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CHAPITRE III

De la gravitation des peuples.

Quoi ! le Christianisme lui-mcme n’a pu être porté par tous les peuples qui l’ont ejnbrassé ! Il semble que les divers protestantismes, profond sujet de chagrin! n’en ont gardé que ce qu’ils en pouvaient prendre1... Riais, dans certaines directions, ont-ils moins vite marché que nous, bien que par une voie détournée? Que les économistes en décident.. Le jour où les protestants nous retrouveront, il est possible qu’ils soient presque aussi avant que nous, non pas bien entendu dans la grâce, mais dans la nature humaine, tout en n’ayant marché qu’avec les débris de nos dogmes. Rappelons-nous que les Romains ont été aussi promptement convertis par S. Paul que les. Hébreux eux-mèmes!

Dieu a-t-il préféré voir ici sa vérité réussir peu à peu, plutôt que de la voir cchouer sur trop de points à la fois? Dieu est le Dieu de la création. Il soutient la vérité, il l’inspire où elle est toute pure; il lui déclare qu’effectivement rien hors d’elle n’est sauvé ; enfin il lui assure et lui donne

(1) On n'en accusera pas Dieu . peut-être I mais bien notre retour A l'orgueil.

appendice. 453

l’immortalité. Mais il laisse la liberté revenir à ses commencements, lorsqu’il voit qu'elle ne saurait mieux faire. Il protège ainsi ceux qui viennent après la cohorte d’élite; c’est toujours du chemin fait vers lui. Quand nous serons à la fin de ce monde, il faudra pourtant croire que tout y fut conduit pour le mieux !

Ceci semble tellement selon les faits', que Dieu , voyant les peuples s’engager dans le paganisme, attendit quatre mille ans avant de donner l’Evangile. Durant toute l’antiquité, il n’appela que la race d’Abraham à la connaissance de la Loi qu’il rendit à Moïse. Le Christianisme n’a pu exister tout d’un coup ; il est absolument comme le genre humain. Telle est la faiblesse de l’homme aux prises avec la force éternelle de la vérité !

Voici, toutefois, l’impression que laissent les nations protestantes : Leur nature grandit souvent par l’efTet du baptême, bien quelle reste piquée du dard do l’orgueil, et par là seul exposée à périr... Les Allemands, par exemple, montrent plus de facilité à s’élever par la pensée, ou dans le sens de l’idéal. Mais on voit que les catholiques s’élèvent par le cœur, ou du côté du réel ! N’entraînant avec eux ni la charité ni la spiritualité, les peuples protestants voient plus aisément dans les régions philosophiques de la pure pensée. Les catholiques, sur quelques • points , semblent moins avancés, parce qu’ils mènent tout l’homme de front.

(I) Scion les fails! c'est-à-dire, selon ce que l'homme a voulu faire 1 Car, selon le dogme, ce serait un abominable piège de prétendre que l'erreur est un commencement de vérité. La vérité est absolue, deux et deux ne feront jamais cinq : son premier droit, sa première vertu est nécessairement l'intolérance. Seulement, en venant à l'homme, la pratique rencontre la charité.

a. rxAnc. 29

APPENDICE

Ne croyons donc pas en retard ceux qui en sont où en est le cœur. Le cœur marche avec toute la nature humaine. La création en est encore où il en est lui-même, car c’est lui quelle conduit au Ciel !

Notre esprit n’est que l’homme. Jusqu’à un certain point, il a dû vaincre la chair, qui n’est que la nature. Mais notre cœur doit hériter de la victoire de l’esprit sur la chair. 11 faut d’abord que l’homme obtienne l’esprit, c’est-à-dire lui-même; et il le constitue en s’opposant à la matière. Mais notre esprit n’est que le moi; et lorsqu’il est formé, c’est pour s’offrir à l’Infini.

La Charité doit succéder à tout. La vertu commence l’homme, et l’amour le finit. De là la phase contre la chair , et tant de peuples qui n’en sont pas délivrés. De là la phase contre le moi, et toutes les nations modernes qui n’en sont pas affranchies. De là la phase pour le cœur, qui serait l’époque définitive de la terre : toujours si la Providence veut être assez miséricordieuse pour sauver un monde qui se perd et qui n’a point de repentir...

Dieu veuillequ’un jour les peuples, après tant dedélours, soient étonnés d’avoir gravité vers l’Eglise, dans laquelle ils se rejoindront !.. La nature humaine pouvait-elle mieux faire? Certes! elle pouvait ne pas tomber dans le protestantisme, comme Adam ne pas tomber dans la Chute. Mais l’a-t-elle fait?.. Pour certains peuples, il en est à Icgard de leurs religions caduques comme de tous les peuples à l’égard de la Chute, dont l’histoire du monde ne fait que suivre la donnée.

Tous les hommes ont le pouvoir de se perdre : qu’ils considèrent dans l’Infini, la gloire incomparable qu’ils auront à se sauver !

APPENDICE

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