CHAPITRE L
Les voies divines.
Il faut le répéter avant de clore là des pages qui nous font souffrir : Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement. Le mouvement européen nous semble contre les Rois ; au fond, l’instinct qui le dirige est à la fois contre Dieu et contre le fait qui rendit les rois nécessaires à la terre. Les peuples se soulèvent contre l’Autorité, contre ce qu’ils nomment l’oppression , et la source en est en eux-mêmes. La délivrance des nations, n’est que la délivrance des âmes.
De tous côtés on confond les tristes conséquences du point de vue humain avec les conséquences chrétiennes. La plupart des hommes ne sont pas assez profonds pour percer l’horizon actuel, et faire cette distinction. Ce qu’on nomme à cette heure progrès de l’esprit humain n’est que trop bien nommé, puisque Dieu en est évincé ! Surtout depuis un siècle, l’homme ne grandit que dans sa faute. Ce qu’on a pris pour la Démocratie, n’est que l’explosion universelle de l’orgueil.
Les hommes logiques de notre époque ont d’abord été républicains. Comme la solution n’était pas là, ils entrèrent dans le Saint-Simonisme. Suivant toujours le problème, ils devinrent fouriéristes. Mais l’idée allant devant eux, ils se sont divisés là en deux branches : les uns se sont
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faits communistes, les autres sont devenus chrétiens. Car les uns étaient conduits par leurs sens, les autres l’étaient par leur âme4.
La Société humaine, en effet, ne peut être conçue que de deux manières : ou elle est conçue par rapport à l’âme, ou elle est conçue par rapport au corps. On pourra dire autre chose, on ne pourra sortir de là.
Dès que la Société est conçue par rapport à lame, elle l’est par rapport au corps, lequel fut donné à lame. Mais la réciproque n’est point. La Société ne s’abaisse que parce que le dogme a pâli. Réunissez de part et d’autre des hommes prêts à donner leurs sens pour leur âme, vous verrez bien si quelque chose leur manque.
Tout dépend de la notion supérieure qu’on a de l’homme.
Ou l’homme n’est fait que pour la terre; alors l’âme a été donnée pour le corps. Ou l’homme est appelé à une vie immortelle ; alors le corps a été donné pour lame. N’ôtons plus la question de là, et toute la chaine de nos propositions de second et de troisième ordre reprendra son premier anneau. Dans le problème de l’homme, on ne peut évincer l’homme! Nous ne vivons que sur la Foi.
Et vous qui dites : Non ! êtes-vous plus grands que celui qui a fait l’Evangile, et plus forts que création ?
La Foi ne vit pas des arguties de l’esprit, mais de la puissance du cœur, de son besoin de l’Infini. Sans quoi, elle ne descendrait point en nous par l’oreille. En vain ouvre-t-on la paupière de l'œil qui s’est aveuglé 1 Ce n’est
(1} Pouvons-nous espérer que le siècle fasse comme les esprits logiques d« l'époque? qu'il passe de la poliUque i la morale, et de la morale & la Théologie ?
pas la vérité qui manque à l’homme, mais bien les hommes qui manquent à la vérité. SURSUM CORDA !
A quoi ont servi aujourd’hui et tant de mots, et tant d’idées? C’est la pratique qui est absente. Les actes seuls construisent l’homme. Le cœur ne vient pas en pensant. Vous cherchez le bien, agissez. La volonté est comme le travail, il faut commencer tout de suite. C’est la pratique qui crée l’homme !
Comment renaitra-t-eile en nous? La Guerre formait primitivement les âmes, en les portant au sacrifice. Elle fut dite le chemin de la gloire. Tant que l’homme a tenu l’épée, le crucifix a triomphé. Mais sitôt qu’en prenant âge, il a fallu quitter l’épée pour la vertu, en France on l’a trouvée beaucoup plus lourde à porter.
Donner en une fois sa vie, lorsque l’honneur a parlé et que la gloire nous regarde, est une sainteté d’enfance dont nous avons donné des preuves. Offrir sa vie pièce à pièce par la vertu, quand la conscience ledit et que l’amour seul nous voit, est un héroïsme d’adulte dont nous fûmes moins prodigues.
Ici apparail une grande Loi : si nos âmes ne peuvent encore porter la paix, Dieu nous remettra à la guerre ; si nous ne sommes point assez forts pour soutenir la lutte dans les choses de l’âme, Dieu la replacera dans les choses du corps. Est-ce sans but que la Guerre a duré bientôt plus de cinq mille ans sur la terre? Nous ne connaissons pas la Providence ! Dieu veut que nous soyons comme l’Infini. Notre personnalité doit se former, par la vertu; puis se donner, par l’amour. La terre entière est pour ce but. Nous n’y échapperons pas plus que nos pères. 11 faut cependant s’émouvoir devant Celui qui a trouvé le fouet dont pendant quatre mille ans on pressa le pas des esclaves ! Le Dieu
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des armées a parlé longtemps avant celui de l'Évangile. La famine et la peste ne sont qu’endormies dans la terre, et la captivité suit les pas de toute nation dépravée1.
Tel est le jugement que nous devons porter : nous serons punis selon le corps, afin que notre âme soit sauvée. Ne déplorons point les maux du présent, mais les vices qui les ont amenés; et nommons, biens, tout ce qui rappellera les hommes à leur conscience. Quelles que soient les calamités que laissera sur son passage tout ce peuple irrité, elles n’égaleront point celles dont on a dévasté son âme !
Dieu a vu sa parole écartée par le riche et oubliée du pauvre ; il a remis à nu les éléments du monde, afin que sa parole fût enseignée vivante par les faits.
11 est clair à cette heure que le capital, issu de la vertu, découle de la Foi: et c'est l'objet de ce Livre premier. Mais comme, politiquement, le capital dépend de la solidité de l’Ordre social , et l’Ordre social de l’essence de l’Aristocratie , ces deux points deviendront l’objet des deux Livres suivants.
(1) Ecrite?» en 1850. ces paroles deviennent prophétiques.
Note de l'Éditeur.
L’ORDRE SOCIAL
K. Fit AN l' .
L’ORDRE SOCIAL