré de la faiblesse et celui de se voir contraint de violer des serments. Au jour de la pratique, il faudra bien, ou servir les principes de 89, c’est-à-dire la Révolution, ou venir pour la dominer.
Nous imposions des conditions aux gouvernements révolutionnaires. Ils ne sauraient être en effet contenus que par les poursuites de l’opinion ou par les chartes qu’on
» de droit anlérieur à la volonté nationale I • — Or quand cette nation et cette volonté u 'existaient pas encore, et que ta Royauté vouait pour la Couder ?.. O professeurs d’histoire I
exige deux. Ces sortes de pouvoirs n’offrant aucune garantie, les hommes dans le simple droit de défense, ont très-bien fait de les lier par des obligations.
Mais quelle ne serait pas l’imprudence d’en agir de la sorte avec un pouvoir que l’on lient de la main de Dieu , et qui vient exercer parmi nous une autorité paternelle?
Au reste, nous n’aurons pas à marchander. L’erreur nous conduira plus bas que l’on ne pense ! Dans celui que la Providence daigne nous réserver, nous serons trop heureux un jour de retrouver, comme subitement, tout ce que nous aurons perdu : nos biens, nos droits, nos libertés, notre sécurité, peut-être la grandeur, le prestige et la gloire...
Répélons-le, à notre confusion : nous ne pouvons rien encore; nous sommes tous trop avant dans l’erreur. Pour relever l’ordre social, il est besoin d’avoir la vérité entière ; or elle se montre à peine sur le seuil de nos cœurs ! Au lieu d’assurer le retour du Roi, nous traînerions encore la Révolution derrière nous. Apportons-nous des torrents de lumière pour dissiper la nuit dont l’époque est enveloppée? Nous voyons toujours des progrès où il n’existe qu’une décadence effrayante...
Ce n’est point le Roi, c’est la France qui se fait attendre.
C’est nous qui ne sommes pas prêts. Voulons-nous que le Roi arrive dans l’isolement, et qu’il rentre dans la position que l!on faisait à Charles X? La plupart des amis du Roi feraient eux-mèmes le vide autour de Lui par leur opposition, dès qu’ils s’apercevraient qu’il nous rapporte la vérité en politique.-. En ce moment, ne tentons pas ce jeu
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terrible! le Roi est pour la France le dernier moyen de salut... Aussi bien, de nouveaux malheurs, issus des utopies de notre orgueil, viendront un jour achevfer de nous éclairer.
Nous sommes restes pris dans des principes faux d’où nous ne songeons même pas à sortir. Nous avons à comprendre, d’abord que la Foi, et la Foi seule, peut vaincre la Révolution; puisque celle-ci, en toutes choses, est l’erreur radicale, est l’erreur absolue.
A celte heure, peu d’hommes ont assez de génie pour le voir. La Révolution est un vaste mensonge qui produit sur l'imagination française l’impression de la vérité.
Que les consciences reviennent donc se placer une à une dans la vérité catholique, dans la vérité politique, et dans la vérité économique. La Foi, voilà notre arme véritable! Retrempons-la dans la vertu, faisons la briller par l’exemple , et nous pourrons ouvrir passage au Roi. Ilàtons-nous ! le retour aux principes , les œuvres et l’exemple sont politiquement les seuls moyens de sauver promptement le pays.
Pour vous, Roi désiré, laissez agir la Providence; mais quand son jour sera venu, rendez-vous maitre irrémissiblemenl de la Révolution ; tarissez-en toutes les sources ! Vous aurez plus tard le loisir d’exercer votre bonté et votre paternité sur les hommes. Ne perdez plus de vue l’exemple de Louis XVI !.. Les Français sont méchants depuis que les Bourbons leur montrent trop de patience et de grandeur.
Avec l’Evangile comme avec l’histoire, vous entrerez dans la doctrine conte nue en ces mots : tout pour le
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peuple, ah ! la charité lo demande! rien par le peuple, la nécessité nous le dit! Certes, tout pouvoir vient de Dieu, mais il vient de Dieu pour le peuple... 11 vient de Dieu pour ramener le peuple à Dieu.
Le peuple manque à la fois d’autorité, de direction , de sagesse et d'intelligence. Le faire maître, c’est vouloir s’en rendre maître., puis le livrer sur l’abîme à la trombe de son orgueil. Le faire maître, c’est l’envoyer par le chemin de son ivresse au despotisme et à la mort. La souveraineté du peuple n’est que le suicide d’un peuple...
Pour garantir sa liberté, pour maintenir sa noble indépendance, l'homme doit n’obéir qu’à Dieu. Lt Dieu ici, choisissant les pasteurs — qui recevront son droit, — « s’explique, dit de Maistre, par son ministre au depar- “ tement de ce monde, le temps. » Les Dynasties ne durent que parce quelles sont voulues de Dieu. En l'écartant, en mettant la souveraineté dans l’homme, la Révolution enleva ce qu'il y a de sacré dans l’autorité, de digne dans l'obéissance.
Ah ! il faut le Roi à ce peuple; la mer se passerait de ses rivages et non ce peuple de son Roi ! Les fléaux descendaient sur notre pays à mesure qu’on égarait ses Princes; et quand on les lui enleva, il tomba , comme un captif, aux mains de tous scs exploiteurs.
Qui, d’un cœur généreux et d’une résolution souveraine, le garantira désormais des accapareurs de crédit, des propagateurs d’industrie, des créateurs d’emprunts, des fondateurs de monopoles, des destructeurs de sa Foi, de ses mœurs, de son pain, de son sang, et de son territoire?. Le Roi seul, ce vrai Roi, l’àme et l’espérance du peuple, peut réussir à ce que la Société, faite par les aristocraties, ne soit pas faite uniquement pour elles; et
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que la masse des hommes, qui n’est rien dans l'action, soit tout pour le but et la direction.
Le Roi nous dit : Je suis le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, lui qui n’est pas pasteur, ne voit pas plutôt venir le loup, qu’il abandonne les brebis et s’enfuit. Le loup emporte et disperse le troupeau. Pour moi, je suis le bon pasteur; je connais mes brebis, mes brebis me connaissent, et je donne ma vie pour elles....
Qu'il sera puissant, ce Roi, qui saura qu’il a charge dames vis-à-vis du peuple, et, "comme père, charge des intérêts du corps! Qu’il sera puissant, ce Roi, le soutien de la Foi, l’exemple des aristocraties, le rêve de son peuple!... El que la France ne porte les yeux ni à droite ni à gauche ; c’est à elle que la Providence, dans sa haute bonté, a donne la Dynastie sans pareille... Dieu protéija lu France! il lui garde, à travers ses égarements, l’héritier légitime de ses soixante Rois.. On n’apprend pas à régner, le poêle n’apprend pas à écrire, Di le cœur à aimer : on règne ou l’on écrit comme on porte le cœur !
Janvier 1851.