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CHAPITRE XXXV

Racine historique du mal : la Renaissance.

Ces dix-huit années de corruption flagrante 1 et d’athéisme secret ont fait à l’ordre moral un mal pour le moment irréparable. Un siècle et plus de fausse économique, portant un tiers du capital réel sur le mercantilisme, a creusé sous la France un gouffre que rien ne suffira désormais à combler. Notre époque est une victime. 11 aurait fallu plus que nous pour repousser ce fatal héritage d’erreurs, de vices et de dettes.

(1) A ces dix-huit année*, ajoutons en aujourd'hui vingt-deux, soit quarante années de décadence... Nora us l'Édit sua.

L’abus du mercantilisme a soulevé contre la propriété, c’est-à-dire contre le capital constitué, une réaction dont le terme pourrait être celui de la Société même. Celte réaction peut devenir contre cette seconde colonne de la civilisation ce que la Réforme a été contre la première. Car le capital est dans l’ordre physique ce qu’est la Foi dans l’ordre spirituel. Or si la Foi, condition de la vie de notre âme, repose sur l’autorité, le capital, condition de la vie du corps, repose sur la propriété.

En 1500, on voyait, des mœurs païennes restées debout sous les idées chrétiennes. Il n’y avait pas à réformer la Foi, puisqu’elle était complète et vivante, mais les mœurs, que la lumière de la Foi montrait évidemment mauvaises. La réaction dépassa son but ; les vices chez la plupart de ceux qui professaient les idées chrétiennes attirèrent la réaction jusque sur elles. De même aujourd’hui, la réforme n’est pas dans la propriété, mais dans l’abus que, malgré elle, on fait encore du capital. Bien loin d’atténuer ou de réduire le droit de propriété, il faut l’augmenter et l 'étendre ; mais loin de conduire la propriété au terme païen de l’abus, il faut la ramener au but chrétien de l’usage.

Un Protestantisme économique est tout ce que nous avons à conjurer en ce moment.

Veillons-y : en 1500, il s’agissait d’ètre aussi chrétien par les mœurs qu’on l’était par les idées ; il s’agit aujourd’hûi de ne plus être païen par la fortune, quand on ne l’est plus par la civilisation ! Des guerres aussi sanglantes et plus lamentables que les guerres de religion nous menacent. Que deviendrait un pays où, pendant trois siècles, la propriété subirait le sort de la Foi ! Peut-on imaginer un état économique analogue à l’état moral que le scepticisme a fait? c’est-à-dire notre population en

LE CAPITAL. 89

France, snivanl la phase de son capital, redescendant, sous le couteau de la misère, dans ses chiffres de 1500 !

Ignorons ce qu’en architecture, en peinture, en littérature, on pense de la Renaissance; mais ici ce que l’on est obligé de dire, c’est qu’elle a été la destruction de l’ordre économique en France. Fille posthume da paganisme, elle a ramené la nature partout à la place de Dieu ; partout, conséquemment, l’appétit, qui consomme, à la place de la vertu, qui s’abstient. Fut-il un lettré en Europe, philosophe, savant, publiciste, qui n’écrivit : « La Nature ? » La nature en effet régnait dans les cœurs. La Renaissance n’est autre chose que le retour de l’antiquité.

C’est ici la grande cachette; fouillons-la, et nous trouverons tout: d’abord le point de vue humain, puis tout ce qu’il a dû produire. De là sortit la grande Protestation : c’est-à-dire celle (le l’esprit privé de l’homme contre l’esprit infini de Dieu. De là sortit le Luxe: c’est-à-dire la richesse prise aux besoins pour être accordée aux sens. De là sortit le Césarisme: c’est-à-dire l’investiture chez un homme de la Souveraineté de Dieu. Jusque là les nations vivaient sur la foi en leurs princes ; ceux-ci n’avaient point eu l’idée d’usurper la prérogative essentielle donnée par Jésus à l’Eglise. Césarisme, absolutisme, gallicanisme, ne furent qu’une même usurpation. Détestable imposture ! conférer au caprice de l’homme l’auguste infaillibilité du Vicaire de Jésus-Christ, transporter dans la police le flambeau allumé pour conduire sûrement les âmes jusqu’à Dieu 1

La raison, la science, les besoins, les sens, tout parla de légitimité. Oui, tout devint légitime chez l’homme, excepte ce qui l’est. Ce mot, faussé en politique, ne fut, comme ailleurs, que l’achèvement du point de vue humain.

La Révolution française en fut la dure punition. Elle n’a point fini. Si elle a ycngé la Société de l’œuvre impie du gallicanisme, opérée de 1600 à 1700, la nouvelle révolution nous vengera tout à la fois des erreurs sorties par torrents de cette double usurpation, celle commise par la souveraineté politique et celle commise par la raison humaine.

Voltaire, sans s’en douter, fut le premier écrivain qui, emporté par ce mouvement imprimé à l’opinion par les rois et par les parlements, opéra dans la société domestique la révolution que les princes avaient faite dans la société politique. Ce que Voltaire et le dix-huitième siècle firent dans l’ordre domestique, ce que les Princes firent dans l’ordre politique, Luther l’avait fait dans l’ordre religieux : de sorte que l’athéisme, autrement dit le point de vue humain, a gagné la Société par ses trois éléments. Comment l’ordre économique s’en serait-il préservé?

Nous en sommes là. Quel despotisme pourrait réduire cette anarchie? Quel coup de foudre pourrait ensuite détruire ce despotisme, et quelle révolution pourrait nous guérir ?

Tout s’y prèle en ce moment...

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