CHAPITRE XV
Le Capital produit toute l'histoire.
Aujourd’hui, l’homme reçoit l’existence et la liberté sans voir la main qui les lui donne. Le siècle jette les yeux devant lui, et il oublie ses sources. Cependant le présent ne recueille que ce qu’a planté le passé.
Il est très-commode à cette heure d’analhématiser les Rois ! lis apportèrent la puissance quand l'humanité en manquait. Si l’esclavage était inutile et faux, il ne tenait qu’au genre humain d’y échapper ! sur lui dès lors retomberait toujours la honte. Si le peuple est le souverain, et s’il a pris ces jours-ci sa couronne, il fut donc lâche d’avoir attendu six mille ans devant une poignée de rois !
II ne tenait qu’à chaque peuple d’entrer en civilisation sans passer par l’esclavage ! Il ne tenait qu’à tant de peuplades sauvages de se mettre à cultiver, avant qu’un peuple voisin les y soumit! Il ne tenait qu’au genre humain en société de ne pas former deux classes : l’une qui la
veut, écoutant les lois de lame, l’autre qui la fuit, écoutant les instincts du corps. Certes! la Société s’est bien formée comme elle a pu. Elle est : qu’on se tienne heureux de ce fait !
Ceux qui croient que l’homme est né sublime, en ont une pauvre idée. Ils pensent donc que l’homme n’a rien fait? La création, comme la grâce, s’arrête auprès de notre volonté. L’homme apporte avec lui sa racine. 11 faut, à l’aide de Dieu, qu’il se commence le plus possible; c’est le sens métaphysique de la liberté.
La pénurie de l’esclave n’était que celle de l’homme ; son esclavage, que celui dans lequel se trouve son âme. Le Capital a produit toute l’histoire. C’est lui qui a permis d’abord à l’homme d’exister, puis à l’esclave de se racheter. C’est le Capital qui, en augmentant, arracherait de plus en plus l’homme à la misère, autrement dit, continuerait de l'affranchir.