‹ Restauration françaiseChapitre 23 sur 197 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le Capital devient l’agent de tout développement.

Traversons d’un trait notre histoire. Qui fit du sauvage un esclave, possédant sa vie ; de l’esclave un serf, possé-

dant sa personne ; du serf un ouvrier, possédant son travail; de l’ouvrier un propriétaire, possédant tous ses droits? Par qui, en un mot, les populations humaines furent-elles conduites de la triste antiquité sur les collines sacrées de la civilisation? Par la vertu de l’homme, sans doute. Mais, avec quel agent? Le Capital.

Si l’homme veut augmenter son salaire, il faut que le capital augmente. S’il veut voir augmenter sa moralité, ses lumières, son bien-être, c’est à l’aide du capital. Il ne saurait voir s’élever plus haut sa civilisation sans que le capital n’augmente; homme, il ne peut s’augmenter luimême que selon le capital. Ce lent dépôt de la vertu est son unique marchepied.

Travailler à l 'élévation de son capital, c’est, pour une nation, travailler à son élévation morale, à ses progrès religieux et économiques. Le capital est sur la terre l’agent du développement humain'. On a vu s’opérer par lui l’avénement de toutes les classes au sein d’un peuple, ainsi que l’avénement des divers peuples au sein de la civilisation. Ceux qui ont regardé l’histoire à la clarté de cette idée le savent bien.

Ne disons pas que le capital n’est que la source de la richesse matérielle. C’est tout à fait le contraire, puisque, premièrement, il est la preuve de la double vertu du travail et de la modération dans les jouissances ; puisque, secondement, il offre seul le loisir qui permet à l’homme de s’occuper plus aisément des choses de son âme.

Rien n’est plus immatériel dans son origine que le

(t) Le Capital, a dit excellemment M. Michel Chevalier, est la substance même de l'amélioration populaire. Pour apprécier toute proposition faite dans l'intérêt des ouvriers, il faut examiner si ello est de nature à favoriser on à contrarier l'accroissement du Capital.

LE CAPITAL

capital, et rien n’est plus immatériel dans ses fins. Une nation n’a pu augmenter son capital sans que sa science et sa moralité ne se soient étendues, puisque lui-même ne provient que de ces deux sources. La richesse n’est point, chez un peuple, le triomphe de la matière, mais le triomphe de l’esprit. Elle ne nuit jamais à l’homme qui la produit; elle ne corrompt que celui qui la détruit...'

Le capital est la marque de la civilisation. L’accroissement du capital est la condition de la vie; et sa diminution la forme de la décadence. Quand on ne produit pas, on consomme. Il en est de la richesse exactement comme de la vertu, elle diminue dès quelle ne tend plus à s’accroître. Perdre du temps, perdre des bras, perdre ses mœurs, c’est faire subir une perle à notre civilisation. Par le chômage, on court à la banqueroute, par la banqueroute, à la misère, par la misère, à la barbarie.

A entendre les savants du jour, il y aurait pour augmenter le capital mille moyens. L’homme dépendrait d’une découverte ou de petites circonstances inventées par l’esprit, et non de son unique loi, la vertu. Cependant, il faut aller plus loin : Il serait inutile à la production de doubler si elle dépassait la vertu. Un peuple qui hériterait du capital d’un autre peuple, en peu de temps retournerait à son premier degré. La production a son chiffre dans leconomisation.

Quel tableau offrirait avant peu l’Europe si le demimillard que dépense chacun de ses grands Etats pour se tenir sur un pied de guerre rentrait dans la production ! Eh bien, ce changement n’aurait lieu que si la vertu était prête à porter ce nouveau capital. En vain trouverait-on

le moyen de doubler tout à coup la richesse, si l’on ne doublait aussi le vase qui doit la contenir.

Le jour où l’humanité posséderait un capital suffisant serait le jour où tous ses membres seraient saints. L’homme ne jouira point sur la terre. Au début, lorsque les appétits étaient tout, la richesse pour jouir n’existait point; au terme, le capital ne sera plus grand que parce que les appétits seront réduits. L’homme ne jouira qu’aux Cieux. L’amélioration d’un peuple ou son élévation vers Dieu est un même édifice.

Telle est la loi de l’existence des nations. 11 faut en faire l’application à la France.

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