CHAPITRE XXXVI
Justes conséquences.
Les Rois se sont faits Dieu sur la terre; les hommes à leur tour se sont faits rois devant les Rois et devant Dieu.
LE CAPITAL
Leur cœur les éloigne des temples, leur sang reconduit l’infamie sous le toit domestique et la stérilité sur la terre. Partout ils se sont couronnés des trois vices issus de la paresse ; aucune chair n’a assouvi leur vanité. Le feu des saturnales allumé en haut lieu, coulait comme du plomb fondu sur les tètes de la foule. Maintenant vous direz à Dieu de la rendre chrétienne pour vous !
Il ne s’agit plus de détourner tel ou tel bras de l’erreur; le fleuve entier remplit ses bords. On peut la dire toute dans un mot : L’homme se cherche au lieu de Dieu. On peut aussi la rendre économiquement : L’homme n’a que la pensée de jouir. Le cœur n’est plus pour aimer Dieu, l’esprit n’est plus pour le connaître, le corps n’est plus pour le servir; mais pour aimer, connaître et servir l’homme. De telle sorte que celui qui parle à cette heure ainsi, a tout à fait l’air d’un enfant.
L’homme a démonté pièce à pièce le christianisme; et il l a remplacé pièce à pièce par l’erreur qui lui correspond. La Foi n’est plus le don de sa pensée à Dieu; la morale, le sacrifice de ses sens; et la société, le devoir inscrit avant le droit, comme l’âme avant le corps1. Existant pour luimême, l’homme ne conserve que des droits. Or le premier est le droit au bonheur.
Est-il malheureux ou méchant? le mal, ne sortant point de sa nature, ne peut provenir que d’autrui ! L’homme naît bon, la Société le déprave; l’homme naît libre, la loi le met dans les fers ; l’homme naît riche, et les institutions l’enferment dans la faim ! Et qui maintient celte société, cette loi, ces institutions? Des hommes. Qui cor-
(I } Du devoir naît le droit ; de la responsabilité de l'âme vis-à-vis de Dieu Dalt l'inviolabilité de l’homme vis-à-vis de se3 semblables. On a pris la question par l'autre bout pour la briser.
rompit son cœur? qui détourna sa volonté? qui aveugla sa grande intelligence? Des hommes. Enfin qui retient son pauvre corps dans la misère? Des hommes ! Depuis Adam, quelques hommes seulement ont empêché le genre humain d’entrer dans l’âge d’or !
Dès lors, qu’une révolution nous délivre à jamais de ces hommes I L’orgueil n’est pas notre ennemi; la Société ne fut qu’une marâtre ; son objet n’est point de reconduire les âmes réparées à Dieu.
La révolution se fit. Elle éclata en 89, reparut en 1830 et dès lors s’établit en France.
Le peuple, en Février, fut tout ravi d’entendre tant d’éloquence, et, peu après, tout surpris de ce que le pain ne venait pas. 11 se montrait, on le flattait; il murmurait, on lui parlait d’une souveraineté éternelle. On préparait pour lui une destinée de rois. La nature allait le servir ; ceux qui en avaient fermé les clefs devaient être liés à son char.
Cependant la misère sollicita une entrevue; là finit la lune de miel.
Vous deviez, incontinent, rendre tout ce peuple heureux, et sa misère, par malheur, sera égale au chiffre du capital dévoré, multiplié par l’anarchie! Vous couriez prendre en main la politique d’une nation, et vous ne connaissiez même pas sa situation économique!
Vous avez déclaré l’homme libre, sans dire comment il le devient; vous avez déclaré les hommes égaux, sans dire devant qui ils l’étaient ; enfin vous les avez déclarés malheureux, sans dire comment cela se faisait. L’homme vous réclame donc et sa liberté, et son égalité, et sa félicité. Ce peuple ne vous demande absolument que la logique, comment la lui refuserez-vous?
Vous avez détaché la politique de la morale, puis la
morale de Dieu; vous avez détaché la richesse de la vertu, puis la vertu de la Foi à quoi les rattacherezvous? Vous disiez à la foule souffrante que des hommes pouvaient la soulager, et qu’ils ne le voulaient pas. Cette foule, encore une fois, ne vous demande que la logique ; comment la lui refuserez-vous !
Vous êtes embarrassés? Remettez-vous; depuis longtemps vos doctrines sont mères, et toute la portée est vivante...