‹ Restauration françaiseChapitre 2 sur 197 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR. VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR. VII

leur héritage , parce qu’elles perdaient leurs vertus ; que la misère les menaçait, parce quelles l’avaient produite par le luxe ; <}ue le vice et l’envie allaient les dévorer, parce quelles les avaient engendrés par l'erreur.

Ajoutez qu’un tel livre fut écrit il y a vingt-trois ans !

Un ouvrage de cette nature ne pouvait être entièrement compris par une époque dont il venait briser les illusions. Il y substituait des lumières trop vives pour ne p.as éblouir. Cependant les esprits élevés, frappés de la grandeur du point de vue et de l’assaut inattendu livré à la Révolution, accueillirent La Restauration française avec un enthousiasme dont les traces existent dans les comptes-rendus de la presse. Ces jugements et ces diverses impressions vont nous servir ici d'introducteurs et d’interprètes.

Sans connaître l'auteur, Monseigneur le Comte de Chambord lui écrivit, en recevant l'ouvrage, « qu'il avait déjà donné l’ordre de le faire venir. » On ne pouvait en faire un plus bel éloge.

De son côté, une feuille exceptionnelle en France, toujours au dessus de son siècle par la supériorité de ses doctrines, l'Univers, sans mieux connaître l'auteur, lui consacrait trois Premiers-Paris (10, 12 et 14 mai 1851), commençant par ces mots significatifs de sa part : « Nous nous retrouvons tout entier dans ce livre, sorti d’une âme vraiment catholique ! En lisant ces fortes pages, en admirant la lumière quelles envoient au fond de toutes les erreurs et de tous les maux, nous nous disons : Quel malheur qu'on ne veuille ni voir ni entendre ! Exprimer la vérité avec tant de puissance, et crier dans le désert ! L'auteur lui-méme, sachant bien que l’homme fait cas uniquement de sa propre sagesse, dit à tout instant : La parole est aux faits ! Ce sont là désormais nos docteurs ; il faudra les écouter ou périr. Suivant le pieux écrivain, la grande expérience de la Révolution touche à son terme. Sans exposer les faits moraux, à ne prendre que la situation économique, on ne voit pas comment la société pourra échapper à l’abimo qu'elle ne cesse de creuser sous ses pieds. Ce livre, non-seulement apporte des conseils et des menaces, mais l'évidence souveraine des lois qui gouvernent le monde. Les plaies sont à nu, tous les pro-

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blêmes sont déliés, toutes les questions résolues. Après avoir démontré avec des arguments irrésistibles les vérités économiques que nos erreurs morales ont ébranlées, l'auteur expose les fondements également divins de la politique, et prouve que c'est uniquement au point de vue de leur destinée spirituelle que les hommes peuvent être réellement gouvernés. En cherchant dans quelle classe est le mal, l'auteur consacre à la bourgeoisie un chapitre d'une force et malheureusement d'une vérité qui épouvantent. « Le mal, ajoute-t-il, est religieux, la Révo- » lution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guéri- » rons que religieusement. » Suit alors un compte rendu formé de citations, et M. Roux-Lavergne continue : « Notre analyse ne peut donner qu’une idée imparfaite de la mâle vigueur avec laquelle le philosophe chrétien burine notre situation. Il faut peser chaque ligne et méditer chaque mot. Sa pensée est toujours puissante et son effort bien appuyé. Aux vérités connues, il sait donner un tour qui les ravive, et dans les coins inexplorés il réussit à jeter de la lumière et de solides aperçus. Il montre dans les problèmes de la science économique les qualités d’un esprit vraiment supérieur : le bon sens, la pénétration, la vue profonde et limpide; ses thèses métaphysiques sont fermes et transparentes. En quelques phrases courtes, il fait toucher les conséquences qu'enveloppent les plus graves questions. Il résout le plus souvent avec un rare bonheur de logique et d’expression toutes les questions pendantes : la souveraineté du peuple, la liberté illimitée de l’homme, la formation de la société, l’art de gouverner, la république, la royauté, la loi, le droit divin, la légitimité, l'infaillibilité, etc., etc. L’ordre du jour de l’Europe est là tout entier, avec une solution conçue par une conscience catholique. Chacun puisera de généreuses persuasions dans cet ouvrage qui respire le parfum d'une mâle vertu. L'heure présente donne un grand prix à ce secours olfert aux âmes par un esprit vigoureux et par une âme pleine de nohlese et de droiture. »

Le comte de Montalembert, après avoir dit tout ce qu'il avait fait pour propager l’ouvrage, écrivait à l'auteur : « Votre livre de La Restauration française a élevé à leur plus haute puis-

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sance dans mon Âme tous les sentiments que m'avait inspirés votre précédente publication sur La Douleur. Je n’hésite pas & déclarer ce livre le plus franc, le plus fort et le plus plein qui ait paru depuis le comto de Maistre. Je lui ferai volontiers le reproche d'être trop plein. Votre langagé est trop concis, et peutêtre avez-vous eu le tort de vouloir tout dire à la fois. Mais je veux que vous me teniez pour votre admirateur et non pour votre flatteur. Cela dit, je me sens plus à l'aise pour vous déclarer que, selon moi, parmi nos contemporains, nul n’a vu de si haut ni plus loin que vous. Je partage toutes vos convictions, toutes vos appréhensions, toutes vos répugnances ; j'adhère pleinement à la plupart de vos jugements. Mais ce que j'apprécie le plus en vous, c'est le courage ; seul, jusqu’à présent, vous avez osé dire toute la vérité sur la bourgeoisie, sur le clergé, sur l’aristocratie. C’était ce dernier point qu’il était à la fois le plus essentiel et le plus difficile de toucher. Vous avez abordé la difficulté en maître, — Tout est là : tant qu’on n’aura pas réussi à confondre dans une réprobation commune la Révolution et la démocratie, tant qu'on n'aura pas reconnu que le dogme de l’égalité n'est autre chose que la consécration impie et monstrueuse de l’orgueil, le salut social sera impossible. Je vous félicite de la profonde sagesse des conseils que vous adressez au clergé. Je vous félicite surtout d'avoir reconnu la véritable origine de nos maux dans la Renaissance, qui a dépravé et bouleversé l’Europe chrétienne. J'apporterai un jour quelques preuves à l’appui de votre thèse, si Dieu me permet d'achever l’ouvrage pour lequel j'amasse depuis quinze ans des matériaux, et qui aura pour titre : Histoire de la renaissance du paganisme , depuis Philippe -le- Bel jusqu'à Robespierre. — D'ici-là, permettez-moi d’espérer que je pourrai compter sur votre collaboration , si je viens à bout , de concert avec .M. Donoso Cortès et M. Louis Veuillot , d'établir un Recueil destiné à coordonner les travaux isolés des défenseurs de la société contre la Révolution. Mais quand même nous ne réussirions pas à nous rapprocher ici-bas, laissez-moi vous prier de me compter désormais parmi ceux qui vous estiment et vous admirent le plus. » (La Roche-en-Breny, 28 octobre 1851.)

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