CHAPITRE II
Profonde sagesse des faits.
11 fallait bien que la France restât catholique, pour qu’un jour le monde le fût. Mais remarquez tout le dégât fait en dessous. La France, comme les Alpes, offre des sommets radieux, mais aussi des gouffres sans fond.
La France est-elle pleinement catholique? Il faut dire quelle est voltairienne et janséniste. C’est nous, il est vrai, qui donnons au monde des missionnaires et des saints; mais les Anglais, les Allemands et les. Russes ont conservé chez
(1) Ne cite-t-on pas aujourd'hui en Syrie de subites et nombreuses couversions au Catholicisme? Non de là nouvelle Edition.
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eux beaucoup plus de vertus de famille. Nous rougirions devant tous les peuples, sauf devant ceux qui restent des décadences de l’Antiquité. On dirait, en présence de tels faits, qu’il eût mieux valu bien accomplir une religion médiocre que de n’en pratiquer aucunement une parfaite1 2; mais l’issue prouvera que ce serait la une erreur.
La création est difficile à cause de l’homme. C’est parce que l’Eglise porte la vérité pure, que nous ne pouvons lui faire un crime de u’ètre pas entrée de plain-pied chez tous les peuples à la fois, ou de n’y être pas demeurée.
Sachons voir, par exemple, que la grande hérésie d’Arius et toutes celles qui dévoraient l’Orient, n’ont été détruites que par Mahomet. Sans celle main de barbare, peut-on savoir où tout pouvait aller? Alors « des peuples fétichistes, anthropophages, idolâtres, ont été relevés à la croyance de l’unité de Dieu par l’Islamisme. »
L’Evangile a donné sa parabole de la vigne du Seigneur, où tous sont venus cultiver à diverses heures, comme ils pouvaient. Cette même pensée* laisse entrevoir l’histoire de la Perse, de l'Asie mineure, de la Syrie et de la côte africaine. Une seule observation la fera mieux comprendre : ces peuples ont été en partie formés par les restes des civilisations antiques. Le Christianisme a dû
[1) Il est A remarquer eu outre que le sensualisme du xviii* siècle a pris fin plutôt chez les protestants que chez nous. Mais cela tient au jansénisme qui parmi nous étouffait tout.
En Angleterre, en Allemagne, surtout, sc réveillait le spiritualisme qui a produit une si remarquable poésie, lorsque nous avions encore pour penseurs Garat, Voluey, Cabanis, avec la littérature de l’Empire. Mais on a vu, chez nous, jaillir de la foule lu dévouement miraculeux des Sœurs de Charité. Elles surgissaient des points sur lesquels régnait le Catholicisme.
(2) t En Orient le christianisme a métapbysiqué, bavardé pendant cinq siècles. Mahomet est venu et l’a fait taire. « — Lettres de M. Enfantin.
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sans doute commencer dans le sang^nouveau. Les deux peuples d’Europe qui étaient le plus entachés d’antiquité, offrent la population dont l’esprit de superstition a le plus résisté à l’esprit du christianisme, bien que ce soit précisément sur l’Italie et sur l’Espagne que ce dernier ail le plus porté ses forces extérieures.
Le christianisme, peut-être, n’entrera vivant au Japon et ailleurs que lorsque des masses de chrétiens vivants iront porter leur sang dans les veines épuisées de ces peuples. Il n’a été donné à la vertu de commencer des races que chez nous, loin du soleil et de toutes les avances faites par la nature aux premiers humains. Désormais la race cérébrale a fait trop de progrès pour qu’on puisse ramener un peuple à notre degré sans le faire participer de notre chair. Malgré ses efforts, sa vie, sa sainteté, son martyre, saint François-Xavier n’a pu laisser une civilisation chrétienne au Japon. Par des révolutions peu prévues, cette chair humaine, à laquelle la chair du Christ sert de levain depuis dix-huit siècles, ira porter son ferment de vie dans la chair esclave des enfants de Sem et de Cham '. Et d’ailleurs, si l'Orient eût pris le premier le christianisme, c’eût été le christianisme rêveur avant d’étre le christianisme pratique des peuples occidentaux. L’amour s’y fût formé avant la personnalité, le sol humain n’y eût pas reçu un assez profond labourage. L’Orient n’aurait pu fournir la sève au monde européen, comme il est appelé maintenant à l’en recevoir. Saint Pierre fut établi avant saint Jean, bien que ce dernier soit dit l’Apôtre de l’amour !
En tout, en religion même, autre chose est la vue du
fl) Idem.
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principe, autre chose la vue des faits. La première atteint où elle veut ; la seconde est bien forcée de marcher avec l’homme...