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CHAPITRE XXVIII

lVmdu£trie de luxe.

Depuis cent ans, on a défendu l’industrie de laxe par toutes les subtilités de l’esprit: et l’on se disait toujours prêt à défendre le peuple! Nullement créatrice, l’industrie ne fait que produire des formes dès que, dépassant la limite de l’utilité, elle atteint celle de la superfluité. Quelle donne sa dernière richesse à l’objet, en l’approchant de nos besoins, c’est bien. Voici du chanvre, c’est le produit agricole; voici du (il et de la toile, c’est le produit manufacturier ; mais voilà de la dentelle, c’est le produit industriel. Ici s’ouvre le gouffre.

11 faut donner à l'industrie sa limite, c’est l’utilité.

Ce n’est point la production manufacturière qui fait la somme de la richesse. On ne peut tordre du fil et lisser de la toile qu’en proportion du chanvre né; on ne peut fabriquer du drap qu’avec la laine produite. Tout sort et prend quotité de la pro luclion agricole. Dès que la spéculation se présente, le plus souvent l'industrie absorbe du travail sans augmenter la richesse. Comme on l’a déjà remarqué, une valeur do \ franc de lin, s’élève dans une dentelle, au prix de trois mille. Les 2,999 francs d’excédant sont la somme du travail égaré.

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Examinons ce fait, sur lequel ont tourné les controverses de l’Ecole :

Ceux qui prétendent que l’industrie produit ici une valeur, nous disent : N’csl-ce point par notre entremise qu’une valeur d’un franc est devenue, en dentelle, une valeur de trois mille? Sur un si faible produit agricole, voyez quel exhaussement subit de valeur et de prospérité. Sans notre industrie, ces 2,999 francs n’exstaicnt pas. Qu’une telle industrie doit être chère à l’humanité! s’écrie un vieil économiste; que de richesses doivent exister chez une nation qui de vingt sous fait mille écus !

Voilà toute la science de ceux qui prétendent que l’industrie est la richesse des peuples! Mais faites-leur celte question :

Pendant que ces mille écus et les hommes qui les gagnaient ont produit la dentelle, produisaient-ils du pain? N’étaient-ce pas là autant de forces enlevées à la production du pain , dont elles ont fait précisément hausser le prix en raison d’un nouveau salaire? Celui qui cherche le luxe perce le sac de la richesse.

Si un franc de lin est arrivé à en valoir trois mille, comment ce prix ne se partage-t-il pas entre le producteur du lin et celui qui l’a employé? Il faut donc, comme le disaient avec bon sens nos hommes d’Etat avant Louis XV, qu’il ne soit pas vrai que la valeur première du lin ail augmenté. Ou si celui qui employa ce lin a réellement gagné 2,919 francs, pourquoi tout homme et toute nation ne se mettent-ils pas à faire des dentelles?

Nous arrivons : c’est que les 2,999 francs représentent les dépenses et frais des fabricants et des ouvriers qui ont préparé la dentelle. Or ces dépenses ne sont que le montant des valeurs en aliment et vêtement qui ont été con-

LE CAPITAL

sommées par eux : une masse égale de production est donc venue s’enfouir dans celle richesse improductive. On a simplement transformé une somme d’objets nécessaires en une égale somme d’objets inutiles. Les enfants pensent que Midas fut plus riche lorsqu’il changeait en or ce qu’il touchait !

Entre le peuple qui a produit pour mille écus de pain ou de chanvre, et celui qui a produit pour mille écus d’objets qu’on ne touche qu’avec les yeux, lequel est le plus riche?

L’industrie de luxe se construit de nos ruines.

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